mardi 1 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| Section | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| N° Dossier | TA63-2202533 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | D |
| Formation | Présidente Bader-Koza |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés le 28 novembre 2022 et le 6 février 2023, Mme A B, représentée par Me D'Aversa, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 22 septembre 2022 par laquelle le département du Puy-de-Dôme a rejeté sa demande de remise de dette d'un indu de revenu de solidarité active (RSA) d'un montant de 3 958,32 euros ;
2°) de lui accorder une remise totale de sa dette ;
3°) d'ordonner la restitution des sommes dont elle a été irrégulièrement privées et le rétablissement de ses droits aux prestations sociales, dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
4°) d'ordonner l'exécution provisoire du présent jugement ;
5°) de mettre à la charge du département du Puy-de-Dôme la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les entiers dépens.
Elle soutient que :
- la décision du 22 septembre 2022 est entachée d'incompétence ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'elle a expliqué à la caisse d'allocations familiales s'être rendue en Algérie pour les obsèques de sa mère ; elle n'a pu rentrer en France avant le 15 octobre 2020 face à l'annulation de tous les vols au départ de l'Algérie et à destination de la France en raison de la pandémie de Covid-19 ; elle est de bonne foi ; elle se trouve dans une situation de précarité dès lors qu'elle exerce une activité d'intérimaire et qu'elle doit faire face à de nombreuses charges.
Par un mémoire en défense enregistré le 12 décembre 2023, le département du Puy-de-Dôme conclut à l'irrecevabilité de la requête en raison de sa tardiveté et à son rejet.
Il soutient que :
- la requête de Mme B est tardive dès lors qu'elle avait jusqu'au 25 novembre 2022 pour contester cette décision ;
- le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision attaquée est inopérant dès lors que la décision du 22 septembre 2022 s'est substituée à la décision du 23 février 2022 ; la décision attaquée est régulièrement signée et précise le montant et les éléments relatifs à la créance de RSA ; le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision du 22 septembre 2022 manque en fait dès lors que l'auteur de l'acte disposait d'une délégation permanente de signature par arrêté du 26 juillet 2021 ;
- Mme B a séjourné hors de France du 12 février au 15 octobre 2020 et n'a déclaré que postérieurement à ce séjour avoir résidé à l'étranger plus de trois mois ; l'ensemble des déclarations trimestrielles de Mme B ne font pas mention d'une quelconque sortie du territoire français ; elle ne peut prétendre au revenu de solidarité active que pour les mois civils complets de présence sur le territoire français ;
- Mme B n'a pas déclaré ses indemnités journalières en décembre 2019 ;
- Mme B ne conteste pas avoir séjourné à l'étranger sur la période litigieuse tandis qu'elle n'a pas informée la caisse d'allocations familiales de la durée réelle de son séjour hors de France au sens des dispositions de l'article R. 262-37 du code de l'action sociale et des familles ; Mme B n'a pas rempli ses obligations déclaratives et a produit de fausses déclarations dans le but de percevoir le revenu de solidarité active ;
- elle n'apporte aucun élément démontrant qu'elle a tenté de rejoindre la France avant le mois d'octobre 2020 et se borne à produire une copie de son billet d'avion retour datant du 15 octobre 2020 ; elle n'apporte aucun élément quant à l'éventuelles démarches auprès du consulat voire de la cellule de crise visant à son rapatriement tandis que les trois consulats généraux français en Algérie ont ouvert une cellule de crise pendant plusieurs mois pour permettre à des personnes bloquées en Algérie de regagner leur domicile ; Mme B ne justifie pas d'une résidence stable et effective en France sur la période en litige et ne pouvait ainsi bénéficier du revenu de solidarité active ;
- la caisse d'allocations familiales a régularisé la situation de Mme B jusqu'au mois d'août 2020 de la réduction du montant de l'indu de revenu de solidarité active et l'a invitée à fournir une attestation de l'ambassade attestant de l'impossibilité de retour en France à compter d'août 2020 du fait de la non-réouverture des frontières, ce à quoi elle n'a pas répondu ;
- la créance de revenu de solidarité active de Mme B est soldée ;
- elle ne peut bénéficier d'une remise de sa dette dès lors qu'elle a effectué de fausses déclarations en ne déclarant pas sa sortie du territoire français aux services de la CAF.
Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 11 janvier 2023.
Vu l'ensemble des pièces du dossier ;
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Bordes, premier conseiller, pour exercer les fonctions de rapporteur public sur le fondement des dispositions de l'article R. 222-24 du code de justice administrative.
La présidente a dispensé le rapporteur public sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique, Mme Bader-Koza, présidente, a lu son rapport et a informé les parties de ce que, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, le jugement à intervenir est susceptible d'être fondé sur un moyen d'ordre public tiré de ce qu'il n'y a en partie plus lieu de statuer sur les conclusions tendant à statuer sur l'indu de revenu de solidarité active sur la période de mars 2020 à juillet 2020 dès lors que la caisse d'allocations familiales du Puy-de-Dôme a régularisé la situation de Mme B sur cette période, laissant à sa charge un indu de revenu de solidarité active d'un montant de 1 489,55 euros pour la période d'août 2020 à octobre 2020.
Les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B a été admise au bénéfice du revenu de solidarité active. À la suite d'un contrôle de sa situation, par une décision du 23 février 2022, la caisse d'allocations familiales du Puy-de-Dôme a notifié à Mme B un indu de revenu de solidarité active d'un montant de 3 958,32 euros. Par une décision du 22 septembre 2022, le département du Puy-de-Dôme a rejeté la demande de remise de dette sollicitée par Mme B. Par la présente requête, Mme B demande au tribunal d'annuler cette dernière décision et de lui accorder une remise totale de cette dette.
Sur le non-lieu à statuer :
2. Il résulte de l'instruction que la caisse d'allocations familiales du Puy-de-Dôme a régularisé la situation de Mme B sur la période de mars 2020 à juillet 2020, laissant à sa charge un indu de revenu de solidarité active d'un montant de 1 489,55 euros pour la période d'août 2020 à octobre 2020. Par suite, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions relatives à cet indu sur la période de mars 2020 à juillet 2020.
Sur le bien-fondé de l'indu :
3. Aux termes de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un montant forfaitaire, a droit au revenu de solidarité active dans les conditions définies au présent chapitre. Le revenu de solidarité active est une allocation qui porte les ressources du foyer au niveau du montant forfaitaire. () ". Selon les termes de l'article R. 262-6 du même code : " Les ressources prises en compte pour la détermination du montant du revenu de solidarité active comprennent, (), l'ensemble des ressources, de quelque nature qu'elles soient, de toutes les personnes composant le foyer () ". L'article R. 262-37 dudit code prévoit que : " Le bénéficiaire de l'allocation de revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer ; il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments ".
4. Si par la décision du 22 septembre 2022, le département du Puy-de-Dôme a refusé d'accorder une remise de dette à Mme B, il résulte des termes du courrier du 14 juin 2022 que Mme B entendait dans son recours administratif préalable obligatoire contester le bien-fondé de l'indu.
5. Lorsque le recours dont il est saisi est dirigé contre une décision qui, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération d'un indu de revenu de solidarité active, il entre dans l'office du juge d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu qu'il lui appartient, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige.
6. En premier lieu, Mme C D, responsable du service de la maîtrise des risques, du contrôle et du précontentieux au sein des services départementaux du Puy-de-Dôme, a reçu délégation de signature, par arrêté du 15 octobre 2021, à l'effet de signer au nom du président du conseil départemental du Puy-de-Dôme tout acte administratif et financier, entrant dans le domaine de compétence du service de la maîtrise des risques, du contrôle et du précontentieux, et plus spécifiquement pour les actes adoptés pour la gestion de l'allocation de revenu de solidarité active. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté.
7. En deuxième lieu, il résulte des dispositions précitées au point 3 que, pour bénéficier de l'allocation de revenu de solidarité active, une personne doit remplir la condition de ressources qu'elles mentionnent et résider en France de manière stable et effective. Pour apprécier si cette seconde condition est remplie, il y a lieu de tenir compte de son logement, de ses activités, ainsi que de toutes les circonstances particulières relatives à sa situation, parmi lesquelles le nombre, les motifs et la durée d'éventuels séjours à l'étranger et ses liens personnels et familiaux. La personne qui remplit les conditions pour bénéficier de l'allocation de revenu de solidarité active a droit, lorsqu'elle accomplit hors de France un ou plusieurs séjours dont la durée de date à date ou la durée totale par année civile n'excède pas trois mois, au versement sans interruption de cette allocation. En revanche, lorsque ses séjours à l'étranger excèdent cette durée de trois mois, le revenu de solidarité active ne lui est versé que pour les mois civils complets de présence en France. En toute hypothèse, le bénéficiaire du revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation, outre l'ensemble des ressources dont il dispose, sa situation familiale et tout changement en la matière, toutes informations relatives au lieu de sa résidence, ainsi qu'aux dates et motifs de ses séjours à l'étranger lorsque leur durée cumulée excède trois mois.
8. Il résulte de l'instruction que Mme B a résidé à l'étranger du 12 février 2020 au 15 octobre 2020. Il résulte également de l'instruction, qu'en raison de l'état d'urgence sanitaire lié à la pandémie de Covid-19, la caisse d'allocations familiales du Puy-de-Dôme a régularisé la situation de Mme B sur la période du mois de février 2020 au mois de juillet 2020 et l'a invitée, par courrier du 21 février 2023, à justifier de son impossibilité de retour sur le territoire français à compter du mois d'août 2020. Toutefois, la caisse d'allocations familiales soutient, sans être contredite, que Mme B n'a adressé à ses services aucun élément justifiant de son impossibilité de retour sur le territoire français. Par ailleurs, en se bornant à produire un billet d'avion du 26 mars 2020 et un billet de train du 15 octobre 2020, Mme B ne démontre pas l'impossibilité qu'elle allègue de revenir en France. Dès lors, c'est à bon droit que la caisse d'allocations familiales du Puy-de-Dôme a pu retenir l'absence d'une résidence stable et effective en France sur une durée supérieure à trois mois pour fonder l'indu en litige. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.
Sur la demande de remise de dette :
9. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision rejetant une demande de remise gracieuse d'un indu de revenu de solidarité active, il appartient au juge administratif d'examiner si une remise gracieuse totale ou partielle est justifiée et de se prononcer lui-même sur la demande en recherchant si, au regard des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre parties à la date de sa propre décision, la situation de précarité du débiteur et sa bonne foi justifient que lui soit accordée une remise. Les conditions tenant, d'une part, à la bonne foi du demandeur et, d'autre part, à la précarité de sa situation ne peuvent être regardées comme alternatives.
10. Il résulte de l'instruction, et n'est pas contesté, que Mme B a résidé à l'étranger du 12 février au 15 octobre 2020. Si elle soutient qu'elle ne pouvait rentrer sur le territoire français en raison de la pandémie de Covid-19 et de l'annulation de ses vols, il est constant qu'elle n'a pas averti les services de la caisse d'allocations familiales de ce changement dans sa situation, qui n'a été découvert qu'à l'occasion d'un contrôle de ces mêmes services. Dès lors, la bonne foi de Mme B ne peut être admise alors même qu'elle était tenue de déclarer tout changement dans sa situation auprès de la caisse d'allocations familiales. Par suite, Mme B n'est pas fondée à demander une remise de sa dette de revenu de solidarité active et ce, sans qu'elle puisse faire valoir sa situation de précarité.
11. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à contester le bien-fondé de l'indu de revenu de solidarité active en litige ni à solliciter le bénéfice d'une remise de cette dette et ce, sans qu'elle puisse faire valoir sa situation de précarité.
12. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée en défense, que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision en litige. Par suite, les conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées, y compris les conclusions aux fins d'injonction et celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D É C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions relatives à l'indu de revenu de solidarité active sur la période du mois de mars 2020 au mois de juillet 2020.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à la caisse d'allocations familiales du Puy-de-Dôme et au département du Puy-de-Dôme.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er octobre 2024.
La présidente,
S. BADER-KOZA Le greffier,
P. MANNEVEAU
La République mande et ordonne au préfet du Puy-de-Dôme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
No 2202533 AA
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2307076
03/08/2026
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