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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2202572

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2202572

mardi 1 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2202572
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
FormationPrésidente Bader-Koza
Avocat requérantBALAKIROUCHENANE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés le 30 novembre 2022 et le 18 septembre 2024, M. B A, représenté par Me Balakirouchenane, demande au tribunal :

1°) d'annuler la mise en demeure valant commandement de payer émise par le département de Seine-et-Marne en vue du recouvrement d'un indu de revenu de solidarité active de 7 636,71 euros pour la période du 1er mars 2014 au 30 avril 2016 ;

2°) avant dire droit, de suspendre l'exécution de cette mise en demeure ;

3°) d'enjoindre à l'administration de le rétablir dans ses droits au revenu de solidarité active jusqu'au 30 avril 2016 ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de la loi du 10 juillet 1991 ;

5°) de mettre à la charge de la caisse d'allocations familiales (CAF) de Seine-et-Marne les éventuels dépens de l'instance.

Il soutient que :

- il n'a pas fait de fausse déclaration de sorte que l'action de la CAF est prescrite ; son attitude ne peut pas être analysée comme une fraude ou une omission délibérée de signaler un changement ; il a fait ses déclarations en toute bonne foi ;

- s'il a vécu maritalement entre 2002 et 2009 avec son ex-compagne, à partir de 2011, il n'a vécu avec elle qu'en tant que colocataires et non en tant que concubins ;

- la CAF n'établit pas l'effectivité de la vie commune ;

- ayant la qualité d'allocataire isolé, il est bien fondé à percevoir les allocations qui lui ont été versées ;

- par une décision du 19 décembre 2023, devenue définitive, la commission de surendettement a décidé d'imposer un effacement total de sa dette, opposable à la caisse d'allocations familiales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 juin 2023, la caisse d'allocations familiales de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que :

- le conseil départemental de Seine-et-Marne est seul habilité à conclure sur un litige concernant le revenu de solidarité active ;

- concernant l'indu de prime exceptionnelle de fin d'année, la requête présentée par M. A est irrecevable pour autorité de chose jugée.

La procédure a été communiquée au département de Seine-et-Marne qui n'a pas produit d'observations en défense.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de la consommation ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Bordes, premier conseiller, pour exercer les fonctions de rapporteur public sur le fondement des dispositions de l'article R. 222-24 du code de justice administrative.

La présidente a dispensé le rapporteur public sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience, Mme Bader-Koza, présidente, a lu son rapport. Les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A est allocataire du revenu de solidarité active. A la suite d'une enquête, la caisse d'allocations familiales de Seine-et-Marne a estimé que M. A vivait maritalement et ne pouvait ainsi bénéficier de la qualité d'allocataire isolé. Après réévaluation de ses droits, la caisse lui a notifié, par une décision du 7 février 2017, des indus portant notamment sur le revenu de solidarité active. M. A a été destinataire d'une mise en demeure valant commandement de payer la somme de 7 636,41 euros correspondant à deux indus de revenu de solidarité active pour la période du 1er mars 2014 au 30 avril 2014 et du 1er mai 2014 au 30 avril 2016, émise le 18 novembre 2022 par le département de Seine-et-Marne. Par la présente requête, M. A demande l'annulation de cet acte.

Sur les conclusions aux fins de suspension avant-dire droit :

2. Aux termes du deuxième alinéa de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles : " () / Toute réclamation dirigée contre une décision de récupération de l'indu, le dépôt d'une demande de remise ou de réduction de créance ainsi que les recours administratifs et contentieux, y compris en appel, contre les décisions prises sur ces réclamations et demandes ont un caractère suspensif. / () ".

3. En adoptant ces dispositions, le législateur a entendu que l'effet suspensif des recours dirigés contre une décision de récupération d'un indu de revenu de solidarité active s'attache à l'exigibilité de la créance. Il résulte de ces dispositions que l'exercice par M. A du présent recours contentieux à l'encontre de la mise en demeure valant commandement de payer en litige a un effet suspensif. Par suite, il n'y pas lieu de prononcer, avant-dire droit, la suspension de l'acte en litige.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. Aux termes de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles : " Tout paiement indu de revenu de solidarité active est récupéré par l'organisme chargé du service de celui-ci ainsi que, dans les conditions définies au présent article, par les collectivités débitrices du revenu de solidarité active () ".

5. Toutefois, aux termes de l'article L. 741-2 du code de la consommation, " En l'absence de contestation dans les conditions prévues à l'article L. 741-4, le rétablissement personnel sans liquidation judiciaire entraîne l'effacement de toutes les dettes, professionnelles et non professionnelles, du débiteur, arrêtées à la date de la décision de la commission, à l'exception des dettes mentionnées aux articles L. 711-4 et L. 711-5 et des dettes dont le montant a été payé au lieu et place du débiteur par la caution ou le coobligé, personnes physiques. ".

6. M. A fait valoir que la caisse d'allocations familiales n'est plus fondée à solliciter le remboursement de l'indu en litige dès lors que, par décision du 19 décembre 2023 devenue définitive, la commission de surendettement du Cantal a imposé son rétablissement personnel sans liquidation emportant effacement total de ses dettes.

7. Il ressort en effet de cette décision que les mesures de rétablissement personnel sans liquidation judiciaire portent notamment sur la dette de revenu de solidarité active contractée par M. A auprès de la paierie départementale de Seine-et-Marne pour un montant de 7 636,41 euros en litige. Il ne ressort pas des autres pièces du dossier que le rétablissement personnel sans liquidation judiciaire imposé par la commission aurait été contesté dans les conditions prévues à l'article L. 741-4 du code de la consommation. En outre, la dette en litige, prestation gérée et financée par le département, ne peut être regardée, quelle que puisse être son éventuelle origine frauduleuse, comme relevant des exceptions mentionnées à l'article L. 741-2 du code de la consommation précité et, à ce titre, exclues de l'effacement qu'entraîne le rétablissement personnel sans liquidation judiciaire. Par suite, M. A est fondé à soutenir que la dette d'indu de revenu de solidarité active en litige est éteinte en raison de la mesure de rétablissement personnel dont il a fait l'objet.

8. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens soulevés, que M. A est fondé à demander l'annulation de la mise en demeure valant commandement de payer en litige.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

9. L'annulation prononcée au point précédent n'appelle aucune mesure particulière d'exécution, et notamment pas à ce qu'il soit enjoint à l'administration de rétablir M. A dans ses droits au revenu de solidarité active jusqu'au 30 avril 2016. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

10. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées par M. A sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de la loi du 10 juillet 1991.

11. La présente instance n'ayant pas donné lieu à l'exposé de dépens, les conclusions présentées par M. A tendant à mettre à la charge de la caisse d'allocations familiales de Seine-et-Marne les dépens de l'instance ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La mise en demeure valant commandement de payer émise par le département de Seine-et-Marne en vue du recouvrement d'un indu de revenu de solidarité active de 7 636,71 euros pour la période du 1er mars 2014 au 30 avril 2016 est annulée.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au département de Seine-et-Marne et à la caisse d'allocations familiales de Seine-et-Marne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er octobre 2024.

La présidente,

S. BADER-KOZALe greffier,

P. MANNEVEAU

La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 220257AC

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