Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2300806
jeudi 1 octobre 2026
| Juridiction | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| Section | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| N° Dossier | TA63-2300806 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Chambre 2 |
| Avocat requérant | TREINS-POULET-VIAN ET ASSOCIES |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 17 avril 2023, le 3 septembre 2024 et le 11 septembre 2025, Mme Elizabeth Hiegel, représentée par la SCP Treins-Poulet-Vian et associés, Me Poulet, doit être regardée comme demandant au tribunal :
1°) d’annuler l’arrêté du 3 octobre 2022 par lequel la ministre de la culture l’a admise à la retraite pour invalidité non imputable au service ;
2°) d’annuler le titre de pension du 23 octobre 2022 émis par le service des retraites de l’État ;
3°) de condamner l’État à lui verser la somme de 9 815,88 euros en réparation du préjudice subi en raison du fait de l’illégalité fautive du titre de perception émis le 23 novembre 2022 ;
4°) d’enjoindre à la ministre de la culture de l’admettre à faire valoir ses droits à pension de retraite pour invalidité imputable au service à compter du 1er juin 2022 ;
5°) d’enjoindre à la ministre de la culture d’émettre un titre de perception pour invalidité imputable au service assortie d’une rente viagère d’invalidité ;
6°) de mettre à la charge de l’État une somme de 2 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l’arrêté du 3 octobre 2022 est entaché d’incompétence de son auteur ;
- il est entaché d’une erreur de droit, dès lors que la reconnaissance de l’imputabilité au service de l’accident du 16 juin 2016 a fait l’objet d’une décision du 20 décembre 2016 devenue définitive ;
- il est entaché d’une erreur d’appréciation, l’accident du 16 juin 2016 devant être regardé comme imputable au service ;
- le titre de pension est illégal, par voie exception, du fait de l’illégalité de l’arrêté ;
- la responsabilité de l’État doit être engagée en raison de l’illégalité fautive du titre de pension et elle justifie d’un préjudice de 9 815,88 euros.
Par un mémoire en défense, enregistré le 16 mai 2024, la ministre de la culture conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que :
- les conclusions tendant à l’annulation de l’arrêté du 3 octobre 2022 en tant qu’il n’impute pas son invalidité au service sont irrecevables dès lors que cet arrêté ne fait pas grief ;
- les conclusions indemnitaires sont irrecevables dès lors qu’elles ont le même objet que les conclusions pécuniaires tendant à l’annulation de son titre de pension ;
- les moyens soulevés par Mme A... sont inopérants dès lors qu’elle était liée par l’avis conforme défavorable du ministre des finances ;
- les moyens soulevés par Mme A... ne sont pas fondés.
Par un mémoire en défense, enregistré le 8 juillet 2025, la ministre chargée des comptes publics conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que :
- le tribunal administratif de Clermont-Ferrand est territorialement incompétent pour connaître de la requête ;
- les moyens soulevés par Mme A... ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des pensions civiles et militaires ;
- le code général de la fonction publique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. Perraud,
- les conclusions de M. Duvanel, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté du 3 octobre 2022, Mme Elizabeth Hiegel, secrétaire administrative de classe normale du ministère de la culture affectée au sein de la direction régionale des affaires culturelles Auvergne Rhône-Alpes, a été radiée des cadres et admise à faire valoir ses droits à pension de retraite pour invalidité non imputable au service à compter du 1er juin 2022. Le 23 octobre 2022, un titre de pension a été émis par le service des retraites de l’État. Par la présente requête, Mme A... demande l’annulation de cet arrêté et de ce titre, ainsi que la réparation du préjudice subi en raison de l’illégalité fautive de l’arrêté du 3 octobre 2022.
Sur l’exception d’incompétence territoriale :
2. Aux termes de l’article R. 312-12 du code de justice administrative : « Tous les litiges d'ordre individuel, y compris notamment ceux relatifs aux questions pécuniaires, intéressant les fonctionnaires ou agents de l'État et des autres personnes ou collectivités publiques, ainsi que les agents ou employés de la Banque de France, relèvent du tribunal administratif dans le ressort duquel se trouve le lieu d'affectation du fonctionnaire ou agent que la décision attaquée concerne. / (…) Si cette décision prononce une révocation, une admission à la retraite ou toute autre mesure entraînant une cessation d'activité, ou si elle concerne un ancien fonctionnaire ou agent, ou un fonctionnaire ou un agent sans affectation à la date où a été prise la décision attaquée, la compétence est déterminée par le lieu de la dernière affectation de ce fonctionnaire ou agent (…) ». Par ailleurs, aux termes de l’article R. 312-13 du même code : « (…) Pour les autres pensions dont le contentieux relève de la juridiction des tribunaux administratifs, le tribunal compétent est celui dans le ressort duquel se trouve le lieu d'assignation du paiement de la pension ou, à défaut, soit qu'il n'y ait pas de lieu d'assignation, soit que la décision attaquée comporte refus de pension, la résidence du demandeur lors de l'introduction de sa réclamation. ». Enfin, aux termes de l’article R. 342-1 du même code : « Le tribunal administratif saisi d'une demande relevant de sa compétence territoriale est également compétent pour connaître d'une demande connexe à la précédente et relevant normalement de la compétence territoriale d'un autre tribunal administratif. ».
3. La ministre chargée des comptes public fait valoir que la requête est portée devant un tribunal administratif incompétent territorialement pour en connaître dès lors que le tribunal administratif de Limoges est seul compétent pour connaître du litige relatif à l’une des décisions attaquées, à savoir le titre de pension du 17 octobre 2022, en tant que cette pension est payée par le centre de gestion des retraites de Limoges.
4. Il résulte de l’instruction que les litiges soulevés par Mme A... sont relatifs, d’une part, à des décisions individuelles prises par la ministre chargée des comptes publics et la ministre de la culture, d’autre part, à la pension de l’intéressée payée par le centre de gestion des retraites de Limoges. Les conclusions de Mme A... tendant à l’annulation du titre de pension 17 octobre 2022 relèvent en principe de la compétence territoriale du tribunal administratif de Limoges, tandis que celles tendant à l’annulation de l’arrêté du 3 octobre 2022 portant admission à la retraite pour invalidité non imputable au service, pris par l’adjointe au chef du bureau des agents de catégorie B et C du secrétariat général du ministère de la culture relèvent, conformément au lieu de la dernière affectation de Mme A..., de la compétence du tribunal administratif de Clermont-Ferrand. Les décisions contestées ont fait l’objet d’une seule et même requête déposée par Mme A... auprès du tribunal administratif de Clermont-Ferrand. Dès lors, dans l’intérêt d’une bonne administration de la justice et eu égard à la connexité des décisions en litige, la compétence territoriale du tribunal administratif de Clermont-Ferrand peut être retenue, en application des dispositions précitées de l’article R. 342-1 du code de justice administrative, pour statuer sur l’ensemble des demandes susvisées.
Sur les conclusions à fin d’annulation :
En ce qui concerne la légalité de l’arrêté du 3 octobre 2022 portant admission à la retraite non imputable au service :
5. En premier lieu, d’une part, aux termes de l’article L. 29 du code des pensions civiles et militaires de retraite : « Le fonctionnaire civil qui se trouve dans l’incapacité permanente de continuer ses fonctions en raison d’une invalidité ne résultant pas du service et qui n’a pu être reclassé dans un autre corps en application de l’article 63 de la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 précitée peut être radié des cadres par anticipation soit sur sa demande, soit d’office (…) ». Aux termes de l’article L. 31 du même code : « La réalité des infirmités invoquées, la preuve de leur imputabilité au service, le taux d’invalidité qu’elles entraînent, l’incapacité permanente à l’exercice des fonctions sont appréciés par le conseil médical mentionné à l’article L. 28 selon des modalités qui sont fixées par un décret en Conseil d’Etat. / Le pouvoir de décision appartient, dans tous les cas, au ministre dont relève l’agent et au ministre des finances. (…) ». Aux termes de l’article R. 49 bis de ce code : « Dans tous les cas, la décision d’admission à la retraite pour invalidité, prise en application de l’article L. 31, est subordonnée à l’avis conforme du ministre chargé du budget. ».
6. Il résulte de ces dispositions que l’autorité administrative, pour prononcer la radiation d’un fonctionnaire et l’admettre à la retraite pour invalidité, est liée par l’avis conforme émis par le ministre chargé du budget, s’agissant notamment de la reconnaissance du caractère imputable ou non au service des infirmités invoquées, qui n’implique dès lors plus aucune appréciation de circonstances de fait de sa part. Toutefois, le fonctionnaire peut utilement contester à l’appui du recours formé contre la décision de l’autorité administrative prise sur avis conforme le bien-fondé de cet avis, c’est-à-dire l’appréciation portée sur la question de savoir si la mise à la retraite pour inaptitude de l’agent résulte ou non de blessures ou maladies contractées ou aggravées en service.
7. D’autre part, constitue un accident de service un évènement survenu à une date certaine, par le fait ou à l’occasion du service, dont il est résulté une lésion, quelle que soit la date d’apparition de celle-ci. Sauf à ce qu’il soit établi qu’il aurait donné lieu à un comportement ou à des propos excédant l’exercice normal du pouvoir hiérarchique, lequel peut conduire le supérieur hiérarchique à adresser aux agents des recommandations, remarques, reproches ou à prendre à leur encontre des mesures disciplinaires, un entretien entre un agent et son supérieur hiérarchique, ne saurait être regardé comme un événement soudain et violent susceptible d’être qualifié d’accident de service, quels que soient les effets qu’il a pu produire sur l’agent.
8. En l’espèce, à supposer que Mme A... puisse être regardée comme ayant contesté le bien-fondé de l’avis conforme du 2 septembre 2022 du ministre chargé du budget, au terme duquel l’imputabilité au service des infirmités de Mme A... n’est pas retenue, il ressort des pièces du dossier que le 16 juin 2016, Mme A... a été informée par le directeur du pôle architecture et patrimoines de la direction régionale des affaires culturelles Auvergne Rhône-Alpes qu’elle serait affectée au poste de référente des marchés publics sur le site de Clermont-Ferrand. S’il ressort des pièces médicales que cette annonce est à l’origine d’un syndrome anxio-dépressif avec des séquelles thymiques, toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier, ni n’est même établi ou allégué, que les propos tenus lors de cet entretien auraient excédé l’exercice normal du pouvoir hiérarchique. Dès lors, cet entretien ne saurait être qualifié d’accident de service au sens des dispositions citées au point précédent, et ce, quels que soient ses effets sur l’état de santé de Mme A.... Contrairement à ce que soutient la requérante, la reconnaissance par son employeur de l’imputabilité au service de l’accident du 16 juin 2016 par une décision du 20 décembre 2016, prise pour l’application du 1° de l’article L. 822-21 du code général de la fonction publique, ne lui ouvre, par elle-même, aucun droit à bénéficier d’une décision d’admission à la retraite pour maladie imputable au service. Dans ces conditions, en admettant l’intéressée à la retraite pour invalidité non imputable au service, le ministre de la culture n’a pas fait une inexacte application des dispositions précitées.
9. En second lieu, il résulte de ce qui a été dit au point 6 du présent jugement que les autres moyens invoqués par Mme A... au soutien de ses conclusions tendant à l’annulation de l’arrêté du 3 octobre 2022, tels que susvisés, doivent être écartés comme inopérants.
En ce qui concerne la légalité du titre de pension du 23 octobre 2022 :
10. Il résulte de ce qui a été précédemment exposé sur la légalité de l’arrêté du 3 octobre 2022 que la requérante n’est, en tout état de cause, pas fondée à exciper de son illégalité à l’appui de sa contestation du titre de pension.
Sur les conclusions indemnitaires :
11. Les conclusions à fin d’annulation de l’arrêté du 3 octobre 2022 étant rejetées, les conclusions aux fins d’indemnisation du préjudice en résultant sont également rejetées par voie de conséquence.
12. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu’il soit besoin d’examiner les fins de non‑recevoir opposées en défense, que la requête de Mme A... doit être rejetée en toutes ses conclusions, y compris celles présentées au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A... est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme Elizabeth Hiegel, à la ministre de la culture et au ministre de l'action et des comptes publics.
Délibéré après l'audience du 17 septembre 2026, à laquelle siégeaient :
Mme Bentéjac, présidente,
M. Perraud, conseiller,
Mme Brasset, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er octobre 2026.
Le rapporteur,
G. PERRAUD
La présidente,
C. BENTÉJAC
La greffière,
C. PETIT
La République mande et ordonne à la ministre de la culture et au ministre de l’action et des comptes publics en ce qui les concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 17 avril 2023, le 3 septembre 2024 et le 11 septembre 2025, Mme Elizabeth Hiegel, représentée par la SCP Treins-Poulet-Vian et associés, Me Poulet, doit être regardée comme demandant au tribunal :
1°) d’annuler l’arrêté du 3 octobre 2022 par lequel la ministre de la culture l’a admise à la retraite pour invalidité non imputable au service ;
2°) d’annuler le titre de pension du 23 octobre 2022 émis par le service des retraites de l’État ;
3°) de condamner l’État à lui verser la somme de 9 815,88 euros en réparation du préjudice subi en raison du fait de l’illégalité fautive du titre de perception émis le 23 novembre 2022 ;
4°) d’enjoindre à la ministre de la culture de l’admettre à faire valoir ses droits à pension de retraite pour invalidité imputable au service à compter du 1er juin 2022 ;
5°) d’enjoindre à la ministre de la culture d’émettre un titre de perception pour invalidité imputable au service assortie d’une rente viagère d’invalidité ;
6°) de mettre à la charge de l’État une somme de 2 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l’arrêté du 3 octobre 2022 est entaché d’incompétence de son auteur ;
- il est entaché d’une erreur de droit, dès lors que la reconnaissance de l’imputabilité au service de l’accident du 16 juin 2016 a fait l’objet d’une décision du 20 décembre 2016 devenue définitive ;
- il est entaché d’une erreur d’appréciation, l’accident du 16 juin 2016 devant être regardé comme imputable au service ;
- le titre de pension est illégal, par voie exception, du fait de l’illégalité de l’arrêté ;
- la responsabilité de l’État doit être engagée en raison de l’illégalité fautive du titre de pension et elle justifie d’un préjudice de 9 815,88 euros.
Par un mémoire en défense, enregistré le 16 mai 2024, la ministre de la culture conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que :
- les conclusions tendant à l’annulation de l’arrêté du 3 octobre 2022 en tant qu’il n’impute pas son invalidité au service sont irrecevables dès lors que cet arrêté ne fait pas grief ;
- les conclusions indemnitaires sont irrecevables dès lors qu’elles ont le même objet que les conclusions pécuniaires tendant à l’annulation de son titre de pension ;
- les moyens soulevés par Mme A... sont inopérants dès lors qu’elle était liée par l’avis conforme défavorable du ministre des finances ;
- les moyens soulevés par Mme A... ne sont pas fondés.
Par un mémoire en défense, enregistré le 8 juillet 2025, la ministre chargée des comptes publics conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que :
- le tribunal administratif de Clermont-Ferrand est territorialement incompétent pour connaître de la requête ;
- les moyens soulevés par Mme A... ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des pensions civiles et militaires ;
- le code général de la fonction publique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. Perraud,
- les conclusions de M. Duvanel, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté du 3 octobre 2022, Mme Elizabeth Hiegel, secrétaire administrative de classe normale du ministère de la culture affectée au sein de la direction régionale des affaires culturelles Auvergne Rhône-Alpes, a été radiée des cadres et admise à faire valoir ses droits à pension de retraite pour invalidité non imputable au service à compter du 1er juin 2022. Le 23 octobre 2022, un titre de pension a été émis par le service des retraites de l’État. Par la présente requête, Mme A... demande l’annulation de cet arrêté et de ce titre, ainsi que la réparation du préjudice subi en raison de l’illégalité fautive de l’arrêté du 3 octobre 2022.
Sur l’exception d’incompétence territoriale :
2. Aux termes de l’article R. 312-12 du code de justice administrative : « Tous les litiges d'ordre individuel, y compris notamment ceux relatifs aux questions pécuniaires, intéressant les fonctionnaires ou agents de l'État et des autres personnes ou collectivités publiques, ainsi que les agents ou employés de la Banque de France, relèvent du tribunal administratif dans le ressort duquel se trouve le lieu d'affectation du fonctionnaire ou agent que la décision attaquée concerne. / (…) Si cette décision prononce une révocation, une admission à la retraite ou toute autre mesure entraînant une cessation d'activité, ou si elle concerne un ancien fonctionnaire ou agent, ou un fonctionnaire ou un agent sans affectation à la date où a été prise la décision attaquée, la compétence est déterminée par le lieu de la dernière affectation de ce fonctionnaire ou agent (…) ». Par ailleurs, aux termes de l’article R. 312-13 du même code : « (…) Pour les autres pensions dont le contentieux relève de la juridiction des tribunaux administratifs, le tribunal compétent est celui dans le ressort duquel se trouve le lieu d'assignation du paiement de la pension ou, à défaut, soit qu'il n'y ait pas de lieu d'assignation, soit que la décision attaquée comporte refus de pension, la résidence du demandeur lors de l'introduction de sa réclamation. ». Enfin, aux termes de l’article R. 342-1 du même code : « Le tribunal administratif saisi d'une demande relevant de sa compétence territoriale est également compétent pour connaître d'une demande connexe à la précédente et relevant normalement de la compétence territoriale d'un autre tribunal administratif. ».
3. La ministre chargée des comptes public fait valoir que la requête est portée devant un tribunal administratif incompétent territorialement pour en connaître dès lors que le tribunal administratif de Limoges est seul compétent pour connaître du litige relatif à l’une des décisions attaquées, à savoir le titre de pension du 17 octobre 2022, en tant que cette pension est payée par le centre de gestion des retraites de Limoges.
4. Il résulte de l’instruction que les litiges soulevés par Mme A... sont relatifs, d’une part, à des décisions individuelles prises par la ministre chargée des comptes publics et la ministre de la culture, d’autre part, à la pension de l’intéressée payée par le centre de gestion des retraites de Limoges. Les conclusions de Mme A... tendant à l’annulation du titre de pension 17 octobre 2022 relèvent en principe de la compétence territoriale du tribunal administratif de Limoges, tandis que celles tendant à l’annulation de l’arrêté du 3 octobre 2022 portant admission à la retraite pour invalidité non imputable au service, pris par l’adjointe au chef du bureau des agents de catégorie B et C du secrétariat général du ministère de la culture relèvent, conformément au lieu de la dernière affectation de Mme A..., de la compétence du tribunal administratif de Clermont-Ferrand. Les décisions contestées ont fait l’objet d’une seule et même requête déposée par Mme A... auprès du tribunal administratif de Clermont-Ferrand. Dès lors, dans l’intérêt d’une bonne administration de la justice et eu égard à la connexité des décisions en litige, la compétence territoriale du tribunal administratif de Clermont-Ferrand peut être retenue, en application des dispositions précitées de l’article R. 342-1 du code de justice administrative, pour statuer sur l’ensemble des demandes susvisées.
Sur les conclusions à fin d’annulation :
En ce qui concerne la légalité de l’arrêté du 3 octobre 2022 portant admission à la retraite non imputable au service :
5. En premier lieu, d’une part, aux termes de l’article L. 29 du code des pensions civiles et militaires de retraite : « Le fonctionnaire civil qui se trouve dans l’incapacité permanente de continuer ses fonctions en raison d’une invalidité ne résultant pas du service et qui n’a pu être reclassé dans un autre corps en application de l’article 63 de la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 précitée peut être radié des cadres par anticipation soit sur sa demande, soit d’office (…) ». Aux termes de l’article L. 31 du même code : « La réalité des infirmités invoquées, la preuve de leur imputabilité au service, le taux d’invalidité qu’elles entraînent, l’incapacité permanente à l’exercice des fonctions sont appréciés par le conseil médical mentionné à l’article L. 28 selon des modalités qui sont fixées par un décret en Conseil d’Etat. / Le pouvoir de décision appartient, dans tous les cas, au ministre dont relève l’agent et au ministre des finances. (…) ». Aux termes de l’article R. 49 bis de ce code : « Dans tous les cas, la décision d’admission à la retraite pour invalidité, prise en application de l’article L. 31, est subordonnée à l’avis conforme du ministre chargé du budget. ».
6. Il résulte de ces dispositions que l’autorité administrative, pour prononcer la radiation d’un fonctionnaire et l’admettre à la retraite pour invalidité, est liée par l’avis conforme émis par le ministre chargé du budget, s’agissant notamment de la reconnaissance du caractère imputable ou non au service des infirmités invoquées, qui n’implique dès lors plus aucune appréciation de circonstances de fait de sa part. Toutefois, le fonctionnaire peut utilement contester à l’appui du recours formé contre la décision de l’autorité administrative prise sur avis conforme le bien-fondé de cet avis, c’est-à-dire l’appréciation portée sur la question de savoir si la mise à la retraite pour inaptitude de l’agent résulte ou non de blessures ou maladies contractées ou aggravées en service.
7. D’autre part, constitue un accident de service un évènement survenu à une date certaine, par le fait ou à l’occasion du service, dont il est résulté une lésion, quelle que soit la date d’apparition de celle-ci. Sauf à ce qu’il soit établi qu’il aurait donné lieu à un comportement ou à des propos excédant l’exercice normal du pouvoir hiérarchique, lequel peut conduire le supérieur hiérarchique à adresser aux agents des recommandations, remarques, reproches ou à prendre à leur encontre des mesures disciplinaires, un entretien entre un agent et son supérieur hiérarchique, ne saurait être regardé comme un événement soudain et violent susceptible d’être qualifié d’accident de service, quels que soient les effets qu’il a pu produire sur l’agent.
8. En l’espèce, à supposer que Mme A... puisse être regardée comme ayant contesté le bien-fondé de l’avis conforme du 2 septembre 2022 du ministre chargé du budget, au terme duquel l’imputabilité au service des infirmités de Mme A... n’est pas retenue, il ressort des pièces du dossier que le 16 juin 2016, Mme A... a été informée par le directeur du pôle architecture et patrimoines de la direction régionale des affaires culturelles Auvergne Rhône-Alpes qu’elle serait affectée au poste de référente des marchés publics sur le site de Clermont-Ferrand. S’il ressort des pièces médicales que cette annonce est à l’origine d’un syndrome anxio-dépressif avec des séquelles thymiques, toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier, ni n’est même établi ou allégué, que les propos tenus lors de cet entretien auraient excédé l’exercice normal du pouvoir hiérarchique. Dès lors, cet entretien ne saurait être qualifié d’accident de service au sens des dispositions citées au point précédent, et ce, quels que soient ses effets sur l’état de santé de Mme A.... Contrairement à ce que soutient la requérante, la reconnaissance par son employeur de l’imputabilité au service de l’accident du 16 juin 2016 par une décision du 20 décembre 2016, prise pour l’application du 1° de l’article L. 822-21 du code général de la fonction publique, ne lui ouvre, par elle-même, aucun droit à bénéficier d’une décision d’admission à la retraite pour maladie imputable au service. Dans ces conditions, en admettant l’intéressée à la retraite pour invalidité non imputable au service, le ministre de la culture n’a pas fait une inexacte application des dispositions précitées.
9. En second lieu, il résulte de ce qui a été dit au point 6 du présent jugement que les autres moyens invoqués par Mme A... au soutien de ses conclusions tendant à l’annulation de l’arrêté du 3 octobre 2022, tels que susvisés, doivent être écartés comme inopérants.
En ce qui concerne la légalité du titre de pension du 23 octobre 2022 :
10. Il résulte de ce qui a été précédemment exposé sur la légalité de l’arrêté du 3 octobre 2022 que la requérante n’est, en tout état de cause, pas fondée à exciper de son illégalité à l’appui de sa contestation du titre de pension.
Sur les conclusions indemnitaires :
11. Les conclusions à fin d’annulation de l’arrêté du 3 octobre 2022 étant rejetées, les conclusions aux fins d’indemnisation du préjudice en résultant sont également rejetées par voie de conséquence.
12. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu’il soit besoin d’examiner les fins de non‑recevoir opposées en défense, que la requête de Mme A... doit être rejetée en toutes ses conclusions, y compris celles présentées au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A... est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme Elizabeth Hiegel, à la ministre de la culture et au ministre de l'action et des comptes publics.
Délibéré après l'audience du 17 septembre 2026, à laquelle siégeaient :
Mme Bentéjac, présidente,
M. Perraud, conseiller,
Mme Brasset, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er octobre 2026.
Le rapporteur,
G. PERRAUD
La présidente,
C. BENTÉJAC
La greffière,
C. PETIT
La République mande et ordonne à la ministre de la culture et au ministre de l’action et des comptes publics en ce qui les concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
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