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Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2300986

jeudi 1 octobre 2026

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2300986
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationChambre 2

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 15 mai 2023 et le 9 août 2023, M. B... A... doit être regardé comme demandant au tribunal :

1°) d’annuler la décision du 22 novembre 2022 par laquelle le directeur départemental des territoires de l’Allier lui a notifié l’indemnité de fonctions, de sujétions et d’expertise au titre de l’année 2022 d’un montant de 15 020,25 euros en tant qu’elle révèle le classement de son poste au sein du groupe de fonctions 3 du régime indemnitaire tenant compte des fonctions, des sujétions, de l'expertise et de l'engagement professionnel (RIFSEEP) des agents du corps des ingénieurs des travaux publics de l’État et en tant qu’elle ne lui attribue pas la majoration de 1 900 euros prévue pour les ingénieurs des travaux publics de l’État dépassant le 6e échelon du 1er niveau de leur grade ;

2°) d’enjoindre au directeur départemental des territoires de l’Allier de classer son poste dans le sous-groupe de fonctions 2.2 du RIFSEEP des agents du corps des ingénieurs des travaux publics de l’État tel que défini par la note de gestion du 26 juillet 2022 et de recalculer son indemnité de fonctions, de sujétions et d'expertise en lui attribuant la majoration de 1 900 euros prévue pour les ingénieurs des travaux publics de l’État dépassant le 6e échelon du 1er niveau de leur grade, dans un délai d’un mois à compter du présent jugement et en appliquant à la somme due par l’administration la capitalisation des intérêts au taux légal.

Il soutient que :
- la décision du 22 novembre 2022 a été prise au terme d’une procédure irrégulière faute d’avoir été précédée de l’information du comité technique ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation au regard des critères fixés par la note de gestion du 26 juillet 2022, dès lors que son poste, adjoint à la cheffe du service logement et construction durable, correspond aux critères du sous-groupe de fonctions 2.2, comme en témoignent l’organigramme de la direction départementale des territoires, l’arrêté de subdélégation de signature, sa fiche de poste et la circonstance qu’il participe aux astreintes de direction ;
- elle est illégale en tant qu’elle ne lui attribue pas la majoration de 1 900 euros prévue par la note de gestion pour les ingénieurs des travaux publics de l’État (ITPE) ayant dépassé le 6ème niveau de leur grade, dès lors qu’il a lui-même atteint le 8ème échelon ;
- elle entraîne une rupture d’égalité de traitement entre les ingénieurs des travaux publics de l’État ayant atteint le 6ème échelon de ce grade après le 1er janvier 2022 et ceux l’ayant atteint avant le 1er janvier 2022.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 juillet 2023, la préfète de l'Allier conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :
• s’agissant de la cotation dans le groupe de fonctions 2.2, celle-ci a fait l’objet d’une acceptation de l’autorité de gestion qui est en cours de formalisation ;
• la demande de réévaluation du montant d’ISFE au titre de l’année 2022 n’est pas fondée.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code général de la fonction publique ;
- le décret n°2014-513 du 20 mai 2014 portant création d'un régime indemnitaire tenant compte des fonctions, des sujétions, de l'expertise et de l'engagement professionnel (RIFSEEP) dans la fonction publique de l'État ;
- l’arrêté du 5 novembre 2021 portant application au corps des ingénieurs des travaux publics de l’État et aux emplois d’ingénieur en chef des travaux publics de l’État du 1er groupe et du 2e groupe des dispositions du décret n° 2014-513 du 20 mai 2014 ;
- la note de gestion du 26 juillet 2022 relative à la mise en œuvre du RIFSEEP pour les agents du ministère de la transition écologique et de la cohésion des territoires et du ministère de la transition énergétique ;
- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. Perraud,
- les conclusions de M. Duvanel, rapporteur public.


Considérant ce qui suit :


1. M. B... A... est titulaire du premier grade du corps des ingénieurs des travaux publics de l’État (ITPE) et est affecté à la direction départementale des territoires de l’Allier sur le poste d’adjoint à la cheffe du service du logement et de la construction durable. Par une décision du 22 novembre 2022, le directeur départemental des territoires de l’Allier a notifié à M. A... le classement de son poste au sein du groupe de fonctions 3 du régime indemnitaire tenant compte des fonctions, des sujétions, de l'expertise et de l'engagement professionnel dans la fonction publique de l'État (RIFSEEP) du corps des ingénieurs des travaux publics de l’État tel que défini par la note de gestion ministérielle du 26 juillet 2022, ainsi que le montant de son indemnité de fonctions, de sujétions et d'expertise au titre de l’année 2022 à 15 020,25 euros, sans lui attribuer la majoration prévue par cette note de gestion pour les ingénieurs des travaux publics de l’État ayant atteint le 6ème échelon du premier grade. Par la présente requête, M. A... demande l’annulation de cette décision, ensemble la décision rejetant son recours gracieux formé le 16 janvier 2023.

Sur les conclusions à fin d’annulation :

En ce qui concerne la légalité de la décision du 22 novembre 2022 en tant qu’elle classe le poste occupé par M. A... dans le groupe de fonctions 3 du RIFSEEP des agents du corps des ingénieurs des travaux publics de l’État :

2. D’une part, aux termes de l’article 1er du décret du 20 mai 2014 susvisé : « Les fonctionnaires relevant de la loi du 11 janvier 1984 susvisée peuvent bénéficier, d'une part, d'une indemnité de fonctions, de sujétions et d'expertise et, d'autre part, d'un complément indemnitaire annuel lié à l'engagement professionnel et à la manière de servir, dans les conditions fixées par le présent décret. / Des arrêtés du ministre chargé de la fonction publique, du ministre chargé du budget et, le cas échéant, du ministre intéressé désignent, après avis du comité technique compétent ou du Conseil supérieur de la fonction publique de l'État, des corps et emplois bénéficiant de l'indemnité de fonctions, de sujétions et d'expertise et, le cas échéant, du complément indemnitaire annuel mentionné à l'alinéa précédent. (…) ». Aux termes de l’article 2 de ce même décret : « Le montant de l'indemnité de fonctions, de sujétions et d'expertise est fixé selon le niveau de responsabilité et d'expertise requis dans l'exercice des fonctions. / Les fonctions occupées par les fonctionnaires d'un même corps ou statut d'emploi sont réparties au sein de différents groupes au regard des critères professionnels suivants : / 1° Fonctions d'encadrement, de coordination, de pilotage ou de conception ; / 2° Technicité, expertise, expérience ou qualification nécessaire à l'exercice des fonctions ; / 3° Sujétions particulières ou degré d'exposition du poste au regard de son environnement professionnel. / Le nombre de groupes de fonctions est fixé pour chaque corps ou statut d'emploi par arrêté du ministre chargé de la fonction publique et du ministre chargé du budget et, le cas échéant, du ministre intéressé. / Ce même arrêté fixe les montants minimaux par grade et statut d'emplois, les montants maximaux afférents à chaque groupe de fonctions et les montants maximaux applicables aux agents logés par nécessité de service. (…) ». Aux termes de l’article 3 du même décret : « Le montant de l'indemnité de fonctions, de sujétions et d'expertise fait l'objet d'un réexamen : / 1° En cas de changement de fonctions ; / 2° Au moins tous les quatre ans, en l'absence de changement de fonctions et au vu de l'expérience acquise par l'agent ; / 3° En cas de changement de grade à la suite d'une promotion. »

3. D’autre part, aux termes de l’article 1er de l’arrêté du 5 novembre 2021 portant application au corps des ingénieurs des travaux publics de l'État et aux emplois d'ingénieur en chef des travaux publics de l'État du 1er groupe et du 2ème groupe des dispositions du décret du 20 mai 2014 susvisé : « Le corps des ingénieurs des travaux publics de l'État et les emplois d'ingénieur en chef des travaux publics de l'État du 1er groupe et du 2ème groupe régis par les décrets du 30 mai 2005 susvisés bénéficient des dispositions du décret du 20 mai 2014 susvisé. »

4. Par ailleurs, aux termes de l’annexe 4.3 de la note de gestion du 26 juillet 2022, concernant le corps des ingénieurs des travaux publics de l’État affectés en direction départementale des territoires, le sous-groupe 2.1 correspond aux fonctions de « chef d’une structure N-1 (ex : service) éligible à un emploi fonctionnel ou à forte exposition », le sous-groupe 2.2 aux fonctions de « chef d’une autre structure N-1 », d’ « adjoint au chef de structure N-1 en G2.1 » et de « chargé de projet/mission à forte exposition », et le groupe 3 aux fonctions d’ « adjoint d’un autre chef d’une structure N-1 (ex : mission) », de « responsable d’autre structure à forte exposition (ex : unité) » et aux « autres fonctions avec forte expertise (dont autres chargés de mission rattachés au niveau N-1 ».

5. Il ressort des pièces du dossier, en particulier de l’organigramme de la direction départementale des territoires de l’Allier et de la fiche de poste de M. A..., que ce dernier occupe un poste d’adjoint à la cheffe du service du logement et de la construction durable au sein de la direction départementale des territoires de l’Allier. Un tel poste relève des fonctions d’adjoint au chef de structure N-1 en G2.1, du sous-groupe 2.2 du RIFSEEP des agents du corps des ingénieurs des travaux publics de l’État au sens de la note de gestion du 26 juillet 2022, comme l’admet d’ailleurs en défense la préfète de l’Allier, qui produit une fiche indemnitaire de la directrice du secrétariat général commun du ministère de la transition écologique et de la cohésion des territoires du 24 mai 2023, postérieure à la décision attaquée, classant le poste occupé par M. A... dans le sous-groupe de fonctions 2.2. Toutefois, dès lors que la préfète de l’Allier ne produit aucune décision rectificative notifiant à M. A... le classement de son poste au sein du sous-groupe de fonctions 2.2 du RIFSEEP des agents du corps des ingénieurs des travaux publics de l’État, avec effet rétroactif au 1er janvier 2022, M. A... est fondé à soutenir que la décision du 22 novembre 2022 est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation en tant qu’elle classe son poste au sein du groupe de fonctions 3 du RIFSEEP des agents du corps des ingénieurs des travaux publics de l’État.

En ce qui concerne la légalité de la décision du 22 novembre 2022 en tant qu’elle n’attribue pas la majoration de 1 900 euros prévue pour les ingénieurs des travaux publics de l’État dépassant le 6e échelon du 1er niveau de leur grade :

6. Si M. A... se prévaut de ce que la note de gestion du 26 juillet 2022 relative à la mise en œuvre RIFSEEP pour les agents du ministère de la transition écologique et de la cohésion des territoires et du ministère de la transition énergétique prévoit, dans son annexe 4.3 relative aux « Grilles des groupes de fonctions et barème de gestion de l’IFSE hors compléments IFSE », une majoration d’un montant de 1 900 euros, notamment lors d’un avancement au grade des ingénieurs des travaux publics de l’État, cette note prévoit également que ce nouveau dispositif prend effet le 1er janvier 2022. Or, M. A... qui a bénéficié d’un avancement au grade d’ingénieur des travaux publics de l’État avec un reclassement au 6ème échelon le 16 novembre 2009, soit antérieurement au 1er janvier 2022, n’est pas fondé à soutenir qu’il aurait dû bénéficier, au titre de l’année 2022, de la majoration prévue pour les ingénieurs des travaux publics de l’État ayant atteint le 6ème échelon du 1er niveau de leur grade. Il ne se trouve ainsi pas placé dans la même situation que les ingénieurs de son corps promus postérieurement au 1er janvier 2022. Par suite, il ne peut utilement soutenir que l’administration aurait méconnu le principe d’égalité de traitement entre fonctionnaires d’un même corps.

7. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu’il soit besoin d’examiner les autres moyens de la requête, que M. A... est seulement fondé à demander l’annulation de la décision du 22 novembre 2022 en tant qu’elle classe le poste de M. A... au sein du groupe de fonctions 3 au lieu du sous-groupe de fonctions 2.2 du RIFSEEP des agents du corps des ingénieurs des travaux publics de l’État, ainsi que, dans cette même mesure, la décision rejetant son recours gracieux formé le 16 janvier 2023.

Sur les conclusions à fin d’injonction :

8. Compte tenu du moyen d’annulation retenu, l’exécution du présent jugement implique seulement que le directeur des territoires de l’Allier prenne une décision notifiant à M. A... le classement de son poste au sein du sous-groupe de fonctions 2.2 du RIFSEEP des agents du corps des ingénieurs des travaux publics de l’État, avec effet rétroactif au 1er janvier 2022.


D E C I D E :


Article 1er : La décision du 22 novembre 2022 est annulée en tant qu’elle classe le poste d’adjoint au chef du logement et de la construction durable au sein de la direction départementale des territoires de l’Allier au sein du groupe de fonctions 3 du régime indemnitaire tenant compte des fonctions, des sujétions, de l’expertise et de l’engagement professionnel (RIFSEEP) des agents du corps des ingénieurs des travaux publics de l’État. La décision rejetant le recours gracieux formé le 16 janvier 2023 est annulée dans cette même mesure.

Article 2 : Il est enjoint au directeur départemental des territoires de l’Allier de prendre une décision notifiant à M. A... le classement de son poste au sein du sous-groupe de fonctions 2.2 du régime indemnitaire tenant compte des fonctions, des sujétions, de l’expertise et de l’engagement professionnel (RIFSEEP) des agents du corps des ingénieurs des travaux publics de l’État, avec effet au 1er janvier 2022.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B... A... et à la ministre de la transition écologique, de la biodiversité et des négociations internationales sur le climat et la nature.

Copie en sera adressée à la préfète de l’Allier.


Délibéré après l'audience du 17 septembre 2026, à laquelle siégeaient :

Mme Bentéjac, présidente,
M. Perraud, conseiller,
Mme Brasset, conseillère.


Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er octobre 2026.


Le rapporteur,





G. PERRAUD







La présidente,





C. BENTÉJAC
La greffière,




C. PETIT


La République mande et ordonne à la ministre de la transition écologique, de la biodiversité et des négociations internationales sur le climat et la nature en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.