Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2301137

jeudi 1 octobre 2026

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2301137
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationChambre 2
Avocat requérantSELAFA CABINET CASSEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance n° 2303446 du 30 mai 2023, le tribunal administratif de Lyon a renvoyé le dossier de la requête de Mme C... B....

Par une requête, enregistrée le 27 avril 2023, au greffe du tribunal administratif de Lyon, Mme C... B..., agissant en qualité de dirigeante de la société Terroirs et chansons, représentée par la SELAFA Cabinet Cassel, demande au tribunal :

1°) d’annuler le titre de perception n° ADCE 222600048558 émis le 5 juillet 2022 à son encontre par le directeur régional des finances publiques d’Auvergne Rhône-Alpes portant demande de remboursement de la somme de 1 623 euros correspondant à un trop perçu d’aide attribuée au titre du mois de février 2021 dans le cadre du fonds de solidarité institué à destination des entreprises particulièrement touchées par les conséquences économiques et financières de la propagation de l’épidémie de covid-19, ensemble la décision du directeur régional des finances publiques d’Auvergne Rhône-Alpes rejetant implicitement sa réclamation préalable formée contre ce titre de perception ;

2°) de la décharger du paiement de cette somme ;

3°) de mettre à la charge de l’État la somme de 3 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :
- les décisions attaquées sont entachées d’incompétence ;
- le titre n’est pas signé en méconnaissance de l’article L. 212-1 du code des relations entre le public et l’administration ;
- il méconnaît les dispositions du décret n° 2020-371 du 30 mars 2020 dès lors que son activité remplissait les conditions prévues par ce décret, qu’elle a subi les effets du confinement du fait notamment de l’interdiction faite aux bars et aux restaurants d’accueillir du public et a subi une perte de chiffre d’affaires importante sur la période en litige alors qu’elle n’avait pas été informée de ce que les pensions de retraite devaient être prises en compte ;
- les décisions sont illégales dès lors qu’elles ont pour effet de retirer une décision créatrice de droit plus de quatre mois après son édiction.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 août 2023, la direction départementale des finances publiques du Puy-de-Dôme conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu l’ensemble des pièces du dossier ;

Vu :
- le code des relations entre le public et l’administration ;
- la loi n° 2010-1658 du 29 décembre 2010 ;
- l’ordonnance n° 2020-317 du 25 mars 2020 portant création d'un fonds de solidarité à destination des entreprises particulièrement touchées par les conséquences économiques, financières et sociales de la propagation de l'épidémie de covid-19 et des mesures prises pour limiter cette propagation ;
- le décret n° 2020-371 du 30 mars 2020 relatif aux fonds de solidarité à destination des entreprises particulièrement touchées par les conséquences économiques, financières et sociales de la propagation de l’épidémie de covid-19 et des mesures prises pour limiter cette propagation ;
- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Bentéjac ;
- et les conclusions de M. Duvanel, rapporteur public.


Considérant ce qui suit :

1. Mme B... est présidente de la société par actions simplifiée unipersonnelle (SASU) « Terroirs et chansons » qui exploite un établissement de débit de boissons sous l’enseigne « Chez Babette - L’Après-Ciné ». Mme B... a sollicité pour le compte de cette société les aides du fonds de solidarité à destination des entreprises particulièrement touchées par les conséquences économiques et financières de la propagation de l’épidémie de covid-19 pour les mois de mars à décembre 2020 et pour les mois de janvier à mai 2021. À la suite d’un contrôle, le 5 juillet 2022, le directeur régional des finances publiques d’Auvergne-Rhône-Alpes a émis, le même jour, plusieurs titres de perception afin de recouvrer une partie de l’aide attribuée. Par la présente requête, Mme B... demande au tribunal d’annuler le titre de perception émis à son encontre le 5 juillet 2022 afin de recouvrer la somme de 1 623 euros correspondant à l’aide perçue au titre du mois de février 2021 ainsi que la décision implicite par laquelle le directeur régional des finances publiques d’Auvergne-Rhône-Alpes a rejeté son recours préalable obligatoire.

Sur les conclusions dirigées contre la décision implicite de rejet du recours préalable obligatoire :

2. La décision par laquelle l’administration a rejeté le recours préalable obligatoire formé par Mme B... contre le titre de perception émis le 5 juillet 2022 a pour seul effet de lier le contentieux à l’égard de l’objet de sa demande et ne se substitue pas au titre de perception attaqué. Ainsi, les vices propres dont cette décision serait le cas échéant entachée sont sans incidence sur la solution du litige. Il s’en suit que les conclusions de la requête tendant à l’annulation de cette décision, par laquelle l’administration a statué sur la réclamation de la requérante ne peuvent qu’être rejetées.

Sur les conclusions dirigées contre le titre de perception :

En ce qui concerne la régularité de ce titre :

3. En premier lieu, aux termes de l’article L. 212-1 du code des relations entre le public et l’administration : « Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci ». Le V de l’article 55 de la loi du 29 décembre 2010 de finances rectificatives pour 2010 prévoit que pour l’application de ces dispositions « aux titres de perception délivrés par l'État en application de l'article L. 252 A du livre des procédures fiscales, afférents aux créances de l'État ou à celles qu'il est chargé de recouvrer pour le compte de tiers, la signature figure sur un état revêtu de la formule exécutoire, produit en cas de contestation ».

4. Il résulte de ces dispositions, d’une part, que le titre de perception individuel délivré par l’État doit mentionner les nom, prénom et qualité de l’auteur de cette décision, et d’autre part, qu’il appartient à l’autorité administrative de justifier, en cas de contestation, que l’état revêtu de la formule exécutoire comporte la signature de cet auteur. Ces dispositions n’imposent pas de faire figurer sur cet état les nom, prénom et qualité du signataire. Les nom, prénom et qualité de la personne ayant signé l’état revêtu de la formule exécutoire doivent, en revanche, être mentionnés sur le titre de perception, de même que sur l’ampliation adressée au redevable.

5. L’état récapitulatif des créances pour mise en recouvrement en date du 5 juillet 2022 qui comporte la référence du titre de perception émis à l’encontre de la SASU « Terroirs et chansons » est signé pour l’ordonnateur et par délégation par Mme D... A..., inspectrice divisionnaire hors classe des finances publiques, dont la signature figure sur cet état récapitulatif. Par suite, le moyen tiré de l’irrégularité du titre de recettes en litige doit être écarté.

6. En deuxième lieu, par une décision de délégations spéciales d’ordonnateur secondaire DS-PPR/CSP n° 2021-30 en date du 1er septembre 2021, régulièrement publiée le 15 septembre 2021 au recueil des actes administratifs de la préfecture du Puy-de-Dôme n° 63- 2021-111, Mme D... A..., cheffe du centre de services partagés recettes non fiscales Chorus bloc 3, a reçu délégation à l'effet de signer, au nom de l’ordonnateur, les états récapitulatifs de créances et de valider les titres de recettes. Ainsi, le moyen tiré de l’incompétence de l’ordonnateur du titre de perception litigieux manque en fait.

En ce qui concerne le bien-fondé de ces titres :

7. Aux termes de l’article 3-22 du décret n° 2020-371 applicable : « I.-A.-Les entreprises mentionnées à l'article 1er du présent décret, n'ayant pas fait l'objet d'un arrêté pris par le préfet de département ordonnant la fermeture de l'entreprise en application du troisième alinéa de l'article 29 du décret du 29 octobre 2020 susvisé, bénéficient d'aides financières prenant la forme de subventions destinées à compenser la perte de chiffre d'affaires subie au cours du mois de février 2021, lorsqu'elles remplissent les conditions suivantes : (…) E.-Pour les personnes physiques ayant bénéficié d'une ou de plusieurs pensions de retraite ou d'indemnités journalières de sécurité sociale et les personnes morales dont le dirigeant majoritaire a bénéficié de telles pensions ou indemnités, le montant de la subvention accordée est réduit du montant des pensions de retraite et des indemnités journalières perçues ou à percevoir au titre du mois de février 2021.(…) ».

8. Il résulte de l’instruction que l’aide versée à la société requérante l’a été sur la base des éléments déclaratifs communiqués à l’administration par elle. Lors de l’examen a posteriori des demandes d’aide déposées par la société, l’administration, ayant connaissance du fait que Mme B... avait perçu des pensions de retraite d’un montant de 1 053 euros au titre du mois de février 2021, a déduit cette somme du montant de l’aide versée. En outre, le chiffre d’affaires moyen de l’année de référence déclaré toutes taxes comprises par la société a été ramené en chiffre d’affaires hors taxe et une reprise de 570 euros correspondant au montant de la taxe sur la valeur ajoutée a été effectuée par l’administration. La requérante qui ne conteste pas avoir perçu une telle pension ne peut utilement soutenir qu’elle n’avait pas été informée de la possibilité d’une telle déduction de sa pension de retraite ou de ce que, en réponse à son courriel du 20 janvier 2021, le chiffre d’affaires de référence devait s’entendre en chiffres d’affaires hors taxes.

9. Il résulte enfin des dispositions du II de l’article 3-1 de l’ordonnance n° 2020-317 du 25 mars 2020 que, si les aides sont versées sur la base d’éléments déclaratifs, les agents de la direction générale des finances publiques et les agents publics affectés dans les services déconcentrés des administrations civiles de l’Etat peuvent, dans un délai de cinq ans à compter de la date de versement de l’aide, demander à tout bénéficiaire de justifier de son éligibilité et du correct montant de l’aide perçue par la production de tout document, notamment administratif ou comptable, le bénéficiaire disposant d’un délai d’un mois pour produire ces justificatifs à compter de la date de la demande. Par suite, Mme B..., dont le titre de perception a été émis près de deux ans après l’octroi de l’aide, ne peut utilement soutenir que le titre attaqué est illégal dès lors qu’il a pour effet de retirer une décision créatrice de droits quatre mois après l’octroi de l’aide.

10. Il résulte de tout ce qui précède que la SASU « Terroirs et Chansons » n’est pas fondée à demander l’annulation du titre de perception en litige et la décharge de la somme en résultant.

11. En outre, les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l’Etat, qui n’est pas la partie perdante dans la présente instance, verse à la société requérante la somme qu’elle réclame au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.


D É C I D E :

Article 1er : La requête de la SASU « Terroirs et chansons » est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société par actions simplifiée unipersonnelle « Terroirs et chansons » et au directeur départemental des finances publiques du Puy-de-Dôme.

Délibéré après l'audience du 17 septembre 2026, à laquelle siégeaient :

Mme Bentéjac, présidente-rapporteure,
M. Perraud, conseiller,
Mme Brasset, conseillère.


Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er octobre 2026.


La présidente-rapporteure,





C. BENTÉJAC



L’assesseur le plus ancien,





G. PERRAUD


La greffière,





C. PETIT


La République mande et ordonne au ministre de l’économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l’exécution de la présente décision.