Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2301520

jeudi 1 octobre 2026

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2301520
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationChambre 2

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 24 juin 2023 et 11 octobre 2025, M. A... B... demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d’annuler la décision de l’Office français de la biodiversité (OFB) du 17 mars 2023 portant refus de le nommer au poste de chef de service départemental de l’OFB du Puy-de-Dôme et nommant un autre agent à ce poste ;

2°) d’enjoindre au directeur général de l’OFB de lui attribuer le poste de chef de service départemental de l’OFB du Puy-de-Dôme ;

3°) de condamner l’OFB à l’indemniser en réparation de son préjudice financier et de son préjudice moral ;

4°) de mettre à la charge de l’OFB la somme de 600 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :
- la notification de la décision attaquée est irrégulière dès lors que le formulaire de mobilité ne lui a pas été adressé, en méconnaissance de la note de service N°2023-DGDR/DRH-02 ;
- le délai de deux mois entre l’attribution du poste et la prise de fonction effective de l’agent nommé n’a pas été respecté ;
- la publication de l’avis de vacances du poste de l’agent qui a été nommé avant la publication des résultats de nomination au poste de chef de service départemental de l’OFB du Puy-de-Dôme révèle un détournement de procédure ;
- la décision est entachée d’une erreur de droit tiré de la méconnaissance de la note de service N°2023-DGDR/DRH-02 par l’attribution du poste à un agent qui disposait de moins de trois ans d’ancienneté sur son poste ;
- la décision est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation dès lors que son parcours professionnel n’a pas été pris en compte par rapport à celui de l’agent qui a été nommé sur le poste ;
- il a subi une discrimination révélée par une différence de traitement à l’égard de l’autre candidat au poste et notamment liée à ses fonctions syndicales ;
- il subit un préjudice financier et moral du fait du refus de nomination à ce poste.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 septembre 2025, l’OFB conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu’aucun des moyens de la requête n’est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique du 17 septembre 2026 :
- le rapport de Mme Brasset ;
- les observations de M. B....


Considérant ce qui suit :

1. M. B..., chef technicien de l’environnement au sein de l’Office Français de la Biodiversité (OFB), exerçant concomitamment les fonctions de chef de projet ingénierie de contrôle au sein du service prévention appui stratégie de la Direction de la police et du permis de chasser et les fonctions de technicien coordinateur contrôle au sein du service police de la direction régionale Auvergne-Rhône-Alpes, demande l’annulation de la décision de l’OFB du 17 mars 2023 portant refus de le nommer au poste de chef de service départemental de l’OFB du Puy-de-Dôme.

Sur les conclusions à fin d’annulation :

2. En premier lieu, les conditions de notification d'une décision administrative sont sans incidence sur sa légalité. Par suite, M. B... ne saurait utilement soutenir que la notification de la décision attaquée n’a pas été accompagnée du formulaire de mobilité complété par l’ensemble des directeurs, en méconnaissance de la note de service N°2023-DGDR/DRH-02. Ce moyen doit, dès lors, être écarté comme inopérant.

3. En deuxième lieu, si M. B... soutient qu’il est « de bonne pratique » de laisser au moins deux mois entre l’attribution du poste et la prise effective de fonction pour laisser le temps aux intéressés de former des recours, il ne saurait utilement soutenir que la méconnaissance d’un tel délai, dont le respect n’est prescrit par aucune disposition légale ou réglementaire ni aucun principe général du droit, entacherait d’illégalité la décision attaquée. Par suite, ce moyen doit être écarté.

4. En troisième lieu, M. B... soutient que la décision attaquée est entachée d’un détournement de procédure, révélé par la circonstance que le poste occupé par l’agent qui a été nommé sur le poste de chef de service apparaissait comme vacant avant sa nomination dans le cadre du cycle de mobilité. Toutefois, le requérant n’assortit ses allégations d’aucune pièce permettant d’en apprécier leur bien-fondé, alors qu’au demeurant l’OFB fait valoir en défense qu’il est courant que les postes des agents qui ont émis le souhait d’une mobilité apparaissent comme « susceptibles d’être vacant » lors des cycles de mobilité. Par suite, ce moyen ne peut qu’être écarté.

5. En quatrième lieu, M. B... soutient que le candidat retenu pour la nomination au poste de chef de service départemental de l’OFB du Puy-de-Dôme ne respectait pas la condition d’ancienneté minimale de trois ans sur son poste actuel afin de pouvoir demander sa mutation, en méconnaissance de la note de service N°2023-DGDR/DRH-02. Il ressort toutefois de la lettre même de cette note de service qu’aucune condition d’ancienneté minimale de service n’est exigée pour retenir une candidature et que les dispositions dont se prévaut M. B..., insérées au sein du paragraphe relatif aux modalités de sélection des candidats, ont pour seul objet d’inciter les services recruteurs à privilégier le recrutement des candidats qui envisagent d’être affectés pour une durée minimale de trois ans au poste auquel ils candidatent. Dans ces conditions, M. B..., qui se prévaut d’une lecture erronée de la note de service N°2023-DGDR/DRH-02, n’est pas fondé, en tout état de cause, à soutenir que le candidat nommé ne satisfaisait pas aux conditions de mutation prévues par cette note. Par suite, ce moyen doit être écarté.

6. En cinquième lieu, M. B... soutient que son parcours professionnel aurait dû prévaloir sur celui de l’agent nommé pour la désignation au poste de chef de service départemental de l’OFB du Puy-de-Dôme. S’il se prévaut de son ancienneté de carrière au sein de l’OFB ainsi que des appréciations positives sur son investissement professionnel sur ses comptes-rendus d’entretiens professionnels depuis plusieurs années, ces seuls éléments ne sont pas de nature à établir que l’OFB, qui fait valoir que le jury de recrutement a reconnu les qualités de sa candidature et l’a classé en deuxième position sur le poste, aurait commis une erreur manifeste d’appréciation en refusant de le nommer au poste de chef de service départemental de l’OFB du Puy-de-Dôme. Par suite, ce moyen doit être écarté.

7. En sixième lieu, le juge, lors de la contestation d'une décision dont il est soutenu qu'elle serait empreinte de discrimination au sens de la loi n° 2008-496 du 27 mai 2008, doit attendre du requérant qui s'estime lésé par une telle mesure qu'il soumette au juge des éléments de fait susceptibles de faire présumer une atteinte au principe de l'égalité de traitement des personnes. Il incombe alors au défendeur de produire tous ceux permettant d'établir que la décision attaquée repose sur des éléments objectifs étrangers à toute discrimination. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si la décision contestée devant lui a été ou non prise pour des motifs entachés de discrimination, se détermine au vu de ces échanges contradictoires. En cas de doute, il lui appartient de compléter ces échanges en ordonnant toute mesure d'instruction utile.

8. En l’espèce, M. B... soutient qu’il a subi une différence de traitement avec les autres candidats, révélée par des entretiens répétés que l’agent nommé a eus avec le service recruteur, que son employeur ne lui verse pas l’indemnité de fonctions, de sujétion et d’expertise (IFSE) correspondant à son poste, qu’il subit une différence de traitement relative à l’exercice de ses fonctions syndicales, qu’il a fait l’objet de propos injurieux et menaçant le 5 novembre 2023 et que des mentions injustifiées et fallacieuses ont été inscrites sur son compte rendu d’entretien professionnel 2023-2024. Toutefois, il n’assortit ses allégations d’aucune pièce permettant d’établir la matérialité de ces faits. Dans ces conditions, le requérant, n’apportant aucun élément de fait susceptible de faire présumer une atteinte au principe de l'égalité de traitement des personnes, n’est donc pas fondé à soutenir que la décision attaquée révèlerait l’existence d’une discrimination à son encontre. Ce moyen doit, dès lors, être écarté.

9. Il résulte de tout ce qui précède que M. B... n’est pas fondé à demander l’annulation de la décision de l’OFB du 17 mars 2023 portant refus de le nommer au poste de chef de service départemental de l’OFB du Puy-de-Dôme et nommant un autre agent à ce poste. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d’injonction formulées par le requérant doivent également être rejetées.

Sur les conclusions indemnitaires :

10. En l’absence d’illégalité fautive de la décision en litige de nature à engager la responsabilité de l’État, les conclusions à fin d’indemnisation présentées sur ce fondement par M. B... doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

11. Les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l’OFB, qui n’a pas la qualité de partie perdante, verse à M. B... la somme que celui-ci réclame au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens. Par suite, les conclusions formulées en ce sens doivent être rejetées.


D E C I D E :


Article 1er : La requête de M. B... est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A... B... et à l’Office français de la biodiversité.

Délibéré après l'audience du 17 septembre 2026, à laquelle siégeaient :

Mme Bentéjac, présidente,
M. Perraud, conseiller,
Mme Brasset, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er octobre 2026.




La rapporteure,



C. BRASSET



La présidente,



C. BENTÉJAC
La greffière,



C. PETIT



La République mande et ordonne à la ministre de la transition écologique, de la biodiversité et des négociations internationales sur le climat et la nature, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.