Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2301560
jeudi 1 octobre 2026
| Juridiction | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| Section | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| N° Dossier | TA63-2301560 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Chambre 2 |
| Avocat requérant | SCP MOINS |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 29 juin 2023, M. C... A..., représenté par la SELARL Tournaire Meunier, demande au tribunal :
1°) d’annuler l’arrêté du 3 mai 2023 par lequel le maire d’Autrac a, au nom de l’État, accordé à l’EARL B... un permis de construire un garage pour voitures et utilitaires avec couverture en panneaux photovoltaïques ;
2°) de mettre à la charge de la commune d’Autrac le versement de la somme de 3 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l’arrêté attaqué méconnaît l’article R. 111-2 du code de l’urbanisme compte tenu de la proximité du projet, qui est de nature agricole, avec son habitation et dès lors que ce projet présente un risque d’atteinte à la salubrité et à la sécurité publique en raison du bruit et des déplacements des véhicules utilisés pour l’exploitation agricole ;
- il méconnaît l’article L. 111-11 du même code dès lors que le maire était tenu de refuser de délivrer le permis de construire en raison de la nécessité de réaliser des travaux portant sur le réseau public de distribution d’électricité.
Par un mémoire en défense, enregistré le 2 octobre 2023, l’EARL B..., prise en la personne de son gérant M. D... B..., représentée par Me Moins, conclut au rejet de la requête et à ce qu’il soit mis à la charge du requérant le versement de la somme de 3 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- la requête est irrecevable dès lors que le requérant n’a pas d’intérêt à agir en méconnaissance de l’article L. 600-1-2 du code de l’urbanisme ;
- aucun des moyens de la requête n’est fondé.
La requête a été communiquée au préfet de la Haute-Loire qui n’a pas produit de mémoire en défense.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de l’urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique du 17 septembre 2026 :
- le rapport de Mme Brasset ;
- les observations de Me Meunier, représentant M. A... ;
- les observations de M. B..., pour l’EARL B....
Le préfet de la Haute-Loire n’était ni présent ni représenté.
Considérant ce qui suit :
1. Le 4 janvier 2023, l’EARL B... a déposé une demande de permis de construire un garage pour voitures et utilitaires avec couverture en panneaux photovoltaïques sur un terrain situé au lieu-dit Le Bourg, à Autrac. Par un arrêté du 3 mai 2023, le maire d’Autrac a, au nom de l’État, délivré ce permis de construire. M. A... demande l’annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d’annulation :
2. En premier lieu, aux termes de l’article R. 111-2 du code de l’urbanisme : « Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations. ».
3. Si M. A... soutient que la construction projetée va entraîner des risques d’atteinte à la salubrité et à la sécurité publique en raison du passage fréquent des véhicules utilitaires utilisés pour l’exploitation agricole, il n’apporte aucun élément relatif à la fréquence du passage de ces véhicules ni à leur caractéristique et à la configuration des lieux permettant d’établir la réalité des risques qu’il invoque. M. A... n’est donc pas fondé à soutenir que le maire d’Autrac aurait méconnu les dispositions de l’article R. 111-2 du code de l’urbanisme, qui n’interdisent en outre pas l’implantation d’un bâtiment à vocation agricole dans le centre bourg du village. Ce moyen doit donc être écarté.
4. En second lieu, aux termes de l’article L. 111-11 du code de l’urbanisme : « Lorsque, compte tenu de la destination de la construction ou de l'aménagement projeté, des travaux portant sur les réseaux publics de distribution d'eau, d'assainissement ou de distribution d'électricité sont nécessaires pour assurer la desserte du projet, le permis de construire ou d'aménager ne peut être accordé si l'autorité compétente n'est pas en mesure d'indiquer dans quel délai et par quelle collectivité publique ou par quel concessionnaire de service public ces travaux doivent être exécutés. / Lorsqu'un projet fait l'objet d'une déclaration préalable, l'autorité compétente doit s'opposer à sa réalisation lorsque les conditions mentionnées au premier alinéa ne sont pas réunies. (…) ».
5. Il ressort des pièces du dossier que la construction projetée sera dotée d’une couverture en panneaux photovoltaïques dédiés à l’autoconsommation des ressources en énergie produites. Un tel projet ne nécessite pas d’être raccordé au réseau public d’électricité. Par suite, M. A... n’est pas fondé à soutenir que le projet nécessite des travaux sur le réseau public de distribution d’électricité et que le maire était tenu, en l’absence d’information sur ce raccordement, de refuser la délivrance du permis de construire sollicité par l’EARL B.... Ce moyen doit donc être écarté comme inopérant.
6. Il résulte de ce qui précède que, sans qu’il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée par l’EARL B... en défense, la requête de M. A... doit être rejetée.
Sur les frais liés au litige :
7. Les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune d’Autrac, qui n’est, en tout état de cause, pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que M. A... demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et mettre à la charge de M. A... une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par l’EARL B... et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A... est rejetée.
Article 2 : M. A... versera à l’EARL B... une somme de 1 500 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C... A..., au préfet de la Haute-Loire et à l’EARL B....
Copie sera donnée pour information à la commune d’Autrac.
Délibéré après l'audience du 17 septembre 2026, à laquelle siégeaient :
Mme Bentéjac, présidente,
M. Perraud, conseiller,
Mme Brasset, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er octobre 2026.
La rapporteure,
C. BRASSET
La présidente,
C. BENTÉJAC
La greffière,
C. PETIT
La République mande et ordonne à la ministre de l'aménagement du territoire et de la décentralisation, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Par une requête enregistrée le 29 juin 2023, M. C... A..., représenté par la SELARL Tournaire Meunier, demande au tribunal :
1°) d’annuler l’arrêté du 3 mai 2023 par lequel le maire d’Autrac a, au nom de l’État, accordé à l’EARL B... un permis de construire un garage pour voitures et utilitaires avec couverture en panneaux photovoltaïques ;
2°) de mettre à la charge de la commune d’Autrac le versement de la somme de 3 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l’arrêté attaqué méconnaît l’article R. 111-2 du code de l’urbanisme compte tenu de la proximité du projet, qui est de nature agricole, avec son habitation et dès lors que ce projet présente un risque d’atteinte à la salubrité et à la sécurité publique en raison du bruit et des déplacements des véhicules utilisés pour l’exploitation agricole ;
- il méconnaît l’article L. 111-11 du même code dès lors que le maire était tenu de refuser de délivrer le permis de construire en raison de la nécessité de réaliser des travaux portant sur le réseau public de distribution d’électricité.
Par un mémoire en défense, enregistré le 2 octobre 2023, l’EARL B..., prise en la personne de son gérant M. D... B..., représentée par Me Moins, conclut au rejet de la requête et à ce qu’il soit mis à la charge du requérant le versement de la somme de 3 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- la requête est irrecevable dès lors que le requérant n’a pas d’intérêt à agir en méconnaissance de l’article L. 600-1-2 du code de l’urbanisme ;
- aucun des moyens de la requête n’est fondé.
La requête a été communiquée au préfet de la Haute-Loire qui n’a pas produit de mémoire en défense.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de l’urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique du 17 septembre 2026 :
- le rapport de Mme Brasset ;
- les observations de Me Meunier, représentant M. A... ;
- les observations de M. B..., pour l’EARL B....
Le préfet de la Haute-Loire n’était ni présent ni représenté.
Considérant ce qui suit :
1. Le 4 janvier 2023, l’EARL B... a déposé une demande de permis de construire un garage pour voitures et utilitaires avec couverture en panneaux photovoltaïques sur un terrain situé au lieu-dit Le Bourg, à Autrac. Par un arrêté du 3 mai 2023, le maire d’Autrac a, au nom de l’État, délivré ce permis de construire. M. A... demande l’annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d’annulation :
2. En premier lieu, aux termes de l’article R. 111-2 du code de l’urbanisme : « Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations. ».
3. Si M. A... soutient que la construction projetée va entraîner des risques d’atteinte à la salubrité et à la sécurité publique en raison du passage fréquent des véhicules utilitaires utilisés pour l’exploitation agricole, il n’apporte aucun élément relatif à la fréquence du passage de ces véhicules ni à leur caractéristique et à la configuration des lieux permettant d’établir la réalité des risques qu’il invoque. M. A... n’est donc pas fondé à soutenir que le maire d’Autrac aurait méconnu les dispositions de l’article R. 111-2 du code de l’urbanisme, qui n’interdisent en outre pas l’implantation d’un bâtiment à vocation agricole dans le centre bourg du village. Ce moyen doit donc être écarté.
4. En second lieu, aux termes de l’article L. 111-11 du code de l’urbanisme : « Lorsque, compte tenu de la destination de la construction ou de l'aménagement projeté, des travaux portant sur les réseaux publics de distribution d'eau, d'assainissement ou de distribution d'électricité sont nécessaires pour assurer la desserte du projet, le permis de construire ou d'aménager ne peut être accordé si l'autorité compétente n'est pas en mesure d'indiquer dans quel délai et par quelle collectivité publique ou par quel concessionnaire de service public ces travaux doivent être exécutés. / Lorsqu'un projet fait l'objet d'une déclaration préalable, l'autorité compétente doit s'opposer à sa réalisation lorsque les conditions mentionnées au premier alinéa ne sont pas réunies. (…) ».
5. Il ressort des pièces du dossier que la construction projetée sera dotée d’une couverture en panneaux photovoltaïques dédiés à l’autoconsommation des ressources en énergie produites. Un tel projet ne nécessite pas d’être raccordé au réseau public d’électricité. Par suite, M. A... n’est pas fondé à soutenir que le projet nécessite des travaux sur le réseau public de distribution d’électricité et que le maire était tenu, en l’absence d’information sur ce raccordement, de refuser la délivrance du permis de construire sollicité par l’EARL B.... Ce moyen doit donc être écarté comme inopérant.
6. Il résulte de ce qui précède que, sans qu’il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée par l’EARL B... en défense, la requête de M. A... doit être rejetée.
Sur les frais liés au litige :
7. Les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune d’Autrac, qui n’est, en tout état de cause, pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que M. A... demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et mettre à la charge de M. A... une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par l’EARL B... et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A... est rejetée.
Article 2 : M. A... versera à l’EARL B... une somme de 1 500 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C... A..., au préfet de la Haute-Loire et à l’EARL B....
Copie sera donnée pour information à la commune d’Autrac.
Délibéré après l'audience du 17 septembre 2026, à laquelle siégeaient :
Mme Bentéjac, présidente,
M. Perraud, conseiller,
Mme Brasset, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er octobre 2026.
La rapporteure,
C. BRASSET
La présidente,
C. BENTÉJAC
La greffière,
C. PETIT
La République mande et ordonne à la ministre de l'aménagement du territoire et de la décentralisation, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
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