mardi 1 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| Section | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| N° Dossier | TA63-2302035 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | D |
| Formation | Présidente Bader-Koza |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 25 août 2023 et le 18 septembre 2024, Mme A B doit être regardée, dans le dernier état de ses écritures, comme demandant au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 4 juillet 2023 par laquelle la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées (CDAPH) du Puy-de-Dôme a rejeté son recours administratif préalable tendant à l'annulation de la décision du 20 décembre 2022 rejetant sa demande de reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé (RQTH) ;
2°) d'obtenir " une AAH plus conséquente ".
Elle soutient que :
- elle n'a pas fait de demande de renouvellement en 2011 car elle travaillait à domicile ;
- son état de santé s'est dégradé depuis 2011 ; elle est atteinte de plusieurs pathologies et fait l'objet d'un suivi psychologique ;
- elle suit une formation de réinsertion et a besoin de cette RQTH pour pouvoir se présenter à des postes adaptés ;
- l'obtention de l'obligation d'emploi de travailleurs handicapés et la pension accordée ne lui permettent pas de vivre si elle doit cesser son activité professionnelle ou aménager son temps de travail en raison de ses problèmes de santé qui se sont aggravés.
Par un mémoire en défense, enregistré le 4 septembre 2024, la maison départementale des personnes handicapées du Puy-de-Dôme conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que la requérante est bénéficiaire de l'obligation d'emploi des travailleurs handicapés lui permettant de bénéficier de l'obligation d'emploi en vue de son insertion professionnelle ou auprès de son employeur, sans qu'il lui soit nécessaire de demander la reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code de l'organisation judiciaire ;
- le code de la sécurité sociale ;
- le code du travail ;
- le décret n° 2015-233 du 27 février 2015 relatif au tribunal des conflits et aux questions préjudicielles ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Bordes, premier conseiller, pour exercer les fonctions de rapporteur public sur le fondement des dispositions de l'article R. 222-24 du code de justice administrative.
La présidente a dispensé le rapporteur public sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique, Mme Bader-Koza, présidente, a lu son rapport. Les parties n'étaient ni présentes ni représentées. La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B a déposé une demande de reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé auprès de la maison départementale des personnes handicapées du Puy-de-Dôme. Par une décision du 20 décembre 2022, la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées du Puy-de-Dôme a rejeté sa demande. Par décision du 4 juillet 2023, la même commission a rejeté le recours administratif préalable formé par Mme B. Par la présente requête, Mme B doit être regardée comme demandant au tribunal d'annuler cette décision.
Sur les conclusions tendant à la revalorisation de l'allocation aux adultes handicapés (AAH) :
2. Aux termes de l'article L. 821-1 du code de la sécurité sociale : " Toute personne résidant sur le territoire métropolitain () ayant dépassé l'âge d'ouverture du droit à l'allocation prévue à l'article L. 541-1 et dont l'incapacité permanente est au moins égale à un pourcentage fixé par décret perçoit, dans les conditions prévues au présent titre, une allocation aux adultes handicapés. () ". Aux termes de l'article L. 241-6 du code de l'action sociale et des familles : " I. La commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées est compétente pour : () 3° Apprécier : a) Si l'état ou le taux d'incapacité de la personne handicapée justifie l'attribution, () pour l'adulte, de l'allocation prévue aux articles L. 821-1 et L. 821-2 du code de la sécurité sociale () ". Aux termes de l'article L. 241-9 du code de l'action sociale et des familles : " Les décisions relevant du 1° du I de l'article L. 241-6 prises à l'égard d'un enfant ou un adolescent handicapé, ainsi que celles relevant des 2°, 3° et 5° du I du même article peuvent faire l'objet de recours devant les tribunaux judiciaires spécialement désignés en application de l'article L. 211-16 du code de l'organisation judiciaire ".
3. Aux termes de l'article 32 du décret du 27 février 2015 dans sa rédaction issue du décret n° 2018-928 du 29 octobre 2018 : " Lorsqu'une juridiction de l'ordre judiciaire ou de l'ordre administratif décline la compétence de l'ordre de juridiction auquel elle appartient au motif que le litige ne ressortit pas à cet ordre, elle renvoie les parties à saisir la juridiction compétente de l'autre ordre de juridiction. Toutefois, lorsque la juridiction est saisie d'un contentieux relatif à l'admission à l'aide sociale tel que défini par le code de l'action sociale et des familles ou par le code de la sécurité sociale, elle transmet le dossier de la procédure, sans préjuger de la recevabilité de la demande, à la juridiction de l'autre ordre de juridiction qu'elle estime compétente par une ordonnance qui n'est susceptible d'aucun recours. ".
4. Aux termes de l'article L. 211-16 du code de l'organisation judiciaire : " Des tribunaux de grande instance spécialement désignés connaissent : 1° Des litiges relevant du contentieux général de la sécurité sociale () ". S'agissant du ressort de la cour d'appel de Riom, le tribunal judiciaire de Clermont-Ferrand est spécialement désigné pour le département du Puy-de-Dôme, ainsi qu'il résulte du tableau de VIII-III annexe des articles D. 211-10-3 et D. 311-12-1 du code de l'organisation judiciaire.
5. Il résulte de ces dispositions que les conclusions de la requête tendant à la revalorisation de l'allocation aux adultes handicapés (AAH), ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative mais de celle de la juridiction judiciaire. Dans ces conditions, il y a lieu de transmettre le dossier de la requête de Mme B au pôle social du tribunal judiciaire de Clermont-Ferrand.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision portant rejet de la demande de reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé (RQTH) :
6. Aux termes de l'article L. 114 du code de l'action sociale et des familles : " Constitue un handicap () toute limitation d'activité ou restriction de participation à la vie en société subie dans son environnement par une personne en raison d'une altération substantielle, durable ou définitive d'une ou plusieurs fonctions physiques, sensorielles, mentales, cognitives ou psychiques, d'un polyhandicap ou d'un trouble de santé invalidant ". Aux termes de l'article L. 241-6 du même code : " I. La commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées est compétente pour : / () 4° Reconnaître, s'il y a lieu, la qualité de travailleur handicapé aux personnes répondant aux conditions définies par l'article L. 5213-1 du code du travail ; / () ". L'article L. 5213-1 du code du travail dispose : " Est considérée comme travailleur handicapé toute personne dont les possibilités d'obtenir ou de conserver un emploi sont effectivement réduites par suite de l'altération d'une ou plusieurs fonctions physique, sensorielle, mentale ou psychique. ". Aux termes de l'article L. 5213-2 du même code : " La qualité de travailleur handicapé est reconnue par la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées mentionnée à l'article L. 146-9 du code de l'action sociale et des familles. Lorsque le handicap est irréversible, la qualité de travailleur handicapé est attribuée de façon définitive. / () ". Il résulte de ces dispositions que la qualité de travailleur handicapé doit être appréciée en tenant compte, d'une part, de l'état de santé du demandeur et, d'autre part, de ses qualifications et de l'emploi qu'il occupe ou de celui qu'il aurait vocation à occuper.
7. Les recours formés contre les décisions des commissions des droits et de l'autonomie des personnes handicapées statuant, en application des dispositions du 4° du I de l'article L. 241-6 du code de l'action sociale et des familles, sur une demande de reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé au sens de l'article L. 5213-1 du code du travail, constituent des recours de plein contentieux. Eu égard à son office lorsqu'il est saisi d'un tel recours, il appartient au juge administratif de se prononcer non sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais seulement sur la qualité de travailleur handicapé de la personne intéressée, en se plaçant à la date à laquelle il rend sa décision.
8. Pour rejeter le recours administratif préalable formé par Mme B, la CDAPH du Puy-de-Dôme a estimé que les conséquences de sa situation de handicap n'entrainaient pas de difficultés pour obtenir ou conserver un emploi au sens des dispositions de l'article L. 5213-1 du code du travail.
9. Mme B, qui a exercé le métier d'aide à domicile et d'assistante de vie pendant huit ans et celui de graveuse sur pierre pendant quatorze ans, soutient qu'elle est atteinte de plusieurs pathologies, qu'elle fait l'objet d'un suivi psychologique, qu'elle suit une formation de réinsertion et qu'elle a besoin de la RQTH pour pouvoir se présenter à des postes adaptés. La requérante produit aux débats divers certificats médicaux, notamment celui du 12 octobre 2022 confirmant l'existence des pathologies évoquées et dont il résulte qu'elle " ne peut à l'heure actuelle répondre à des offres d'emploi qui ne lui offriraient pas de toilettes à disposition et rapidement ". Il résulte également de l'instruction, en particulier du certificat médical du 29 août 2000, que les pneumothorax dont a souffert la requérante aux deux poumons sont liés " au travail de tailleur de pierre, à la silice présente dans le granit et différentes roches " et que, malgré deux interventions chirurgicales, la douleur est persistante. De plus, la requérante produit une attestation de visite réalisée par le médecin du travail le 17 octobre 2023 concluant à un avis défavorable définitif au poste d'aide à domicile qu'elle exerçait. Dans ces conditions, l'état de santé de Mme B fait obstacle à ce qu'elle puisse exercer un emploi que ses qualifications lui donneraient vocation à occuper. Par suite, eu égard aux éléments médicaux circonstanciés qui ne sont pas contestés en défense, il y a lieu de regarder les possibilités de Mme B d'obtenir un emploi ou de le conserver comme étant effectivement réduites en raison de l'altération substantielle de plusieurs fonctions physiques, et ce, quand bien même elle serait bénéficiaire de l'obligation d'emploi des travailleurs handicapés.
10. Il résulte de ce qui précède que Mme B est fondée à demander l'annulation de la décision en litige.
D E C I D E :
Article 1er : Les conclusions de la requête de Mme B tendant à la revalorisation de l'allocation aux adultes handicapées sont rejetées comme portées devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaître et sont transmises au pôle social du tribunal judiciaire de Clermont-Ferrand.
Article 2 : La décision du 4 juillet 2023 par laquelle la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées du Puy-de-Dôme a confirmé, sur son recours administratif préalable, sa décision du 4 avril 2023 refusant de reconnaître à Mme B la qualité de travailleur handicapé est annulée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à la maison départementale de l'autonomie du Puy-de-Dôme et à la présidente du tribunal judiciaire de Clermont-Ferrand.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er octobre 2024.
La présidente,
S. BADER-KOZALe greffier,
P. MANNEVEAU
La République mande et ordonne au préfet du Puy-de-Dôme, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
No 2302035
AC
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