mardi 16 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| Section | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| N° Dossier | TA63-2302146 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | D |
| Formation | Présidente Bader-Koza |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 12 septembre 2023 et régularisée le 26 septembre 2023, Mme B C, agissant en qualité de tutrice de son fils M. A C, majeur protégé, demande au tribunal d'annuler la décision du 24 août 2023 par laquelle le président du conseil départemental de l'Allier a rejeté son recours administratif préalable formé contre la décision du 6 juillet 2023 portant refus de renouvellement de la carte " mobilité inclusion " mention " stationnement pour personnes handicapées ".
Elle soutient que :
- elle ne comprend pas le refus du renouvellement de cette carte dont son fils bénéficie depuis plus de dix ans alors que son handicap ne s'améliore pas ;
- son fils est sujet à des crises d'épilepsie fréquentes et violentes qui nécessitent au moins deux personnes pour le gérer ;
- son fils ne peut pas se déplacer seul.
Par un mémoire en défense, enregistré le 6 février 2024, le département de l'Allier conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- la requête est irrecevable dès lors que la requérante ne justifie pas d'une autorisation du juge des tutelles d'ester en justice au nom de son fils ;
- son fils ne rencontre pas de difficulté dans ses déplacements.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- l'arrêté du 3 janvier 2017 relatif aux modalités d'appréciation d'une mobilité pédestre réduite et de la perte d'autonomie dans le déplacement individuel ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Bordes, premier conseiller, pour exercer les fonctions de rapporteur public sur le fondement des dispositions de l'article R. 222-24 du code de justice administrative.
La présidente a dispensé le rapporteur public sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique, Mme Bader-Koza, présidente, a lu son rapport.
Les parties n'étaient ni présentes ni représentées.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C a sollicité du département de l'Allier le renouvellement de la carte " mobilité inclusion " mention " stationnement pour personnes handicapées " au nom de son fils, A C. Cette demande a été rejetée par une décision du 6 juillet 2023. Par décision du 24 août 2023, le président du conseil départemental de l'Allier a rejeté le recours administratif préalable formé par la requérante. Par la présente requête, Mme C demande l'annulation de cette décision.
Sur la fin de non-recevoir soulevée en défense :
2. La production, en défense, d'un extrait d'une décision du juge des tutelles du 4 octobre 2022 attribuant à Mme C la qualité de tutrice de son fils aux fins de le représenter et d'administrer ses biens et sa personne est de nature à établir que la requérante est recevable à introduire la présente instance au nom de son fils. Par suite, la fin de non-recevoir soulevée en défense ne peut qu'être écartée.
Sur les conclusions présentées à fin d'annulation :
3. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision refusant la délivrance d'une carte de stationnement pour personnes handicapées ou d'une carte " mobilité inclusion " portant la mention " stationnement pour personnes handicapées ", il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux de l'aide et de l'action sociale, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner si cette délivrance est justifiée et de se prononcer lui-même sur la demande en recherchant si, au regard des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre parties à la date de sa propre décision, le handicap du demandeur justifie que lui soit délivrée une telle carte.
4. D'une part, aux termes du I de l'article L. 241-3 du code de l'action sociale et des familles, dans sa rédaction en vigueur depuis le 1er janvier 2023 : " La carte " mobilité inclusion " destinée aux personnes physiques est délivrée par le président du conseil départemental au vu de l'appréciation, sur le fondement du 3° du I de l'article L. 241-6, de la commission mentionnée à l'article L. 146-9. Elle peut porter une ou plusieurs des mentions prévues aux 1° à 3° du présent I, à titre définitif ou pour une durée déterminée. () / 3° La mention " stationnement pour personnes handicapées " est attribuée à toute personne atteinte d'un handicap qui réduit de manière importante et durable sa capacité et son autonomie de déplacement à pied ou qui impose qu'elle soit accompagnée par une tierce personne dans ses déplacements ". Aux termes de l'article R. 241-12-1 de ce code : " IV.- Pour l'attribution de la mention " stationnement pour personnes handicapées ", un arrêté des ministres chargés des personnes handicapées, des personnes âgées et des anciens combattants définit les modalités d'appréciation d'une mobilité pédestre réduite et de la perte d'autonomie dans le déplacement individuel, en tenant compte notamment de la limitation du périmètre de marche de la personne ou de la nécessité pour celle-ci de recourir systématiquement à certaines aides techniques ou à une aide humaine lors de tous ses déplacements à l'extérieur ".
5. D'autre part, aux termes de l'annexe à l'arrêté du 3 janvier 2017 relatif aux modalités d'appréciation d'une mobilité pédestre réduite et de la perte d'autonomie dans le déplacement individuel : " () 2. Critère relatif à l'accompagnement par une tierce personne pour les déplacements : / Ce critère concerne les personnes atteintes d'une altération d'une fonction mentale, cognitive, psychique ou sensorielle imposant qu'elles soient accompagnées par une tierce personne dans leurs déplacements. / Ce critère est rempli si elles ne peuvent effectuer aucun déplacement seules, y compris après apprentissage. / La nécessité d'un accompagnement s'impose dès lors que la personne risque d'être en danger ou a besoin d'une surveillance régulière. () / 3. Dispositions communes : La réduction de la capacité et de l'autonomie de déplacement à pied ou le besoin d'accompagnement doit être définitif ou d'une durée prévisible d'au moins un an pour attribuer la mention " stationnement pour personnes handicapées " de la carte mobilité inclusion ou la carte de stationnement pour personnes handicapées. Il n'est cependant pas nécessaire que l'état de la personne soit stabilisé. / Lorsque les troubles à l'origine des difficultés de déplacement ont un caractère évolutif, la durée d'attribution de cette carte tient compte de l'évolutivité potentielle de ceux-ci. ".
6. Il résulte de ces dispositions que la carte " mobilité inclusion " mention " stationnement pour personnes handicapées " est attribuée à toute personne dont l'état de santé réduit de manière importante et durable sa capacité et son autonomie de déplacement à pied ou impose qu'elle soit accompagnée par une tierce personne dans ses déplacements. Il appartient à la personne qui présente devant le juge administratif des conclusions à fin d'annulation d'une décision lui refusant la délivrance d'une carte de stationnement pour personnes handicapées d'établir, par tous moyens et notamment par la production de certificats médicaux, qu'elle est atteinte, à la date de la décision contestée, d'un handicap qui réduit de manière importante et durable sa capacité et son autonomie de déplacement à pied.
7. Il résulte de l'instruction, notamment du certificat médical du 9 janvier 2013, repris par les certificats médicaux du 3 janvier 2018 et du 23 janvier 2023 joints aux demandes auprès de la maison départementale des personnes handicapées formulées par Mme C pour son fils ainsi que du certificat médical du 28 juillet 2023 que les pathologies et troubles affectant M. C altèrent ses facultés cognitives, notamment l'orientation dans le temps et dans l'espace qui présentent des difficultés graves ou absolues. Il apparaît que l'ensemble de ces éléments ont un retentissement sur la sécurité, nécessitant qu'il soit accompagné pour ses déplacements extérieurs et surveillé en permanence par une tierce personne. Dans ces conditions, M. C remplit les conditions fixées au point 2 de l'annexe à l'arrêté du 3 janvier 2017 pour la délivrance de la carte " mobilité inclusion " mention " stationnement pour personnes handicapées ".
8. Il résulte de ce qui précède que Mme C est fondée à demander, au nom de son fils, l'annulation de la décision du président du conseil départemental de l'Allier du 24 août 2023 portant rejet du recours administratif dirigé contre le refus de renouvellement de la carte " mobilité inclusion " mention " stationnement pour personnes handicapées ".
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 24 août 2023 par laquelle le président du conseil départemental de l'Allier a confirmé le refus de renouvellement de la carte " mobilité inclusion " mention " stationnement pour personnes handicapées " au bénéfice de M. C est annulée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C et au département de l'Allier.
Copie en sera adressée à la maison départementale des personnes handicapées de l'Allier.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 juillet 2024.
La présidente,
S. BADER-KOZALe greffier,
P. MANNEVEAU
La République mande et ordonne à la préfète de l'Allier, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
No 2302146
AC
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