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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2302455

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2302455

jeudi 13 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2302455
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
FormationChambre 2
Avocat requérantFAURE-CROMARIAS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une demande, enregistrée le 30 mai 2022, Mme A B épouse C, représentée par Me Faure Cromarias, a saisi le tribunal administratif de Clermont-Ferrand, en application de l'article L. 911-4 du code de justice administrative, des difficultés qu'elle rencontre pour obtenir l'exécution du jugement n° 2101123 du 30 décembre 2021 par lequel le tribunal a enjoint au préfet du Puy-de-Dôme de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement.

Par une lettre, enregistrée le 24 juin 2022, le préfet du Puy-de-Dôme informe le tribunal qu'une carte de séjour temporaire valable du 24 juin 2022 au 23 juin 2023 a été accordée à Mme B épouse C et que le titre de séjour " partira en fabrication la semaine prochaine ".

Par un mémoire, enregistré le 28 juillet 2022, Mme B épouse C demande au tribunal :

1°) d'enjoindre au préfet du Puy-de-Dôme de lui délivrer le titre de séjour prévu par le jugement n° 2101123 du 30 décembre 2021 ;

2°) d'enjoindre au préfet du Puy-de-Dôme de lui régler la somme de 1 120,20 euros au titre des frais de procédure restés à sa charge, outre intérêts au taux légal à compter du 6 janvier 2022 ;

3°) de prononcer une astreinte de 150 euros par jour de retard à compter de la décision à intervenir.

Elle soutient que :

- elle est toujours dans l'attente de la remise de son titre de séjour et du règlement de la somme de 1 120,20 euros au titre des frais exposés et non compris dans les dépens ;

- elle n'a été destinataire que d'un récépissé de demande de titre de séjour le 22 juin 2022.

Par une décision du 26 septembre 2023, la présidente du tribunal a procédé au classement administratif de la demande d'exécution présentée par Mme B épouse C.

Par une lettre, enregistrée le 21 octobre 2023, Mme B épouse C a contesté cette décision de classement administratif.

La présidente du tribunal a, par une ordonnance du 6 novembre 2023, ouvert une procédure juridictionnelle en vue de prescrire les mesures d'exécution du jugement en application des articles L. 911-4 et R. 921-4 et suivants du code de justice administrative.

Des pièces ont été transmises le 27 mai 2024 par le préfet du Puy-de-Dôme et n'ont pas été communiquées.

Vu :

- le jugement n° 2101123 du 30 décembre 2021 du tribunal administratif de Clermont-Ferrand ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bentéjac, présidente ;

- les conclusions de Mme Luyckx, rapporteure publique ;

- et les observations de Me Faure-Cromarias représentant Mme B épouse C.

Considérant ce qui suit :

1. Par un jugement n° 2101123 du 30 décembre 2021, le tribunal a annulé l'arrêté du 18 février 2021 par lequel le préfet du Puy-de-Dôme a refusé de délivrer un titre de séjour à Mme B épouse C, l'a obligée à quitter le territoire français et fixé le pays à destination duquel elle pourra être renvoyée d'office et enjoint au préfet du Puy-de-Dôme de délivrer à Mme B épouse C un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement et a mis à sa charge le versement de la part des frais exposés par Mme B C, non compris dans les dépens et laissés à sa charge par le bureau d'aide juridictionnelle. Mme B C a informé le tribunal des difficultés rencontrées dans l'exécution de ce jugement et a présenté une demande en vue d'obtenir des mesures d'exécution par voie juridictionnelle. Par une ordonnance en date du 6 novembre 2023, la présidente du tribunal administratif a ouvert une procédure juridictionnelle en vue de prescrire les mesures d'exécution de ce jugement.

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 911-4 du code de justice administrative : " En cas d'inexécution d'un jugement ou d'un arrêt, la partie intéressée peut demander à la juridiction, une fois la décision rendue, d'en assurer l'exécution. Si le jugement ou l'arrêt dont l'exécution est demandée n'a pas défini les mesures d'exécution, la juridiction saisie procède à cette définition. Elle peut fixer un délai d'exécution et prononcer une astreinte. ". Lorsque le tribunal administratif est saisi d'une demande d'exécution d'une décision juridictionnelle sur le fondement de ces dispositions, il lui appartient de statuer sur cette demande en tenant compte de la situation de droit et de fait existant à la date de sa décision.

3. Il résulte de l'instruction, d'une part, que Mme B épouse C s'est vue délivrer un récépissé de demande de carte de séjour, valable du 22 juin 2022 au 21 décembre 2022 ainsi qu'une carte de séjour temporaire valable du 24 juin 2022 au 23 juin 2023, et, d'autre part, que les services de la préfecture ont entrepris les démarches permettant la fabrication de la carte en litige. En tout état de cause, le document dont la délivrance est demandée est, à ce jour, expiré. Dans ces conditions, et nonobstant les délais inhérents à la fabrication et à la délivrance effective de ce titre, dont la durée excessive ne serait en tout état de cause susceptible de relever que d'un litige distinct, le préfet du Puy-de-Dôme doit être regardé comme ayant exécuté l'injonction de délivrance d'un titre à Mme B prescrit par le jugement n° 2101123 du 30 décembre 2021.

4. En second lieu, aux termes de l'article L. 911-9 du code de justice administrative : " () Lorsqu'une décision juridictionnelle passée en force de chose jugée a condamné l'Etat au paiement d'une somme d'argent dont le montant est fixé par la décision elle-même, cette somme doit être ordonnancée dans un délai de deux mois à compter de la notification de la décision de justice. / () A défaut d'ordonnancement dans les délais mentionnés aux alinéas ci-dessus, le comptable assignataire de la dépense doit, à la demande du créancier et sur présentation de la décision de justice, procéder au paiement. ". Dès lors que le I de l'article L. 911-9 du code de justice administrative permet à la partie gagnante, en cas d'inexécution d'une décision juridictionnelle passée en force de chose jugée, d'obtenir du comptable public assignataire le paiement de la somme que l'Etat est condamné à lui verser à défaut d'ordonnancement dans le délai prescrit, il n'y a, en principe, pas lieu de faire droit à une demande tendant à ce que le juge prenne des mesures pour assurer l'exécution de cette décision. Il en va toutefois différemment lorsque le comptable public assignataire, bien qu'il y soit tenu, refuse de procéder au paiement.

5. Si Mme B épouse C soutient que l'Etat ne lui a pas versé la somme mise à sa charge au titre des frais exposés par elle, non compris dans les dépens et laissés à sa charge par le bureau d'aide juridictionnelle, elle n'établit toutefois ni même n'allègue avoir saisi le comptable public assignataire d'une telle demande ni que ce dernier aurait refusé de procéder au paiement de la somme que l'Etat a été condamné à lui verser en application du jugement du 30 décembre 2021. Par suite, il n'y a pas lieu d'enjoindre à l'Etat de verser à Mme B épouse C la somme mise à sa charge au titre des frais de l'instance.

6. Il résulte de ce qui précède que la demande d'exécution de Mme B épouse C doit être rejetée.

D E C I D E :

Article 1er : La demande d'exécution de Mme A B épouse C est rejetée.

Article 2: Le présent jugement sera notifié à Mme A B épouse C et au préfet du Puy-de-Dôme.

Délibéré après l'audience du 30 mai 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Bentéjac, présidente,

Mme Jaffré, première conseillère,

M. Debrion, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juin 2024.

La présidente-rapporteure,

C. BENTÉJACL'assesseure la plus ancienne,

M. JAFFRÉ

La greffière,

C. PETIT

La République mande et ordonne au préfet du Puy-de-Dôme, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2302455

AC

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