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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2302872

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2302872

vendredi 28 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2302872
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
FormationChambre 1
Avocat requérantCALLON AVOCAT ET CONSEIL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

Mme A C a demandé au tribunal administratif de Clermont-Ferrand, d'une part, d'annuler le titre de perception qui lui a été concédé par un arrêté du 9 mars 2020 du ministre de l'action et des comptes publics en tant que ce titre ne prenait pas en compte la période du 5 mai 2019 au 30 avril 2020 dans le calcul de sa pension de retraite, ainsi que les décisions des 22 septembre 2020 et 19 avril 2021 par lesquelles le ministre a rejeté ses demandes tendant à la révision de sa pension et, d'autre part, d'enjoindre à l'Etat de procéder à la révision de sa pension et de lui délivrer un titre de pension en intégrant la période de mai 2019 à avril 2020 dans le calcul de ses droits à pension.

Par un jugement n° 2002272 et 2101288 du 15 décembre 2022, le tribunal administratif de Clermont-Ferrand a annulé l'arrêté et les décisions en litige et a enjoint au ministre de prendre en compte dans le calcul des droits à pension de retraite de Mme C les services accomplis du 5 mai 2019 au 30 avril 2020.

Par un arrêt du 14 décembre 2023, n° 471202, le Conseil d'Etat, statuant au contentieux, saisi d'un pourvoi en cassation présenté par le ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, a annulé le jugement du tribunal administratif de Clermont-Ferrand et a renvoyé l'affaire au tribunal administratif de Clermont-Ferrand qui l'a enregistrée le 14 décembre 2023 sous le n° 2302872.

Procédure devant le tribunal :

Par une requête, enregistrée le 14 mars 2024, Mme C, représentée par la SELARL Callon Avocat et Conseil, Me Callon, demande au tribunal, :

1°) d'annuler le titre de pension qui lui a été concédé par un arrêté du 9 mars 2020 du directeur du service des retraites de l'Etat en tant que ce titre ne prend pas en compte la période du 5 mai 2019 au 30 avril 2020 dans le calcul de sa pension de retraite ainsi que la décision du 22 septembre 2020 par laquelle cette autorité administrative a rejeté son recours gracieux ;

2°) d'annuler la décision du 19 avril 2021 par laquelle le directeur du service des retraites de l'Etat a rejeté sa demande tendant à la révision de sa pension de retraite ;

3°) d'enjoindre à l'Etat de procéder à la révision de sa pension en intégrant la période de mai 2019 à avril 2020 dans le calcul de ses droits à pension ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- il n'est pas établi que M. B, signataire de la décision du 19 avril 2021, disposait d'une délégation de signature régulière ;

- après avoir sollicité son maintien en activité avant la date de limite d'âge, elle a été maintenue dans le service jusqu'en avril 2020 avec l'accord explicite de sa hiérarchie ; ce maintien dans le service au-delà de la limite d'âge manifeste l'existence d'une décision administrative peu important l'absence d'un acte matérialisant la décision ; elle remplissait les conditions pour ce maintien en activité et a régulièrement formé sa demande ;

- il n'existe aucune disposition légale ou réglementaire imposant qu'une décision relative au maintien en activité soit prise avant l'âge légal de départ à la retraite ;

- sa demande de maintien en activité était fondée sur le 1-1 de la loi du 13 septembre 1984 ; l'article 1-1 ne précisant pas les conditions de mise en œuvre d'une prolongation d'activité, il ne peut être regardé comme imposant un formalisme spécifique pour présenter sa demande ainsi que l'obtention d'un accord écrit du supérieur hiérarchique direct du fonctionnaire ; elle produit le courrier du 10 janvier 2020 intitulé " autorisation de prolongation d'activité professionnelle " signé par la première présidente de la cour d'appel d'Amiens et la procureure générale et l'arrêté des cadres du 17 janvier 2020 mentionnant au titre du type de cessation de fonctions " admission à la retraite après maintien en activité au-delà de la limite d'âge " ; la gestion administrative du personnel de la juridiction relève de la compétence conjointe du premier président de la cour d'appel et de son procureur général.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 avril 2024, le ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 19 mars 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 19 avril 2024.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la loi n° 84-834 du 13 septembre 1984 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Caraës,

- et les conclusions de M. Panighel, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A C, ancienne greffière à la cour d'appel d'Amiens, a été maintenue dans ses fonctions du 5 mai 2019 au 30 avril 2020 après avoir atteint la limite d'âge. A la réception de son titre de pension qui lui a été concédé par un arrêté du 9 mars 2020 du ministre de l'action et des comptes publics, elle a constaté que la période du 5 mai 2019 au 30 avril 2020 n'avait pas été prise en compte dans le calcul de sa pension de retraite. Par une décision du 22 septembre 2020, le directeur du service des retraites de l'Etat a rejeté sa demande tendant à la prise en compte de cette période et, par une décision du 19 avril 2021, il a rejeté sa demande du 22 mars 2021 tendant à la révision de sa pension de retraite. Par la présente requête, Mme C demande au tribunal administratif d'annuler les décisions des 22 septembre 2020 et du 19 avril 2021 ainsi que le titre de pension en tant qu'il ne prend pas en compte la période comprise entre le 5 mai 2019 et le 30 avril 2020 dans le calcul de sa pension.

Sur la légalité externe de la décision du 19 avril 2021 :

2. Par un arrêté du 1er avril 2021 le directeur général des finances publiques a donné à M. B, attaché principal affecté au bureau " mission relation usagers, offre de service et réseau " du département des retraites et de l'accueil du service des retraites de l'Etat, signataire de la décision litigieuse, délégation pour signer au nom du ministre chargé du budget, tous actes, à l'exclusion des décrets, dans la limite de ses attributions dont font partie les demandes de révision de pension. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision du 19 avril 2021 est entachée d'incompétence.

Sur la légalité interne des décisions en litige :

3. Aux termes de l'article 1-1 de la loi du 13 septembre 1984 relative à la limite d'âge dans la fonction publique et le secteur public, devenu l'article L. 556-5 du code général de la fonction publique : " () les fonctionnaires dont la durée des services liquidables est inférieure à celle définie à l'article L. 13 du code des pensions civiles et militaires de retraite peuvent, lorsqu'ils atteignent les limites d'âge applicables aux corps auxquels ils appartiennent, sur leur demande, sous réserve de l'intérêt du service et de leur aptitude physique, être maintenus en activité. / La prolongation d'activité prévue à l'alinéa précédent ne peut avoir pour effet de maintenir le fonctionnaire concerné en activité au-delà de la durée des services liquidables prévue à l'article L. 13 du même code ni au-delà d'une durée de dix trimestres. / Cette prolongation d'activité est prise en compte au titre de la constitution et de la liquidation du droit à pension. ". La survenance de la limite d'âge par application des dispositions législatives et réglementaires en vigueur entraîne de plein droit la rupture du lien des agents avec le service.

4. Il résulte de l'instruction que Mme C a atteint la limite d'âge le 4 mars 2019. N'ayant pas acquis le nombre de trimestres nécessaires lui permettant d'obtenir une pension de retraite à taux plein, elle indique avoir sollicité une prolongation d'activité en application de l'article 1-1 de la loi du 13 septembre 1984. Mme C a continué à exercer ses fonctions de greffier jusqu'au 30 avril 2020 et a été radiée des cadres le 1er mai de la même année. Pour refuser de prendre en compte, pour la liquidation de sa pension de retraite, les services effectués postérieurement à la limite d'âge du 5 mai 2019 au 30 avril 2020, le directeur du service des retraites de l'Etat a estimé que Mme C n'établissait ni avoir sollicité cette prolongation d'activité ni avoir bénéficié d'une décision de son service gestionnaire autorisant son maintien en activité antérieurement à la limite d'âge, soit antérieurement au 5 mai 2019.

5. Si Mme C soutient que la lettre du 10 janvier 2020 constitue une autorisation de prolongation d'activité, cette lettre signée conjointement par la procureure générale et la première présidente de la cour d'appel d'Amiens qui se borne à émettre un avis favorable à la prolongation de son activité au-delà de la limite d'âge est postérieure à la date de la limite d'âge à laquelle Mme C était soumise et ne saurait s'analyser comme une autorisation de prolongation de son activité au-delà de la limite d'âge. Par suite, et à supposer que Mme C ait déposé une demande de prolongation d'activité antérieurement au 4 mars 2019, la requérante n'établit pas qu'elle a obtenu l'autorisation de prolonger son activité, qui doit nécessairement intervenir avant la rupture du lien de l'agent avec le service, avant la survenance de la limite d'âge, soit antérieurement au 4 mars 2019.

6. Bien que Mme C ait été maintenue en fonction jusqu'au 30 avril 2020, cette circonstance ne saurait révéler l'existence d'une autorisation de prolonger son activité au-delà de la limite d'âge.

7. Il résulte de ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à demander l'annulation des décisions des 22 septembre 2020 et du 19 avril 2021 ainsi que du titre de pension en tant qu'il ne prend pas en compte la période comprise entre le 5 mai 2019 et le 30 avril 2020 dans le calcul de sa pension. Par suite, la requête de Mme C doit être rejetée y compris les conclusions présentées au titre des frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C, au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique et au garde des sceaux, ministre de la justice.

Délibéré après l'audience du 14 juin 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Caraës, présidente,

M. Jurie, premier conseiller,

Mme Bollon, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 juin 2024.

La présidente-rapporteure,

R. CARAËS

L'assesseur le plus ancien,

G. JURIE La greffière,

F. LLORACH

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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