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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2400166

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2400166

mardi 30 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2400166
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
Avocat requérantSEBAN AUVERGNE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 22 janvier 2024, M. C A, représenté par Me Golfier-Métais, demande au juge des référés :

1°) de prescrire, en application des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, une expertise médicale, au contradictoire du centre hospitalier universitaire (CHU) de Clermont-Ferrand et de la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) du Puy-de-Dôme, aux fins de déterminer les conditions de sa prise en charge par le service des urgences du CHU de Clermont-Ferrand, le 26 septembre 2021 ;

2°) de réserver les dépens.

Il soutient que :

- suite à une coupure par du verre à la main droite, le 26 septembre 2021, il a été pris en charge par le service des urgences du CHU de Clermont-Ferrand où il a été recousu en superficie et renvoyé à domicile avec prescription de soins locaux pour les pansements ; souffrant de gènes au niveau du pouce, il a subi le 10 décembre 2021, une intervention en clinique suite au constat de paresthésies d'aval et de perte de mobilité secondaire en flexion du pouce ; le port d'une attelle immobilisant sa main lui a été prescrit pendant 6 semaines avant rééducation ; son état de santé était incompatible avec l'écriture et les activités manuelles et physiques pendant 90 jours dans un premier temps ; ces difficultés lui ont imposé un redoublement en classe de terminale professionnelle ; aujourd'hui il ressent la perte de mobilité, notamment lors des travaux en atelier (BTS électro-technique) ; il a subi une dernière intervention le 8 janvier 2024 et doit encore exercer des séances de rééducation ;

- il s'interroge sur la qualité de sa prise en charge au CHU et les conséquences associées.

Par un mémoire enregistré le 26 janvier 2024, la CPAM du Puy-de-Dôme déclare intervenir dans la présente instance et ne s'oppose pas à la demande d'expertise.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 février 2024, le centre hospitalier universitaire de Clermont-Ferrand, représenté par la SELAS Seban Auvergne, Me Lantero, ne s'oppose pas à l'expertise et demande au juge des référés de désigner un expert chirurgien orthopédique et de rejeter le surplus des conclusions.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de la santé publique ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence d'une décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction () ".

2. L'utilité d'une mesure d'instruction ou d'expertise qu'il est demandé au juge des référés d'ordonner sur le fondement de l'article R. 532-1 du code de justice administrative doit être appréciée, d'une part, au regard des éléments dont le demandeur dispose ou peut disposer par d'autres moyens et, d'autre part, bien que ce juge ne soit pas saisi du principal, au regard de l'intérêt que la mesure présente dans la perspective d'un litige au principal, actuel ou éventuel, auquel elle est susceptible de se rattacher.

3. La demande d'expertise présentée par M. A qui vise à déterminer les conditions de sa prise en charge par le service des urgences du centre hospitalier universitaire de Clermont-Ferrand et à évaluer les préjudices qu'il estime avoir subis présente un caractère utile et entre dans le champ d'application des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative. Par suite, il y a lieu d'y faire droit dans les conditions précisées à l'article 1er de la présente ordonnance.

4. Il appartient à la présidente de la juridiction et non au juge des référés, de fixer par ordonnance les frais et honoraires qui seront dus à l'expert et de désigner la partie qui en assumera la charge. Les conclusions de M. A tendant à réserver les dépens ne peuvent être accueillies.

O R D O N N E :

Article 1er : M. le Docteur D B, exerçant au 155 boulevard Stalingrad à Lyon, (69006), est désigné en qualité d'expert. Il aura pour mission de :

1°- prendre connaissance des dossiers et de tous documents concernant M. A détenus par le centre hospitalier universitaire de Clermont-Ferrand ou produits par l'intéressé, et examiner ce dernier ;

2°- décrire les blessures, les lésions, les affections dont M. A était atteint et les soins et prescriptions antérieurs à sa prise en charge au centre hospitalier universitaire de Clermont-Ferrand à compter du 26 septembre 2021 ; l'état de M. A lors de son arrivée au centre hospitalier universitaire de Clermont-Ferrand ; les soins et actes médicaux et chirurgicaux dont elle a fait l'objet, depuis dans cet établissement ;

3°- rechercher si les diagnostics établis, les traitements, interventions et soins prodigués et leur suivi ont été consciencieux, attentifs, diligents et conformes aux règles de l'art et aux données acquises de la science et s'ils étaient adaptés à l'état de M. A et aux symptômes qu'il présentait, ou si, au contraire, des erreurs, manquements, maladresses ou négligences ont été commis par les services des urgences du centre hospitalier universitaire de Clermont-Ferrand ; indiquer si les manquements éventuellement constatées ont fait perdre à M. A une chance sérieuse d'éviter un dommage et, dans l'affirmative, déterminer l'ampleur de la chance perdue ;

4°- rechercher toutes informations en vue de déterminer si les traitements de toute nature prodigués à M. A par le service des urgences du CHU de Clermont-Ferrand révèlent un mauvais fonctionnement ou une mauvaise organisation du service, une administration défectueuse des soins médicaux, ou une mauvaise exécution des soins médicaux, et donner son avis sur ces points ;

5° - indiquer si le dommage allégué a un rapport avec l'état initial de M. A, ou l'évolution prévisible de cet état ;

6° - préciser si le dommage allégué constitue une conséquence anormale d'un acte médical, chirurgical, pratiqué sur la personne de M. A au regard de son état initial ou de l'évolution prévisible de cet état ; indiquer si l'acte présentait un risque connu auquel M. A était particulièrement exposé ; dire, dans l'affirmative, quelle était l'importance de ce risque ;

7° - dire si le dossier médical et les informations recueillies permettent de savoir si M. A a été informé des conséquences normalement prévisibles des interventions et si il a été ainsi mis à même de formuler un consentement éclairé ; préciser si il a reçu toutes informations sur l'existence de risques, même faibles, de complications susceptibles de se produire ; indiquer si le défaut d'information éventuellement relevé a fait perdre à M. A une chance sérieuse de se soustraire au risque qui s'est réalisé et dans l'affirmative, préciser l'importance de cette perte de chance ; donner son avis sur l'évolution prévisible de l'état de M. A si il avait renoncé au traitement, aux interventions dont il a fait l'objet ;

8°- dire si l'état de M. A a entraîné une incapacité temporaire et en préciser les dates de début et de fin, ainsi que le ou les taux ;

9°- indiquer à quelle date l'état de M. A peut être considéré comme consolidé, préciser s'il subsiste un déficit fonctionnel permanent et, dans l'affirmative, en fixer le taux, en distinguant la part imputable au manquement éventuellement constaté de celle ayant pour origine toute autre cause ou pathologie, eu égard notamment aux antécédents médicaux de l'intéressé ; dans le cas où cet état ne serait pas encore consolidé, indiquer si, dès à présent, une incapacité permanente partielle est prévisible et en évaluer l'importance ;

10°- dire si l'état de M. A est susceptible de modification en aggravation ou en amélioration ; dans l'affirmative fournir toutes précisions utiles sur cette évolution, sur son degré de probabilité et dans le cas où un nouvel examen serait nécessaire, mentionner dans quel délai ;

11° - dire si l'état de M. A justifie la présence d'une tierce personne ; fixer les modalités, la qualification et la durée de cette intervention ;

12°- donner son avis sur l'existence éventuelle de préjudices subis par M. A et le cas échéant, en évaluer l'importance, en distinguant la part imputable au manquement éventuellement constaté de celle ayant pour origine toute autre cause ou pathologie, eu égard notamment aux antécédents médicaux de l'intéressé ;

13°- donner son avis sur la répercussion de l'incapacité médicalement constatée sur l'activité scolaire et/ou professionnelle de M. A et, le cas échéant, donner son avis sur la nécessité d'un changement d'emploi et d'une réadaptation à une nouvelle activité scolaire et/ou professionnelle.

Article 2 : L'expert accomplira sa mission définie à l'article 1er dans les conditions prévues aux articles R. 621-2 à R. 621-4 du code de justice administrative. Il ne pourra recourir à un sapiteur sans l'autorisation préalable de la présidente du tribunal administratif.

Article 3 : L'expertise aura lieu en présence de M. C A, de la CPAM du Puy-de-Dôme et du centre hospitalier universitaire de Clermont-Ferrand.

Article 4 : L'expert se fera communiquer tous documents nécessaires à l'accomplissement de sa mission et il pourra entendre toute personne susceptible de l'éclairer.

Article 5 : L'expert notifiera son rapport aux parties dans les conditions prévues à l'article R. 621-9 du code de justice administrative, avec leur accord, cette notification pourra s'opérer sous forme électronique. Il déposera son rapport au greffe du tribunal sous forme électronique dans le délai de 6 mois à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 6 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 7 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C A, à la caisse primaire d'assurance maladie du Puy-de-Dôme, au centre hospitalier universitaire de Clermont-Ferrand et à M. le Docteur D B, expert.

Fait à Clermont-Ferrand, le 30 avril 2024.

La présidente du tribunal,

juge des référés,

S. BADER-KOZA

La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.pm

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