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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2400352

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2400352

jeudi 4 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2400352
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
Avocat requérantTREINS-POULET-VIAN ET ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée l6 février 2024, M. A B, représenté par la SCP Treins Poulet Vian et Associés, Me Sertillange, demande au juge des référés :

1°) de prescrire, en application des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, une expertise médicale, au contradictoire du centre hospitalier Jacques Lacarin de Vichy et de son assureur, la société Relyens, de l'office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM), et de la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) du Puy-de-Dôme, aux fins de déterminer les conditions de sa prise en charge à partir du 16 octobre 2023, et d'évaluer ses préjudices ;

2°) de mettre à la charge du centre hospitalier de Vichy la somme de 2000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le 17 octobre 2023, suite à des douleurs abdominales et des vomissements, il a été pris en charge par le service des urgences du centre hospitalier Jacques Lacarin de Vichy ; à la suite d'examens cliniques et de prescriptions d'antalgique et antispasmodiques, il a pu regagner son domicile ; le 17 octobre 2023, il s'est rendu au centre hospitalier de Riom où une échographie a révélé une torsion du testicule et été transféré le jour même en urgence au centre hospitalier universitaire (CHU) Gabriel Montpied de Clermont-Ferrand pour une orchidectomie droite et orchidopexie gauche ; lors d'une consultation, le 19 décembre 2023, il a été relevé une infection au niveau de la plaie opératoire nécessitant des soins locaux et un traitement antibiotique ainsi que la présence d'un bourgeon charnu au niveau de la cicatrice scrotale droite ; le 21 décembre 2023, il a subi une ablation du bourgeon charnu et la possibilité d'une prothèse testiculaire a été évoquée ;

- n'ayant pas bénéficié d'une intervention urgente en moins de 24h comme le requiert une torsion testiculaire, il a adressé un courrier de réclamation au centre hospitalier de Vichy ;

- il s'interroge sur la qualité de sa prise en charge et demande donc cette mesure d'expertise.

Par un mémoire enregistré le 22 février 2024, la CPAM du Puy-de-Dôme déclare intervenir dans la présente instance et ne s'oppose pas à la demande d'expertise.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 février 2024, le centre hospitalier Jacques Lacarin de Vichy, représenté par la SELAS Seban Auvergne, Me Lantero, demande au juge des référés, si l'expertise est ordonnée, de compléter la mission de l'expert et rejeter le surplus des conclusions de la requête au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 février 2024, l'office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM) représenté par la SCP Saidji et Moreau, Me Saidji, demande si l'expertise est ordonnée, de compléter la mission de l'expert et rejeter le surplus des conclusions de la requête au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de la santé publique ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence d'une décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction () ".

2. L'utilité d'une mesure d'instruction ou d'expertise qu'il est demandé au juge des référés d'ordonner sur le fondement de l'article R. 532-1 du code de justice administrative doit être appréciée, d'une part, au regard des éléments dont le demandeur dispose ou peut disposer par d'autres moyens et, d'autre part, bien que ce juge ne soit pas saisi du principal, au regard de l'intérêt que la mesure présente dans la perspective d'un litige au principal, actuel ou éventuel, auquel elle est susceptible de se rattacher.

3. La demande d'expertise présentée par à M. B qui vise à déterminer les conditions de sa prise en charge par le centre hospitalier Jacques Lacarin et à évaluer les préjudices qu'il estime avoir subis présente un caractère utile et entre dans le champ d'application des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative. Par suite, il y a lieu d'y faire droit dans les conditions précisées à l'article 1er de la présente ordonnance.

4. Aux termes des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ". Il n'y a pas lieu, dans la présente instance de référé, de faire droit aux conclusions de M. B présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : M. le Docteur D C, exerçant à la clinique Bon Secours, 67 bis avenue Foch au Puy en Velay, (43000) est désigné en qualité d'expert. Il aura pour mission de :

1°- prendre connaissance des dossiers et de tous documents concernant M. A B détenus par le centre hospitalier Jacques Lacarin de Vichy ou produits par l'intéressé, et examiner ce dernier ;

2°- décrire les blessures, les lésions, les affections dont M. B était atteint et les soins et prescriptions antérieurs à sa prise en charge au centre hospitalier Jacques Lacarin à compter du 16 octobre 2023 ; l'état de M. B lors de son arrivé au centre hospitalier Jacques Lacarin ; les soins et actes médicaux dont il a fait l'objet dans cet établissement ;

3°- rechercher si les diagnostics établis, les traitements, interventions et soins prodigués et leur suivi ont été consciencieux, attentifs, diligents et conformes aux règles de l'art et aux données acquises de la science et s'ils étaient adaptés à l'état de M. B et aux symptômes qu'il présentait, ou si, au contraire, des erreurs, manquements, maladresses ou négligences ont été commis par les services du centre hospitalier de Vichy; indiquer si les manquements éventuellement constatées ont fait perdre à M. B une chance sérieuse d'éviter un dommage et, dans l'affirmative, déterminer l'ampleur de la chance perdue ;

4°- rechercher toutes informations en vue de déterminer si les traitements de toute nature prodigués à M. B par les services du centre hospitalier de Vichy révèlent un mauvais fonctionnement ou une mauvaise organisation du service, une administration défectueuse des soins médicaux, ou une mauvaise exécution des soins médicaux, et donner son avis sur ces points ;

5° - indiquer si le dommage allégué a un rapport avec l'état initial de M. B, ou l'évolution prévisible de cet état ;

6° - préciser si le dommage allégué constitue une conséquence anormale d'un acte médical, chirurgical, pratiqué sur la personne de M. B au regard de son état initial ou de l'évolution prévisible de cet état ; indiquer si l'acte présentait un risque connu auquel M. B était particulièrement exposé ; dire, dans l'affirmative, quelle était l'importance de ce risque ;

7° - dire si le dossier médical et les informations recueillies permettent de savoir si M. B a été informé des conséquences normalement prévisibles des interventions et s'il a été ainsi mise à même de formuler un consentement éclairé ; préciser si il a reçu toutes informations sur l'existence de risques, même faibles, de complications susceptibles de se produire ; indiquer si le défaut d'information éventuellement relevé a fait perdre à M. B, une chance sérieuse de se soustraire au risque qui s'est réalisé et dans l'affirmative, préciser l'importance de cette perte de chance ; donner son avis sur l'évolution prévisible de l'état de M. B si il avait renoncé au traitement, aux interventions dont il a fait l'objet ;

8°- dire si l'état de M. B a entraîné une incapacité temporaire et en préciser les dates de début et de fin, ainsi que le ou les taux ;

9°- indiquer à quelle date l'état de M. B peut être considéré comme consolidé, préciser s'il subsiste un déficit fonctionnel permanent et, dans l'affirmative, en fixer le taux, en distinguant la part imputable au manquement éventuellement constaté de celle ayant pour origine toute autre cause ou pathologie, eu égard notamment aux antécédents médicaux de l'intéressé ; dans le cas où cet état ne serait pas encore consolidé, indiquer si, dès à présent, une incapacité permanente partielle est prévisible et en évaluer l'importance ;

10°- dire si l'état de M. B est susceptible de modification en aggravation ou en amélioration ; dans l'affirmative fournir toutes précisions utiles sur cette évolution, sur son degré de probabilité et dans le cas où un nouvel examen serait nécessaire, mentionner dans quel délai ;

11°- donner son avis sur l'existence éventuelle de préjudices subis par M. B et le cas échéant, en évaluer l'importance, en distinguant la part imputable au manquement éventuellement constaté de celle ayant pour origine toute autre cause ou pathologie, eu égard notamment aux antécédents médicaux de l'intéressé ;

12°- donner son avis sur la répercussion de l'incapacité médicalement constatée sur l'activité professionnelle de M. B et, le cas échéant, donner son avis sur la nécessité d'un changement d'emploi et d'une réadaptation à une nouvelle activité professionnelle.

Article 2 : L'expert accomplira sa mission définie à l'article 1er dans les conditions prévues aux articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Il ne pourra recourir à un sapiteur sans l'autorisation préalable de la présidente du tribunal administratif.

Article 3 : L'expertise aura lieu en présence de M. A B, de la CPAM du Puy-de-Dôme, du centre hospitalier Jacques Lacarin de Vichy, de la société Relyens, et de l'ONIAM.

Article 4 : L'expert se fera communiquer tous documents nécessaires à l'accomplissement de sa mission et il pourra entendre toute personne susceptible de l'éclairer.

Article 5 : L'expert notifiera son rapport aux parties dans les conditions prévues à l'article R. 621-9 du code de justice administrative, avec leur accord, cette notification pourra s'opérer sous forme électronique. Il déposera son rapport au greffe du tribunal sous forme électronique par le biais de la plateforme TransfertPro dans le délai de 6 mois à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 6 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 7 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B, à la caisse primaire d'assurance maladie du Puy-de-Dôme, au centre hospitalier Jacques Lacarin, à l'office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales, à la société Relyens, et à M. D C, expert.

Fait à Clermont-Ferrand, le 4 juillet 2024.

La présidente du tribunal,

juge des référés,

S. BADER-KOZA

La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.cv

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