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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2400577

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2400577

vendredi 5 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2400577
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
Avocat requérantJASPER AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 11 mars 2024, M. H G et Madame D F, représentés par Me Duguet, demandent au juge des référés :

1°) de prescrire, en application des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, une expertise médicale, au contradictoire du centre hospitalier universitaire de Clermont-Ferrand (CHU) et de l'office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM), en présence de la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) du Cher, aux fins de déterminer les conditions de la prise en charge de leur fils, E J, au centre hospitalier Gabriel Montpied, le 12 juillet 2023 ;

2°) de réserver leur demande à l'encontre du CHU de Clermont-Ferrand sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de la justice administrative, et de réserver les dépens.

Ils soutiennent que :

- E, alors âgé de 16 ans, a été victime d'une chute à vélo ; il a été pris en charge par K le 12 juillet 2023 où une fracture du radius distal droit, un arrachement du styloïde ulnaire et une fracture du scaphoïde droit ont été diagnostiqués et traités le jour même par une immobilisation brachio antébrachiale palmaire ; à la suite d'une consultation de contrôle, le 17 aout 2023, avec le même praticien du CHU, Mme F a pris contact avec l'hôpital d'Orléans qui a opéré son fils en urgence dès le lendemain en raison d'une luxation trans-scapho-rétro-lunaire du carpe non diagnostiquée ; ensuite il a été pris en charge par le centre de rééducation d'Issoudun qui a constaté un empâtement du poignet et de la main, ainsi qu'une sensibilité perturbée aux différents doigts ; une électromyographie du 27 décembre 2023 a révélé une atteinte axonomyélinique sensitivomotrice du nerf médian droit ;

- ils s'interrogent sur la qualité de la prise en charge de leur fils par K dont le retard de diagnostic a impacté sa prise en charge médicale ; il en résulte un préjudice majeur ;

- l'expertise est utile afin d'établir les responsabilités en cause et les préjudices subis.

Par un mémoire, enregistré le 21 mars 2024, la caisse primaire d'assurance maladie du Loir-et-Cher ne s'oppose pas à la demande d'expertise.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 mars 2024, le centre hospitalier universitaire de Clermont-Ferrand, représenté par la SELAS Seban Auvergne, Me Lantero, demande au juge des référés, au cas où l'expertise serait ordonnée, de compléter la mission de l'expert, d'étendre les opérations d'expertise aux docteurs I et B et de rejeter le surplus de la requête.

Il fait valoir que le Dr I et le Dr B sont intervenus dans la prise en charge du jeune E et ont notamment procédé à une intervention chirurgicale, le 18 août 2023, avec suivi post-opératoire, des éléments relatifs à la prise en charge de E pourraient être de nature à éclairer les investigations de l'expert ; le statut de praticien libéral de ces chirurgiens ne saurait faire échec à la compétence de la juridiction administrative.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 mars 2024, l'office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM) représenté par la SELARLU RRM, Me Roquelle-Meyer, demande au juge des référés de prendre acte de ses réserves et protestations, de compléter la mission de l'expert, de rejeter le surplus des conclusions de la requête au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de réserver les dépens.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de la santé publique

- le code de la sécurité sociale ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence d'une décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction () ".

2. L'utilité d'une mesure d'instruction ou d'expertise qu'il est demandé au juge des référés d'ordonner sur le fondement de l'article R. 532-1 du code de justice administrative doit être appréciée, d'une part, au regard des éléments dont le demandeur dispose ou peut disposer par d'autres moyens et, d'autre part, bien que ce juge ne soit pas saisi du principal, au regard de l'intérêt que la mesure présente dans la perspective d'un litige au principal, actuel ou éventuel, auquel elle est susceptible de se rattacher.

3. La demande d'expertise présentée par M. G et Mme F, relative aux conditions de la prise en charge de leur fils E par le centre hospitalier universitaire de Clermont-Ferrand le 12 juillet 2023, présente un caractère utile et entre dans le champ d'application des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative. Par suite, il y a lieu d'y faire droit dans les conditions précisées à l'article 1er de la présente ordonnance.

4. Le centre hospitalier universitaire de Clermont-Ferrand demande la mise en cause du Dr I et du Dr B, praticiens libéraux qui sont intervenus dans la prise en charge de E et ont notamment procédé à une intervention chirurgicale, le 18 août 2023, avec suivi post-opératoire. Il ressort des termes mêmes de la requête de M. G et Mme F qu'aucun litige ne les oppose aux docteurs I et B auxquels ils ne reprochent aucun manquement dans la prise en charge de E. Par suite, il n'y a pas lieu de mettre en cause les docteurs I et B que l'expert pourra néanmoins entendre à titre de sachants s'il l'estime utile à l'accomplissement de sa mission.

5. Il n'appartient pas à la juridiction administrative de donner acte de protestations et de réserves. Par suite les conclusions en ce sens ne peuvent qu'être rejetées.

6. Il appartient à la présidente de la juridiction et non au juge des référés, de fixer par ordonnance les frais et honoraires qui seront dus à l'expert et de désigner la partie qui en assumera la charge. Les conclusions tendant à réserver les dépens ne peuvent être accueillies.

7. Aux termes des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ". Il n'y a pas lieu, dans la présente instance de référé, de faire droit aux conclusions des requérants présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : M. le Docteur C A, exerçant au centre hospitalier de Roanne, 28 rue de Charlieu (42300), est désigné en qualité d'expert. Il aura pour mission de :

1°- prendre connaissance des dossiers et de tous documents concernant E J, détenus par le centre hospitalier universitaire de Clermont-Ferrand ou produits par les intéressés, et examiner E ;

2°- décrire les blessures, les lésions, les affections dont E était atteint ; décrire l'état de santé de E lors de son arrivée au CHU de Clermont-Ferrand le 12 juillet 2023 et les soins et actes médicaux et chirurgicaux dont il a fait l'objet dans cet établissement, et décrire son état de santé lors de la consultation de contrôle au CHU de Clermont-Ferrand le 17 août 2023 ;

3°- rechercher si les diagnostics établis, les traitements, interventions et soins prodigués et leur suivi ont été consciencieux, attentifs, diligents et conformes aux règles de l'art et aux données acquises de la science et s'ils étaient adaptés à l'état de E et aux symptômes qu'il présentait, ou si, au contraire, des erreurs, manquements, maladresses ou négligences ont été commis par les services du CHU de Clermont-Ferrand ; indiquer si les manquements éventuellement constatées ont fait perdre à E une chance sérieuse d'éviter un dommage et, dans l'affirmative, déterminer l'ampleur de la chance perdue ;

4°- rechercher toutes informations en vue de déterminer si les traitements de toute nature prodigués à E par les services du CHU de Clermont-Ferrand relèvent un mauvais fonctionnement ou une mauvaise organisation du service, une administration défectueuse des soins médicaux, ou une mauvaise exécution des soins médicaux, et donner son avis sur ces points ;

5° - indiquer si le dommage allégué a un rapport avec l'état initial de E, ou l'évolution prévisible de cet état ;

6° - préciser si le dommage allégué constitue une conséquence anormale d'un acte médical, chirurgical, pratiqué sur la personne de E au regard de son état initial ou de l'évolution prévisible de cet état ; indiquer si l'acte présentait un risque connu auquel E était particulièrement exposé ; dire, dans l'affirmative, quelle était l'importance de ce risque ;

7°- dire si le dossier médical et les informations recueillies permettent de savoir si E et ses représentants légaux ont été informés des conséquences normalement prévisibles de l'intervention et s'ils ont été ainsi mis à même de formuler un consentement éclairé ; préciser s'ils ont reçu toutes informations sur l'existence de risques, même faibles, de complications susceptibles de se produire ; indiquer si le défaut d'information éventuellement relevé a fait perdre à l'enfant une chance sérieuse de se soustraire au risque qui s'est réalisé et dans l'affirmative, préciser l'importance de cette perte de chance ; donner son avis sur l'évolution prévisible de l'état de E s'il avait renoncé au traitement, à l'intervention dont il a fait l'objet ;

8°- dire si l'état de E a entraîné une incapacité temporaire et en préciser les dates de début et de fin, ainsi que le ou les taux ;

9°- indiquer à quelle date l'état de E peut être considéré comme consolidé, préciser s'il subsiste un déficit fonctionnel permanent et, dans l'affirmative, en fixer le taux, en distinguant la part imputable au manquement éventuellement constaté de celle ayant pour origine toute autre cause ou pathologie, eu égard notamment aux antécédents médicaux de l'intéressé ; dans le cas où cet état ne serait pas encore consolidé, indiquer si, dès à présent, une incapacité permanente partielle est prévisible et en évaluer l'importance ;

10°- dire si l'état de E est susceptible de modification en aggravation ou en amélioration ; dans l'affirmative fournir toutes précisions utiles sur cette évolution, sur son degré de probabilité et dans le cas où un nouvel examen serait nécessaire, mentionner dans quel délai ;

11° - dire si l'état de E justifie la présence d'une tierce personne ; fixer les modalités, la qualification et la durée de cette intervention ;

12°- donner son avis sur l'existence éventuelle de préjudices subis par E et le cas échéant, en évaluer l'importance, en distinguant la part imputable au manquement éventuellement constaté de celle ayant pour origine toute autre cause ou pathologie, eu égard notamment aux antécédents médicaux de l'intéressée ;

13° - donner son avis sur l'existence éventuelle de préjudices subis par M. G et/ou Mme F et le cas échéant, en évaluer l'importance, en distinguant la part imputable au manquement éventuellement constaté de celle ayant pour origine toute autre cause ou pathologie.

Article 2 : L'expert accomplira sa mission définie à l'article 1er dans les conditions prévues aux articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Il ne pourra recourir à un sapiteur sans l'autorisation préalable de la présidente du tribunal administratif.

Article 3 : L'expertise aura lieu en présence de E, de M. G et/ou Mme F, de la caisse primaire d'assurance maladie du Loir-et-Cher, du CHU de Clermont-Ferrand et de l'ONIAM.

Article 4 : L'expert se fera communiquer tous documents nécessaires à l'accomplissement de sa mission et il pourra entendre toute personne susceptible de l'éclairer.

Article 5 : L'expert notifiera son rapport aux parties dans les conditions prévues à l'article R. 621-9 du code de justice administrative, avec leur accord, cette notification pourra s'opérer sous forme électronique. Il déposera son rapport au greffe du tribunal sous forme électronique par le biais de la plateforme TransfertPro dans le délai de 4 mois à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 6 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 7 : La présente ordonnance sera notifiée à M. H G, à Mme D F, à la caisse primaire d'assurance maladie du Loir-et-Cher, au centre hospitalier universitaire de Clermont-Ferrand, à l'office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales, et à M. C A, expert.

Fait à Clermont-Ferrand, le 5 juillet 2024.

La présidente du tribunal,

juge des référés,

S. BADER-KOZA

La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.nt

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