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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2400640

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2400640

jeudi 4 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2400640
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
Avocat requérantSELARL TOURNAIRE MEUNIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 19 mars 2024, M. A B, représenté par la SELARL Tournaire Meunier, demande au juge des référés d'ordonner une expertise, sur le fondement des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, au contradictoire de la société Autoroute Paris Rhin Rhône (APRR) aux fins de déterminer la nature et l'étendue des désordres affectant sa propriété sur le territoire de la commune du Crest (63450) se manifestant par l'effondrement partiel du mur arrière de son écurie.

Il soutient que :

- il est propriétaire du terrain depuis 2010, sur lequel il exerce une activité d'éleveur de chevaux et autres équidés exploitée sous le nom des " écuries de la Jonchère " ;

- en août 2018, la société APRR a élargi l'autoroute A75, de 2 à 3 voies dans les deux sens de circulation, entre Clermont-Ferrand et Le Crest et a réalisé un nouveau talutage ; suite aux travaux, il a remarqué un effondrement partiel du mur arrière de son écurie constaté par huissier le 12 avril 2023 et a mandaté la société Dubost qui a constaté, par une inspection télévisuelle, que son réseau d'eaux pluviales n'est plus raccordé au réseau réalisé par la société APRR ; la société APRR n'a pas construit de drain en bas du talus à proximité immédiate du mur arrière de son écurie ;

- il n'est pas en mesure de déterminer la cause et l'origine exacte des désordres ni de se prononcer sur la responsabilité de ces désordres, ni d'identifier la nature des travaux pour y remédier ;

- l'expertise est utile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 avril 2024, la société APRR, représentée par la SELARL Axone Droit Public, Me Salles, conclut à ce qu'il soit donné acte de ses plus expresses protestations et réserves et de réserver les dépens.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1 Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction. () ". L'octroi d'une telle mesure est subordonnée au caractère utile de cette mesure. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande d'expertise dans la perspective d'une action en responsabilité qui serait engagée à l'encontre d'une collectivité publique, d'apprécier son utilité au vu des pièces du dossier et au regard des motifs de droit et de fait qui justifient, selon la demande, la mesure sollicitée.

2 L'expertise demandée par M. B apparaît utile pour déterminer les causes exactes des désordres qui affectent sa propriété. Elle entre ainsi dans le champ d'application des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative. Il y a en conséquence lieu de faire droit aux conclusions de la requête et de fixer la mission de l'expert comme il est précisé à l'article 1er.

3. Aucune disposition du code de justice administrative, ni aucun principe général du droit, ne fait obligation à l'expert d'établir un pré-rapport dans la conduite des opérations de l'expertise qui lui est confiée et de le soumettre préalablement aux parties. Toutefois l'article R. 621-7 du code de justice administrative prévoit : " L'expert garantit le caractère contradictoire des opérations d'expertise. () L'expert recueille et consigne les observations des parties sur les constatations auxquelles il procède et les conclusions qu'il envisage d'en tirer. Toutefois, lorsque l'expert a fixé aux parties un délai pour produire leurs observations, il n'est pas tenu de prendre en compte celles qui lui sont transmises après l'expiration de ce délai. () ". Il suit de là que les conclusions tendant à ce que le juge des référés ordonne la production d'un pré-rapport ne peuvent qu'être rejetées.

4. Il n'appartient pas à la juridiction administrative de donner acte de protestations et de réserves. Par suite les conclusions de la société APRR ne peuvent qu'être rejetées.

5. Il n'appartient pas au juge des référés de se prononcer sur la charge des dépens des instances se déroulant devant lui. Les conclusions présentées en ce sens ne peuvent, dès lors, qu'être rejetées.

O R D O N N E :

Article 1er : M. D C, 16 impasse de la Cerisaie à Romagnat (63540), est désigné en qualité d'expert. Il aura pour mission de :

1°- se rendre sur les lieux, entendre toutes les parties concernées et tout sachant ; prendre connaissance de tous documents utiles et procéder à la constatation et au relevé précis et détaillé des désordres qui affectent la propriété de M. B longeant l'autoroute A75 entre Clermont-Ferrand et Le Crest, en indiquant leur date d'apparition ;

2°- donner un avis motivé sur les causes et origines des désordres dont s'agit, et, dans le cas de causes multiples, évaluer les proportions relevant de chacune d'elles ; dire notamment s'ils sont inhérents à la structure des ouvrages, à leur mode de construction, à leur mode de fondation ou à leur état de vétusté ou encore consécutifs à la nature du sous-sol ; préciser notamment si les désordres constatés ont pu être provoqués ou aggravés par des travaux ; fournir tous éléments techniques et de fait de nature à permettre, le cas échéant, de déterminer les responsabilités encourues ;

3°- donner son avis sur l'évolution prévisible des désordres et décrire les travaux de nature à faire cesser les désordres ; en évaluer le coût et en fixer la durée ;

4°- donner son avis sur les préjudices de toute nature causés à M. B par lesdits désordres et en évaluer le montant ;

5°- tenter de concilier les parties, si faire se peut, sous réserve d'en informer préalablement la présidente du tribunal, et après le dépôt de son rapport.

Article 2 : Les mesures d'expertise se dérouleront au contradictoire de M. B et de la société APRR.

Article 3 : L'expert qui se rendra sur les lieux, se fera communiquer tous documents nécessaires à l'accomplissement de sa mission et il pourra entendre toute personne susceptible de l'éclairer.

Article 4 : L'expert accomplira sa mission définie à l'article 1er dans les conditions prévues aux articles R. 621-1 à R. 621-14 du code de justice administrative.

Article 5 : L'expert notifiera son rapport aux parties dans les conditions prévues à l'article R. 621-9 du code de justice administrative, avec leur accord, cette notification pourra s'opérer sous forme électronique. Il déposera son rapport en deux exemplaires au greffe du tribunal ou sous forme électronique par le biais de la plateforme TransfertPro dans le délai de 6 mois à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 6 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B, à la société Autoroute Paris Rhin Rhône et à M. D C, expert.

Fait à Clermont-Ferrand, le 4 juillet 2024.

La présidente du tribunal,

juge des référés,

S. BADER-KOZA

La République mande et ordonne au préfet du Puy-de-Dôme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

cv

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