mardi 4 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| Section | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| N° Dossier | TA63-2401093 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | D |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 15 mai 2024, la préfète de l'Allier demande au tribunal, statuant sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :
1°) d'ordonner l'expulsion sans délai de M. D et Mme E du lieu d'hébergement qu'ils occupent au centre d'accueil pour demandeurs d'asile d'Yzeure, situé au sein de la résidence Le Plessis, bâtiment L3, logement n°179 ;
2°) d'autoriser le recours à la force publique pour procéder à l'évacuation forcée des lieux ;
3°) de l'autoriser à donner toutes instructions utiles au gestionnaire afin de débarrasser les lieux des biens meubles s'y trouvant, aux frais et risques de M. D et Mme E, à défaut pour ceux-ci de les avoir emportés.
Elle soutient que :
- les conditions d'urgence et d'utilité sont remplies dès lors que M. D et Mme E se maintiennent indûment dans le logement qu'ils occupent et exigent l'obtention d'un appartement à Moulins en se prévalant de l'état de vulnérabilité dans lequel se trouve Mme E, dû à sa grossesse, alors que plusieurs propositions de prise en charge par le 115 sur la commune de Varennes-sur-Allier leur ont été faites et alors qu'ils n'ont plus la qualité de demandeurs d'asile et que des mesures d'éloignement ont été prises à leur encontre ; cette situation est de nature à porter atteinte à la continuité du service public de l'accueil des demandeurs d'asile dès lors que le parc d'hébergement sur le BOP 33 est saturé et 260 personnes restent en attente d'hébergement en Auvergne ;
- la mesure demandée ne se heurte à aucune contestation sérieuse, dès lors que M. D et Mme E ont été définitivement déboutés du droit d'asile.
La requête a été communiquée à M. D et Mme E qui n'ont pas produit de mémoire en défense.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code d'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendu au cours de l'audience publique, tenue en présence de M. Morelière, greffier d'audience :
- le rapport de Mme Bader-Koza, présidente ;
- les observations de Mme C, représentant la préfète de l'Allier, qui indique que le dossier se heurte à une situation de blocage, faute pour M. D et Mme E de quitter le logement qu'ils occupent, bien que des dialogues avec des travailleurs sociaux aient été engagés afin de leur fournir un hébergement d'urgence ; que Mme E a accouché de son enfant le 16 mai 2024 et ne fait état d'aucune situation particulière, justifiant qu'elle demeure dans le logement qu'elle occupe ; que le dispositif d'hébergement pour demandeurs d'asile est saturé dès lors que 809 places sont disponibles sur le département de l'Allier et, qu'à ce jour, 260 personnes restent en attente d'hébergement en Auvergne.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ". En vertu des dispositions de l'article L. 511-1 du code de justice administrative, le juge des référés ne peut prononcer que des mesures présentant un caractère provisoire.
2. Aux termes de l'article L. 552-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sont des lieux d'hébergement pour demandeurs d'asile : / 1° Les centres d'accueil pour demandeurs d'asile définis à l'article L. 348-1 du code de l'action sociale et des familles ; () ". Aux termes de l'article L. 552-2 du même code : " Les lieux d'hébergement mentionnés à l'article L. 552-1 accueillent les demandeurs d'asile pendant la durée d'instruction de leur demande d'asile ou jusqu'à leur transfert effectif vers un autre Etat européen. ". Selon l'article L. 551-11 dudit code, " l'hébergement des demandeurs d'asile prévu au chapitre II prend fin au terme du mois au cours duquel le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français a pris fin, dans les conditions prévues aux articles L. 542-1 et L. 542-2. ". L'article L. 552-15 dispose : " Lorsqu'il est mis fin à l'hébergement dans les conditions prévues aux articles L. 551-11 à L. 551-14, l'autorité administrative compétente ou le gestionnaire du lieu d'hébergement peut demander en justice, après mise en demeure restée infructueuse, qu'il soit enjoint à cet occupant sans titre d'évacuer ce lieu. / () / La demande est portée devant le président du tribunal administratif, qui statue sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative et dont l'ordonnance est immédiatement exécutoire ". L'article R. 552-15 du code dispose : " () Si la mise en demeure est infructueuse, le préfet ou le gestionnaire du lieu d'hébergement peut, après une décision de rejet définitive et dans les conditions prévues à l'article L. 552-15, saisir le président du tribunal administratif afin d'enjoindre à cet occupant de quitter les lieux. ".
3. Lorsque le juge des référés est saisi par l'administration, sur le fondement des dispositions précitées, d'une demande d'expulsion d'un centre d'accueil pour demandeurs d'asile, il lui appartient de rechercher si, au jour où il statue, la demande d'expulsion ne se heurte à aucune contestation sérieuse et si la libération des lieux présente un caractère d'urgence et d'utilité.
4. M. D et Mme E, ressortissants géorgiens, sont entrés en France accompagnés de leur premier enfant le 11 septembre 2023. Ils ont sollicité la protection internationale et ont bénéficié, à ce titre, d'un hébergement dans une structure d'accueil de demandeurs d'asile située au sein de la résidence Le Plessis, à Yzeure. Leurs demandes d'asile, étudiées en procédure accélérée eu égard à leur qualité de ressortissants d'un pays d'origine sûr, ont été rejetées par l'OFPRA le 27 novembre 2023. Par conséquent, le 5 février 2024, en application des dispositions de l'article L. 611-1 4° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la préfète de l'Allier a adopté à leur encontre deux arrêtés portant obligation de quitter le territoire français, confirmés par jugement du 21 février 2024 du tribunal. Le 29 février 2024, la directrice territoriale de Clermont-Ferrand de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) leur a notifié une décision de sortie du lieu d'hébergement pour demandeur d'asile au plus tard au 11 mars 2024. Par une décision du 15 mars 2024, la CNDA a confirmé le rejet de leur demande d'asile. Par un courrier de cette même date, la préfète de l'Allier a mis les intéressés en demeure de quitter le lieu d'hébergement. Ultérieurement, le 11 avril 2024, un arrêté portant interdiction de retour sur le territoire français ainsi qu'une décision portant assignation à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ont été notifiés aux intéressés. Par la présente requête, la préfète de l'Allier demande au juge des référés, saisi en application de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'ordonner l'expulsion sans délai de M. D et Mme E.
5. Il est constant que les intéressés, à la date à laquelle le juge des référés statue, se maintiennent dans le lieu d'hébergement.
6. Il résulte de l'instruction que M. D et Mme E ne bénéficiaient plus du droit de se maintenir sur le territoire français à compter de la décision de rejet de l'OFPRA du 27 novembre 2023, au demeurant confirmée par une décision de la CNDA du 15 mars 2024. Les intéressés ne font valoir aucune circonstance particulière de nature à faire obstacle à leur expulsion. Ainsi, d'une part, M. D et Mme E se maintiennent dans un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile alors qu'ils ne sont bénéficiaires de ce statut et, d'autre part, eu égard aux besoins d'accueil des demandeurs d'asile, au nombre limité de places disponibles dans les lieux d'hébergement pour demandeurs d'asile dans le département de l'Allier et aux caractéristiques du logement occupé, le maintien irrégulier des intéressés dans ce lieu d'hébergement fait obstacle à l'accueil d'une autre famille et compromet ainsi le fonctionnement normal du service. Par suite, la mesure sollicitée, qui vise à assurer le respect du droit d'asile, principe de valeur constitutionnelle, et le bon fonctionnement du service de l'hébergement des demandeurs d'asile, ne se heurte à aucune contestation sérieuse et présente un caractère d'urgence et d'utilité au sens et pour l'application des dispositions précitées de l'article L. 521-3 du code de justice administrative.
7. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu d'ordonner l'expulsion sans délai de M. D et Mme E du centre d'accueil pour demandeurs d'asile d'Yzeure. A défaut pour les intéressés d'avoir quitté les lieux, la préfète de l'Allier est autorisée à procéder à l'évacuation forcée des lieux. Il y a en outre lieu d'autoriser la préfète de l'Allier à donner toutes instructions utiles au gestionnaire du centre d'accueil concerné afin de débarrasser les lieux des biens meubles s'y trouvant, aux frais et risques de M. D et Mme E, à défaut pour ces derniers de les avoir emportés.
O R D O N N E :
Article 1er : Il est enjoint à M. D et à Mme E de quitter sans délai les lieux qu'ils occupent dans le centre d'accueil pour demandeurs d'asile d'Yzeure, situé au sein de la résidence Le Plessis, bâtiment L3, logement n°179.
Article 2 : La préfète de l'Allier est autorisée à recourir au concours de la force publique pour procéder à l'expulsion de M. D et Mme E en cas de refus de ces derniers de libérer spontanément les lieux dès la notification de la présente ordonnance.
Article 3 : La préfète de l'Allier est autorisée à donner toutes instructions utiles au gestionnaire du CADA d'Yzeure afin de débarrasser les lieux des biens meubles s'y trouvant, aux frais et risques de M. D et Mme E, à défaut pour eux de les avoir emportés.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à la préfète de l'Allier et à M. B D et Mme A E.
Fait à Clermont-Ferrand, le 4 juin 2024.
La présidente,
Juge des référés,
S. BADER-KOZA
La République mande et ordonne à la préfète de l'Allier, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
No 2401093
ZR
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