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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2401099

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2401099

vendredi 4 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2401099
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
Avocat requérantEVEZARD LEPY - MANDEVILLE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 15 mai 2024, le service départemental d'incendie et de secours du Puy-de-Dôme demande au juge des référés d'ordonner une expertise, sur le fondement des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, au contradictoire de la SAS Renon, de son assureur en responsabilité civile décennale, la cie Sagena Assurance, la SAS GCC, venant au droit de la société Mallet BTP, leur assureur en responsabilité civile décennale, la compagnie AXA France IARD, l'agence Socotec, le cabinet d'architecture GIE Sycomore Reuillard-Fonvieille, son assureur, la MAF Assurance et la SARL ITC, portant sur la nature et l'étendue des désordres affectant le centre d'incendie et de secours (CIS) de Chamalières (63400) suite aux travaux d'extension et de restructuration.

Il soutient que :

- il a confié la maîtrise d'œuvre, par acte d'engagement du 18 juin 2010 au GIE d'architectes Sycomore Reuillard-Fonvieille et a choisi le bureau d'études techniques ITC en qualité de BET Structure et Socotec comme contrôleur technique ;

- il a confié, le 7 août 2012, à la SAS Renon, le lot n°1 " terrassement-VRD-aménagement extérieur " et, le 7 février 2013, le lot n°2 " terrassement de pleine masse ", dont les travaux ont été réceptionnés sans réserve le 16 janvier 2015, pour une date d'achèvement au 30 septembre 2014 pour le lot n°1 et 17 mai 2014 pour le lot n°2 ; le lot n°3 " démolition-gros œuvre " a été confié à la société Mallet BTP, le 7 août 2012, les travaux ont été réceptionnés le 28 octobre 2014, avec réserves levées le 10 mars 2015 ; préalablement aux travaux, des études de sol ont été réalisées par la société Fondasol en 2012 ; des microfissures sont apparues en fin de chantier, d'abord sur les faïences des douches et certains seuils de porte, puis dans divers endroits de la caserne ; ces désordres prennent un caractère évolutif puisque le phénomène s'est aggravé et amplifié malgré des travaux de reprise ;

- face à l'évolution inquiétante des désordres, il a fait réaliser une étude sur leur causes par le BET Structure ITC, puis a confié une mission de diagnostic de sécurité à l'Apave, et enfin a engagé des mesures d'investigations supplémentaires en janvier 2024 en faisant intervenir la société Cideco pour une étude structurelle poussée, qui conclut dans son rapport, concernant le fléchissement de la dalle, à un béton de mauvaise qualité et à un ferraillage insuffisant, et, concernant les fissures sur les murs porteurs de façade, à un tassement accentué par l'utilisation de blocs de béton cellulaire réputés fragiles en cas de mouvement des fondations ;

- il est obligé de procéder à une redistribution des locaux afin de ne pas mettre en danger les sapeurs-pompiers ;

- il est bien fondé à demander cette expertise afin d'une part, de préserver ses droits dans le cadre de la garantie décennale et, d'autre part, de faire constater ces désordres, d'en établir les causes et les solutions pour y remédier et de déterminer les responsabilités.

Par un mémoire, enregistré le 23 mai 2024, M. E, gérant de la SARL Sycomore Architecte, porte à la connaissance du tribunal que le cabinet d'architecture GIE Sycomore Reuillard-Fonvieille n'existe plus.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 mai 2024, la SARL ITC (Ingénierie Technique Construction), représentée par la SCP Teillot et Associés, Me Maisonneuve, demande au juge des référés de prendre acte de ses protestations et réserves.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 juin 2024, la SAS GCC et la SA AXA France IARD, représentées par la SELARL Juge Fialaire Avocats, Me Fialaire, demandent au juge des référés de déclarer les opérations d'expertises sollicitées par le SDIS 663 communes et opposables à la société B Construction et son assureur, la MAAF Assurances.

Elles font valoir que la société GCC, venant aux droits de la société Mallet BTP, titulaire du lot n°3, a sous-traité à la société B Construction, assurée auprès de la MAAF, les travaux de maçonnerie et d'enduit suivant un contrat de sous-traitance du 3 juin 2013 ; leur responsabilité est susceptible d'être engagée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 juillet 2024, la SAS Entreprise Renon, représentée par la SCP Langlais Brustel Ledoux et Associés, Me Langlais, demande au juge des référés de prendre acte de ses plus expresses protestations et réserves, et de réserver les dépens.

Elle fait valoir que le lot n°1 porte uniquement sur les aménagements extérieurs et non intérieurs comme indiqué par erreur dans la requête.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 juillet 2024, la Mutuelle des Architectes français (MAF), représentée par la SELARL Tournaire Meunier, demande au juge des référés de prendre acte de ses protestations et réserves, et de réserver les dépens.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 août 2024, la SA MAAF Assurances et M. C B, représentés par la SELARL Evezard Lepy-Mandeville, ne s'opposent pas à l'extension de l'expertise et demandent au juge des référés de prendre acte de leurs plus expresses protestations et réserves d'usage.

L'intégralité des pièces de la requête a été communiquée à Sagena Assurance et Socotec, qui n'ont pas présenté d'observations.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction. () ".

2. L'utilité d'une mesure d'instruction ou d'expertise qu'il est demandé au juge des référés d'ordonner sur le fondement de l'article R. 532-1 du code de justice administrative doit être appréciée, d'une part, au regard des éléments dont le demandeur dispose ou peut disposer par d'autres moyens et, d'autre part, bien que ce juge ne soit pas saisi du principal, au regard de l'intérêt que la mesure présente dans la perspective d'un litige principal, actuel ou éventuel, auquel elle est susceptible de se rattacher.

3. Il résulte de l'instruction que l'expertise demandée par le service départemental d'incendie et de secours du Puy-de-Dôme aux fins de déterminer les causes et les conséquences des désordres qui affectent le centre d'incendie et de secours de Chamalières entre dans le champ d'application des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative. Par suite, il y a lieu de faire droit à cette demande et de fixer la mission de l'expert comme précisé à l'article 1er de la présente ordonnance.

4. Il n'appartient pas à la juridiction administrative de donner acte de protestations et de réserves. Par suite les conclusions en ce sens ne peuvent qu'être rejetées.

5. Il appartient à la présidente de la juridiction et non au juge des référés, de fixer par ordonnance les frais et honoraires qui seront dus à l'expert et de désigner la partie qui en assumera la charge. Les conclusions tendant à réserver les dépens ne peuvent être accueillies.

O R D O N N E :

Article 1er : M. D A, demeurant 1 impasse des Côtes du Vignal, à Pérignat sur Allier (63800), est désigné en qualité d'expert. Il aura pour mission :

1'- se rendre sur les lieux, entendre les parties, prendre connaissance de tous documents utiles ; donner tous éléments et établir tous plans, croquis ou schémas, produire des photos, utiles à la compréhension des faits de la cause ;

2°- rechercher et préciser les liens contractuels unissant les parties, décrire les missions confiées par le maître d'ouvrage à chacune des parties attraites à la présente instance, et si possible, annexer à son rapport les marchés, avenants, ordres de services et tous autres documents utiles ;

3°- rechercher la date de la réception, indiquer si celle-ci a été assortie de réserves relatives aux désordres constatés, et si possible, annexer le procès-verbal de la réception à son rapport ;

4°- décrire les désordres constatés ; pour chacun d'eux, indiquer la date de la première apparition, la nature et l'importance ; fournir tous éléments permettant d'apprécier s'ils mettent l'ouvrage en péril ou le rendent impropre à sa destination, et donner son avis sur ce point ;

5°- indiquer, pour chaque désordre, si, à la date de la réception, il était apparent, ou tout au moins prévisible, en tout cas dans toutes ses conséquences ;

6°- donner son avis sur la ou les causes de chaque désordre (vice de conception, défaut de surveillance, faute d'exécution, manquement aux règles de l'art, qualité des matériaux utilisés, insuffisance d'entretien, ou toute autre cause) ; si les dommages sont dus à plusieurs causes, fournir tous éléments permettant d'apprécier dans quelle proportion ils sont imputables à chacune d'elles et donner son avis sur ce point ;

7°- décrire les travaux de nature à faire cesser les désordres et à remettre l'ouvrage en l'état prévu par le marché ; en évaluer le coût et en fixer la durée compte tenu des nécessités de leur conception, de la passation des marchés, et de l'exécution des travaux ;

8°- fournir tous éléments techniques et de fait de nature à permettre, le cas échéant, à la juridiction compétente de déterminer les responsabilités encourues ;

9°- donner son avis sur les préjudices de toute nature causés par lesdits désordres et en évaluer le montant ;

10°- tenter de concilier les parties, si faire se peut, sous réserve d'en informer préalablement le président du tribunal.

Article 2 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 3 : Les mesures d'expertise se dérouleront au contradictoire du SDIS du Puy-de-Dôme, la SAS Entreprise Renon, la compagnie Sagena Assurance, la SAS GCC, la SA AXA France IARD, la société Socotec, la MAF Assurance, la SARL ITC, la SA MAAF Assurances et M. B.

Article 4 : L'expert, qui se rendra sur les lieux, se fera communiquer tous documents nécessaires à l'accomplissement de sa mission et il pourra entendre toute personne susceptible de l'éclairer.

Article 5 : L'expert accomplira sa mission dans les conditions prévues par les articles R. 621-1 à R. 621-14 du code de justice administrative.

Article 6 : L'expert notifiera son rapport aux parties dans les conditions prévues à l'article R. 621-9 du code de justice administrative, avec leur accord, cette notification pourra s'opérer sous forme électronique. Il déposera son rapport au greffe du tribunal sous forme électronique par le biais de la plateforme TransfertPro dans le délai de 6 mois à compter de la notification de la présente décision accompagné de l'état de ses vacations, frais et débours.

Article 7 : La présente ordonnance sera notifiée au service départemental d'incendie et de secours du Puy-de-Dôme, à la SAS Entreprise Renon, à la compagnie Sagena Assurance, à la SAS GCC, à la SA AXA France IARD, à la société Socotec, à la MAF Assurance, à la SARL ITC, à la SA MAAF Assurances à M. C B et à M. D A, expert.

Fait à Clermont-Ferrand, le 4 octobre 2024.

La présidente du tribunal,

Juge des référés,

S. BADER-KOZA

La République mande et ordonne au préfet du Puy-de-Dôme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2401099pm

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