lundi 7 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| Section | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| N° Dossier | TA63-2401226 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Avocat requérant | UGGC AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 30 mai 2024, M. D A, représenté par l'AARPI Ligo Avocats, Me Tondu, demande au juge des référés de prescrire, en application des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, une expertise médicale, au contradictoire du centre hospitalier de Montluçon Néris-les-Bains et de l'office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM), en présence de la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) de l'Allier, aux fins de déterminer les conditions de sa prise en charge au centre hospitalier de Montluçon suite à un accident survenu le 21 février 2023.
Il soutient que :
- il a été victime, le 21 février 2023, d'un accident alors qu'il entretenait un terrain à l'aide d'une débroussailleuse ; il a été pris en charge par le service des urgences du centre hospitalier de Montluçon qui n'a pas décelé, malgré un bilan radiographique, la présence d'un corps étranger métallique sur la face postéro-interne du genou gauche ; suite à une douleur persistante, il a pu bénéficier d'une IRM qui n'a pu aller à son terme en raison de la présence du métal, mais aucune solution pour extraire le corps étranger ne lui a été proposée ; il a finalement été admis le 20 juillet 2023 à la polyclinique Saint-Roch, à Montpellier, pour faire procéder à l'exérèse du corps étranger ; il a dû être immobilisé plusieurs semaines et a bénéficié de soins infirmiers libéraux ; il conserve une cicatrice importante et ressent un inconfort et de vives décharges pour s'accroupir ou fléchir le genou ; il ne peut plus courir et peine à marcher sans canne ; il n'a pu retrouver un travail ;
- il s'interroge sur la qualité de sa prise en charge par le centre hospitalier de Montluçon ;
- il est bien fondé à demander cette expertise aux fins de déterminer les responsabilités et les différents préjudices imputables à sa prise en charge médicale.
Par un mémoire, enregistré le 10 juin 2024, la caisse primaire d'assurance maladie du Puy-de-Dôme ne s'oppose pas à la demande d'expertise.
Par un mémoire en défense, enregistré le 11 juin 2024, le centre hospitalier de Montluçon, représenté par la SELAS Seban Auvergne, Me Lantero, demande au juge des référés de compléter la mission de l'expert spécialisé en orthopédie des membres inférieurs et de rejeter le surplus des conclusions de la requête.
Par un mémoire en défense, enregistré le 19 juillet 2024, l'office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM) représenté par la SCP UGGC Avocats, Me Welsh, demande au juge des référés de le mettre hors de cause et subsidiairement de prendre acte de ses protestations et réserves.
Il fait valoir qu'il n'existe aucune perspective contentieuse recevable à son endroit.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code de la sécurité sociale ;
- le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence d'une décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction () ".
2. L'utilité d'une mesure d'instruction ou d'expertise qu'il est demandé au juge des référés d'ordonner sur le fondement de l'article R. 532-1 du code de justice administrative doit être appréciée, d'une part, au regard des éléments dont le demandeur dispose ou peut disposer par d'autres moyens et, d'autre part, bien que ce juge ne soit pas saisi du principal, au regard de l'intérêt que la mesure présente dans la perspective d'un litige au principal, actuel ou éventuel, auquel elle est susceptible de se rattacher.
3. La demande d'expertise présentée par M. A, relative aux conditions de sa prise en charge par le centre hospitalier de Montluçon à partir du 21 février 2023, présente un caractère utile et entre dans le champ d'application des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative. Par suite, il y a lieu d'y faire droit dans les conditions précisées à l'article 1er de la présente ordonnance.
4. Contrairement à ce que soutient l'ONIAM, à ce stade du litige, il n'est pas établi que les conditions de l'engagement de la solidarité nationale ne seraient pas remplies. Par suite, sa demande de mise hors de cause doit être rejetée.
5. Il n'appartient pas à la juridiction administrative de donner acte de protestations et de réserves. Par suite les conclusions en ce sens ne peuvent qu'être rejetées.
6. Il appartient à la présidente de la juridiction et non au juge des référés, de fixer par ordonnance les frais et honoraires qui seront dus à l'expert et de désigner la partie qui en assumera la charge. Les conclusions tendant à réserver les dépens ne peuvent être accueillies.
O R D O N N E :
Article 1er : M. le Docteur C B, exerçant au centre hospitalier Lyon Sud, 165 chemin du Grand Revoyet à Pierre Bénite (69495), est désigné en qualité d'expert. Il aura pour mission de :
1°- prendre connaissance des dossiers et de tous documents concernant M. D A, détenus par le centre hospitalier de Montluçon ou produits par l'intéressé, et examiner ce dernier ;
2°- décrire les blessures, les lésions, les affections dont M. A était atteint ; décrire l'état de santé de M. A lors de son arrivée au centre hospitalier de Montluçon le 21 février 2023, puis le 11 mars 2023, et les soins et actes médicaux et chirurgicaux dont il a fait l'objet dans cet établissement ;
3°- rechercher si les diagnostics établis, les traitements, interventions et soins prodigués et leur suivi ont été consciencieux, attentifs, diligents et conformes aux règles de l'art et aux données acquises de la science et s'ils étaient adaptés à l'état de M. A et aux symptômes qu'il présentait, ou si, au contraire, des erreurs, manquements, maladresses ou négligences ont été commis par les services du centre hospitalier de Montluçon ; indiquer si les manquements éventuellement constatées ont fait perdre à M. A une chance sérieuse d'éviter un dommage et, dans l'affirmative, déterminer l'ampleur de la chance perdue ;
4°- rechercher toutes informations en vue de déterminer si les traitements de toute nature prodigués à M. A par les services du centre hospitalier de Montluçon relèvent un mauvais fonctionnement ou une mauvaise organisation du service, une administration défectueuse des soins médicaux, ou une mauvaise exécution des soins médicaux, et donner son avis sur ces points ;
5° - indiquer si le dommage allégué a un rapport avec l'état initial de M. A, ou l'évolution prévisible de cet état ;
6° - préciser si le dommage allégué constitue une conséquence anormale d'un acte médical, chirurgical, pratiqué sur la personne de M. A au regard de son état initial ou de l'évolution prévisible de cet état ; indiquer si l'acte présentait un risque connu auquel M. A était particulièrement exposée ; dire, dans l'affirmative, quelle était l'importance de ce risque ;
7°- dire si le dossier médical et les informations recueillies permettent de savoir si M. A a été informé des conséquences normalement prévisibles de l'intervention et si il a été ainsi mis à même de formuler un consentement éclairé ; préciser si il a reçu toutes informations sur l'existence de risques, même faibles, de complications susceptibles de se produire ; indiquer si le défaut d'information éventuellement relevé a fait perdre à M. A une chance sérieuse de se soustraire au risque qui s'est réalisé et dans l'affirmative, préciser l'importance de cette perte de chance ; donner son avis sur l'évolution prévisible de l'état de M. A si il avait renoncé au traitement, à l'intervention dont il a fait l'objet ;
8°- dire si l'état de M. A a entraîné une incapacité temporaire et en préciser les dates de début et de fin, ainsi que le ou les taux ;
9°- indiquer à quelle date l'état de M. A peut être considéré comme consolidé, préciser s'il subsiste un déficit fonctionnel permanent et, dans l'affirmative, en fixer le taux, en distinguant la part imputable au manquement éventuellement constaté de celle ayant pour origine toute autre cause ou pathologie, eu égard notamment aux antécédents médicaux de l'intéressée ; dans le cas où cet état ne serait pas encore consolidé, indiquer si, dès à présent, une incapacité permanente partielle est prévisible et en évaluer l'importance ;
10°- dire si l'état de M. A est susceptible de modification en aggravation ou en amélioration ; dans l'affirmative fournir toutes précisions utiles sur cette évolution, sur son degré de probabilité et dans le cas où un nouvel examen serait nécessaire, mentionner dans quel délai ;
11° - dire si l'état de M. A justifie la présence d'une tierce personne ; fixer les modalités, la qualification et la durée de cette intervention ;
12°- donner son avis sur l'existence éventuelle de préjudices subis par M. A et le cas échéant, en évaluer l'importance, en distinguant la part imputable au manquement éventuellement constaté de celle ayant pour origine toute autre cause ou pathologie, eu égard notamment aux antécédents médicaux de l'intéressé ;
13° - donner son avis sur la répercussion de l'incapacité médicalement constatée sur l'activité professionnelle de M. A et, le cas échéant, donner son avis sur la nécessité d'un changement d'emploi et d'une réadaptation à une nouvelle activité professionnelle.
Article 2 : L'expert accomplira sa mission définie à l'article 1er dans les conditions prévues aux articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Il ne pourra recourir à un sapiteur sans l'autorisation préalable de la présidente du tribunal administratif.
Article 3 : L'expertise aura lieu en présence de M. A, de la caisse primaire d'assurance maladie du Puy-de-Dôme, du CH de Montluçon et de l'ONIAM.
Article 4 : L'expert se fera communiquer tous documents nécessaires à l'accomplissement de sa mission et il pourra entendre toute personne susceptible de l'éclairer.
Article 5 : L'expert notifiera son rapport aux parties dans les conditions prévues à l'article R. 621-9 du code de justice administrative, avec leur accord, cette notification pourra s'opérer sous forme électronique. Il déposera son rapport au greffe du tribunal sous forme électronique par le biais de la plateforme TransfertPro dans le délai de 6 mois à compter de la notification de la présente ordonnance.
Article 6 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 7 : La présente ordonnance sera notifiée à M. D A, à la caisse primaire d'assurance maladie du Puy-de-Dôme, au centre hospitalier de Montluçon, à l'office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales, et à M. le Docteur C B, expert.
Fait à Clermont-Ferrand, le 7 octobre 2024.
La présidente du tribunal,
juge des référés,
S. BADER-KOZA
La République mande et ordonne à la ministre de la santé et de l'accès aux soins en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.pm
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