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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2401261

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2401261

mercredi 16 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2401261
TypeOrdonnance
RecoursPlein contentieux
PublicationD
Avocat requérantSELARL BLT DROIT PUBLIC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 4 juin et 13 septembre 2024, la SA Engie Energie Services, représentée par la Selarl B2L, Me Lesne, demande au juge des référés :

1°) d'annuler la décision implicite de rejet née le 29 janvier 2024 du silence gardée par le maire de La Séauve-sur-Semène sur sa réclamation formée le 29 novembre 2023 ;

2°) de condamner la commune de La Séauve-sur-Semène à lui payer la somme provisionnelle de 63 926,61 euros, outre intérêts au taux légal dus depuis le 29 novembre 2023 et l'indemnité forfaitaire de recouvrement de 40 euros pour chacune des factures échues ;

3°) de condamner la commune de La Séauve-sur-Semène aux entiers dépens et de mettre à sa charge une somme de 3 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- sa requête est recevable, en particulier, elle n'est pas tardive ;

- elle a conclu le 14 octobre 2022 avec la commune de La Séauve-sur-Semène un contrat pour l'alimentation en électricité du gymnase situé avenue Jean Bonnevial sur le territoire de la commune pour une durée d'un an courant du 1er janvier au 31 décembre 2023 pour un prix global annuel de 55 404,61 euros H.T, ou 67 691,53 euros T.T.C. ;

- l'obligation de la commune de La Séauve-sur-Semène de payer les fournitures d'électricité au titre de l'exécution du contrat au vue des factures qui lui avaient été adressées n'est pas sérieusement contestable, dès lors que ce paiement constitue la contrepartie des prestations réalisées ;

- la créance qu'elle détient à hauteur de 63 926,61 euros en principal sur la commune de La Séauve-sur-Semène n'est pas sérieusement contestable ;

- les intérêts moratoires au taux légal sont dus depuis la première mise en demeure adressée le 29 novembre 2023 ;

- l'indemnité forfaitaire de recouvrement est de 40 euros par facture.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 juin 2024, la commune de La Séauve-sur-Semène, représentée par son maire en exercice par la société d'avocats BLT Droit Public, Me Thiry, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge de la SA Engie Energie Services sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les conclusions de la requête tendant à l'annulation de la décision implicite de rejet née le 29 janvier 2024 sont irrecevables dès lors qu'il n'est pas de l'office du juge des référés de pouvoir prononcer une telle annulation ;

- la requête est irrecevable dès lors qu'elle est tardive, le délai de droit commun pour contester la décision implicite de refus du 29 janvier 2024 étant expiré ;

- l'obligation lui incombant de régler les factures est sérieusement contestable en l'absence de contrat de fourniture pour le site dont il s'agit dès lors qu'elle a clairement manifesté sa volonté de ne pas conclure ce contrat ; ainsi, il n'existe aucun accord de volonté entre les parties ; subsidiairement, la société Engie ne pouvait s'affranchir de son opposition en " régularisant " unilatéralement le contrat et en lui adressant des factures ; cette " régularisation " unilatérale constitue un vice particulièrement grave s'agissant du consentement, de sorte que le contrat, s'il devait être regardé comme formé, est entaché de nullité.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article R. 541-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, même en l'absence d'une demande au fond, accorder une provision au créancier qui l'a saisi lorsque l'existence de l'obligation n'est pas sérieusement contestable. Il peut, même d'office, subordonner le versement de la provision à la constitution d'une garantie ". En vertu du 2° de l'article R. 222-1 du même code, les présidents de formation de jugement des tribunaux administratifs peuvent, par ordonnance, rejeter les requêtes ne relevant manifestement pas de la compétence de la juridiction administrative.

2. Il résulte de l'instruction que dans le cadre de la fourniture en électricité de son gymnase situé avenue Jean Bonnevial, la commune de La Séauve-sur-Semène avait conclu avec la société EDF un contrat de fourniture d'électricité dont le terme expirait le 12 mai 2022. La fourniture en électricité de ce gymnase a été poursuivie par la SA Engie Energie Services. En l'absence de paiement des factures qu'elle avait émises à l'encontre de la commune, la SA Engie Energie Services a mandaté la société Sercorep pour obtenir le recouvrement de ses créances. Par un courrier du 29 novembre 2023, cette dernière société a ainsi adressé à la commune une mise en demeure de payer des factures arrivant à échéance entre le 30 avril 2023 et le 30 septembre 2023. Elle a réitéré sa mise en demeure par un nouveau courrier du 7 février 2024 pour le paiement de factures couvrant la période d'avril 2023 à décembre 2023. Faute de réponse à ces courriers, la SA Engie Energie Services demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article R. 541-1 du code de justice administrative, d'annuler la décision implicite de rejet née le 29 janvier 2024 du silence gardée par le maire de La Séauve-sur-Semène sur sa réclamation formée le 29 novembre 2023 et de condamner la commune de La Séauve-sur-Semène à lui payer la somme provisionnelle de 63 926,61 euros, outre les intérêts au taux légal dus depuis le 29 novembre 2023 et l'indemnité forfaitaire de recouvrement de 40 euros pour chacune des factures échues.

3. Pour se prévaloir disposer d'une créance non sérieusement contestable, la SA Engie Energie Services se fonde sur un contrat à durée ferme d'un an, courant du 1er janvier 2013 au 31 décembre 2013, conclu avec la commune de La Séauve-sur-Semène et qui se serait formé, selon ses écritures, le 14 octobre 2022, à la suite d'une acceptation concordante dans ses éléments essentiels. Toutefois, il résulte du contrat transmis par la société requérante qu'il ne contient aucune clause exorbitante du droit commun. Il s'ensuit que la demande de la SA Engie Energie Services tendant au paiement de factures correspondant à la fourniture par elle de courant électrique n'est pas relative à l'exécution d'un contrat administratif et ne se rattache pas, par ailleurs, à des opérations de travaux publics. Par suite, elle n'est pas de la compétence de la juridiction administrative. Au demeurant, l'article 11 intitulé " contentieux " du contrat dont se prévaut la SA Engie Energie Services prévoit que toutes les contestations se rapportant à ce contrat et qui ne peuvent être réglées amiablement sont soumises au tribunal compétent, situé dans la ville où est implanté le siège social du prestataire, sauf stipulations contraires précisées aux conditions particulières lesquelles n'existent pas en l'espèce, en l'occurrence au tribunal de commerce de Lyon.

4. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu, en application des dispositions du 2° de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, de rejeter la requête de la SA Engie Energie Services en toutes ses conclusions pour être portée devant une juridiction incompétente pour en connaître.

5. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la SA Engie Energie Services, la somme que demande la commune de La Séauve-sur-Semène au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de la SA Engie Energie Services est rejetée comme portée devant une juridiction incompétente pour en connaître.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de La Séauve-sur-Semène tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à la SA Engie Energie Services et à la commune de La Séauve-sur-Semène.

Fait à Clermont-Ferrand, le 16 octobre 2024.

Le président de la 3ème chambre,

M. A

La République mande et ordonne au préfet du Puy-de-Dôme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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