vendredi 19 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| Section | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| N° Dossier | TA63-2401650 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | D |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 18 juillet 2024, M. B C, représenté par Me Josseaume, demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision 48 SI du 6 juin 2024 par laquelle le ministre de l'intérieur et des outre-mer a invalidé, pour solde de points nul, son permis de conduire.
Il soutient que,
la condition d'urgence est remplie :
- dès lors que son activité professionnelle de gérant d'une société spécialisée dans les activités de charcutier-traiteur lui impose des déplacements permanents et que la décision attaquée porte une atteinte grave et immédiate à sa situation professionnelle et sociale ;
- dès lors que la suspension de l'exécution de cette décision permet de préserver la garantie d'un recours effectif telle que garantie par l'article 13 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
le doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée est caractérisé dès lors que le ministre a commis une erreur de décompte en retirant deux fois des points pour la même infraction.
Vu :
- la requête enregistrée le 18 juillet 2024 sous le n° 2401649 par laquelle M. C demande l'annulation de la décision en litige ;
- les autres pièces du dossier ;
Vu le code de justice administrative.
La présidente du tribunal administratif a désigné M. A, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
1. M. C demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision 48 SI du 6 juin 2024 par laquelle le ministre de l'intérieur et des outre-mer a invalidé, pour solde de points nul, son permis de conduire.
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ". L'article R. 522-1 du même code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire. () ". En vertu de l'article L. 522-3 du même code, le juge des référés peut, par une ordonnance motivée, rejeter une requête sans instruction, ni audience, lorsque la condition d'urgence n'est pas remplie ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée.
3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi de conclusions tendant à la suspension d'un acte administratif, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. La condition d'urgence s'apprécie objectivement et globalement au regard de l'intérêt du demandeur mais aussi de l'intérêt public et notamment, s'agissant d'un arrêté de suspension de la validité d'un permis de conduire, des exigences liées à la protection de la sécurité routière.
4. Pour justifier de l'urgence qu'il y aurait à suspendre l'exécution de la décision en litige, M. C fait valoir que la possession du permis de conduire est nécessaire à l'exercice de son activité professionnelle de gérant d'une société spécialisée dans l'activité de charcutier-traiteur et que la suspension des effets de la décision en litige permettrait d'assurer le respect du droit à un recours effectif garanti par l'article 13 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Toutefois, d'une part, cette dernière circonstance n'est pas de nature à caractériser une situation d'urgence au sens indiqué au point précédent. D'autre part, en se bornant à produire l'extrait Kbis de sa société à responsabilité limitée ainsi qu'un document émanant de l'Institut national de la statistique et des études économiques (INSEE) et intitulé " Situation au répertoire SIRENE à la date du 14 avril 2020 ", M. C ne justifie pas que ses fonctions nécessiteraient la détention d'un permis de conduire, ni n'établit qu'il lui serait impossible de recourir à des modes de transport alternatifs, notamment en utilisant un véhicule ne nécessitant pas la détention du permis de conduire ou en se faisant véhiculer par un tiers. En tout état de cause, il résulte du relevé d'information intégral produit par le requérant qu'il a commis de nombreuses infractions pour excès de vitesse, ayant donné notamment lieu à des suspensions de son permis de conduire pour une durée de quatre mois par une décision du 4 mai 2022 et pour une durée de six mois par une décision du 28 avril 2023. Dans ces conditions, en admettant même que la décision 48SI contestée porte atteinte à l'exercice par M. C de sa profession, elle répond, eu égard au comportement de l'intéressé, à des exigences de protection et de sécurité routière. Par suite, la condition d'urgence prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative ne peut, en l'état de l'instruction, être regardée comme remplie.
5. Il résulte de ce qui précède, que les conclusions à fin de suspension de M. C doivent être rejetées en application des dispositions de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B C.
Fait à Clermont-Ferrand, le 19 juillet 2024.
Le juge des référés
G. A
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2401650JC
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