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Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2401784

jeudi 1 octobre 2026

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2401784
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationChambre 2

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 29 juillet 2024, M. B... A... demande au tribunal :

1°) d’annuler l’arrêté du 23 juillet 2024 par lequel le préfet du Cantal a rejeté sa demande de titre de séjour, l’a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d’une durée d’un an ;

2°) d’enjoindre au préfet du Cantal de lui délivrer un titre de séjour, dans un délai de quinze jours, sous astreinte ou, à tout le moins, de réexaminer sa demande et, dans l’attente, de lui remettre une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l’État la somme de 1 500 euros sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée et est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation des conséquences sur sa situation personnelle ;
- la décision portant octroi d’un délai de départ volontaire de trente jours est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation au regard de la durée du délai fixé ;
- la décision fixant le pays de renvoi a été prise en méconnaissance des stipulations de l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est illégale par voie de conséquence de l’illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français et est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation de sa situation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 août 2024, le préfet du Cantal conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu’aucun des moyens de la requête n’est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Le rapport de Mme Brasset a été entendu au cours de l’audience publique du 17 septembre 2026.

Les parties n’étaient ni présentes ni représentées.


Considérant ce qui suit :

1. M. A..., ressortissant congolais né le 27 juillet 2001, a sollicité l’asile en France le 3 août 2023. Sa demande d’asile a été rejetée, en dernier lieu, par la Cour nationale du droit d’asile le 11 juillet 2024. Par une décision du 23 juillet 2024, le préfet du Cantal l’a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. Par la présente requête, M. A... demande au tribunal d’annuler cet arrêté.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

2. En premier lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire français comporte les considérations de faits et de droit qui en constituent le fondement. La circonstance qu’une demande de réexamen de demande d’asile puisse être introduite par un étranger qui s’est vu refuser sa demande d’asile est sans incidence sur le caractère suffisant de la motivation de cette décision. Par suite, le moyen tiré de l’insuffisance de motivation doit être écarté.

3. En second lieu, aux termes de L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile (…) ». Aux termes du 4° de l’article L. 611-1 de ce code : « 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ».

4. Il ressort des pièces du dossier que pour prendre une décision portant obligation de quitter le territoire français à l’encontre de M. A..., le préfet s’est fondé sur la circonstance que ce dernier s’est vu définitivement refuser la qualité de réfugié par une décision de la Cour nationale du droit d’asile du 11 juillet 2024, qu’il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français et qu’il n’entre dans aucun cas d’attribution d’un titre de séjour de plein droit. Si M. A... soutient qu’il s’est blessé à l’épaule et qu’il doit réaliser des séances de kinésithérapie, il n’établit pas que ce suivi médical ne peut pas être réalisé dans son pays d’origine. En outre, s’il soutient être intégré au sein d’un club de football, qu’il bénéficie d’une promesse d’embauche au sein d’un restaurant et qu’il entretient de bonnes relations avec les personnes qu’il côtoie au quotidien, il ressort des pièces du dossier que ses liens personnels en France ne sauraient être regardés, à la date de la décision attaquée, comme suffisamment anciens, intenses et stables. Dès lors, M. A... n’est pas fondé à soutenir que le préfet aurait commis une erreur manifeste d’appréciation des conséquences de sa décision sur sa situation personnelle en édictant une obligation de quitter le territoire français à son encontre. Ce moyen doit, dès lors, être écarté.

Sur la décision portant octroi d’un délai de départ volontaire :

5. M. A..., qui se borne à soutenir que la décision portant octroi d’un délai de départ volontaire de trente jours est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation au regard de la durée du délai fixé, n’apporte aucune précision au soutien de son moyen permettant d’en apprécier le bien-fondé. Par suite, ce moyen doit être écarté.

Sur la décision fixant le pays de renvoi :

6. Si M. A... se borne à énoncer qu’il serait exposé à des traitements inhumains et dégradants en cas de retour au Congo, il n’apporte aucun élément au soutien de ses allégations. Le moyen tiré de la méconnaissance de l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut, dès lors, qu’être écarté.

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

7. En premier lieu, les moyens soulevés à l’encontre de l’obligation de quitter le territoire français ayant été écartés, M. A... n’est pas fondé à demander l’annulation de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français par voie de conséquence de l’illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Par suite, ce moyen soit être écarté.

8. En second lieu, eu égard à ce qui a été dit au point 4, M. A..., eu égard au caractère récent de son entrée sur le territoire français à la date de la décision attaquée et à l’absence de liens personnels et familiaux intenses et stables en France, n’est pas fondé à soutenir que le préfet aurait commis une erreur manifeste d’appréciation des conséquences de sa décision sur sa situation personnelle en édictant une interdiction de retour sur le territoire français à son encontre. Par suite, ce moyen doit être écarté.

9. Il résulte de tout ce qui précède que M. A... n’est pas fondé à demander l’annulation de l’arrêté du 23 juillet 2024 en litige. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d’injonction et celles présentées au titre des frais liés au litige doivent être rejetées.


D E C I D E :


Article 1er : La requête de M. A... est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B... A... et au préfet du Cantal.

Délibéré après l'audience du 17 septembre 2026, à laquelle siégeaient :

Mme Bentéjac, présidente,
M. Perraud, conseiller,
Mme Brasset, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er octobre 2026.


La rapporteure,




C. BRASSET


La présidente,




C. BENTÉJAC
La greffière,




C. PETIT



La République mande et ordonne au préfet du Cantal, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.