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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2402080

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2402080

lundi 24 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2402080
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
Avocat requérantBOYER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 23 août 2024, M. D B, représenté par Me Boyer, demande au juge des référés :

1°) de prescrire, en application des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, une expertise médicale, au contradictoire du centre hospitalier Paul Ardier d'Issoire et du Docteur C E, chirurgien orthopédique et traumatologique, exerçant au centre hospitalier Paul Ardier, en présence de la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) du Puy-de-Dôme, aux fins de déterminer l'origine et les conséquences de ses préjudices suite à sa prise en charge par le centre hospitalier d'Issoire ;

2°) de mettre à la charge du centre hospitalier d'Issoire la somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- une intervention chirurgicale a été programmée le 1er décembre 2023 à la suite d'un accident dont il a été victime le 21 septembre 2023, lui occasionnant une rupture du ligament croisé antérieur au niveau du genou gauche ; puis le 9 décembre 2023, souffrant d'un genou douloureux et de fièvre, il a constaté un œdème sur tout le membre, une diminution des amplitudes articulaires et un aspect de nécrose cutanée au niveau de la cuisse ; l'état de sa jambe ne s'améliorant pas, il a été de nouveau hospitalisé du 12 au 17 décembre 2023 ; un scanner a mis en évidence l'apparition d'une arthrite septique ; il lui a été prescrit, par le centre hospitalier Estaing de Clermont-Ferrand, en début d'année 2024 de nouveaux traitements afin de tenter d'endiguer les lésions présentes sur sa jambe gauche, ainsi que des traitements contre la douleur ;

- il s'interroge sur les modalités de l'intervention chirurgicale du 1er décembre 2023 et la survenance des multiples complications ;

- il est bien fondé à demander cette expertise au contradictoire du centre hospitalier Paul Ardier d'Issoire et du Docteur C E dont les responsabilités sont de nature à être engagées.

Par une intervention, enregistrée le 28 août 2024, la caisse primaire d'assurance maladie du Puy-de-Dôme s'en remet à droit sur la demande d'expertise.

L'intégralité de la procédure a été communiquée au centre hospitalier d'Issoire qui n'a pas produit d'observations.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de la santé publique ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence d'une décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction () ".

2. L'utilité d'une mesure d'instruction ou d'expertise qu'il est demandé au juge des référés d'ordonner sur le fondement de l'article R. 532-1 du code de justice administrative doit être appréciée, d'une part, au regard des éléments dont le demandeur dispose ou peut disposer par d'autres moyens et, d'autre part, bien que ce juge ne soit pas saisi du principal, au regard de l'intérêt que la mesure présente dans la perspective d'un litige au principal, actuel ou éventuel, auquel elle est susceptible de se rattacher.

3. La demande d'expertise présentée par M. B, relative aux conditions de sa prise en charge par le centre hospitalier d'Issoire, à partir du 1er décembre 2023 et notamment l'intervention chirurgicale, et ses conséquences, présente un caractère utile et entre dans le champ d'application des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative. Par suite, il y a lieu d'y faire droit dans les conditions précisées à l'article 1er de la présente ordonnance.

4. Le requérant demande à ce que les opérations d'expertise soient opposables au Docteur C E, chirurgien orthopédique et traumatologique, exerçant au centre hospitalier Paul Ardier. Il appartient aux établissements publics d'hospitalisation de répondre envers les victimes ou leurs ayants-droits du bon fonctionnement de leurs services. Dans ces conditions, les fautes éventuellement commises à l'occasion de l'exécution du service sont susceptibles d'engager la responsabilité de l'établissement public d'hospitalisation, alors même que la participation d'un médecin est en cause. Par suite, il n'y a pas lieu de mettre en cause le Docteur E que l'expert pourra néanmoins entendre à titre de sachant s'il l'estime utile à l'accomplissement de sa mission.

5. Il n'y a pas lieu, dans la présente instance de référé, de faire droit aux conclusions du requérant présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : M. le Docteur F A, exerçant à l'Hôpital privé de la Loire (HPL), 39 boulevard de la Palle à Saint-Etienne, cedex 2 (42030), est désigné en qualité d'expert. Il aura pour mission de :

1°- prendre connaissance des dossiers et de tous documents concernant M. D B, détenus par le centre hospitalier d'Issoire ou produits par l'intéressé, et examiner ce dernier ;

2°- décrire l'état de santé, les blessures, les lésions, les affections dont M. B était atteint et les soins et prescriptions antérieurs aux consultations au centre hospitalier d'Issoire et l'accident du 21 septembre 2023, puis l'intervention chirurgicale du 1er décembre 2023, et les soins et actes médicaux et chirurgicaux dont elle a fait l'objet dans cet établissement ;

3°- rechercher si les diagnostics établis, les traitements, interventions et soins prodigués et leur suivi ont été consciencieux, attentifs, diligents et conformes aux règles de l'art et aux données acquises de la science et s'ils étaient adaptés à l'état de M. B et aux symptômes qu'il présentait, ou si, au contraire, des erreurs, manquements, maladresses ou négligences ont été commis par les services du centre hospitalier d'Issoire ; indiquer si les manquements éventuellement constatées ont fait perdre à M. B une chance sérieuse d'éviter un dommage et, dans l'affirmative, déterminer l'ampleur de la chance perdue ;

4°- rechercher toutes informations en vue de déterminer si les traitements de toute nature prodigués à M. B par le centre hospitalier d'Issoire révèlent un mauvais fonctionnement ou une mauvaise organisation du service, une administration défectueuse des soins médicaux, ou une mauvaise exécution des soins médicaux, et donner son avis sur ces points ;

5° - indiquer si le dommage allégué a un rapport avec l'état initial de M. B, ou l'évolution prévisible de cet état ;

6° - préciser si le dommage allégué constitue une conséquence anormale d'un acte médical, chirurgical, pratiqué sur la personne de M. B au regard de son état initial ou de l'évolution prévisible de cet état ; indiquer si l'acte présentait un risque connu auquel M. B était particulièrement exposée ; dire, dans l'affirmative, quelle était l'importance de ce risque ;

7°- dire si le dossier médical et les informations recueillies permettent de savoir si M. B a été informé des conséquences normalement prévisibles de l'intervention et s'il a été ainsi mis à même de formuler un consentement éclairé ; préciser s'il a reçu toutes informations sur l'existence de risques, même faibles, de complications susceptibles de se produire ; indiquer si le défaut d'information éventuellement relevé a fait perdre à M. B une chance sérieuse de se soustraire au risque qui s'est réalisé et dans l'affirmative, préciser l'importance de cette perte de chance ; donner son avis sur l'évolution prévisible de l'état de M. B si il avait renoncé au traitement, à l'intervention dont elle a fait l'objet ;

8°- dire si l'état de M. B a entraîné une incapacité temporaire et en préciser les dates de début et de fin, ainsi que le ou les taux ;

9°- indiquer à quelle date l'état de M. B peut être considéré comme consolidé, préciser s'il subsiste un déficit fonctionnel permanent et, dans l'affirmative, en fixer le taux, en distinguant la part imputable au manquement éventuellement constaté de celle ayant pour origine toute autre cause ou pathologie, eu égard notamment aux antécédents médicaux de l'intéressé ; dans le cas où cet état ne serait pas encore consolidé, indiquer si, dès à présent, une incapacité permanente partielle est prévisible et en évaluer l'importance ;

10°- dire si l'état de M. B est susceptible de modification en aggravation ou en amélioration ; dans l'affirmative fournir toutes précisions utiles sur cette évolution, sur son degré de probabilité et dans le cas où un nouvel examen serait nécessaire, mentionner dans quel délai ;

11° - dire si l'état de M. B justifie la présence d'une tierce personne ; fixer les modalités, la qualification et la durée de cette intervention ;

12°- donner son avis sur l'existence éventuelle de préjudices subis par M. B et le cas échéant, en évaluer l'importance, en distinguant la part imputable au manquement éventuellement constaté de celle ayant pour origine toute autre cause ou pathologie, eu égard notamment aux antécédents médicaux de l'intéressé ;

13° - donner son avis sur la répercussion de l'incapacité médicalement constatée sur l'activité professionnelle de M. B et, le cas échéant, donner son avis sur la nécessité d'un changement d'emploi et d'une réadaptation à une nouvelle activité professionnelle.

Article 2 : L'expert accomplira sa mission définie à l'article 1er dans les conditions prévues aux articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Il ne pourra recourir à un sapiteur sans l'autorisation préalable de la présidente du tribunal administratif.

Article 3 : L'expertise aura lieu en présence de M. B, de la caisse primaire d'assurance maladie du Puy-de-Dôme et du centre hospitalier Paul Ardier d'Issoire.

Article 4 : L'expert se fera communiquer tous documents nécessaires à l'accomplissement de sa mission et il pourra entendre toute personne susceptible de l'éclairer.

Article 5 : L'expert notifiera son rapport aux parties dans les conditions prévues à l'article R. 621-9 du code de justice administrative, avec leur accord, cette notification pourra s'opérer sous forme électronique. Il déposera son rapport au greffe du tribunal sous forme électronique par le biais de la plateforme TransfertPro dans le délai de 6 mois à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 6 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 7 : La présente ordonnance sera notifiée à M. D B, à la caisse primaire d'assurance maladie du Puy-de-Dôme, au centre hospitalier Paul Ardier d'Issoire et à M. le Docteur F A, expert.

Fait à Clermont-Ferrand, le 24 février 2025.

La présidente du tribunal,

juge des référés,

S. BADER-KOZA

La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé, des solidarités et des familles en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.pm

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