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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2402328

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2402328

lundi 30 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2402328
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand, statuant en référé, a rejeté la demande de Mme C qui sollicitait une nouvelle expertise médicale en oncologie et une provision de 12 000 euros. La requérante contestait les conclusions d’une précédente expertise ordonnée le 9 février 2024, estimant qu’un spécialiste oncologue était nécessaire pour déterminer la cause de sa paralysie de la main gauche. Le juge a considéré que cette demande, ayant le même objet que l’expertise déjà réalisée, visait en réalité à discuter le rapport de l’expert et ne présentait pas un caractère utile au sens de l’article R. 532-1 du code de justice administrative. La demande de provision a également été rejetée car elle n’était pas recevable, ayant été introduite dans la même requête que la demande d’expertise, en méconnaissance de l’article R. 541-1 du même code.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 19 septembre 2024, Mme D C, représentée par la SELARL Codex Avocats, Me Demoustier, demande au juge des référés :

1°) de prescrire, en application des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, une expertise médicale confiée à un spécialiste en oncologie, au contradictoire du centre hospitalier de Brioude et de la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) du Puy-de-Dôme, aux fins de déterminer les conditions de sa prise en charge au centre hospitalier de Brioude, le 30 juin 2022, et d'évaluer ses préjudices ;

2°) de lui accorder une provision de 12 000 euros à la charge du centre hospitalier de Brioude ;

3°) de mettre à la charge du centre hospitalier de Brioude la somme de 2 500 euros par application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les entiers dépens.

Elle soutient que :

- suite à une opération du canal carpien et d'un kyste à la main gauche, le 30 juin 2022 au centre hospitalier de Brioude, elle a présenté un déficit fonctionnel important de la main ; le 15 juin 2023, un certificat médical de non-consolidation lui a été délivré pour " paralysie totale de la main gauche, douleurs suivi membre supérieur gauche " ; à ce jour, sa main gauche est totalement paralysée lui engendrant de vives douleurs ; suite à cette opération, elle subit un important préjudice ; par ordonnance du 9 février 2024, la juge des référés a désigné le Dr A qui a rendu son rapport le 24 avril 2024 ;

- malgré ses dires, l'expert a refusé de s'adjoindre les services d'un sapiteur oncologue ;

- elle présente un intérêt légitime à demander cette nouvelle expertise car il persiste un doute sur la cause de la paralysie de sa main gauche, son oncologue, le Dr B précise que seul un spécialiste serait apte à apporter une réponse adaptée ;

- la demande de provision n'est pas sérieusement contestable.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

Sur la demande d'expertise :

1. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence d'une décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction () ".

2. Il appartient au juge des référés d'apprécier l'utilité de la mesure d'expertise demandée au vu des pièces du dossier, notamment des expertises déjà réalisées, et des motifs de droit et de fait qui justifient, selon la demande, cette nouvelle mesure. La seule circonstance qu'une expertise a déjà été réalisée ne dispense pas le juge d'apprécier l'utilité d'une nouvelle expertise demandée, notamment lorsqu'il fait état d'éléments nouveaux. Dans le cas où le juge des référés se trouve saisi d'une nouvelle demande portant sur le même objet, cette recherche porte sur l'utilité qu'il y aurait à compléter ou étendre les missions faisant l'objet de la première expertise. En revanche, si la nouvelle demande a en réalité pour objet de contester la manière dont l'expert a rempli sa mission ou les conclusions du rapport, elle ne présente pas de caractère utile au sens de ces dispositions. Ces éléments pourront seulement être présentés devant le tribunal administratif saisi du fond, à qui il reste loisible d'ordonner, s'il l'estime nécessaire, toute mesure complémentaire d'instruction.

3. Par une ordonnance du 9 février 2024, la juge des référés du tribunal a ordonné une expertise, confiée au Docteur A, aux fins de déterminer les conditions de la prise en charge, le 30 juin 2022, de Mme C par le centre hospitalier de Brioude et d'évaluer ses préjudices. Le rapport d'expertise établi par l'expert a été déposé le 31 mai 2024.

4. Par la présente requête, Mme C demande au juge des référés de désigner un nouvel expert, spécialiste oncologue, afin de réaliser une nouvelle expertise qui vise à déterminer les conditions de sa prise en charge par le centre hospitalier de Brioude et à évaluer les préjudices qu'elle estime avoir subis. Elle soutient qu'elle présente un intérêt légitime à demander une nouvelle expertise car il persiste un doute sur la cause de la paralysie de sa main gauche, et que seul un spécialiste oncologue serait apte à apporter une réponse adaptée.

5. Il résulte toutefois de l'instruction que Mme C a pu, dans le cadre de l'expertise confiée au Dr A, présenter ses observations et sa contestation de l'analyse de l'expert auxquelles celui-ci a répondu en précisant que l'expertise portait sur sa pathologie du canal carpien et son traitement et que l'analyse du médecin oncologue de la requérante était péremptoire. La demande d'expertise de Mme C, qui a le même objet que l'expertise ordonnée le 9 février 2024, vise en réalité à discuter les conclusions du rapport d'expertise du 31 mai 2024. Cette demande ne présente ainsi pas un caractère utile au sens de l'article R. 532-1 du code de justice administrative. Il appartient à Mme C, si elle s'estime fondée, de faire valoir l'ensemble de ces éléments dans le cadre d'une éventuelle procédure au fond. Par suite, sa demande d'expertise ne peut qu'être rejetée.

Sur la demande de provision :

6. Aux termes de l'article R. 541-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, même en l'absence d'une demande au fond, accorder une provision au créancier qui l'a saisi lorsque l'existence de l'obligation n'est pas sérieusement contestable. () ".

7. Une requête tendant, sur le fondement de l'article R. 541-1 du code de justice administrative, à l'octroi d'une provision doit être présentée par une requête distincte et n'est pas recevable lorsqu'elle est, comme en l'espèce, introduite en complément d'une requête formulée en application de l'article R. 532-1 de ce code. Par suite, les conclusions à fin d'allocation d'une provision présentées par Mme C doivent être rejetées.

8. Il résulte de tout ce qui précède, qu'il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de Mme C présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme D C.

Fait à Clermont-Ferrand, le 30 septembre 2024.

La présidente du tribunal,

juge des référés,

S. BADER-KOZA

La République mande et ordonne à la ministre de la santé et de l'accès aux soins en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.pm

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