Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2500548
jeudi 1 octobre 2026
| Juridiction | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| Section | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| N° Dossier | TA63-2500548 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Chambre 2 |
| Avocat requérant | DROBNIAK |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 24 février 2025, M. B... C... A..., représenté par Me Drobniak, demande au tribunal :
1°) d’annuler l’arrêté du 25 janvier 2025 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes l’a obligé à quitter le territoire sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d’être renvoyé et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d’une durée d’un an ;
2°) d’enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de procéder au réexamen de sa situation dans le délai d’un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l’État la somme de 1 500 euros au profit de son conseil, sous réserve qu’il renonce à percevoir le bénéfice de l’aide juridictionnelle, en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- l’arrêté est entaché d’incompétence de l’auteur de l’acte ;
S’agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elles méconnaît les dispositions de l’article L. 611-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile et est, à cet égard, entachée d’erreur manifeste d’appréciation ;
- elle est entachée d’une erreur de droit en l’absence d’examen sérieux de sa situation ;
S’agissant de la décision refusant l’octroi d’un délai de départ volontaire :
- elle est illégale par exception d’illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elles méconnaît les dispositions de l’article L. 612-1 et L. 612-3 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile et est, à cet égard, entachée d’erreur manifeste d’appréciation ;
S’agissant de la décision fixant le pays de destination :
- elle est illégale par exception d’illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle méconnaît les stipulations de l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l’article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
S’agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d’un an :
- elle est illégale par exception d’illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle méconnaît les dispositions de l’article L. 612-10 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.
La procédure a été communiquée au préfet des Alpes-Maritimes, qui n’a pas produit de mémoire en défense.
M. A... a été admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du 10 juillet 2025.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
A été entendu au cours de l’audience publique le rapport de M. Perraud, conseiller.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté du 25 janvier 2025, dont M. B... C... A... demande l’annulation, le préfet des Alpes-Maritimes l’a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d’office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d’un an.
Sur les conclusions à fins d’annulation :
2. Il ressort des termes de la décision attaquée que le préfet des Alpes-Maritimes a obligé M. A... à quitter le territoire français au motif qu’il « ne justifie d’aucune circonstance particulière pour s’être maintenu irrégulièrement sur le territoire français, et n’avoir jamais sollicité de titre de séjour ». Or, il ressort des pièces du dossier que M. A..., de nationalité nigériane, est entré une première fois en France le 19 mars 2024, selon ses déclarations, afin de demander l’asile. D’abord placé en zone d’attente pour personnes en instance, il a fait l’objet, d’un refus d’admission sur le territoire au titre de l’asile puis, par un arrêté du 4 avril 2024 du préfet de police de Paris, d’une mesure d’éloignement. M. A... s’est alors rendu aux Pays-Bas, où il a demandé l’asile. La France ayant été reconnue État membre responsable de sa demande d’asile dans le cadre de la procédure « Dublin », il a fait l’objet d’un arrêté de transfert le 24 janvier 2025 aux autorités françaises, à Nice. Il s’est ensuite rendu à Clermont-Ferrand, où il a été admis à présenter une demande d’asile auprès du guichet unique de la préfecture de Clermont-Ferrand qui lui a délivré une attestation le 31 janvier 2025. Il s’ensuit qu’à la date de la décision en litige, le 25 janvier 2025, M. A... avait l’intention de solliciter l’asile. Or, il ne ressort pas des termes de l’arrêté attaqué que le préfet des Alpes-Maritimes ait pris en compte le parcours de M. A... et son intention de solliciter l’asile avant de prendre la décision en litige. Dans ces conditions, le préfet des Alpes-Maritimes a entaché sa décision d’une erreur de droit en l’absence d’examen sérieux de la situation de M. A....
3. Il résulte de ce qui précède que M. A... est fondé, sans qu’il soit besoin d’examiner les autres moyens de la requête, à demander l’annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français ainsi que, par voie de conséquence, les décisions refusant l’octroi d’un départ volontaire, fixant le pays de renvoi et interdisant son retour sur le territoire français.
Sur les conclusions à fin d’injonction :
4. Aux termes de l’article L. 614-16 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée (…) l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas. ».
5. L’exécution du présent jugement implique, au regard du motif d’annulation retenu, que le préfet réexamine la situation du requérant. Il y a lieu d’enjoindre à a préfète du Puy-de-Dôme de réexaminer la situation de M. A... dans un délai d’un mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour.
Sur les frais de l’instance :
6. M. A... a obtenu le bénéfice de l’aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, et sous réserve que Me Drobniak, avocat de M. A..., renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’État, de mettre à la charge de l’État le versement à Me Drobniak de la somme de 1 000 euros.
D E C I D E :
Article 1er : L’arrêté du préfet des Alpes-Maritimes du 25 janvier 2025 portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixation du pays de renvoi et interdiction de retour sur le territoire pour une durée d’un an est annulé.
Article 2 : Il est enjoint à la préfète du Puy-de-Dôme de réexaminer la situation de M. A... dans un délai d’un mois à compter de la notification du présent jugement et de le munir, sans délai, d’une autorisation provisoire de séjour.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B... C... A..., à la préfète du Puy-de-Dôme et au préfet des Alpes-Maritimes.
Délibéré après l'audience du 17 septembre 2026, à laquelle siégeaient :
Mme Bentéjac, présidente,
M. Perraud, conseiller,
Mme Brasset, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er octobre 2026.
Le rapporteur,
G. PERRAUD
La présidente,
C. BENTÉJAC
La greffière,
C. PETIT
La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes et à la préfète du Puy-de-Dôme en ce qui les concerne, ou à tous commissaires de justice, à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Par une requête, enregistrée le 24 février 2025, M. B... C... A..., représenté par Me Drobniak, demande au tribunal :
1°) d’annuler l’arrêté du 25 janvier 2025 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes l’a obligé à quitter le territoire sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d’être renvoyé et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d’une durée d’un an ;
2°) d’enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de procéder au réexamen de sa situation dans le délai d’un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l’État la somme de 1 500 euros au profit de son conseil, sous réserve qu’il renonce à percevoir le bénéfice de l’aide juridictionnelle, en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- l’arrêté est entaché d’incompétence de l’auteur de l’acte ;
S’agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elles méconnaît les dispositions de l’article L. 611-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile et est, à cet égard, entachée d’erreur manifeste d’appréciation ;
- elle est entachée d’une erreur de droit en l’absence d’examen sérieux de sa situation ;
S’agissant de la décision refusant l’octroi d’un délai de départ volontaire :
- elle est illégale par exception d’illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elles méconnaît les dispositions de l’article L. 612-1 et L. 612-3 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile et est, à cet égard, entachée d’erreur manifeste d’appréciation ;
S’agissant de la décision fixant le pays de destination :
- elle est illégale par exception d’illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle méconnaît les stipulations de l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l’article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
S’agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d’un an :
- elle est illégale par exception d’illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle méconnaît les dispositions de l’article L. 612-10 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.
La procédure a été communiquée au préfet des Alpes-Maritimes, qui n’a pas produit de mémoire en défense.
M. A... a été admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du 10 juillet 2025.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
A été entendu au cours de l’audience publique le rapport de M. Perraud, conseiller.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté du 25 janvier 2025, dont M. B... C... A... demande l’annulation, le préfet des Alpes-Maritimes l’a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d’office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d’un an.
Sur les conclusions à fins d’annulation :
2. Il ressort des termes de la décision attaquée que le préfet des Alpes-Maritimes a obligé M. A... à quitter le territoire français au motif qu’il « ne justifie d’aucune circonstance particulière pour s’être maintenu irrégulièrement sur le territoire français, et n’avoir jamais sollicité de titre de séjour ». Or, il ressort des pièces du dossier que M. A..., de nationalité nigériane, est entré une première fois en France le 19 mars 2024, selon ses déclarations, afin de demander l’asile. D’abord placé en zone d’attente pour personnes en instance, il a fait l’objet, d’un refus d’admission sur le territoire au titre de l’asile puis, par un arrêté du 4 avril 2024 du préfet de police de Paris, d’une mesure d’éloignement. M. A... s’est alors rendu aux Pays-Bas, où il a demandé l’asile. La France ayant été reconnue État membre responsable de sa demande d’asile dans le cadre de la procédure « Dublin », il a fait l’objet d’un arrêté de transfert le 24 janvier 2025 aux autorités françaises, à Nice. Il s’est ensuite rendu à Clermont-Ferrand, où il a été admis à présenter une demande d’asile auprès du guichet unique de la préfecture de Clermont-Ferrand qui lui a délivré une attestation le 31 janvier 2025. Il s’ensuit qu’à la date de la décision en litige, le 25 janvier 2025, M. A... avait l’intention de solliciter l’asile. Or, il ne ressort pas des termes de l’arrêté attaqué que le préfet des Alpes-Maritimes ait pris en compte le parcours de M. A... et son intention de solliciter l’asile avant de prendre la décision en litige. Dans ces conditions, le préfet des Alpes-Maritimes a entaché sa décision d’une erreur de droit en l’absence d’examen sérieux de la situation de M. A....
3. Il résulte de ce qui précède que M. A... est fondé, sans qu’il soit besoin d’examiner les autres moyens de la requête, à demander l’annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français ainsi que, par voie de conséquence, les décisions refusant l’octroi d’un départ volontaire, fixant le pays de renvoi et interdisant son retour sur le territoire français.
Sur les conclusions à fin d’injonction :
4. Aux termes de l’article L. 614-16 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée (…) l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas. ».
5. L’exécution du présent jugement implique, au regard du motif d’annulation retenu, que le préfet réexamine la situation du requérant. Il y a lieu d’enjoindre à a préfète du Puy-de-Dôme de réexaminer la situation de M. A... dans un délai d’un mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour.
Sur les frais de l’instance :
6. M. A... a obtenu le bénéfice de l’aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, et sous réserve que Me Drobniak, avocat de M. A..., renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’État, de mettre à la charge de l’État le versement à Me Drobniak de la somme de 1 000 euros.
D E C I D E :
Article 1er : L’arrêté du préfet des Alpes-Maritimes du 25 janvier 2025 portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixation du pays de renvoi et interdiction de retour sur le territoire pour une durée d’un an est annulé.
Article 2 : Il est enjoint à la préfète du Puy-de-Dôme de réexaminer la situation de M. A... dans un délai d’un mois à compter de la notification du présent jugement et de le munir, sans délai, d’une autorisation provisoire de séjour.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B... C... A..., à la préfète du Puy-de-Dôme et au préfet des Alpes-Maritimes.
Délibéré après l'audience du 17 septembre 2026, à laquelle siégeaient :
Mme Bentéjac, présidente,
M. Perraud, conseiller,
Mme Brasset, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er octobre 2026.
Le rapporteur,
G. PERRAUD
La présidente,
C. BENTÉJAC
La greffière,
C. PETIT
La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes et à la préfète du Puy-de-Dôme en ce qui les concerne, ou à tous commissaires de justice, à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
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