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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-1901915

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-1901915

jeudi 15 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-1901915
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantMACERA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 22 août 2019, Mme B D, représentée par Me Macera, demande au tribunal :

1°) de condamner solidairement le centre hospitalier de la Côte basque et le centre hospitalier intercommunal du bassin de Thau à lui verser la somme de 9 620 euros en réparation des préjudices subis des suites d'une opération chirurgicale pratiquée le 25 juillet 2016 ;

2°) de mettre à la charge du centre hospitalier de la Côte basque et du centre hospitalier intercommunal du bassin de Thau une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les entiers dépens.

Elle soutient que :

- elle a subi une opération de colectomie ; dans le cadre du suivi post-opératoire, l'infirmière chargée d'enlever les agrafes laissées dans son corps après l'opération a omis d'en retirer une ;

- en ne décelant pas cette agrafe au cours des examens qui ont été pratiqués par la suite, le centre hospitalier de la Côte basque et le centre hospitalier intercommunal du bassin de Thau ont commis une erreur d'interprétation dans la lecture des scanners, constitutive d'une faute de nature à engager leur responsabilité ;

- elle a droit en conséquence à la réparation d'un déficit fonctionnel temporaire évalué à 120 euros, des souffrances endurées évaluées à 3 500 euros et d'un préjudice moral évalué à 6 000 euros.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 août 2022, le centre hospitalier de la Côte basque et le centre hospitalier intercommunal du bassin de Thau, représentés par Me Lhomy, concluent, à titre principal, au rejet de la requête de Mme D, et à titre subsidiaire à la réduction à de plus justes proportions des demandes de Mme D.

Ils soutiennent qu'aucune faute susceptible d'engager leur responsabilité n'a été commise.

Par une ordonnance du 17 octobre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 2 novembre 2022.

Vu :

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la santé publique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A,

- les conclusions de M. Clen, rapporteur public,

- et les observations de Me Winter pour les centres hospitaliers de la Côte basque et du bassin de Thau.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D a subi une opération de colectomie le 25 juillet 2016 au sein du centre hospitalier de la Côte basque. Une agrafe a été laissée dans son abdomen par l'infirmière libérale en charge du suivi post-opératoire. A la suite de l'apparition de douleurs abdominales et de fièvre, Mme D a été hospitalisée à nouveau au centre hospitalier de la Côte basque du 7 au 9 août 2016. Le scanner pratiqué a alors mis en évidence la présence d'un abcès sous la cicatrice sus pubienne, pour lequel un traitement médicamenteux a été prescrit. Etant partie rejoindre sa famille dans la région de Montpellier et les douleurs persistant, Mme D a été admise au centre hospitalier intercommunal du bassin de Thau le 25 août 2016. Un nouveau scanner y a été pratiqué ne révélant rien d'anormal selon la lecture faite par le praticien hospitalier. Les douleurs persistant malgré la prise des médicaments prescrits, Mme D est donc retournée au centre hospitalier de la Côte basque le 8 septembre 2016, où le médecin chargé de l'examiner qualifie l'état clinique de la patiente de " tout à fait satisfaisant ", et préconise " un scanner d'urgence en cas de réapparition de fièvres ou de douleurs associées à un bilan biologique ". Ce n'est que le 20 septembre suivant qu'un praticien de " SOS médecins " consulté a procédé à l'ablation d'une agrafe qui était incarnée dans la région de l'ombilic. A la suite de cette ablation les douleurs ressenties par la requérante ont cessé. Mme D a saisi, le 13 juillet 2017, le juge des référés du tribunal judiciaire de Bayonne d'une demande d'expertise. Par une ordonnance de référé du 24 octobre 2017, le Dr C a été désigné en qualité d'expert. A la suite du rapport d'expertise, déposé le 17 novembre 2018, Mme D a adressé une demande indemnitaire préalable le 20 mars 2019 au centre hospitalier de la Côte basque et au centre hospitalier intercommunal du bassin de Thau, qui l'ont implicitement rejetée. Par la présente requête, Mme D demande la condamnation solidaire des deux établissements hospitaliers précités à lui verser une indemnité d'un montant total de 9 620 euros en réparation des préjudices qui résulteraient, selon elle, d'une erreur d'interprétation dans la lecture des scanners pratiqués à la suite de l'opération chirurgicale du 25 juillet 2016.

Sur la responsabilité du centre hospitalier de la Côte basque et du centre hospitalier intercommunal du bassin de Thau :

2. Aux termes de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " I. - Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut de produit de santé, les professionnels de santé (), ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute () ".

3. Il ressort de l'instruction et notamment du rapport d'expertise que sur les coupes 212 à 217 du scanner pratiqué par le centre hospitalier de la Côte basque le 9 août 2016 la présence d'un corps étranger métallique sous cutané à la partie interne droite de l'ombilic de la requérante est passée inaperçue et n'a pas été signalée dans le compte-rendu. La même erreur se reproduisait à l'hôpital du bassin de Thau dans le scanner pratiqué sur la requérante le 25 août 2016 alors même que les coupes 165 à 167 laissaient apparaître le même artéfact métallique. Ce n'est que le 20 septembre suivant qu'un praticien de " SOS médecins Côte basque ", que Mme D avait consulté pour ses douleurs, découvre l'agrafe et procède à son ablation. Les douleurs ont cessé consécutivement à cette intervention.

4. Si les défendeurs font valoir qu'aucun manquement ne peut leur être opposable, il résulte de l'instruction qu'une erreur d'interprétation a bien été commise dans la lecture des scanners pratiqués respectivement le 9 août 2016 au sein du centre hospitalier de la Côte basque, et le 25 août 2016 au sein du centre hospitalier intercommunal du bassin de Thau. La circonstance que lors du premier scanner la présence d'un abcès ait été révélé et traité ne saurait exonérer la faute de diagnostic effectuée alors même que le lien de causalité entre les douleurs et la présence de l'agrafe est direct et qu'aucune difficulté à l'interprétation des scanners n'est soutenue.

5. Il résulte de ce qui précède que l'erreur de diagnostic respective du centre hospitalier de la Côte basque et du centre hospitalier intercommunal du bassin de Thau est constitutive d'une faute qui engage leur responsabilité. Ces fautes sont à l'origine des douleurs ressenties par la requérante d'août à septembre 2016. Dans ces conditions, elle peut prétendre à la réparation intégrale des préjudices en résultant.

Sur les préjudices indemnisables :

En ce qui concerne le déficit fonctionnel temporaire :

6. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise, d'une part que l'état de santé de Mme D était consolidé au 26 septembre 2016, d'autre part que la période de déficit fonctionnel temporaire total est établie du 25 au 26 août 2016 et que la période de déficit fonctionnel temporaire au taux de 10 % est établie du 27 août au 26 septembre 2016. Dans ces conditions, il peut être fait une juste appréciation du préjudice de déficit fonctionnel temporaire subi par la requérante en l'évaluant, sur la base d'un montant d'indemnisation de 17 euros par jour pour une incapacité totale, à la somme de 85 euros.

En ce qui concerne les souffrances endurées :

7. Les souffrances endurées par la requérante ont été évaluées, dans le cadre de l'expertise à 1,5 sur une échelle de 7. Il sera fait une juste appréciation du préjudice subi en le fixant à la somme de 1 500 euros.

En ce qui concerne le préjudice moral :

8. Si Mme D a, du fait des erreurs d'interprétation commises par les centres hospitaliers, enduré des souffrances physiques et morales, classées au niveau 1,5 sur une échelle de 1 à 7 et qui justifient l'allocation d'une somme de 1 500 euros, elle n'établit pas l'existence d'un préjudice moral distinct des souffrances endurées. Par ailleurs, il ne résulte pas de l'instruction l'existence d'un préjudice d'anxiété de sorte que les conclusions de la requérante sur ce chef de préjudice doivent être rejetées.

Sur les dépens :

9. Aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. / Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties. / L'Etat peut être condamné aux dépens. ".

10. Les frais exposés par Mme D au titre des dépens, comprenant les frais d'expertise médicale, n'ont pas été chiffrés malgré la mesure d'instruction faite le 7 novembre 2022. Les conclusions présentées à ce titre sont, de ce fait, irrecevables et seront rejetées.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

11. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".

12. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de condamner le centre hospitalier de la Côte basque et le centre hospitalier intercommunal du bassin de Thau à verser à Mme D une somme globale de 1 500 € sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Le centre hospitalier de la Côte basque et le centre hospitalier intercommunal du bassin de Thau sont condamnés à verser solidairement à Mme D la somme de 1 585 euros (mille cinq cent quatre-vingt-cinq euros).

Article 2 : Le centre hospitalier de la Côte basque et le centre hospitalier intercommunal du bassin de Thau verseront chacun 750 euros à Mme D sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B D, au centre hospitalier de la Côte basque et au centre hospitalier intercommunal du bassin de Thau.

Délibéré après l'audience du 1er décembre 2022 à laquelle siégeaient :

Mme Sellès, présidente,

Mme Beneteau, première conseillère,

Mme Neumaier, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 décembre 2022.

La présidente-rapporteure,

Signé

M. A

L'assesseure,

signé

A. BENETEAULa greffière,

signé

P. SANTERRE

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition :

La greffière,

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