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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-1902254

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-1902254

jeudi 20 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-1902254
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantBOUFFARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 7 octobre 2019, la société à responsabilité limitée (SARL) Sabathé et fils, représentée C, doit être regardée comme demandant au tribunal :

1°) de prononcer la décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée et des pénalités correspondantes qui lui ont été réclamés pour la période du 1er janvier au 31 décembre 2012, ainsi que des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2013 et 2014, et des pénalités correspondantes ;

2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la procédure d'imposition est entachée d'irrégularités dès lors que la procédure suivie devant la commission départementale des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires n'a pas été contradictoire, en violation de l'article 60 du livre des procédures fiscales, et dès lors que le président de la commission s'est abstenu de convoquer une seconde séance pour permettre un supplément d'information ;

- les provisions comptabilisées en 2013 pour dépréciation de comptes de clients sont justifiées dès lors qu'elles remplissent les conditions de déductibilité prévues par le code général des impôts ;

- les provisions comptabilisées en 2014 pour dépréciation de stocks de pièces détachées sont justifiées dès lors que le stock dormant a fait l'objet d'une double prise en compte informatique et qu'il a été comptabilisé en conformité avec les instructions référencées sous les numéros BOI-BIC-PROV-10, paragraphes n° 90 et 100, du 17 décembre 2013, et BOI-BIC-PDSTK-20-20-10-20, paragraphe n° 90, du 23 septembre 2013, ainsi qu'en conformité avec la jurisprudence du Conseil d'État quant à l'obsolescence technique, la dégradation physique des pièces, l'évolution des normes réglementaires, l'interruption de la fabrication des biens, ou encore l'importance des quantités et la faiblesse du rythme de vente des pièces ; elle est en droit de justifier du montant de la dépréciation selon une autre méthode que celle retenue par l'administration et basée sur le rapport de l'expert qu'elle a mandaté à cette fin, à hauteur d'une somme d'au moins 280 000 euros ; le stock des pièces de la famille 6 est trop ancien ce qui justifie sa dépréciation forfaitaire à hauteur de 50 % et non pas seulement 17 % ;

- les majorations de 40 % sont insuffisamment motivées ;

- ces majorations de 40 % sont infondées dès lors qu'elle persiste à contester la matérialité des faits et dès lors que l'administration n'apporte pas la preuve du manquement délibéré qui lui est reproché.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 février 2020, le directeur chargé de la direction de contrôle fiscal de Sud-Pyrénées conclut à l'acceptation de la prise en compte de la dépréciation des stocks de pièces détachées à hauteur de 280 090 euros et au rejet du surplus des conclusions de la requête.

Il fait valoir que :

- la requérante n'a pas contesté, dans sa réclamation préalable datée du 23 janvier 2019, le bien-fondé des rappels de taxe sur la valeur ajoutée restant à sa charge pour la période du 1er janvier au 31 décembre 2012, à hauteur de 7 866 euros, assortis de 3 146 euros de majoration et de 1 133 euros d'intérêt de retard, si bien que le litige porte sur les seules cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2013 et 2014, ainsi que sur les pénalités correspondantes, restant à la charge de l'intéressée après la décision du 6 août 2019 d'acceptation partielle de la réclamation préalable ;

- la méthode utilisée par l'expert mandaté par la requérante pour évaluer le montant de la provision pour dépréciation du stock dormant de pièces détachées, en octobre et décembre 2018, paraît conforme à la jurisprudence ; par suite, il se déclare favorable à la prise en compte de la dépréciation de ce stock, conformément à la méthode de l'expert, à hauteur de 280 090 euros ; en revanche, le stock de pièces détachées de la marque Same n'est pas distinct du stock dormant de toutes les familles analysé par l'expert, si bien qu'il n'y a pas lieu d'admettre une dépréciation supplémentaire de ce stock ;

- les autres moyens soulevés par la SARL Sabathé et fils ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 18 janvier 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 18 février 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B,

- les conclusions de M. Clen, rapporteur public,

- et les observations de Me Bouffard, représentant la SARL Sabathé et fils.

Une pièce complémentaire présentée pour la SARL Sabathé et fils a été enregistrée le 6 octobre 2022 et n'a pas été communiquée.

Considérant ce qui suit :

1. La société à responsabilité limitée (SARL) Sabathé et fils, domiciliée à L'Isle-Jourdain (Gers), exerce une activité d'achat, revente, réparation et rénovation de tous matériels agricoles, ainsi qu'une activité de location de tracteurs et matériels de travaux publics. Elle a fait l'objet d'une vérification de comptabilité portant sur la période du 1er janvier 2012 au 31 décembre 2014, étendue jusqu'au 31 août 2015 en matière de taxe sur la valeur ajoutée. Par une proposition de rectification datée du 10 décembre 2015, portant sur la période du 1er janvier au 31 décembre 2012, l'administration a remis en cause, selon la procédure contradictoire, la déductibilité de la taxe sur la valeur ajoutée relative à l'acquisition de deux véhicules, entraînant un rappel de taxe sur la valeur ajoutée et un rehaussement du résultat fiscal de l'exercice clos au 31 décembre 2012. Par une décision du 21 janvier 2016, les observations formées par la société le 20 janvier 2016, dans le délai légal, ont été rejetées et les propositions de rectification maintenues pour un montant de 3 881 euros. Par une seconde proposition de rectification datée du 23 mars 2016, portant sur les bénéfices imposables à l'impôt sur les sociétés au titre des exercices clos les 31 décembre 2013 et 2014, le service a remis en cause la déductibilité de provisions pour dépréciations ainsi que des amortissements comptabilisés pour un des véhicules acquis en 2012. L'entreprise a formé des observations, dans le délai légal, le 12 mai 2016. Par une décision du 22 juin 2016, l'administration a admis une partie des réclamations et ramené le montant des rectifications proposées à la somme de 279 009 euros. La SARL Sabathé et fils a formé un recours hiérarchique, à l'issue duquel les rectifications en litige ont été maintenues, par une décision du 20 septembre 2016. La commission départementale des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires, saisie à la demande de la société, a, le 22 juin 2018, rendu un avis partiellement favorable à la position de l'administration qui, sur la base de cet avis, a réduit le montant des rectifications à la somme totale de 265 991 euros. L'interlocuteur départemental, saisi par la société, a, le 13 novembre 2018, maintenu les rectifications proposées. Les impositions supplémentaires ont été mises en recouvrement, par un avis du 30 novembre 2018, en ce qui concerne la taxe sur la valeur ajoutée, à hauteur de 12 145 euros de rappels et pénalités au titre de la période du 1er janvier au 31 décembre 2012, et en ce qui concerne l'impôt sur les sociétés, à hauteur de 3 881 euros en droits et pénalités, au titre de l'année 2012, de 3 606 euros au titre de l'année 2013, et de 246 359 euros au titre de l'exercice 2014. La SARL Sabathé et fils a contesté les impositions restant en litige par une réclamation préalable du 23 janvier 2019. Par une décision du 6 août 2019, le service a admis partiellement ses prétentions et maintenu à sa charge des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés à hauteur de 172 298 euros de droits et de 75 101 euros de pénalités au titre des années 2013 et 2014, ainsi que des rappels de taxe sur la valeur ajoutée de 7 866 euros, assortis de 4 279 euros de pénalités au titre de la période du 1er janvier au 31 décembre 2012. La SARL Sabathé et fils doit être regardée comme demandant au tribunal de prononcer la décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée et des pénalités correspondantes qui lui ont été réclamés pour la période du 1er janvier au 31 décembre 2012, ainsi que des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2013 et 2014, et des pénalités correspondantes.

Sur l'irrecevabilité des conclusions excédant les prétentions de la réclamation préalable soulevée en défense :

2. Aux termes du deuxième alinéa de l'article R. 200-2 du livre des procédures fiscales : " Le demandeur ne peut contester devant le tribunal administratif des impositions différentes de celles qu'il a visées dans sa réclamation à l'administration ". En application de ces dispositions, les conclusions d'un contribuable présentées devant le tribunal administratif ne peuvent être accueillies que dans la mesure où, ajoutées aux dégrèvements prononcés par l'administration, elles ne conduisent pas à un dégrèvement supérieur à celui qui avait été demandé à l'administration fiscale.

3. Il résulte de l'instruction que par une réclamation préalable adressée à l'administration le 23 janvier 2019, la SARL Sabathé et fils a contesté la totalité des impositions mises à sa charge par l'avis de mise en recouvrement du 30 novembre 2018, et s'élevant à la somme totale de 265 991 euros. Toutefois, cette réclamation ne comporte aucune contestation du bien-fondé des rappels de taxe sur la valeur ajoutée restant à sa charge pour la période du 1er janvier au 31 décembre 2012, à hauteur de 7 866 euros, assortis de 3 146 euros de majoration et de 1 133 euros d'intérêt de retard. Par suite, les conclusions de la requête en ce qu'elles tendent à obtenir la décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée de 7 866 euros, assortis de 4 279 euros de pénalités, au titre de la période du 1er janvier au 31 décembre 2012, excèdent les prétentions de la réclamation préalable et doivent être rejetées comme irrecevables.

Sur la régularité de la procédure d'imposition :

4. Aux termes de l'article L. 59 du livre des procédures fiscales, dans sa rédaction applicable au litige : " Lorsque le désaccord persiste sur les rectifications notifiées, l'administration, si le contribuable le demande, soumet le litige à l'avis soit de la commission départementale des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires prévue à l'article 1651 du code général des impôts, soit de la Commission nationale des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires prévue à l'article 1651 H du même code, soit de la commission départementale de conciliation prévue à l'article 667 du même code. / Les commissions peuvent également être saisies à l'initiative de l'administration. ". L'article L. 60 du même livre, dans sa rédaction applicable, dispose que : " Le rapport par lequel l'administration des impôts soumet le différend qui l'oppose au contribuable à la commission départementale ou nationale des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires, ainsi que tous les autres documents dont l'administration fait état pour appuyer sa thèse, doivent être tenus à la disposition du contribuable intéressé. / () " Enfin aux termes de l'article L. 192 du même livre : " Lorsque l'une des commissions visées à l'article L. 59 est saisie d'un litige ou d'une rectification, l'administration supporte la charge de la preuve en cas de réclamation, quel que soit l'avis rendu par la commission () ".

5. Pour contester les impositions mises à sa charge, la SARL Sabathé et fils soutient que la procédure d'imposition est entachée d'irrégularités dès lors que l'administration a produit, devant la commission départementale des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires, deux déclarations de cession de véhicule qui ne lui avaient pas été communiquées en amont de la séance, en violation du principe du contradictoire, et dès lors que le président de la commission s'est abstenu de convoquer une seconde séance pour permettre d'obtenir un supplément d'information quant à la comptabilisation du stock de pièces détachées, en violation des droits de la défense.

6. Toutefois, d'une part, il résulte de l'instruction que l'administration a admis, dans sa décision du 6 août 2019, que la production de documents en cours de séance n'était pas conforme aux dispositions de l'article L. 60 du livre des procédures fiscales et elle a, en conséquence, accepté la réclamation de la requérante sur ce point de procédure en renonçant à prendre en compte ces documents.

7. D'autre part, si, aux termes de son avis, la commission départementale des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires, réunie le 22 juin 2018, a énoncé qu'au regard des pièces produites par la société, elle ne disposait pas des éléments suffisants pour pouvoir apprécier si le stock dormant a été comptabilisé deux fois, elle a précisé, cependant, qu'elle était " d'avis de confirmer la position de l'administration fiscale ", tout en invitant la SARL Sabathé et fils à " fournir les éléments qui permettraient d'étayer ses allégations dans le cadre d'un recours avec l'administration fiscale ".

8. Au surplus et en tout état de cause, il résulte des dispositions précitées des articles L. 59 et L. 192 du livre des procédures fiscales que lorsqu'un contribuable demande que le désaccord qui l'oppose à l'administration et qui relève de la compétence consultative de la commission départementale des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires soit soumis à cette commission, l'administration est seulement tenue de la saisir et satisfait à l'obligation qui lui est ainsi faite en la saisissant régulièrement. Le sens de l'avis émis par la commission ne peut avoir d'autre effet que de modifier, le cas échéant, la dévolution de la charge de la preuve dans les termes prévus par l'article L. 192 du livre des procédures fiscales. Ainsi, à supposer même que la commission se soit estimée, à tort, suffisamment éclairée pour confirmer la position de l'administration fiscale, cette erreur n'affecte pas la régularité de la procédure d'imposition et n'est, par suite, pas de nature à entraîner la décharge de l'imposition contestée. Il s'ensuit que le moyen tiré des irrégularités entachant l'avis rendu par la commission départementale des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires est inopérant et doit être écarté pour ce motif.

Sur le bien-fondé des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés restant en litige :

En ce qui concerne les provisions comptabilisées en 2013 pour dépréciation de comptes de clients :

9. Aux termes de l'article 39 du code général des impôts, applicable pour la détermination de l'impôt sur les sociétés en vertu de l'article 209 du même code : " 1. Le bénéfice net est établi sous déduction de toutes charges, celles-ci comprenant, sous réserve des dispositions du 5, notamment : / () 5° Les provisions constituées en vue de faire face à des pertes ou charges nettement précisées et que des événements en cours rendent probables, à condition qu'elles aient été effectivement constatées dans les écritures de l'exercice () ".

10. Il résulte de ces dispositions qu'une entreprise peut valablement porter en provisions et déduire des bénéfices imposables d'un exercice des sommes correspondant à des pertes ou charges qui ne seront supportées qu'ultérieurement par elle, à la condition que ces pertes ou charges soient nettement précisées quant à leur nature et susceptibles d'être évaluées avec une approximation suffisante, qu'elles apparaissent comme probables eu égard aux circonstances constatées à la date de clôture de l'exercice et qu'elles se rattachent aux opérations de toute nature déjà effectuées, à cette date, par l'entreprise.

11. Par ailleurs, en vertu des règles gouvernant l'attribution de la charge de la preuve devant le juge administratif, applicables sauf loi contraire, il incombe, en principe, à chaque partie d'établir les faits nécessaires au succès de sa prétention, les éléments de preuve qu'une partie est seule en mesure de détenir ne sauraient être réclamés qu'à celle-ci. Il appartient, dès lors, au contribuable de justifier tant du montant des provisions qu'il entend déduire du bénéfice net défini à l'article 38 du code général des impôts que de la correction de leur inscription en comptabilité, c'est-à-dire du principe même de leur déductibilité. La déductibilité, au titre d'un exercice, d'une perte résultant d'une créance, n'est possible que si celle-ci présente un caractère certain et définitif à la clôture de cet exercice. Le caractère irrécouvrable d'une créance est subordonné à la preuve, qu'il incombe au contribuable de rapporter, d'une part, de l'accomplissement de diligences et de démarches conduites en vue de leur recouvrement et demeurées infructueuses et, d'autre part, de l'insolvabilité des débiteurs.

12. En l'espèce, à l'issue de la procédure d'imposition, l'administration fiscale a réintégré dans les résultats imposables de la SARL Sabathé et fils les sommes de 2 460,45 euros, 2 906,95 euros et 9 079,44 euros qui avaient été déduites pour perte à la clôture de l'exercice clos en 2013 et qui, selon la société, correspondaient à des créances irrécouvrables.

13. Pour contester la réintégration de la créance de 2 460,45 euros, la requérante se borne à soutenir, pour justifier de son caractère irrécouvrable, qu'elle a effectué en vain, le 21 octobre 2013, une relance auprès de l'entreprise débitrice, que son gérant est décédé et qu'elle n'entretient aucune relation avec le repreneur. Toutefois, l'administration fait valoir, sans être contredite, que l'entreprise existe toujours et n'est concernée par aucune procédure collective, si bien que la requérante ne peut être regardée comme ayant engagé les procédures nécessaires pour obtenir le recouvrement de cette créance, malgré l'envoi d'une unique lettre de relance en 2013. Pour contester la créance de 2 906,95 euros, la SARL Sabathé et fils indique qu'elle est due par une entreprise de terrassement dont l'établissement situé à Pelleport a fermé le 31 juillet 2013. Toutefois, le service fait valoir qu'un autre établissement de la même entreprise est toujours en activité à Nègrepelisse et que la requérante ne démontre pas avoir effectué les diligences nécessaires au recouvrement de sa créance auprès de ce second établissement. Enfin, pour contester la somme d'un montant de 9 079,44 euros réintégrée à son résultat fiscal, la requérante se contente de mentionner qu'elle correspond à plusieurs créances que le commissaire aux comptes souhaitait voir provisionner conformément au principe de prudence. Dans ces conditions, la SARL Sabathé et fils doit être regardée comme n'apportant pas la preuve, qui lui incombe, du caractère irrécouvrable des créances en cause.

En ce qui concerne la déductibilité des provisions pour dépréciation de stocks :

S'agissant de la loi fiscale :

14. Il résulte de la combinaison des dispositions du 5° du 1 de l'article 39 du code général des impôts et du 3 de l'article 38 de ce code que lorsqu'une entreprise constate que tout ou partie des matières ou produits qu'elle possède en stock a, à la date de clôture de l'exercice, une valeur probable de réalisation inférieure au prix de revient, elle est en droit de constituer, à concurrence de l'écart constaté, une provision pour dépréciation. Pareille provision ne peut cependant être admise que si l'entreprise est en mesure de justifier de la réalité de cet écart et d'en déterminer le montant avec une approximation suffisante.

15. En l'espèce, aux termes de sa décision du 6 août 2019, l'administration fiscale a maintenu la réintégration, dans les résultats de l'exercice clos en 2014, de provisions comptabilisées pour dépréciation de stocks de pièces détachées, à hauteur de 540 054 euros, au motif que l'entreprise ne produisait pas les indications suffisantes quant à la valeur de chaque catégorie de pièces détachées, empêchant ainsi la validation de la méthode revendiquée pour déterminer la dépréciation du stock.

16. Pour contester cette réintégration, la SARL Sabathé et fils produit pour la première fois à l'instance, le rapport daté du 7 octobre 2018 d'un expert de justice qu'elle a mandaté à fin d'évaluer la dépréciation de son stock dormant. Il résulte de l'instruction, et notamment des termes de ce rapport, que l'expert a constaté un manque de rigueur dans la réalisation d'un inventaire précis du stock de pièces détachées, induisant une mauvaise gestion globale du stock. Il a établi une méthode d'évaluation, fondée à la fois sur des critères de marques, d'ancienneté et de nature des pièces classées en sous-groupes, permettant de déterminer des taux de dépréciation différenciés par catégorie en fonction des critères retenus. Il a ainsi préconisé une dépréciation à hauteur de 95 % des stocks dormants des marques Ford et Braud, disparues, une dépréciation progressive dans le temps, selon trois sous-groupes, des stocks des marques Same, Lamborghini, JLG et divers, pour un montant total de 280 090,10 euros, mais aucune dépréciation des pièces Deutz Farh. Cette expertise englobe la totalité du stock ancien. Si la requérante revendique que le stock de pièces détachées de la marque Same fasse l'objet d'une dépréciation à hauteur de 50 % de sa valeur, il ne résulte pas de l'instruction que ce stock serait distinct du stock dormant de toutes familles analysé par l'expert. L'administration admet, dans ses écritures, que la méthode de l'expert se conforme à la jurisprudence et se déclare favorable à la prise en compte de la dépréciation de ce stock, à hauteur de 280 090 euros. Dans ces conditions, la méthode mise en œuvre par cet expert doit être regardée comme ayant déterminé le montant des provisions du stock dormant avec une approximation suffisante, si bien que la somme de 280 090 euros peut être admise en déduction du résultat fiscal de la SARL Sabathé et fils, sans qu'il y ait lieu d'admettre une dépréciation supplémentaire à hauteur de 50 % du stock de pièces détachées de la marque Same.

S'agissant de l'interprétation administrative de la loi fiscale :

17. Les paragraphes n° 90 et 100 de l'instruction administrative référencée BOI-BIC-PROV-10, datée du 17 décembre 2013, et le paragraphe n° 90 de l'instruction administrative référencée BOI-BIC-PDSTK-20-20-10-20, datée du 23 septembre 2013, ne comportent aucune interprétation de la loi fiscale s'écartant de l'application qui en est faite aux points précédents et ne peuvent par suite être valablement invoqués par la requérante sur le fondement de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales.

18. Il résulte de ce qui précède que la SARL Sabathé et fils doit être déchargée des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre de l'année 2014, à concurrence de la seule réduction en base d'un montant de 280 090 euros correspondant aux provisions pour dépréciation de stock admises en déduction du résultat imposable, ainsi que des pénalités correspondantes.

Sur les pénalités :

19. En premier lieu, aux termes du premier alinéa de l'article L. 80 D du livre des procédures fiscales : " Les décisions mettant à la charge des contribuables des sanctions fiscales sont motivées au sens des articles L. 211-2 à L. 211-7 du code des relations entre le public et l'administration, quand un document ou une décision adressés au plus tard lors de la notification du titre exécutoire ou de son extrait en a porté la motivation à la connaissance du contribuable ".

20. Il résulte de l'examen de la lettre du 6 août 2019, par laquelle l'administration a fait connaître à la SARL Sabathé et fils sa décision de maintenir les pénalités pour manquement délibéré mises à sa charge, que cette lettre expose les considérations de droit et de fait sur lesquelles repose cette décision. Le moyen tiré du défaut de motivation des pénalités ne peut, en conséquence, qu'être écarté.

21. En second lieu, aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'Etat entraînent l'application d'une majoration de : / a. 40 % en cas de manquement délibéré () ".

22. La majoration de 40 % prévue au a. de l'article 1729 du code général des impôts a été appliquée aux rehaussements d'impôt sur les sociétés résultant de la réintégration au résultat fiscal de la SARL Sabathé et fils des exercices 2013 et 2014, des provisions pour dépréciation de créances douteuses et pour dépréciation du stock dormant. Pour justifier de l'application de cette majoration, l'administration fiscale a retenu que lors d'une précédente vérification de comptabilité diligentée en 2010, le service vérificateur avait déjà eu l'occasion de lui rappeler les principes de la constitution d'une provision, et que par une lettre du 26 octobre 2010, la requérante avait accepté le bien-fondé du rappel d'impôt sur les sociétés découlant principalement de la remise en cause de provisions comptabilisées sur l'exercice 2007. Le service a, en outre, considéré que par une lettre du 3 novembre 2010 portant accord entre les parties sur le montant du rappel, il avait bien précisé à la SARL Sabathé et fils qu'elle était tenue de corriger ses évaluations pour les années postérieures. Par suite, et alors même que l'administration a accordé des dégrèvements et que le tribunal administratif a prononcé une décharge partielle des impositions en cause, le service doit être regardé comme apportant la preuve de ce que la SARL Sabathé et fils a sciemment méconnu ses obligations en matière de provisions, justifiant ainsi l'application de la majoration en litige.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

23. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État une somme de 1 200 euros au titre des frais exposés par la SARL Sabathé et fils et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La base de l'impôt sur les sociétés fixée à la SARL Sabathé et fils au titre de l'année 2014 est réduite d'une somme de 280 090 euros (deux cent quatre-vingts mille euros et quatre-vingt-dix centimes).

Article 2 : La SARL Sabathé et fils est déchargée de la cotisation supplémentaire d'impôt sur les sociétés à laquelle elle a été assujettie au titre de l'année 2014 et des pénalités correspondantes correspondant à la réduction de la base d'imposition définie à l'article 1er.

Article 3 : L'État versera à la SARL Sabathé et fils une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de la SARL Sabathé et fils est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à la SARL Sabathé et fils et au directeur chargé de la direction de contrôle fiscal de Sud-Pyrénées.

Délibéré après l'audience du 6 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Selles, présidente,

Mme Beneteau, première conseillère,

Mme Neumaier, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 octobre 2022.

La rapporteure,

Signé

A. B

La présidente,

Signé

M. ALa greffière,

Signé

P. SANTERRE

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition :

La greffière,

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Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110

Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.

01/06/2026

TA13Plein contentieux

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.

01/06/2026

TA14Plein contentieux

Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609

Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.

01/06/2026

TA25Plein contentieux

Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163

Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.

01/06/2026

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