jeudi 17 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Pau |
| Section | Tribunal Administratif de Pau |
| N° Dossier | TA64-1902739 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | ONELAW SELARL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 5 décembre 2019 et le 29 mai 2020, le centre hospitalier de Bigorre, représenté par Me Malric, demande au tribunal :
1°) de prononcer la restitution partielle, à concurrence des sommes de 2 481 416 euros, de 2 120 065 euros et de 2 287 828 euros de la taxe sur les salaires qu'il a acquittée au titre des années 2016, 2017 et 2018 ;
2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- le dispositif d'exonération de la taxe sur les salaires, prévu au 1 de l'article 231 du code général des impôts, est subordonné à la réunion de deux conditions, tenant à ce que les établissements visés par ce texte relèvent du livre VII du code de l'éducation et à ce qu'ils organisent au moins une formation conduisant à la délivrance au nom de l'État d'un diplôme sanctionnant cinq années d'études après le baccalauréat ; les centres universitaires hospitaliers, en tant qu'entités conventionnelles et légales regroupant tant les unités de formation et de recherche que les centres hospitaliers les composant, sont visés par le livre VII du code de l'éducation ;
- conformément à la jurisprudence du Conseil d'État, le critère de l'exonération de la taxe sur les salaires est organique ; cette approche doit conduire à réserver le bénéfice de l'exonération aux rémunérations versées par l'employeur à ceux de ses personnels affectés dans un établissement supérieur ou, s'agissant des personnels affectés dans cet établissement et dans une autre structure, à la seule fraction de leur rémunération correspondant à leur affectation dans cet établissement ;
- les établissements de santé remplissant une mission de service public d'enseignement et accueillant les étudiants hospitaliers en médecine remplissent la seconde condition permettant l'exonération de la taxe sur les salaires dès lors qu'ils sont en charge de la mission de formation pratique des étudiants en médecine, en complément des enseignements théoriques délivrés par les universités ; cette mission d'enseignement figure dans le contrat pluriannuel d'objectifs et de moyens signé entre l'agence régionale de santé et l'établissement de soins ;
- il a signé avec le centre hospitalier universitaire de Toulouse et les facultés de médecine de l'université de Toulouse une convention tripartite relative à l'accueil d'étudiants hospitaliers effectuant un stage en dehors du centre hospitalier universitaire de rattachement ; les étudiants sont encadrés par les chefs de service et médecins référents des établissements d'accueil qui les évaluent, déterminent l'évolution des missions qu'ils peuvent réaliser au cours de leur stage, et assument le rôle de validation des acquis ; cette formation est indispensable à l'obtention, par les étudiants, de leur diplôme sanctionnant cinq années d'études après le baccalauréat ;
- l'agence régionale de santé lui a délivré plusieurs agréments lui permettant d'accueillir des étudiants en médecine aux fins de formation ;
- il peut ainsi prétendre au bénéfice de l'exonération de taxe sur les salaires instituée par le 1 de l'article 231 du code général des impôts sans qu'y fasse obstacle l'absence d'existence juridique propre des centres hospitaliers universitaires en tant qu'établissements d'enseignement supérieur ; l'administration ajoute à la loi une condition non prévue par le législateur en se fondant sur l'absence de personnalité juridique des centres hospitaliers universitaires ;
- l'administration fiscale a admis qu'un centre hospitalier universitaire bénéficie d'un dispositif fiscal prévu en faveur des établissements d'enseignement supérieur (BOI-PAT-ISF-40-40-10-20).
Par un mémoire en défense, enregistré le 19 mai 2020, le directeur départemental des finances publiques des Pyrénées-Atlantiques, conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par le centre hospitalier de Bigorre ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 18 mai 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 8 juin 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'éducation ;
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de la santé publique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme B,
- et les conclusions de M. Clen, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. Le centre hospitalier de Bigorre, situé à Tarbes (Hautes-Pyrénées) s'est acquitté, au titre des années 2016, 2017 et 2018, d'une taxe sur les salaires d'un montant respectif de 2 481 416 euros, de 2 120 065 euros et de 2 287 828 euros. Par une réclamation du 9 avril 2019, il a sollicité la restitution partielle de cette taxe au titre des années 2016, 2017 et 2018 au motif qu'il serait éligible à l'exonération en faveur des établissements d'enseignement supérieur, prévue au 1 de l'article 231 du code général des impôts. Cette réclamation ayant été rejetée le 9 octobre 2019, le centre hospitalier de Bigorre demande au tribunal de prononcer la restitution partielle de la taxe sur les salaires à concurrence des sommes de 2 481 416 euros, de 2 120 065 euros et de 2 287 828 euros respectivement au titre des années 2016, 2017 et 2018.
2. D'une part, aux termes de l'article 231 du code général des impôts, dans sa rédaction applicable aux années d'imposition en litige : " 1. Les sommes payées à titre de rémunérations aux salariés, à l'exception de celles correspondant aux prestations de sécurité sociale versées par l'entremise de l'employeur, sont soumises à une taxe égale à 4,25 % de leur montant (). Cette taxe est à la charge des entreprises et organismes qui emploient ces salariés, à l'exception () des établissements d'enseignement supérieur visés au livre VII du code de l'éducation qui organisent des formations conduisant à la délivrance au nom de l'Etat d'un diplôme sanctionnant cinq années d'études après le baccalauréat (). ".
3. Il résulte de ces dispositions que l'exonération qu'elles prévoient au profit des établissements d'enseignement supérieur porte sur l'ensemble des rémunérations versées à leur personnel salarié, quelle que soit la fonction exercée, à la condition que ces établissements relèvent du livre VII du code de l'éducation et qu'ils organisent au moins une formation conduisant à la délivrance au nom de l'État d'un diplôme sanctionnant cinq années d'études après le baccalauréat. Par ailleurs, si le bénéfice de l'exonération n'est pas réservé aux seuls établissements délivrant au nom de l'État les diplômes sanctionnant cinq années d'études après le baccalauréat, elle reste subordonnée à la condition que l'établissement d'enseignement supérieur qui s'en prévaut organise la formation en cause.
4. D'autre part, aux termes de l'article L. 6141-1 du code de la santé publique : " Les établissements publics de santé sont des personnes morales de droit public dotées de l'autonomie administrative et financière. () ". Aux termes de l'article L. 6141-2 du même code : " Les centres hospitaliers qui ont une vocation régionale liée à leur haute spécialisation et qui figurent sur une liste établie par décret sont dénommés centres hospitaliers régionaux ; ils assurent en outre les soins courants à la population proche. Les centres hospitaliers régionaux ayant passé une convention au titre du chapitre II du présent titre avec une université comportant une ou plusieurs unités de formation et de recherche médicales, pharmaceutiques ou odontologiques sont dénommés centres hospitaliers universitaires. () ". Aux termes de l'article L. 713-4 du code de l'éducation : " () II. Par dérogation aux articles L. 613-1, L. 712-3 et L. 712-6, l'organisation des enseignements et du contrôle des connaissances est définie par les unités de formation et de recherche de médecine, d'odontologie ou de pharmacie, suivant le cas, puis approuvée par le président de l'université, pour les formations suivantes : 1° Deuxième cycle des études médicales ; 2° Deuxième cycle des études odontologiques ; 3° Formation de pharmacie générale du troisième cycle des études pharmaceutiques. III. La même procédure comportant une proposition commune des unités de formation et de recherche situées, selon le cas, dans la région sanitaire ou dans l'interrégion instituée en application de l'article L. 632-7, est applicable aux formations suivantes : 1° Troisièmes cycles de médecine générale, de médecine spécialisée et de santé publique ; 2° Formations de pharmacie hospitalière, de pharmacie et santé publique et de biologie médicale du troisième cycle des études pharmaceutiques. ".
5. Le centre hospitalier de Bigorre soutient qu'en vertu de la convention le liant au centre hospitalier universitaire de Toulouse et des agréments qu'il a obtenus de l'agence régionale de santé pour l'accueil au sein de ses hôpitaux d'étudiants en internat de médecine, il doit être regardé comme un établissement organisant une formation conduisant à la délivrance au nom de l'État d'un diplôme sanctionnant cinq années d'études après le baccalauréat au sens des dispositions combinées de l'article 231-1 du code général des impôts et du livre VII du code de l'éducation.
6. Il est constant, au vu des dispositions précitées, que le centre hospitalier de Bigorre, qui au demeurant n'est pas un centre hospitalier universitaire, a le caractère d'un établissement public de santé régi par les dispositions du code de la santé publique. S'il est également constant qu'il est associé, par convention signée avec le centre hospitalier universitaire de Toulouse, à l'accueil d'étudiants en internat de médecine, il ne résulte pas de l'instruction qu'il ait signé une convention avec une ou plusieurs unités de formation et de recherche de médecine d'une université, comme le prévoit l'article L. 713-4 du code de l'éducation. Dans ces conditions, ni la convention conclue avec le centre hospitalier universitaire, qui ne saurait être assimilée aux conventions passées entre les centres hospitaliers régionaux et les unités de formation et de recherche de médecine, ni la circonstance qu'il ait obtenu des agréments de l'agence régionale de santé pour l'accueil d'étudiants ne sauraient lui conférer la qualité d'établissement d'enseignement supérieur relevant du livre VII du code de l'éducation. À cet égard, si le livre VII du code de l'éducation prévoit, dans son article L. 713-4, que les unités de formation et de recherche des universités concluent avec les centres hospitaliers régionaux des conventions portant sur la structure et les modalités de fonctionnement d'un centre hospitalier universitaire, et si l'article L. 713-5 de ce même code reproduit les dispositions du code de la santé publique relatives aux missions d'enseignement et de recherche des centres hospitaliers universitaires, ces dispositions sont totalement étrangères à la qualification juridique d'établissement d'enseignement supérieur. Est également sans incidence, au regard de cette qualification juridique, la circonstance que les centres hospitaliers jouent un rôle particulièrement important dans la formation pratique des étudiants en médecine. Enfin, le requérant ne peut utilement se prévaloir de l'instruction BOI-PAT-ISF-40-40-10-20 qui concerne un dispositif fiscal différent et porte uniquement sur les centres hospitaliers universitaires. Il s'ensuit que le centre hospitalier de Bigorre ne saurait se prévaloir de l'exonération de taxe sur les salaires en faveur des établissements d'enseignement supérieur prévue à l'article 231-1 du code général des impôts, qui ne lui est pas applicable.
7. Par ailleurs, si, pour refuser de restituer au centre hospitalier de Bigorre la taxe sur les salaires acquittée par ce dernier, l'administration a relevé qu'aucune structure nouvelle n'avait été créée, elle n'a toutefois pas fait de la création d'une personne morale une condition pour bénéficier de l'exonération prévue à l'article 231 du code général des impôts mais s'est notamment fondée sur la circonstance que ledit centre n'est pas un établissement d'enseignement supérieur visé au livre VII du code de l'éducation. Par suite, le requérant ne saurait utilement soutenir que l'administration a ajouté une condition, non prévue par le législateur.
8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par le centre hospitalier de Bigorre tendant à la restitution partielle de la taxe sur les salaires, à concurrence des sommes de 2 481 416 euros, de 2 120 065 euros et de 2 287 828 euros respectivement au titre des années 2016, 2017 et 2018, ne peuvent qu'être rejetées.
9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par le centre hospitalier de Bigorre au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête du centre hospitalier de Bigorre est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié au centre hospitalier de Bigorre et au directeur départemental des finances publiques des Pyrénées-Atlantiques.
Délibéré après l'audience du 3 novembre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Sellès, présidente,
Mme Beneteau, première conseillère,
Mme Neumaier, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 novembre 2022.
La rapporteure,
Signé
A. B
La présidente,
Signé
M. A
La greffière,
Signé
P. SANTERRE
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition :
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026