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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-1902741

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-1902741

jeudi 22 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-1902741
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation1ère Chambre
Avocat requérantSARROUILHE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 6 décembre 2019, M. D B et Mme E B, représentés par Me Sarrouilhe, demandent au tribunal :

1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contribution exceptionnelle sur les hauts revenus auxquels ils ont été assujettis au titre de l'année 2013 et des pénalités correspondantes, mises en recouvrement le 31 janvier 2018, et d'ordonner le remboursement des sommes déjà versées à ce titre ;

2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- M. B remplissait les conditions de l'article 885 O bis du code général des impôts permettant de bénéficier de l'abattement prévu par l'article 150-0 D ter du même code ; il a cessé toutes fonctions de dirigeant dans l'entreprise, et sa nouvelle activité de salarié s'apparente à du tutorat ;

- si les impositions qui pèsent sur la plus-value de cession de parts sociales sont établies selon les dispositions en vigueur à la date de la cession, l'abattement pour durée de détention de ces parts ne peut être remis en cause qu'à l'échéance du délai de deux ans prévu par les dispositions du IV de l'article 150-0 D ter du code général des impôts si bien que les cotisations supplémentaires mises à leur charge n'étaient pas exigibles au titre de l'année 2013.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 juin 2020, l'administrateur général des finances publiques chargé de la direction spécialisée de contrôle fiscal Sud-Ouest conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- les conclusions excédant le quantum de la réclamation préalable en matière de contribution exceptionnelle sur les hauts revenus sont irrecevables ;

- les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 18 janvier 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 18 février 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C,

- et les conclusions de M. Clen, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. et Mme B ont fait l'objet d'un contrôle sur pièces portant sur l'impôt sur le revenu au titre de l'année 2013, à l'issue duquel l'administration fiscale, par une proposition de rectification du 21 décembre 2016, a remis en cause l'abattement de 100 % dont ils avaient entendu bénéficier, sur le fondement de l'article 150-0 D ter du code général des impôts, pour l'imposition de la plus-value de 1 355 880 euros réalisée par M. B lors de la cession, le 1er janvier 2013, de 46 453 des 46 463 parts sociales qu'il détenait dans le capital de la société par actions simplifiée (SAS) d'exploitation des établissements B dont l'intéressé était le dirigeant. Le service a admis l'application de l'abattement de 65 % prévu à l'article 150-0 D du code général des impôts à la plus-value de 881 322 euros sur les actions acquises depuis plus de huit ans et fixé l'assiette de la plus-value taxable à l'impôt sur le revenu à 451 575 euros. Les impositions supplémentaires résultant de cette rectification ont été mises en recouvrement le 31 janvier 2018 pour des montants en droits et pénalités de 223 531 euros en matière d'impôt sur le revenu et de 40 813 euros en matière de contribution exceptionnelle sur les hauts revenus. Par deux réclamations préalables distinctes datées du 22 février 2018, M. et Mme B ont contesté la totalité des impositions supplémentaires mises à leur charge en matière d'impôt sur le revenu ainsi que les pénalités d'un montant de 3 345 euros mises à leur charge en matière de contribution exceptionnelle sur les hauts revenus. L'administration a rejeté leurs demandes par une décision du 7 octobre 2019. Ils demandent au tribunal de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contribution exceptionnelle sur les hauts revenus auxquels ils ont été assujettis au titre de l'année 2013 et des pénalités correspondantes.

Sur le quantum du litige :

2. Aux termes du deuxième alinéa de l'article R. 200-2 du livre des procédures fiscales : " Le demandeur ne peut contester devant le tribunal administratif des impositions différentes de celles qu'il a visées dans sa réclamation à l'administration ". En application de ces dispositions, les conclusions d'un contribuable présentées devant le tribunal administratif ne peuvent être accueillies que dans la mesure où, ajoutées aux dégrèvements prononcés par l'administration, elles ne conduisent pas à un dégrèvement supérieur à celui qui avait été demandé à l'administration fiscale.

3. Il résulte de l'instruction que dans les deux réclamations contentieuses du 22 février 2018, M. et Mme B ont contesté la totalité des suppléments mis à leur charge en matière d'impôt sur le revenu, soit 183 222 euros en droits, 18 322 euros de majoration et 21 987 euros d'intérêts de retard, mais ils n'ont contesté, en matière de contribution exceptionnelle sur les hauts revenus, que la majoration de 10 % prévue à l'article 1758 A du code général des impôts, d'un montant de 3 345 euros. Ils ne sont, par suite, recevables à contester devant le tribunal que ces impositions, à savoir, la totalité de la cotisation supplémentaire d'impôt sur le revenu de l'année 2013, en droit et pénalités, d'un montant total de 223 531 euros, ainsi que la seule majoration de 10 % de la contribution exceptionnelle sur les hauts revenus qui leur a été réclamée au titre de l'année 2013, d'un montant de 3 345 euros. Le surplus de leurs conclusions, à hauteur de la somme de 37 468 euros qui concerne la contribution sur les hauts revenus au titre de l'année 2013, est irrecevable et doit être rejeté.

Sur le bien-fondé des impositions :

4. En premier lieu, aux termes des dispositions de l'article 150-0 D ter du code général des impôts, dans sa rédaction en vigueur en 2013 : " I. L'abattement prévu à l'article 150-0 D bis, dans sa rédaction antérieure à l'entrée en vigueur de la loi n°2011-1977 du 28 décembre 2011 de finances pour 2012, s'applique dans les mêmes conditions, à l'exception de celles prévues au V du même article, aux gains nets réalisés lors de la cession à titre onéreux d'actions, de parts ou de droits démembrés portant sur ces actions ou parts, si les conditions suivantes sont remplies : 1°La cession porte sur l'intégralité des actions, parts ou droits détenus par le cédant dans la société dont les titres ou droits sont cédés sur plus de 50 % des droits de vote ou, en cas de la seule détention de l'usufruit, sur plus de 50 % des droits dans les bénéfices sociaux de cette société ; 2°Le cédant doit : a) Avoir exercé au sein de la société dont les titres ou droits sont cédés, de manière continue pendant les cinq années précédant la cession et dans les conditions prévues au 1° de l'article 885 O bis, l'une des fonctions mentionnées à ce même 1°; () b) Avoir détenu directement ou par personne interposée ou par l'intermédiaire de son conjoint ou de leurs ascendants ou descendants ou de leurs frères et sœurs, de manière continue pendant les cinq années précédant la cession, au moins 25 % des droits de vote ou des droits dans les bénéfices sociaux de la société dont les titres ou droits sont cédés ; c) Cesser toute fonction dans la société dont les titres ou droits sont cédés et faire valoir ses droits à la retraite dans les deux années suivant ou précédant la cession ". Aux termes de l'article 885 O bis du même code en vigueur en 2013 : " Les parts et actions de sociétés soumises à l'impôt sur les sociétés, de plein droit ou sur option, sont également considérées comme des biens professionnels si leur propriétaire remplit les conditions suivantes : 1°Être, soit gérant nommé conformément aux statuts d'une société à responsabilité limitée ou en commandite par actions, soit associé en nom d'une société de personnes, soit président, directeur général, président du conseil de surveillance ou membre du directoire d'une société par actions. Les fonctions énumérées ci-dessus doivent être effectivement exercées et donner lieu à une rémunération normale. Celle-ci doit représenter plus de la moitié des revenus à raison desquels l'intéressé est soumis à l'impôt sur le revenu dans la catégorie des traitements et salaires, bénéfices industriels et commerciaux, bénéfices agricoles, bénéfices non commerciaux, revenus des gérants et associés mentionnés à l'article 62 ".

5. Il résulte des dispositions citées au point précédent qui, compte tenu de leur caractère dérogatoire, doivent être interprétées strictement, que le bénéfice de l'abattement prévu à l'article 150-0 D ter du code général des impôts est subordonné au respect de plusieurs conditions relatives à la personne du cédant, tenant notamment à l'exercice effectif de fonctions de direction normalement rémunérées au sein de la société dont les titres sont cédés et à ce qu'il ait cessé toute fonction au sein de cette même société dans les deux années suivant ou précédant la cession, qu'il s'agisse ou non de fonctions de dirigeant exercées dans les conditions prévues par l'article 885 O bis du code général des impôts.

6. En l'espèce, il résulte de l'instruction que M. B détenait, au 31 décembre 2012, 99,98 % du capital de la société par actions simplifiée (SAS) d'exploitation des établissements B, dont il était le dirigeant, et qu'il a, le 1er janvier 2013, cédé la quasi-totalité de ses parts à la SAS Gestion développement industrie et cessé d'exercer ses fonctions de dirigeant. Il résulte également de l'instruction que M. B a été employé en qualité de salarié, à compter du 6 février 2013, par la SAS Gestion développement industrie dirigée par son fils, dans le cadre d'un contrat de travail à durée indéterminée à temps plein, en tant que chaudronnier, métallier pour un " travail en atelier avec transmission d'expérience et formation des nouveaux arrivants ", et qu'il exerçait encore ces fonctions à la date du 1er janvier 2015. Ainsi, M. B n'avait pas effectivement et définitivement cessé toute fonction au sein de l'entreprise détentrice des actions qu'il avait cédées dans le délai de deux ans prévu au c du 2° du I de l'article 150-0 D ter du code général des impôts.

7. En second lieu, aux termes du IV de l'article 150-0 D ter du code général des impôts : " En cas de non-respect de la condition prévue au 4° du I à un moment quelconque au cours des trois années suivant la cession des titres ou droits, l'abattement prévu au même I est remis en cause au titre de l'année au cours de laquelle la condition précitée cesse d'être remplie. Il en est de même, au titre de l'année d'échéance du délai mentionné au c du 2° du I, lorsque l'une des conditions prévues au 1° ou au c du 2° du même I n'est pas remplie au terme de ce délai. ".

8. Ainsi qu'il a été dit au point 6 du présent jugement, M. B n'avait pas, à l'expiration du délai de deux ans qui a commencé à courir à compter 1er janvier 2013, date de cession des titres de la SAS d'exploitation des établissements B, satisfait à la condition tenant à la cessation effective de toute fonction au sein de la société ayant racheté ses titres. Cependant, en application des dispositions précitées du IV de l'article 150-0 D ter du code général des impôts, l'administration n'était pas fondée à imposer la plus-value en litige au titre de l'année 2013, année au cours de laquelle ce délai de deux ans n'avait pas expiré. Par suite, le moyen tiré de ce que la plus-value réalisée en 2013 n'aurait pas dû être imposée au titre de cette même année doit être accueilli.

9. Il résulte de tout ce qui précède que M. et Mme B doivent être déchargés de la cotisation supplémentaire d'impôt sur le revenu, en droits et pénalités, ainsi que de la majoration de 10 % de la contribution exceptionnelle sur les hauts revenus auxquels ils ont été assujettis au titre de l'année 2013.

Sur l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État le paiement à M. et Mme B d'une somme de 1 200 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : M. et Mme B sont déchargés de la cotisation supplémentaire d'impôt sur le revenu mise à leur charge au titre de l'année 2013 à hauteur de 223 531 euros en droits et pénalités, et de la majoration de 10 % de la contribution exceptionnelle sur les hauts revenus d'un montant de 3 345 euros mise à leur charge au titre de l'année 2013.

Article 2 : L'État versera à M. et Mme B la somme de 1 200 (mille deux cents) euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de M. et Mme B est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. D B, à Mme E B, et à l'administrateur général des finances publiques de la direction spécialisée de contrôle fiscal Sud-Ouest.

Délibéré après l'audience du 8 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Sellès, présidente,

Mme Beneteau, première conseillère,

Mme Corthier, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 septembre 2022.

La rapporteure,

signé

A. CLa présidente,

signé

M. ALa greffière,

signé

P. SANTERRE

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances, de la relance et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition :

La greffière,

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