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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-1902816

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-1902816

mardi 12 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-1902816
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation1ère Chambre
Avocat requérantLINDITCH

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistré le 16 décembre 2019, le 18 juin 2020, le 1er juillet 2020 et le 8 juin 2022, la commune de Lourdes, représentée par Me Linditch, demande au tribunal :

1°) de condamner in solidum les sociétés MAS et Nestadour, sur le fondement des principes qui régissent la garantie décennale des constructeurs, à lui verser une somme de 22 000 euros TTC, au titre des désordres d'infiltrations d'eau affectant le bâtiment d'exploitation de la station d'épuration ;

2°) à titre subsidiaire, de condamner M. J B et M. H I, venant aux droits du cabinet d'architecture Cousin-Dobignard, sur le fondement de la garantie contractuelle, à lui verser une somme de 22 000 euros TTC, au titre de ces mêmes désordres ;

3°) de condamner la société MAS, sur le fondement des principes qui régissent la garantie décennale des constructeurs, à lui verser une somme de 9 900 euros TTC, au titre du désordre de fissuration du bâti du local d'exploitation de la station d'épuration ;

4°) de mettre les frais d'expertise, s'élevant à la somme de 6 079,58 euros TTC, à la charge, in solidum, des sociétés MAS et Nestadour, ou à titre subsidiaire, à la charge de M. B et M. I ;

5°) de mettre à la charge de chacune des sociétés MAS et Nestadour, une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ; à titre subsidiaire, de mettre à la charge de M. B et M. I une somme de 1 000 euros, au même titre.

Elle soutient que :

En ce qui concerne la responsabilité décennale :

- les rapports contractuels du maître d'ouvrage et de la société MAS ont définitivement pris fin le 20 juillet 2005 avec la réception sans réserve des travaux de gros œuvre ; tel est également le cas pour la société Nestadour, les réserves formulées lors des opérations de réception ayant été levées le 21 avril 2005 ; les désordres, constatés par huissier le 1er juillet 2013, sont apparus dans le délai d'épreuve de dix ans ;

- le référé expertise qu'elle a introduit le 29 juillet 2013, relatif aux désordres affectant le bâtiment d'exploitation de la station d'épuration, a interrompu le délai de l'action en garantie décennale courant à compter de la réception définitive des travaux ;

- les désordres liés aux infiltrations d'eau et fissurations du bâtiment d'exploitation qui n'étaient pas apparents lors des réceptions des travaux et sont apparus en avril 2006 peuvent ouvrir droit à une indemnisation sur le fondement de la garantie décennale des constructeurs ;

- les dommages sont de nature à compromettre la solidité de l'ouvrage ou à le rendre impropre à sa destination : des infiltrations d'eau affectent les faux-plafonds et les murs des locaux dans les vestiaires et sanitaires situés au rez-de-chaussée, la cuisine et la salle de repos dans le local de stockage situé en rez-de-chaussée ; des fissures affectent en outre le bâti en façades sud et sud-est avec une altération de l'enduit de ces murs ;

- ces dommages proviennent d'une insuffisance de fixation et de dimensionnement du dispositif d'étanchéité au droit de la surélévation en bois de la terrasse en toiture, constitué d'une équerre en zinc pliée et terminée par un bourrelet servant de goutte d'eau, laquelle ne permet pas de protéger le support, de trous dans le pare-pluie, de l'absence de couvertine sur le relevé des murs en élévation qui, resté brut, provoque la fissuration du béton, le décollement et le faïençage des ragréages sur le béton, ainsi que de défauts des joints d'étanchéité ;

- ces défauts d'exécution sont imputables aux entreprises chargées du gros œuvre et de l'étanchéité de la couverture, à savoir les sociétés MAS et Nestadour ;

- aucun défaut d'entretien de l'ouvrage n'est établi et n'est susceptible de les exonérer de leur responsabilité ;

- le coût des travaux nécessaires pour remédier aux désordres d'infiltrations d'eau, incluant une mission de maîtrise d'œuvre, est évalué par l'expert à 20 000 euros HT, soit 22 000 euros TTC ;

- le coût des travaux de reprise des désordres de fissurations en façades sud et sud-est, incluant une mission de maître d'œuvre, est évalué par l'expert à 9 000 euros HT, soit 9 900 euros TTC ;

- aucun aveu judiciaire ne peut être retenu au regard, d'une part, des demandes présentées dans sa requête n° 1701938 du 22 septembre 2017, dont elle s'est désistée, ni d'autre part, de la délibération du conseil municipal du 17 juillet 2019 autorisant le maire à signer le projet de protocole transactionnel établi sur la base de la répartition proposée par l'expert, dès lors qu'il ne s'agit pas d'une déclaration faite en justice ;

En ce qui concerne la responsabilité contractuelle des constructeurs :

- à titre subsidiaire, la responsabilité de l'équipe de maîtrise d'œuvre est engagée sur le fondement contractuel, dès lors que le cabinet d'architecture Cousin-Dobignard a manqué à son devoir de conseil, lors de la réception des travaux du lot n° 2, en s'abstenant d'appeler l'attention du maître d'ouvrage sur des désordres affectant l'ouvrage et dont il pouvait avoir connaissance, en sorte que la personne publique soit mise à même de ne pas réceptionner l'ouvrage ou d'assortir la réception de réserves ;

- en sa qualité d'homme de l'art, le maître d'œuvre ne pouvait ignorer les malfaçons du dispositif d'étanchéité en toiture, à savoir un défaut de fixation et de dimensionnement du dispositif constitué par une équerre en zinc pliée et terminée pour un bourrelet servant de goutte d'eau, et l'absence de protection par une couvertine du dessus du relevé du mur pignon nord, qui faisaient obstacle à une réception sans réserve ;

- à défaut pour le cabinet d'architecture Cousin-Dobignard d'avoir attiré son attention sur ces désordres, M. B et M. I doivent être condamnés à l'indemniser du coût des travaux de reprise des infiltrations en toiture, évalué par l'expert à 22 000 euros TTC ;

En ce qui concerne les frais d'expertise :

- le montant des frais d'expertise relatif à la famille 2 de désordres représente 18,22 % du montant total des de ces frais, s'élevant à 19 200 euros HT ; au prorata de ce coût, les frais d'expertise doivent lui être remboursés à concurrence de 5 066,32 euros HT, soit 6 079,58 euros TTC.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 mai 2020, M. J B et M. H I, représentés par Me Charbonnier, concluent :

- au rejet de la requête, comme étant irrecevable ;

- au rejet des conclusions dirigées à son encontre ;

- à titre subsidiaire, à ce que l'indemnisation éventuelle de la commune de Lourdes, au titre des travaux de reprise de ces infiltrations, soit limitée à la somme de 13 750 euros TTC ;

- à ce que les frais d'expertise soient mis, in solidum, à la charge de la commune de Lourdes et de toute partie perdante ;

- à titre subsidiaire, à la condamnation des sociétés MAS et Nestadour, in solidum, à les garantir de toute somme qui serait mise à leur charge ;

- à ce qu'une somme de 5 000 euros, à verser à chacun d'eux, soit mise, in solidum, à la charge de la commune de Lourdes et de toute partie perdante.

Ils soutiennent que :

- la commune de Lourdes ne justifie pas d'une autorisation de son conseil municipal conforme aux articles L. 2122-21 et L. 2132-1 du code général des collectivités territoriales autorisant l'action en justice ;

- les infiltrations constatées résultent de défauts isolés d'exécution des sociétés MAS et Nestadour et d'un défaut important d'entretien imputable à la commune de Lourdes ;

- en l'absence de mission complémentaire dite " EXE ", la définition, les calculs et les plans de ces détails d'exécution incombaient aux seules entreprises réalisatrices ;

- à aucun moment l'expert judiciaire n'évoque, et à fortiori ne retient, un quelconque manquement de l'équipe de maître d'œuvre dans l'accomplissement normal de sa mission tant en phase DET qu'en phase AOR ;

- la quote-part de responsabilité de la commune de Lourdes, dans la survenance des désordres, est évaluée par l'expert à 37,5 % ; les travaux de reprise des infiltrations d'eau étant évalués par l'expert à 22 000 euros TTC, toute condamnation éventuelle au titre de ce désordre ne saurait donc dépasser la somme de 13 750 euros TTC.

Par un mémoire en défense et un mémoire, enregistrés le 13 mai 2020 et le 26 juin 2020, la société anonyme (SA) MAS, représentée par Me De Tassigny, conclut :

- au rejet de la requête de la commune de Lourdes, comme étant irrecevable ou infondée ;

- à titre subsidiaire, à ce que sa part de responsabilité soit limitée à 25 % du montant des réparations, au titre des seules infiltrations d'eau, à supposer que sa responsabilité puisse être regardée comme engagée sur le fondement de la garantie décennale ;

- à ce que les dépens, ce y compris les frais d'expertise, soient mis à la charge de la commune de Lourdes ;

- à titre subsidiaire, à ce que les frais d'expertise mis éventuellement à sa charge soient limités à la somme de 1 750 euros HT ;

- au rejet de l'appel en garanti formé à son encontre par M. B et M. I ;

- à ce qu'une somme de 6 000 euros soit mise à la charge de toute partie perdante, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête est irrecevable, dès lors qu'elle pose des questions de fait et de droit identiques à celle enregistrée le 22 septembre 2017, sous le n° 1701938, dont la commune de Lourdes s'est désistée ;

- les désordres ne présentent pas un caractère décennal ; ils n'ont pas rendu l'ouvrage impropre à sa destination et n'ont pas compromis sa solidité dans le délai d'épreuve de dix ans, expiré avant l'introduction de la requête, et la commune ne démontre pas qu'ils seraient susceptibles de porter une telle atteinte à l'ouvrage dans un délai prévisible ;

- le cas échéant, sa part de responsabilité au titre des infiltrations d'eau ne pourrait dépasser 25 % ; la responsabilité de l'entrepreneur se limite en effet aux seules fautes qui lui sont directement imputables ; en outre, le défaut d'entretien de l'ouvrage par le maître de l'ouvrage exonère les constructeurs de leur responsabilité ; en l'espèce, la part de responsabilité de la commune de Lourdes est évaluée par l'expert à 37,5 % ;

- les fissurations des façades sud et sud-est, en l'absence de caractère décennal des désordres, ne peuvent donner lieu à indemnisation ;

- les demandes formulées par la commune dans sa précédente requête, dont le quantum se limite aux montants retenus par l'expert, s'analysent comme un aveu judiciaire ; elles ne peuvent être remises en cause dans le cadre de la présente instance ;

- le cabinet d'architecture Cousin-Dobignard a manqué à sa mission, à défaut d'avoir alerté le maître d'ouvrage sur la manière dont le dispositif d'étanchéité avait été mise en place en toiture du bâtiment d'exploitation ; son appel en garantie ne peut donc être accueilli ;

Par un mémoire en défense et un mémoire, enregistrés le 2 juin 2020 et le 28 septembre 2020, la société par actions simplifiée (SAS) Nestadour Métal, représentée par Me De Tassigny, conclut :

- au rejet de la requête de la commune de Lourdes, comme étant irrecevable ou infondée ;

- à titre subsidiaire, à ce que sa part de responsabilité soit limitée à 37,5 % du montant des réparations, au titre des infiltrations d'eau, à supposer que sa responsabilité puisse être regardée comme engagée sur le fondement de la garantie décennale ;

- à ce que les dépens, ce y compris les frais d'expertise, soient mis à la charge de la commune de Lourdes ;

- à titre subsidiaire, à ce que les frais d'expertise mis éventuellement à sa charge soient limités à la somme de 656,25 euros HT ;

- au rejet de l'appel en garanti formé à son encontre par M. B et M. I ;

- à ce qu'une somme de 6 000 euros soit mise à la charge de toute partie perdante, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête est irrecevable, dès lors qu'elle pose des questions de fait et de droit identiques à celle enregistrée le 22 septembre 2017, sous le n° 1701938, dont la commune de Lourdes s'est désistée ;

- les désordres ne présentent pas un caractère décennal ; ils n'ont pas rendu l'ouvrage impropre à sa destination et n'ont pas compromis sa solidité dans le délai d'épreuve de dix ans, expiré avant l'introduction de la requête, et la commune ne démontre pas qu'ils seraient susceptibles de porter une telle atteinte à l'ouvrage dans un délai prévisible ;

- le cas échéant, sa part de responsabilité au titre des infiltrations d'eau ne pourrait dépasser 37,5 % ; la responsabilité de l'entrepreneur se limite en effet aux seules fautes qui lui sont directement imputables ; en outre, le défaut d'entretien de l'ouvrage par le maître de l'ouvrage exonère les constructeurs de leur responsabilité ; en l'espèce, la part de responsabilité de la commune de Lourdes est évaluée par l'expert à 37,5 % ;

- les fissurations des façades sud et sud-est, en l'absence de caractère décennal des désordres, ne peuvent donner lieu à indemnisation ;

- s'agissant de l'absence alléguée de couvertine, il n'appartient pas aux locateurs d'ouvrage de prendre en charge les travaux tendant à l'amélioration de l'ouvrage ;

- les demandes formulées par la commune dans sa précédente requête, dont le quantum se limite aux montants retenus par l'expert, s'analysent comme un aveu judiciaire ; elles ne peuvent être remises en cause dans le cadre de la présente instance ;

- le cabinet d'architecture Cousin-Dobignard a manqué à sa mission, à défaut d'avoir alerté le maître d'ouvrage sur la manière dont le dispositif d'étanchéité avait été mise en place en toiture du bâtiment d'exploitation ; son appel en garantie ne peut donc être accueilli.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu l'ordonnance nos 131324,1400207 du 27 août 2015, par laquelle le président du tribunal a taxé et liquidé à hauteur de 33 356,04 euros TTC le montant des frais et honoraires de l'expertise confiée par ordonnance du 15 octobre 2013 à M. D G, et mis cette somme à la charge de la chambre de la commune de Lourdes.

Vu :

- le code civil ;

- le code des marchés publics ;

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- les conclusions de M. Clen, rapporteur public,

- et les observations de Me Linditch, représentant la commune de Lourdes, de Me Cachalou substituant Me De Tassigny, représentant les sociétés MAS et Nestadour, et de Me Charbonnier, représentant M. B et M. I, venant aux droits du cabinet d'architecture Cousin-Dobignard.

Considérant ce qui suit :

1. La commune de Lourdes a lancé au cours de l'année 2003 une opération de reconstruction du bâtiment administratif d'exploitation de la station d'épuration du site de Vizens, laquelle a par ailleurs fait l'objet de travaux d'extension et de reconstruction. La maîtrise d'œuvre a notamment été confiée au cabinet d'architecture Cousin-Dobignard. Le marché de travaux du lot n° 1 " Gros œuvre " a été conclu avec la société MAS, et celui du lot n° 2 " Charpente métallique - Etanchéité " avec la société Nestadour. Postérieurement à la réception des travaux, des infiltrations d'eau sont apparues dans le bâtiment et des fissures en façade ont été constatées. La commune de Lourdes a saisi le juge des référés du présent tribunal qui, le 15 octobre 2013, a prescrit une mesure d'expertise. M. G, expert désigné, a déposé son rapport le 9 juillet 2015. La commune de Lourdes a introduit un premier recours contentieux enregistré sous le n° 1701938, dont elle s'est désistée le 23 décembre 2019. Les parties au litige ont entamé des démarches transactionnelles, qui n'ont pas abouti. Au vu des conclusions du rapport d'expertise, la commune de Lourdes demande au tribunal de condamner les sociétés MAS et Nestadour ou le cabinet d'architecture Cousin-Dobignard à la réparation des préjudices subis, sur le fondement des principes qui régissent la garantie décennale des constructeurs ou de celui de la garantie contractuelle du maître d'œuvre.

Sur les fins de non-recevoir :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 2122-21 du code général des collectivités territoriales : " Sous le contrôle du conseil municipal et sous le contrôle administratif du représentant de l'Etat dans le département, le maire est chargé, d'une manière générale, d'exécuter les décisions du conseil municipal et, en particulier : / () 8° De représenter la commune soit en demandant, soit en défendant ; / () ". Aux termes de l'article L. 2122-22 du même code : " Le maire peut, en outre, par délégation du conseil municipal, être chargé, en tout ou partie, et pour la durée de son mandat : / () 16° D'intenter au nom de la commune les actions en justice ou de défendre la commune dans les actions intentées contre elle, dans les cas définis par le conseil municipal () ". Aux termes de l'article L. 2132-1 de ce code : " Sous réserve des dispositions du 16° de l'article L. 2122-22, le conseil municipal délibère sur les actions à intenter au nom de la commune. ".

3. En l'espèce, par une délibération du 17 avril 2014, le conseil municipal de la ville de Lourdes a donné délégation à Mme F E, maire de cette ville, pour toute la durée de son mandat, aux fins d'intenter au nom de la commune les actions en justice, notamment en première instance, en procédure de fond, devant les juridictions administratives. Par suite, la fin de non-recevoir tirée de l'absence de pouvoir du représentant légal de la commune de Lourdes, pour introduire la requête susvisée, manque en fait et doit être écartée.

4. En second lieu, il résulte de l'instruction que par une première requête, enregistrée le 22 septembre 2017 sous le n° 1701938, la commune de Lourdes a saisi le présent tribunal d'une demande tendant, sur le fondement des principes qui régissent la garantie décennale, à la condamnation, d'une part, des constructeurs à réparer les préjudices affectant les installations de la station d'épuration du site de Vizens, et d'autre part, des sociétés MAS et Nestadour à réparer les préjudices subis du fait des désordres affectant le bâtiment d'exploitation de la station. Les parties ont ensuite entamé des démarches transactionnelles, qui n'ont pas abouti. La commune de Lourdes a alors introduit la présente requête, le 16 décembre 2019, portant sur les désordres affectant le bâtiment d'exploitation, ainsi qu'une requête distincte, le 21 décembre 2019, portant sur les désordres affectant les installations de la station d'épuration. Le 23 décembre 2019, la commune de Lourdes s'est ensuite désistée de l'instance initiale n° 1701938, sans se désister de son action, ce dont la présidente du tribunal a donné acte par une ordonnance du 18 février 2020. Dans ces conditions, l'introduction d'une instance antérieure portant sur les mêmes faits, dont la commune de Lourdes s'est désistée, ne s'opposait pas à l'introduction de la présente requête, dirigée à l'encontre, d'une part, des mêmes sociétés sur le fondement de la garantie décennale, et d'autre part, du maître d'œuvre sur le fondement de la garantie contractuelle. Par suite, la fin de non-recevoir tirée de l'identité d'objet et de cause des requêtes du 22 septembre 2017 et du 16 décembre 2019 doit être écartée.

5. En troisième lieu, ni la précédente requête du 22 septembre 2017, dont la commune de Lourdes s'est désistée, ni même d'ailleurs les démarches transactionnelles entamées entre les parties, qui n'ont pas abouti, ne sont de nature à caractériser à aveu judiciaire et à limiter le quantum des préjudices dont la requérante est susceptible d'obtenir réparation, dans le cadre de la présente instance.

Sur les conclusions indemnitaires :

En ce qui concerne le caractère décennal des désordres :

6. Il résulte des principes qui régissent la garantie décennale des constructeurs que des désordres apparus dans le délai d'épreuve de dix ans, de nature à compromettre la solidité de l'ouvrage ou à le rendre impropre à sa destination dans un délai prévisible, engagent leur responsabilité, même s'ils ne se sont pas révélés dans toute leur étendue avant l'expiration du délai de dix ans, dès lors que les désordres leur sont imputables, même partiellement et sauf à ce que soit établie la faute du maître d'ouvrage ou l'existence d'un cas de force majeure.

7. Il résulte de l'instruction et notamment du rapport d'expertise que le bâtiment d'exploitation de la station d'épuration du site de Vizens est affecté de diverses infiltrations d'eau, révélées, dans les vestiaires et le local sanitaire du rez-de-chaussée, par des taches brunes visibles au niveau des faux-plafonds, dans la cuisine, par des coulures qui apparaissent sur la face intérieure du mur pignon nord du local, à partir du plafond, et au niveau du local de stockage, par des traces d'humidité qui apparaissent sur la face interne du mur banché pignon nord, à partir de la cueillie des bacs de toiture. En outre, l'angle sud sud-est est affecté en haut de façade de fissures latérales du poteau raidisseur et de deux fissures des surfaces d'enduit avoisinantes, de faible ampleur, résultant d'un phénomène de retrait et d'un léger mouvement de la structure, très localisés. Il ne ressort, ni du rapport d'expertise, ni d'aucune autre pièce du dossier que ces désordres, dont la commune indique qu'il se sont révélés au cours des premières années d'occupation des lieux, seraient de nature à compromettre la solidité de l'ouvrage ou à le rendre impropre à sa destination, dans un délai prévisible. Dès lors, la commune de Lourdes n'est pas fondée à rechercher la responsabilité des sociétés MAS et Nestadour, sur le fondement des principes qui régissent la responsabilité décennale des constructeurs.

En ce qui concerne la responsabilité contractuelle du maître d'œuvre :

8. Le maître d'œuvre qui s'abstient d'attirer l'attention du maître d'ouvrage sur des désordres affectant l'ouvrage dont il pouvait avoir connaissance, en sorte que la personne publique soit mise à même de ne pas réceptionner l'ouvrage ou d'assortir la réception de réserves, commet un manquement à son devoir de conseil de nature à engager sa responsabilité. Le caractère apparent ou non des vices en cause lors de la réception est sans incidence sur le manquement du maître d'œuvre à son obligation de conseil, dès lors qu'il avait eu connaissance de ces vices en cours de chantier.

9. La commune de Lourdes met en cause la responsabilité contractuelle du cabinet d'architecture Cousin-Dobignard au titre des seuls désordres d'infiltrations d'eau affectant le bâtiment d'exploitation de la station d'épuration. Il résulte de l'instruction et notamment du rapport d'expertise que les infiltrations au niveau du local sanitaire du rez-de-chaussée trouvent leur origine dans un défaut des joints d'étanchéité et dans une malfaçon du dispositif d'étanchéité au droit de la surélévation en bois de la terrasse. Les coulures au niveau de la cuisine résultent de l'absence de protection, par une couvertine, du relevé du mur en élévation, d'une dégradation du joint d'étanchéité entre les solins et le mur ainsi que du ragréage qui s'écaille en pellicule au niveau du joint, de la porosité et la fissuration du cordon d'étanchéité, tandis que la présence de mousse révèle l'absence d'entretien régulier. Les traces d'humidité au niveau du local de stockage trouvent leur origine dans l'absence de couvertine sur le pignon nord en surélévation, dans un délitement du ragréage et dans une fissuration du joint d'étanchéité.

10. A cet égard, il ressort en particulier du rapport d'expertise que l'absence de couvertine sur la surélévation du pignon nord en terrasse, qui aurait pu être réalisée en zinc ou dans un autre matériau, est manifestement visible. En outre, tandis que le recouvrement d'étanchéité à la jonction entre l'édicule en bois et le relevé de toiture du bâtiment est constitué par une équerre en zinc pliée et terminée par un bourrelet servant de goutte d'eau, une simple pression de bas en haut de la main soulève cette bande de protection sur sa longueur. L'insuffisance de sa fixation est donc aisément décelable. Dans ces conditions, il appartenait aux maîtres d'œuvre d'attirer l'attention du maître d'ouvrage sur ces vices qui présentaient un caractère apparent lors de la réception des travaux. Au surplus, il ressort de l'acte d'engagement du 23 mai 2001 que le cabinet d'architecture Cousin-Dobignard, membre du groupement de maîtrise d'œuvre, était chargé des missions AVP, ACT VISA, DET et AOR. S'il appartenait aux sociétés MAS et Nestadour d'exécuter les travaux dans les règles de l'art, les maîtres d'œuvre étaient tenus à une obligation de moyen dans la direction de l'exécution des travaux. Or, M. B et M. I n'apportent aucun élément de nature à établir qu'ils auraient vérifié la mise en œuvre d'une couvertine, ni qu'ils se seraient assurés de la fixation et du dimensionnement du dispositif d'étanchéité précité. En conséquence, la commune de Lourdes est fondée à rechercher leur responsabilité, sur le fondement contractuel, à raison d'un manquement du cabinet d'architecture Cousin-Dobignard à son devoir de conseil, lors de la réception des travaux.

11. Il résulte toutefois de l'instruction que la terrasse était caractérisée, lors des opérations d'expertise, par la présence de mousses au niveau du joint d'étanchéité entre les solins et le mur. La commune de Lourdes n'apporte aucun élément de nature à justifier qu'elle aurait fait procéder à un entretien régulier de cette partie de l'ouvrage. Par cette carence, le maître d'ouvrage a commis une faute qui a participé à la survenance des désordres, à concurrence de 37,5 %. Cette faute est de nature à exonérer les maîtres d'œuvre de leur responsabilité, dans cette proportion.

12. Il résulte de l'instruction et notamment du rapport d'expertise que les désordres liés aux infiltrations d'eau peuvent être résolus par le nettoyage et ragréage du banchée des acrotères, le remplacement du joint d'étanchéité au droit des solins, le remplacement des dalles de faux-plafond des vestiaires et sanitaires et la reprise des embellissements de la cuisine. L'expert évalue le coût de ces travaux à 20 000 euros HT, soit 22 000 euros TTC. Par suite et compte tenu de ce qui précède, il y a lieu de condamner M. B et M. I, venant aux droits du cabinet d'architecture Cousin-Dobignard, à verser à la commune de Lourdes une somme de 12 500 euros HT, soit 13 750 euros TTC, au titre des désordres d'infiltration d'eau affectant le bâtiment d'exploitation de la station d'épuration.

Sur les frais d'expertise et les autres dépens :

13. Par une ordonnance nos 131324,1400207 du 27 août 2015, le président du tribunal a taxé et liquidé à hauteur de 33 356,04 euros TTC le montant des frais et honoraires de l'expertise confiée par ordonnance du 15 octobre 2013 à M. D G, et mis cette somme à la charge de la chambre de la commune de Lourdes. Alors que cette expertise a porté, d'une part, sur les installations de la station d'épuration du site de Vizens, d'autre part, sur le bâtiment d'exploitation, le montant des frais et honoraires se rapportant à la famille 2 de désordres, faisant l'objet du présent litige, s'élève à 5 066,32 euros HT, soit 6 079,58 euros TTC.

14. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu, dans la limite du montant précité, de mettre ces frais et honoraires, à la charge, d'une part, de la commune de Lourdes, à concurrence de 1 899,87 euros HT, soit 2 279,84 euros TTC, et d'autre part, de M. B et M. I, venant aux droits du cabinet d'architecture Cousin-Dobignard, à concurrence de 3 166,45 euros HT, soit 3 799,73 euros TTC.

15. La présente instance n'a donné lieu à aucun autre dépens. Par suite, les conclusions présentées à cette fin par les parties doivent être rejetées.

Sur les appels en garantie :

16. Le présent jugement retient la responsabilité contractuelle du cabinet d'architecture Cousin-Dobignard, à raison d'un manquement à son devoir de conseil lors de la réception des travaux. Le préjudice subi par le maître d'ouvrage qui a été privé de la possibilité de refuser la réception des ouvrages ou d'assortir cette réception de réserves, du fait d'un manquement du maître d'œuvre à son obligation de conseil, et dont ce dernier doit réparer les conséquences financières, n'est pas directement imputable aux manquements aux règles de l'art commis par les entreprises en cours de chantier. En conséquence, M. B et M. I ne sont pas fondés à appeler en garantie les sociétés MAS et Nestadour, chargées respectivement de l'exécution des travaux de gros œuvre et d'étanchéité.

Sur les frais liés au litige :

17. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. B et M. I, venant aux droits du cabinet d'architecture Cousin-Dobignard, de la société MAS et de la société Nestadour Métal, les sommes que la commune de Lourdes demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les dispositions du même article font par ailleurs obstacle à ce que les sommes demandées à ce titre par M. B, M. I, la société MAS et la société Nestadour Métal soient mises à la charge de la commune de Lourdes, qui n'est pas la partie perdante.

D E C I D E :

Article 1er : M. B et M. I, venant aux droits du cabinet d'architecture Cousin-Dobignard, sont condamnés à verser à la commune de Lourdes une somme de 13 750 (treize mille sept cent cinquante) euros TTC, au titre des désordres d'infiltrations d'eau affectant le bâtiment d'exploitation de la station d'épuration du site de Vizens.

Article 2 : Les frais et honoraires de l'expertise n° 1301324, taxés et liquidés à la somme totale de 19 200 (dix-neuf mille deux cents) euros HT, sont mis, dans la limite de la somme de 5 066,32 euros HT, soit 6 079,58 euros TTC se rapportant à la famille 2 de désordres, à la charge définitive, d'une part, de la commune de Lourdes, à concurrence de 1 899,87 euros HT, soit 2 279,84 euros TTC, et d'autre part, de M. B et M. I, venant aux droits du cabinet d'architecture Cousin-Dobignard, à concurrence de 3 166,45 euros HT, soit 3 799,73 euros TTC.

Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la commune de Lourdes, à la société MAS, à la société Nestadour, à M. J B, à M. H I et à M. D G, expert.

Délibéré après l'audience du 1er juillet 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Sellès, présidente,

M. Cabon, premier conseiller,

M. Ramin, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juillet 2022.

Le rapporteur,

signé

V. A

La présidente,

signé

M. C

La greffière,

signé

P. SANTERRE

La République mande et ordonne au préfet des Hautes-Pyrénées en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition :

La greffière,

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