lundi 12 septembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Pau |
| Section | Tribunal Administratif de Pau |
| N° Dossier | TA64-2000048 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | SELARL ABEILLE & ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires enregistrés les 8 et, 6 avril 2020 et 22 décembre 2021, M. I G, en son nom personnel, et Mme C K, veuve G, en son nom personnel et en qualité d'ayant-droit de M. B G, représentés par la SELARL Chambolle et Associés, demandent au tribunal :
1°) de condamner le centre hospitalier de Mont-de-Marsan à verser les sommes de 46 337 € à M. I G, et de 10 000 € à Mme C G, à titre personnel et ès qualité d'ayant droit de M. B G, en réparation des préjudices que leur a causés la prise en charge de M. I L le service des urgences de cet établissement dans la nuit du 16 au 17 septembre 2014 ;
2°) de mettre à la charge du centre hospitalier de Mont-de-Marsan la somme totale de 6 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les entiers dépens.
Ils soutiennent que :
- la prise en charge tardive de M. G, à la suite d'un accident vasculaire cérébral survenu dans la nuit du 16 au 17 septembre 2014, constitue une faute imputable au centre hospitalier de Mont-de-Marsan et a entraîné une perte de chance d'éviter une aggravation de son état et la survenue de séquelles invalidantes ;
- au vu des conclusions du docteur F, expert désigné par le tribunal, ils demandent réparation de leurs préjudices, après application d'un taux de perte de chance de 10 % ;
- ses préjudices patrimoniaux temporaires doivent être indemnisés à hauteur de :
- 17 264 euros au titre des frais d'assistance par tierce personne durant 1 079 jours, à raison d'une heure par semaine à 16 euros de l'heure ;
- 7 195 euros au titre des frais divers, dont :
- 1 700 euros de frais de procédure ;
- 1 995 euros d'honoraires de médecin conseil ;
- 1 000 euros de frais de déplacement ;
- 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
- ses préjudices patrimoniaux permanents doivent être indemnisés à hauteur de 3 000 euros au titre de l'incidence professionnelle, compte tenu de son statut de travailleur handicapé et de la nécessité d'arrêter son activité professionnelle dans le domaine culturel au regard des séquelles dont il reste atteint, intégralement imputables à l'accident médical fautif ;
- ses préjudices extrapatrimoniaux temporaires doivent être indemnisés à hauteur de :
- 1 450 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire dont :
- 209 euros, au titre du déficit fonctionnel temporaire total, à raison de 23 euros par jour, sur une période de 91 jours, après application d'un taux de perte de chance de 10 % ;
- 1 241 euros, au titre du déficit fonctionnel temporaire partiel, au taux de 60 % sur une période de 1 079 jours ;
- 30 000 euros au titre des souffrances endurées, qui doivent être évaluées à 4 sur une échelle de 7, compte tenu des conséquences traumatiques du refus de prise en charge qui lui a été opposé par le médecin régulateur du SAMU ;
- ses préjudices extrapatrimoniaux permanents doivent être indemnisés à hauteur de :
- 3 416 euros au titre du déficit fonctionnel permanent, qu'il convient de fixer au taux de 18 % ;
- 1 000 euros au titre du préjudice d'agrément, compte tenu des difficultés qu'il rencontre aujourd'hui dans sa pratique de la photographie, de la musique, et de l'impossibilité dans laquelle il se trouve de continuer à pratiquer la course à pied et le vélo ;
En ce qui concerne les préjudices des victimes indirectes :
- le préjudice d'affection de Mme C K, veuve G, et de M. B G, parents de M. I G, doit être indemnisé à hauteur de 5 000 euros chacun.
Par deux mémoires, enregistrés les 11 mai 2020 et 15 mars 2021, la caisse primaire d'assurance maladie des Landes, représentée par Me Barnaba, demande au tribunal de condamner le centre hospitalier de Mont-de-Marsan, sur le fondement de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale, à lui rembourser une somme de 161 072,18 euros au titre de ses débours, assortie des intérêts au taux légal au jour de la date d'enregistrement de sa demande, à lui verser la somme de 1 098 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion, ainsi qu'une somme de 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Par un mémoire en défense, enregistré le 16 mars 2020, le centre hospitalier de Mont-de-Marsan, représenté par Me Zandotti, demande au tribunal de réduire les demandes d'indemnisation formulées par M. et Mme G et A les débouter de leurs demandes injustifiées.
Après en avoir préalablement informé les parties, dans les conditions prévues à l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative, la clôture de l'instruction a été prononcée, à la date de son émission, par une ordonnance du 15 mars 2022.
Vu :
- le rapport d'expertise ordonnée en référé déposé le 14 mai 2018 ;
- l'ordonnance de taxation du 24 juillet 2018, par laquelle le président du tribunal a liquidé et taxé les frais et honoraires de l'expert à la somme de 1 700 € ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- l'arrêté du 14 décembre 2021 relatif aux montants de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue aux articles L. 376-1 et L. 454-1 du code de la sécurité sociale ;
- le code de la sécurité sociale ;
- le code de la santé publique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme H,
- les conclusions de M. Clen, rapporteur public,
- et les observations de Me Ledain pour les consorts G.
Considérant ce qui suit :
1. M. I G, né le 26 janvier 1966 et alors âgé de 48 ans, a contacté à deux reprises, le 17 septembre 2014, à 1h15 et 1h22, le service d'aide médicale d'urgence des Landes (SAMU), qui relève du centre hospitalier de Mont-de-Marsan, faisant état de céphalées violentes à début brutal, de palpitations, de douleurs dans le cou et la colonne vertébrale, et de frissons. Le docteur E, médecin-régulateur, diagnostiquant une crise d'angoisse, a refusé d'envoyer une ambulance au domicile de l'intéressé. M. G a ensuite contacté le SDIS des Landes, à 1h44, qui ont à leur tour joint le SAMU. Le docteur E a refusé de prendre la communication. A 4h34, le SDIS des Landes a contacté le centre 15, suite à la réception, par leur service, d'un appel de la mère de M. G. A 4h35, la mère de M. G a été mise en relation avec le centre 15, et il lui a été indiqué que seules les urgences du centre hospitalier de Mont-de-Marsan étaient en mesure de prendre en charge son fils. A 5h25, M. G a été transporté par sa famille au service des urgences du centre hospitalier de Mont-de-Marsan, où un scanner cérébral a été réalisé, évoquant une hémorragie méningée diffuse. M. G a alors été transféré au centre hospitalier universitaire de Bordeaux, où un nouveau scanner cérébral a confirmé la survenance d'une hémorragie méningée, et a révélé la présence d'un anévrysme. Du 17 septembre au 5 novembre 2014, il a été pris en charge par le service de neurochirurgie, où il a été procédé à deux opérations, puis par le service de réanimation neurochirurgicale. Du 5 novembre au 17 décembre 2014, il a été pris en charge au sein du service de rééducation fonctionnelle du centre hospitalier de Mont-de-Marsan. Par un jugement n° 826/2018 du 13 novembre 2018, la chambre correctionnelle du tribunal de grande instance de Mont-de-Marsan a condamné le docteur E à une peine d'emprisonnement de 15 mois avec sursis pour des faits de non-assistance à personne en danger. Par un courrier du 12 novembre 2019, M. I G et Mme C K, veuve G ont formé une demande préalable d'indemnisation auprès du centre hospitalier de Mont-de-Marsan, qui a implicitement rejeté leur demande. Par leur requête, les consorts G demandent au tribunal de condamner le centre hospitalier de Mont-de-Marsan à leur verser des sommes en réparation des préjudices qu'ils estiment avoir subis du fait des manquements commis par le centre hospitalier de Mont-de-Marsan lors de la prise en charge de M. G.
Sur la responsabilité :
2. D'une part, aux termes du I de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute () ".
3. D'autre part, en vertu des articles L. 6311-1 et L. 6311-2, R. 6311-1 et R. 6311-2 du code de la santé publique, le centre de réception et de régulation des appels (CRRA ou centre 15) du service d'aide médicale urgente (SAMU) rattaché à un établissement public de santé est chargé d'assurer une écoute médicale permanente, de déterminer et déclencher la réponse la mieux adaptée à la nature des appels, de s'assurer de la disponibilité des moyens d'hospitalisation adaptés à l'état du patient, d'organiser si besoin le transport dans un établissement de santé et de veiller à l'admission du patient. Le médecin régulateur du centre 15 est chargé d'évaluer la gravité de la situation et de mobiliser l'ensemble des ressources disponibles (médecins généralistes, SMUR, ambulances, services d'incendie et de secours), en vue d'apporter la réponse la plus appropriée à l'état du patient et de veiller à ce que les soins nécessaires lui soient effectivement délivrés. A cet effet, ce médecin, assisté de permanenciers auxiliaires de régulation médicale qui localisent l'appel et évaluent le caractère médical de la demande, coordonne l'ensemble des moyens mis en œuvre dans le cadre de l'aide médicale urgente, vérifie que les moyens arrivent effectivement dans les délais nécessités par l'état de la personne concernée et assure le suivi des interventions. Enfin, la détermination par le médecin régulateur de la réponse la mieux adaptée se fonde sur trois critères, à savoir l'estimation du degré de gravité avérée ou potentielle de l'atteinte à la personne concernée, l'appréciation du contexte, l'état et les délais d'intervention des ressources disponibles, et dans le meilleur des cas, elle repose sur le dialogue entre le médecin régulateur et la personne concernée, ou, le cas échéant, son entourage.
4. Il résulte de l'instruction que M. G a joint à trois reprises le SAMU des Landes, dépendant du centre hospitalier de Mont-de-Marsan, dans la nuit du 16 au 17 septembre 2014, en faisant état de céphalées violentes et à début brutal, de palpitations, de douleurs dans le cou et la colonne vertébrale, de frissons, de nausées et de vomissements. Le médecin régulateur du SAMU, posant un diagnostic de crise d'angoisse a décidé, suite aux deux premiers appels de M. G, de son maintien à domicile, et a refusé de s'entretenir avec l'intéressé après que celui-ci ait contacté le SAMU une troisième fois par l'intermédiaire du SDIS des Landes. Il ressort du rapport de l'expertise ordonnée par le juge des référés que l'erreur de diagnostic médical du médecin régulateur, qui n'a pas posé toutes les questions nécessaires au diagnostic d'une hémorragie méningée, constitue un manquement aux règles de l'art, et qu'une telle erreur a entrainé un retard dans la prise en charge de M. G. Le praticien a ainsi sous-évalué l'état médical de l'intéressé au vu de la symptomatologie présentée par celui-ci. Ces éléments sont de nature à caractériser l'existence d'une faute dans l'organisation et le fonctionnement du service d'aide médicale d'urgence rattaché au centre hospitalier de Mont-de-Marsan.
5. Il résulte en outre de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise, que le service des urgences, en ne tenant pas compte d'un faisceau d'éléments, liés notamment à l'état de confusion du patient et qui auraient dû conduire à envisager la possibilité d'un accident vasculaire cérébral, ainsi qu'en ne procédant pas en temps utiles aux examens neurologiques complémentaires que l'état de l'intéressé appelait en urgence, n'a pas pris en charge M. G dans des conditions conformes aux règles de l'art.
6. Il résulte de ce qui précède que les dysfonctionnements du centre hospitalier de Mont-de-Marsan, tant au niveau du SAMU que du service des urgences, ont entraîné un retard dans la prise en charge de M. G, constitutif d'une faute dans l'organisation du service public hospitalier de nature à engager la responsabilité du centre hospitalier.
Sur l'évaluation de la perte de chance :
7. Dans le cas où la faute commise lors de la prise en charge ou le traitement d'un patient dans un établissement public hospitalier a compromis ses chances d'obtenir une amélioration de son état de santé ou d'échapper à son aggravation, le préjudice résultant directement de la faute commise par l'établissement et qui doit être intégralement réparé n'est pas le dommage corporel constaté, mais la perte de chance d'éviter que ce dommage soit advenu. La réparation qui incombe à l'hôpital doit alors être évaluée à une fraction du dommage corporel déterminée en fonction de l'ampleur de la chance perdue.
8. Il résulte de l'instruction, et en particulier du rapport établi par l'expert, que l'erreur diagnostique du médecin régulateur du SAMU, puis le retard de prise en charge de M. G au sein du service des urgences du centre hospitalier de Mont-de-Marsan, ont empêché de poser immédiatement le diagnostic d'hémorragie méningée. Dans ces conditions, le retard dans la prise en charge de l'accident vasculaire cérébral dont a été victime M. G a fait perdre à ce dernier une chance d'obtenir une amélioration de son état de santé ou d'échapper à son aggravation qui peut être évaluée, dans les circonstances de l'espèce et en tenant notamment compte de l'état antérieur de l'intéressé, à 10 %. La responsabilité du centre hospitalier de Mont-de-Marsan est donc engagée à hauteur de cette fraction du dommage.
En ce qui concerne la réparation des préjudices de M. G :
S'agissant des préjudices patrimoniaux temporaires :
Quant à l'assistance par tierce personne :
9. Lorsque le juge administratif indemnise la victime d'un dommage corporel de la nécessité de recourir à l'aide d'une tierce personne, il détermine le montant de l'indemnité réparant ce préjudice en fonction des besoins de la victime et des dépenses nécessaires pour y pourvoir. Il doit à cette fin se fonder sur un taux horaire déterminé, au vu des pièces du dossier, par référence, soit au montant des salaires des personnes à employer, augmentés des cotisations sociales dues par l'employeur, soit aux tarifs des organismes offrant de telles prestations, en permettant le recours à l'aide professionnelle d'une tierce personne d'un niveau de qualification adéquat et sans être lié par les débours effectifs dont la victime peut justifier.
10. Il est constant que l'état de santé de M. G a nécessité, durant la période du 18 décembre 2014 au 1er décembre 2017, une assistance par tierce personne non spécialisée, pendant une heure par jour. Il y a lieu d'évaluer cette assistance par tierce personne requise par M. G pendant cette période de 1 080 jours en retenant une base horaire forfaitaire de 13 euros/heure. Par suite, le préjudice résultant des besoins d'assistance par tierce personne doit être évalué à la somme de 14 040 euros. Après application du taux de perte de chance retenu au point 8, il y a lieu de condamner le centre hospitalier de Mont-de-Marsan à verser à M. G une somme de 1 404 euros au titre de l'assistance par tierce personne.
Quant aux frais divers :
11. Il résulte de l'instruction que M. G a consulté un médecin conseil en vue de l'indemnisation de ses préjudices. Au vu des justificatifs produits, il sera fait une exacte appréciation de ce préjudice en le fixant à la somme totale de 1 995 euros. Il n'y a pas lieu d'appliquer à cette somme un taux de perte de chance, de sorte que M. G est fondé à en demander le remboursement intégral, soit 1 995 euros.
12. En revanche, si M. G soutient avoir effectué divers déplacements pour se rendre à des rendez-vous médicaux, des opérations d'expertise, ou des rendez-vous avec son avocat, pour un montant total de 1 000 euros, il ne produit aucun élément de nature à justifier des dépenses alléguées. Ce poste de préjudice doit donc être écarté.
S'agissant des préjudices patrimoniaux permanents :
13. M. G, qui avait occupé divers postes dans le domaine culturel depuis 1998, était sans emploi depuis 2016. Il résulte toutefois de l'instruction que la qualité de travailleur handicapé a été reconnue à M. G par une décision de la MDPH des Landes, celui-ci présentant un taux d'incapacité évalué entre 50 et 79 %, et qu'aux termes de son rapport, l'expert estime qu'il existe une incidence professionnelle au regard des séquelles cognitives dont souffre l'intéressé, susceptibles de l'empêcher de reprendre son activité professionnelle antérieure, et notamment une activité de responsable associatif dans le milieu culturel, du fait de l'importante fatigabilité qu'il présente. Au regard de ces éléments, il sera fait une juste appréciation du préjudice de M. G en l'évaluant à 10 000 euros. Après application du taux de perte de chance retenu au point 8, il y a lieu de condamner le centre hospitalier de Mont-de-Marsan à verser à M. G la somme de 1 000 euros à ce titre.
S'agissant des préjudices extrapatrimoniaux temporaires :
Quant au déficit fonctionnel temporaire :
14. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise, que M. G a subi, en lien direct avec l'accident vasculaire cérébral dont il a été victime, un déficit fonctionnel temporaire total du 17 septembre au 17 décembre 2014 (3 mois) et un déficit fonctionnel temporaire partiel de 50 % du 18 décembre 2014 au 1er décembre 2017 (1 080 jours). Il sera fait une juste appréciation du préjudice ayant résulté pour lui de son déficit fonctionnel temporaire durant ces périodes en l'évaluant, sur la base de 500 euros par mois à taux plein, à 10 500 euros. Après application du taux de perte de chance retenu au point 8, il y a lieu de condamner le centre hospitalier de Mont-de-Marsan à verser à M. G la somme de 1 050 euros à ce titre.
Quant aux souffrances endurées :
15. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise, que les souffrances endurées par M. G avant la consolidation de son état de santé doivent être fixées à 4 sur une échelle de 7. Il sera fait une juste appréciation de ce poste de préjudice en l'évaluant à 10 000 euros. Après application du taux de perte de chance retenu au point 8, il y a lieu de condamner le centre hospitalier de Mont-de-Marsan à verser à M. G la somme de 1 000 euros à ce titre.
S'agissant des préjudices extrapatrimoniaux permanents :
Quant au déficit fonctionnel permanent :
16. Aux termes de son rapport, l'expert estime que le déficit fonctionnel permanent dont M. G restera atteint doit être fixé à 18 %. Il sera fait une juste appréciation de ce poste de préjudice en l'évaluant, compte tenu de l'âge de la victime à la date de consolidation de son état de santé, à la somme de 26 000 euros. Après application du taux de perte de chance retenu au point 8, il y a lieu de condamner le centre hospitalier de Mont-de-Marsan à verser à M. G la somme de 2 600 euros.
Quant au préjudice d'agrément :
17. Il ressort du rapport d'expertise que M. G présente des séquelles cognitives, ainsi que des séquelles motrices affectant son membre supérieur gauche. Il résulte de l'instruction que M. G éprouve aujourd'hui des difficultés dans sa pratique de la photographie, et a été contraint d'abandonner son activité associative à compter de son accident. Toutefois, si M. G soutient qu'il a dû renoncer à la course à pied et au vélo, la pratique régulière de ces sports par l'intéressé ne ressort pas des pièces du dossier. Dans ces conditions, et compte tenu du taux de perte de chance retenu, il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en allouant à M. G la somme de 280 euros.
En ce qui concerne les préjudices des victimes indirectes :
18. Il sera fait une juste appréciation des préjudices d'affection des proches de M. G en accordant la somme de 2 500 euros à chacun de ses parents, soit 250 euros après application du taux de perte de chance de 10 %. S'agissant de l'indemnisation accordée à M. B G, père de l'intéressé, dont le décès est survenu en cours d'instance, la somme sera versée par le centre hospitalier de Mont-de-Marsan à Mme C K, veuve G, en sa qualité d'ayant-droit.
19. Il résulte de tout ce qui précède que le centre hospitalier de Mont-de-Marsan doit être condamné à verser une somme globale de 9 329 euros à M. I G, et à Mme C K, veuve G, une indemnité de 500 euros en réparation des dommages liés aux manquements commis lors de la prise en charge de M. L le service des urgences de l'établissement dans la nuit du 16 au 17 septembre 2014.
Sur les débours de la caisse primaire d'assurance maladie des Landes :
20. Les caisses de sécurité sociale, qui exercent leurs droits propres en application de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale, sont admises à poursuivre le remboursement de l'ensemble des prestations versées à la victime d'un accident résultant d'un acte médical, dans la limite des sommes allouées à ce patient en réparation de la perte de chance d'éviter un préjudice corporel, la part d'indemnité à caractère personnel étant exclue du recours.
21. Par le décompte de ses débours définitifs, arrêté au 21 janvier 2020, et l'attestation d'imputabilité de son médecin conseil, la caisse primaire d'assurance maladie des Landes justifie avoir exposé, des suites de l'accident du 16 septembre 2014 de M. G, des dépenses d'un montant total de 161 072,18 euros, dont 152 661,40 euros de frais hospitaliers sur la période du 17 septembre 2014 au 14 octobre 2015, 6 568,95 euros de frais médicaux sur la période du 18 décembre 2014 au 1er décembre 2017, 1 316,77 euros de frais pharmaceutiques sur la période du 18 décembre 2014 au 29 novembre 2017, 109,77 euros de frais d'appareillage le 11 janvier 2016, 392,29 euros de frais de transport sur la période du 5 novembre 2014 au 31 mars 2015, et 23 euros de dépenses de santé futures.
22. Les débours engagés par la caisse primaire d'assurance maladie sur la période courant à compter du 17 septembre 2014, dont elle sollicite le remboursement, sont en lien direct avec le dommage résultant des manquements fautifs du centre hospitalier de Mont-de-Marsan, dans la limite d'un taux de perte de chance de 10 %. Par suite, il y a lieu de condamner le centre hospitalier de Mont-de-Marsan à verser à la caisse primaire d'assurance maladie des Landes une somme globale 161 072,18 euros, soit 16 107,22 euros, après application du taux de perte de chance de 10 %.
Sur l'indemnité forfaitaire de gestion :
23. Aux termes de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale : " () En contrepartie des frais qu'elle engage pour obtenir le remboursement mentionné au troisième alinéa ci-dessus, la caisse d'assurance maladie à laquelle est affilié l'assuré social victime de l'accident recouvre une indemnité forfaitaire à la charge du tiers responsable et au profit de l'organisme national d'assurance maladie. Le montant de cette indemnité est égal au tiers des sommes dont le remboursement a été obtenu, dans les limites d'un montant maximum de 910 euros et d'un montant minimum de 91 euros. A compter du 1er janvier 2007, les montants mentionnés au présent alinéa sont révisés chaque année, par arrêté des ministres chargés de la sécurité sociale et du budget, en fonction du taux de progression de l'indice des prix à la consommation hors tabac prévu dans le rapport économique, social et financier annexé au projet de loi de finances pour l'année considérée. () ".
24. Aux termes de l'article 1 de l'arrêté du 14 décembre 2021 relatif aux montants minimal et maximal de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue aux articles L. 376-1 et L. 454-1 du code de la sécurité sociale pour l'année 2022 : " Les montants minimal et maximal de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue aux articles L. 376-1 et L. 454-1 du code de la sécurité sociale sont fixés respectivement à 110 € et 1 114 € au titre des remboursements effectués au cours de l'année 2022. ". Lorsque, par application de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale précité, le montant de l'indemnité forfaitaire est relevé par arrêté interministériel, la caisse n'est pas obligée d'actualiser devant le juge le montant de ses conclusions.
25. Eu égard au montant de 16 107,22 euros dont le remboursement est obtenu par la caisse primaire d'assurance maladie des Landes dans le présent jugement, il y a lieu de mettre à la charge du centre hospitalier de Mont-de-Marsan le paiement d'une indemnité forfaitaire de gestion de 1 114 euros, au profit de cette caisse.
Sur les intérêts :
26. La caisse primaire d'assurance maladie des Landes a demandé les intérêts au taux légal dans son mémoire en intervention enregistré le 10 juillet 2020. Dès lors, cette caisse a droit, à compter de la notification du présent jugement, aux intérêts au taux légal sur la somme de 161 072,18 euros que le centre hospitalier de Mont-de-Marsan est condamné à lui verser, en remboursement de ses débours.
Sur les dépens :
27. Les dispositions de l'article R. 761-1 du code de justice administrative posent le principe que les dépens, tels que les frais d'expertise, sont mis à la charge de la partie perdante. Il résulte de ce qui précède que les consorts G sont fondés à demander l'indemnisation de certains de leurs préjudices. Par suite, il y a lieu de mettre les frais de l'expertise ordonnée par le tribunal par l'ordonnance du 29 mars 2017, liquidés et taxés à la somme de 1 700 euros TTC par l'ordonnance du 24 juillet 2018, à la charge définitive du centre hospitalier de Mont-de-Marsan.
Sur les frais liés à l'instance :
28. Il y a lieu, sur le fondement de ces dispositions, de mettre à la charge du centre hospitalier de Mont-de-Marsan une somme de 1 500 € au titre des frais exposés par les requérants dans le cadre de la présente instance et non compris dans les dépens ainsi qu'une somme de 500 € au titre des frais exposés par la caisse primaire d'assurance maladie des Landes.
D E C I D E :
Article 1er : Le centre hospitalier de Mont-de-Marsan est condamné à verser une somme globale de 9 329 (neuf mille trois cent vingt-neuf) euros à M. I G, et une somme de 500 (cinq cents) euros à Mme C K, veuve G, en réparation de leurs préjudices respectifs, liés au manquement de cet établissement de santé lors de la prise en charge du premier dénommé dans les suites de son accident du 17 septembre 2014.
Article 2 : Le centre hospitalier de Mont-de-Marsan est condamné à verser à la caisse primaire d'assurance maladie des Landes une somme globale de 16 107,22 euros (seize mille cent sept euros et vingt-deux centimes), en remboursement de ses débours, portant intérêts au taux légal à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : Le centre hospitalier de Mont-de-Marsan est condamné à verser à la caisse primaire d'assurance maladie des Landes une somme de 1 114 (mille cent quatorze) euros, au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion.
Article 4 : Les frais d'expertise d'un montant de 1 700 (mille sept cents) euros sont mis à la charge définitive du centre hospitalier de Mont-de-Marsan.
Article 5 : Le centre hospitalier de Mont-de-Marsan versera une somme globale de 1 500 euros à M. G et à Mme K veuve G, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi qu'une somme de 500 € au titre des frais exposés par la caisse primaire d'assurance maladie des Landes.
Article 6 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 7 : Le présent jugement sera notifié à M. I G, à Mme C K veuve G, à la caisse primaire d'assurance maladie des Landes, et au centre hospitalier de Mont-de-Marsan.
Délibéré après l'audience du 25 août 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Sellès, présidente,
Mme Corthier, conseillère,
Mme Neumaier, conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 septembre 2022.
La rapporteure,
Signé
L. HLa présidente,
Signé
M. D
La greffière,
Signé
P. SANTERRE
La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition :
La greffière,
Signé
M. J
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026