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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2000049

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2000049

jeudi 26 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2000049
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation1ère Chambre
Avocat requérantSCP THOMAS GACHIE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 7 janvier 2020 et le 21 novembre 2022, la société à responsabilité limitée (SARL) Lamarque, représentée par Me Gachie, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision de la commune de Brocas du 20 août 2019 par laquelle elle a rejeté le mémoire en réclamation de la société du 4 juillet 2019 contre le décompte général du marché concernant les travaux de rénovation et d'extension de la salle des fêtes de l'étang de la commune ;

2°) de condamner la commune de Brocas à lui payer la somme de 66 168,73 euros ;

3°) de rejeter comme étant infondées les demandes reconventionnelles de la commune de Brocas ;

4°) de mettre à la charge de la commune de Brocas la somme de 3 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

-la décision attaquée du 20 août 2019, par laquelle la commune de Brocas a rejeté son mémoire en réclamation du 4 juillet 2019, est entachée d'un défaut de motivation ;

-la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation car c'est à la demande de la commune et du maître d'œuvre qu'elle a modifié son offre afin de se conformer au nouveau cahier des clauses techniques particulières (CCTP) ; n'ayant pas la vision globale du projet, elle ne peut être tenue pour responsable des conséquences de la modification des spécificités techniques des panneaux en bois sur la sécurité du bâtiment, ni sur la modification des autres lots comme le lot peinture ; cette modification du traitement M1 des panneaux pouvait être prise en charge par le lot peinture, ce qui a été réalisé en l'espèce ; la maîtrise d'œuvre ne saurait se cacher derrière le rapport initial du contrôleur technique (RICT) de l'appel d'offres initial pour masquer ses manquements.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 octobre 2022, la commune de Brocas, représentée par Me Lonné, conclut à titre principal au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la requérante la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et à titre subsidiaire, à constater que la seule réclamation valablement articulée porte sur l'imputabilité de la facture de la société Sadys et dans l'hypothèse d'une imputation à la maîtrise d'œuvre, de limiter les sommes allouées à l'entreprise Lamarque au montant lui restant dû sur le marché, soit 8 007,78 euros.

Elle fait valoir que :

-il n'est pas contesté que si le premier cahier des clauses techniques particulières faisait état de parois coupe-feu, le second n'y faisait plus référence ; or, il relève de la plus élémentaire connaissance de la réglementation des établissements recevant du public qu'une telle précaution de sécurité est obligatoire ; à l'achèvement du chantier, le maître d'œuvre a réalisé la non-conformité des travaux aux règles de sécurité et a trouvé une solution palliative en faisant intervenir une entreprise tierce, la société Sadys, non prévue dans les travaux initiaux, pour poser un vernis intumescent pour un montant de 10 438,20 euros ; la commune, maître d'ouvrage, les a mis, à bon droit, à la charge de l'entreprise Lamarque dans le décompte général définitif des travaux notifiés à l'entreprise sur conseil du maître d'œuvre, lequel a considéré qu'en qualité de sachante, la société Lamarque aurait dû nécessairement anticiper la présence de tels panneaux rendus obligatoires par la réglementation des établissements recevant du public ; si le tribunal en jugeait autrement, il consacrerait alors implicitement la responsabilité du maître d'œuvre et il apparaît de bonne politique jurisprudentielle d'appeler à la cause le maître d'œuvre ;

-il n'est pas possible de comprendre la source et encore moins le calcul des indemnités demandées dans les chapitres 1 et 2 du mémoire de réclamation présentée par la société à l'instar du " préjudice financier et moral " ;

-les prétendus travaux supplémentaires non prévus au marché auxquels renvoie le chapitre 3 du mémoire de réclamation sont réclamés pour la première fois dans ce mémoire sur la base d'un devis du 28 juin 2019 soit largement postérieurement à la réception du chantier ; ces travaux comprennent de façon surprenante la facture de la société Sadys, laissant penser que la société Lamarque reconnaît avoir commandé ces travaux ;

-le chapitre 4 du mémoire en réclamation constitue un fourre-tout mêlant à nouveau le préjudice " financier et moral " avec de confortables frais de constitution de dossiers, aux frais d'avocat, ainsi que le solde du marché qui fait double emploi avec la réclamation du paiement de la facture de la société Sadys.

Par une ordonnance du 23 novembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 6 décembre 2022.

Les parties ont été informées, par courrier du 6 janvier 2023, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur des moyens relevés d'office, tirés de :

- l'irrecevabilité des conclusions présentées devant le juge de l'excès de pouvoir relatives à des mesures d'exécution d'un contrat ;

- l'irrecevabilité des conclusions tendant à la condamnation de la commune de Brocas au versement d'une somme de 66 168,73 euros en l'absence de mention du fondement juridique engageant la responsabilité de cette commune.

Par un mémoire enregistré le 11 janvier 2023, la société Lamarque a produit des observations en réponse à la communication de ce moyen d'ordre public.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- l'ordonnance n° 2015-899 du 23 juillet 2015 ;

- le décret n° 2016-360 du 25 mars 2016 ;

- l'arrêté du 8 septembre 2009 portant approbation du cahier des clauses administratives générales applicables aux marchés publics de travaux ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B,

- et les conclusions de M. Clen, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Par acte d'engagement du 21 décembre 2017, la commune de Brocas a retenu l'offre de la SARL Lamarque pour le lot n°3 charpente, couverture, étanchéité, bardage dans le cadre du marché de travaux relatif à la rénovation et l'extension de la salle des fêtes de l'étang. Par un courrier du 12 juin 2019, la commune de Brocas a adressé à la SARL Lamarque le projet de décompte général définitif du marché. Par mémoire en réclamation du 4 juillet 2019, la société Lamarque a refusé ce projet de décompte. Par courrier du 20 août 2019, la commune de Brocas a adressé à la société un projet de décompte général définitif rectifié. Par courrier du 29 août 2019, la société a notifié à la commune son refus du décompte général définitif. Par une requête enregistrée le 7 janvier 2020, la SARL Lamarque demande au tribunal d'annuler la décision de la commune de Brocas du 20 août 2019 par laquelle elle a rejeté le mémoire en réclamation de la société du 4 juillet 2019 et de condamner la commune de Brocas à lui payer la somme de 66 168,73 euros, dont 19 881 euros au titre de travaux supplémentaires. La société requérante doit ainsi être regardée comme demandant d'une part, la condamnation de la commune à lui payer la somme de 46 287,73 euros en réparation de ses préjudices et d'autre part, la révision du montant du décompte général du marché à hauteur de 19 881 euros au titre de travaux supplémentaires.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; 2° Infligent une sanction ; 3° Subordonnent l'octroi d'une autorisation à des conditions restrictives ou imposent des sujétions ; 4° Retirent ou abrogent une décision créatrice de droits ; 5° Opposent une prescription, une forclusion ou une déchéance ; 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir ; 7° Refusent une autorisation, sauf lorsque la communication des motifs pourrait être de nature à porter atteinte à l'un des secrets ou intérêts protégés par les dispositions du a au f du 2° de l'article L. 311-5 ; 8° Rejettent un recours administratif dont la présentation est obligatoire préalablement à tout recours contentieux en application d'une disposition législative ou réglementaire. "

3. Aux termes de l'article 13 de l'arrêté du 8 septembre 2009 portant approbation du cahier des clauses administratives générales applicables aux marchés publics de travaux : " () 13.4. Décompte général. -Solde : 13.4.1. Le maître d'œuvre établit le projet de décompte général, qui comprend : -le décompte final ; -l'état du solde, établi à partir du décompte final et du dernier décompte mensuel, dans les mêmes conditions que celles qui sont définies à l'article 13.2.1 pour les acomptes mensuels ; -la récapitulation des acomptes mensuels et du solde. Le montant du projet de décompte général est égal au résultat de cette dernière récapitulation. Le maître d'œuvre transmet le projet de décompte général au représentant du pouvoir adjudicateur dans un délai compatible avec les délais de l'article 13.4.2. /13.4.2. Le projet de décompte général est signé par le représentant du pouvoir adjudicateur et devient alors le décompte général. Le représentant du pouvoir adjudicateur notifie au titulaire le décompte général à la plus tardive des deux dates ci-après : -trente jours à compter de la réception par le maître d'œuvre de la demande de paiement finale transmise par le titulaire ; -trente jours à compter de la réception par le représentant du pouvoir adjudicateur de la demande de paiement finale transmise par le titulaire. Si, lors de l'établissement du décompte général, les valeurs finales des index de référence ne sont pas connues, le représentant du pouvoir adjudicateur notifie au titulaire la révision de prix afférente au solde dans les dix jours qui suivent leur publication. La date de cette notification constitue le point de départ du délai de paiement des sommes restant dues après révision définitive des prix. Commentaires : Lorsque les sommes dues au titulaire n'ont pas été payées à l'échéance du délai de paiement, celui-ci a droit à des intérêts moratoires dans les conditions prévues par le décret n° 2013-269 du 29 mars 2013 relatif à la lutte contre les retards de paiement dans les contrats de la commande publique. / 13.4.3. Dans un délai de trente jours compté à partir de la date à laquelle ce décompte général lui a été notifié, le titulaire envoie au représentant du pouvoir adjudicateur, avec copie au maître d'œuvre, ce décompte revêtu de sa signature, avec ou sans réserves, ou fait connaître les motifs pour lesquels il refuse de le signer. Si la signature du décompte général est donnée sans réserve par le titulaire, il devient le décompte général et définitif du marché. La date de sa notification au pouvoir adjudicateur constitue le départ du délai de paiement. Ce décompte lie définitivement les parties, sauf en ce qui concerne les montants des révisions de prix et des intérêts moratoires afférents au solde. En cas de contestation sur le montant des sommes dues, le représentant du pouvoir adjudicateur règle, dans un délai de trente jours à compter de la date de réception de la notification du décompte général assorti des réserves émises par le titulaire ou de la date de réception des motifs pour lesquels le titulaire refuse de signer, les sommes admises dans le décompte final. Après résolution du désaccord, il procède, le cas échéant, au paiement d'un complément, majoré, s'il y a lieu, des intérêts moratoires, courant à compter de la date de la demande présentée par le titulaire. Ce désaccord est réglé dans les conditions mentionnées à l'article 50 du présent CCAG. Si les réserves sont partielles, le titulaire est lié par son acceptation implicite des éléments du décompte général sur lesquels ses réserves ne portent pas. / 13.4.4. Si le représentant du pouvoir adjudicateur ne notifie pas au titulaire le décompte général dans les délais stipulés à l'article 13.4.2, le titulaire notifie au représentant du pouvoir adjudicateur, avec copie au maître d'œuvre, un projet de décompte général signé, composé : -du projet de décompte final tel que transmis en application de l'article 13.3.1 ; -du projet d'état du solde hors révision de prix définitive, établi à partir du projet de décompte final et du dernier projet de décompte mensuel, faisant ressortir les éléments définis à l'article 13.2.1 pour les acomptes mensuels ; -du projet de récapitulation des acomptes mensuels et du solde hors révision de prix définitive. Dans un délai de dix jours à compter de la réception de ces documents, le représentant du pouvoir adjudicateur notifie le décompte général au titulaire. Le décompte général et définitif est alors établi dans les conditions fixées à l'article 13.4.3. Si, dans ce délai de dix jours, le représentant du pouvoir adjudicateur n'a pas notifié au titulaire le décompte général, le projet de décompte général transmis par le titulaire devient le décompte général et définitif. Le délai de paiement du solde, hors révisions de prix définitives, court à compter du lendemain de l'expiration de ce délai. Le décompte général et définitif lie définitivement les parties, sauf en ce qui concerne les montants des révisions de prix et des intérêts moratoires afférents au solde. Le cas échéant, les révisions de prix sont calculées dans les conditions prévues à l'article 13.4.2. Le représentant du pouvoir adjudicateur notifie au titulaire le montant des révisions de prix au plus tard dix jours après la publication de l'index de référence permettant la révision du solde. La date de cette notification constitue le point de départ du délai de paiement de ce montant. / 13.4.5. Dans le cas où le titulaire n'a pas renvoyé le décompte général signé au représentant du pouvoir adjudicateur dans le délai de trente jours fixé à l'article 13.4.3, ou encore dans le cas où, l'ayant renvoyé dans ce délai, il n'a pas motivé son refus ou n'a pas exposé en détail les motifs de ses réserves, en précisant le montant de ses réclamations comme indiqué à l'article 50.1.1, le décompte général notifié par le représentant du pouvoir adjudicateur est réputé être accepté par lui ; il devient alors le décompte général et définitif du marché. () ". Aux termes de l'article 50 du même arrêt : " Le représentant du pouvoir adjudicateur et le titulaire s'efforceront de régler à l'amiable tout différend éventuel relatif à l'interprétation des stipulations du marché ou à l'exécution des prestations objet du marché. 50.1. Mémoire en réclamation : 50.1.1. Si un différend survient entre le titulaire et le maître d'œuvre, sous la forme de réserves faites à un ordre de service ou sous toute autre forme, ou entre le titulaire et le représentant du pouvoir adjudicateur, le titulaire rédige un mémoire en réclamation. Dans son mémoire en réclamation, le titulaire expose les motifs de son différend, indique, le cas échéant, les montants de ses réclamations et fournit les justifications nécessaires correspondant à ces montants. Il transmet son mémoire au représentant du pouvoir adjudicateur et en adresse copie au maître d'œuvre. Si la réclamation porte sur le décompte général du marché, ce mémoire est transmis dans le délai de trente jours à compter de la notification du décompte général. Le mémoire reprend, sous peine de forclusion, les réclamations formulées antérieurement à la notification du décompte général et qui n'ont pas fait l'objet d'un règlement définitif. / 50.1.2. Après avis du maître d'œuvre, le représentant du pouvoir adjudicateur notifie au titulaire sa décision motivée dans un délai de trente jours à compter de la date de réception du mémoire en réclamation. / 50.1.3. L'absence de notification d'une décision dans ce délai équivaut à un rejet de la demande du titulaire. 50.2. Lorsque le représentant du pouvoir adjudicateur n'a pas donné suite ou n'a pas donné une suite favorable à une demande du titulaire, le règlement définitif du différend relève des procédures fixées aux articles 50.3 à 50.6. 50.3. / Procédure contentieuse : 50.3.1. A l'issue de la procédure décrite à l'article 50.1, si le titulaire saisit le tribunal administratif compétent, il ne peut porter devant cette juridiction que les chefs et motifs énoncés dans les mémoires en réclamation. / 50.3.2. Pour les réclamations auxquelles a donné lieu le décompte général du marché, le titulaire dispose d'un délai de six mois, à compter de la notification de la décision prise par le représentant du pouvoir adjudicateur en application de l'article 50.1.2, ou de la décision implicite de rejet conformément à l'article 50.1.3, pour porter ses réclamations devant le tribunal administratif compétent. / 50.3.3. Passé ce délai, il est considéré comme ayant accepté cette décision et toute réclamation est irrecevable. () ".

4. La société requérante soutient que la décision du 20 août 2019, par laquelle la commune a rectifié un second projet de décompte général définitif doit être annulée en tant qu'elle est entachée d'un défaut de motivation et d'une erreur manifeste d'appréciation. Il résulte de l'instruction que par acte d'engagement du 21 décembre 2017, les parties cocontractantes ont entendu placer l'exécution du lot n° 3 sous l'application du cahier des clauses administratives générales applicables aux marchés publics de travaux. Il n'est pas contesté que le maître d'œuvre a modifié, pendant la période de l'appel d'offres, le cahier des clauses techniques particulières, le second cahier ne prévoyant plus pour le lot n° 3, dont la requérante est titulaire, une finition intérieure en contreplaqué pin maritime de classement M1 traitement au feu. Fin 2018, un différend est né entre la société et le maître d'œuvre concernant la conformité au marché des panneaux mis en place par la requérante dans la mesure où ces derniers ne disposent pas de la classification M1. En février 2019, un vernis intumescent a été posé par la société de peinture Sadys en vue de compenser ce défaut de résistance au feu. Le premier projet de décompte général définitif du lot n° 3 adressé le 12 juin 2019 par la commune de Brocas à la société Lamarque, qui l'a réceptionné le 14 juin 2019, a mis à sa charge les frais de peinture de la société Sadys, ce que la société Lamarque a contesté, en application des dispositions précitées de l'article 13 du cahier des clauses administratives générales applicables aux marchés publics de travaux, par mémoire en réclamation du 4 juillet 2019. Le 20 août 2019, la commune a notifié un second projet de décompte général définitif du lot n° 3 maintenant les frais de peinture à la charge de la société Lamarque, ce qu'elle a contesté par courrier du 29 août 2019. Cependant, il résulte des dispositions précitées des articles 13 et 50 du cahier des clauses administratives générales que la procédure de notification d'un mémoire en réclamation a pour objet de lier le litige sur les causes juridiques et le montant des réclamations faisant l'objet d'un différend entre les parties cocontractantes. Le litige en cause a trait à l'exécution d'un contrat de marché public conclu le 21 décembre 2017 entre la société requérante et la commune de Brocas. Ainsi, la décision attaquée portant rejet du mémoire en réclamation de la SARL Lamarque, qui a lié le contentieux, n'est pas détachable des conditions d'exécution de ce contrat et n'est pas susceptible de faire l'objet d'un recours pour excès de pouvoir. En effet, les conclusions à fin d'annulation d'une décision de rejet d'un mémoire en réclamation sont irrecevables et les moyens développés à l'appui de telles conclusions sont inopérants. Par suite, les conclusions présentées par la société Lamarque aux fins d'annulation de la décision de la commune de Brocas du 20 août 2019 par laquelle elle a rejeté le mémoire en réclamation de la société du 4 juillet 2019 contre le projet de décompte général du marché concernant les travaux de rénovation et d'extension de la salle des fêtes de l'étang de la commune ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les conclusions indemnitaires :

5. La SARL Lamarque demande au tribunal de condamner la commune de Brocas à lui payer la somme de 46 287,73 euros en réparation de ses préjudices financiers et moraux. Cependant, elle ne présente aucun moyen à l'appui de ses conclusions indemnitaires dans sa requête introductive d'instance, ni dans son mémoire en réplique. Si dans son mémoire en réclamation du 4 juillet 2019, elle a motivé sa demande, il n'en demeure pas moins qu'il lui appartient de soulever également des moyens dans ses écritures au contentieux afin de permettre au tribunal d'apprécier le bien-fondé de ses conclusions. En conséquence, en l'absence de mention, dans ses écritures contentieuses, du fondement juridique au titre duquel la responsabilité du maître d'ouvrage est recherchée, les conclusions de la SARL Lamarque tendant à la condamnation de la commune de Brocas au paiement des sommes de 10 021 ,55 euros hors taxe au titre de son préjudice moral et financier, de 16 000 euros hors taxe au titre de son préjudice moral et financier et enfin de 20 162,73 euros toutes taxes comprises au titre de son préjudice moral et financier comprenant les sommes de 2 485,85 euros au titre des intérêts moratoires, de 2 500 euros au titre de son préjudice financier et moral, de 1 800 euros au titre d'indemnité de rédaction du mémoire en réclamation et de frais divers et de 5 000 euros au titre des frais d'avocat, dont il n'est d'ailleurs pas justifié, sont irrecevables. Les conclusions de la SARL Lamarque demandant la condamnation de la commune de Brocas à lui payer la somme totale de 46 287,73 euros doivent donc, dans cette mesure, être rejetées.

Sur le montant du décompte général du marché :

6. Aux termes de l'article AM 1 de l'arrêté du 25 juin 1980 portant approbation des dispositions générales du règlement de sécurité contre les risques d'incendie et de panique dans les établissements recevant du public (ERP), dans sa version applicable au litige : " Généralités Paragraphe 1. Pour éviter, dans un local ou un dégagement accessible au public, le développement rapide d'un incendie qui pourrait compromettre l'évacuation, les parois intérieures finies (parois y compris leurs finitions), l'agencement, le gros mobilier et la décoration doivent répondre, du point de vue de leur réaction au feu, aux dispositions du présent chapitre. () ". Aux termes de l'article AM 4 du même arrêté : " Paragraphe 1. Les parois verticales des dégagements non protégés et des locaux sont classés C-s3, d0 ou en catégorie M 2. / Paragraphe 2. Toutefois, les lambris en bois massifs sans systèmes de revêtements et les panneaux à base de bois classés D-s2, d0 peuvent être posés sur tasseaux de bois, avec remplissage de la cavité par un produit ou matériau classé A2-s2, d0 dans les deux cas suivants : / - le plafond est classé B-s3, d0 ou en catégorie M 1 ; les lambris et les panneaux peuvent alors couvrir l'ensemble des parois verticales ; - les éléments porteurs en bois ou en dérivés du bois du plafond, d'une largeur minimale de 45 mm, sont disposés avec un écartement bord à bord supérieur ou égal à 30 cm ; les lambris et les panneaux peuvent alors couvrir au maximum 50 % de la surface des parois verticales () ". Aux termes de l'article AM 5 du même arrêté : " Plafonds des dégagements non protégés et des locaux. Paragraphe 1. Les plafonds des dégagements non protégés et des locaux sont classés B-s3, d0 ou en catégorie M 1. (). Paragraphe 2. Les éléments d'habillage des plafonds, ajourés ou à résilles, sont classés B-s3, d0 ou en catégorie M 1. () ". Aux termes de l'article 4.1.0.1.2 du cahier des clauses techniques particulières : " Normes. Tous les travaux et les fournitures devront être conformes aux documents techniques unifiés DTU en vigueur et règles de calcul, normes AFNOR, règles professionnelles. () Pour l'exécution : Aux règles de sécurité contre l'incendie ERP ". Aux termes de l'article 4.1.0.1.4 du même cahier : " L'entrepreneur est contractuellement réputé s'être assuré, avant la remise de son offre, par ses calculs propres et son expérience d'entrepreneur, que les ouvrages de charpente, ossature bois et bardage prévus au projet répondent en tous points à la réglementation (DTU, normes, etc) compte tenu des données de chantier. Dans le cas contraire, l'entrepreneur fera par écrit au maitre d'œuvre, les remarques et observations qu'il jugera utiles "

7. La SARL Lamarque demande, dans son mémoire en réclamation, le paiement de la somme de 16 567,50 euros hors taxe, soit 19 881 euros toutes taxes comprises, au titre de travaux supplémentaires non prévus au marché dans la mesure où ils n'étaient ni décrits dans le cahier des clauses techniques particulières, ni dans les plans fournis à l'appui du dossier de marché.

8. En premier lieu, elle soutient que la mise en place de capotages de finition en U afin d'habiller la jonction entre les pannes et les arbalétriers de la charpente lui a été imposée le 3 décembre 2018 par le maître d'œuvre. Toutefois, une telle demande relève d'une finition des travaux dans le respect des règles de l'art. Il s'ensuit que la société requérante n'est pas fondée à réclamer le paiement d'une somme de 1 850 euros hors taxe au titre de ces travaux de finition.

9. En deuxième lieu, la requérante soutient que le maître d'œuvre a demandé la mise en place de caches de finition en tôle pliée afin de cacher les entailles des assemblages de ferrures le 17 décembre 2018. Cependant, une telle demande relève également d'une finition des travaux dans le respect des règles de l'art. Il s'ensuit que la société requérante n'est pas fondée à réclamer le paiement d'une somme de 980 euros hors taxe au titre de ces travaux de finition.

10. En troisième lieu, la requérante expose que le marché prévoit une prestation de vérification de la couverture existante en tuiles canal avec le changement des tuiles dégradées. Cette prestation a été réalisée puis facturée en avril et mai 2018. La société soutient que des entreprises sont intervenus à la demande du maître d'œuvre et qu'en conséquence, elle a dû à nouveau remettre en place les tuiles déplacées par ces autres intervenants. Elle considère que ces travaux constituent des prestations supplémentaires, lesquelles n'ont pas été rémunérées. Il résulte de l'instruction que si un devis du 28 juin 2019 d'un montant de 360 euros hors taxe a été produit, cette demande est postérieure à la réception du chantier prononcée au 4 avril 2019. En outre, la SARL Lamarque a refusé d'intervenir à nouveau à la suite du courriel du 10 mai 2019 formalisant les propositions du maitre d'œuvre quant à la réception du lot n° 3 demandant une reprise de la toiture pour malfaçons. Les travaux supplémentaires de vérification de la couverture existante en tuiles canal dont la société Lamarque demande le paiement ne sont donc pas établis. Par suite, la société Lamarque n'est pas fondée à réclamer le paiement de la somme de 1 520 euros hors taxe au titre de ces travaux.

11. En quatrième lieu, la requérante soutient d'une part que, la réalisation de cubage supplémentaire de charpente lamellée collée a été demandée lors de la suppression de certains portiques par la maitrise d'œuvre et d'autre part que, le 6 décembre 2018, des nouvelles descentes de charpente ont été également demandées. Toutefois, il résulte de l'instruction que ces prestations ne peuvent être regardées comme excédant les prévisions du marché. Par suite, la SARL Lamarque n'est pas fondée à réclamer la somme de 3 404 euros hors taxe, à ce titre.

12. En cinquième lieu, la société Lamarque conteste la mise à sa charge du coût des travaux de mise en œuvre d'un vernis intumescent par l'entreprise Sadys pour la mise en conformité du bâtiment, dont les panneaux en bois n'avaient pas de traitement contre le feu, d'un montant de 8 598,50 euros hors taxe soit 10 318,20 euros toutes taxes comprises. Il résulte de l'instruction que le projet de décompte général, dans sa version rectifiée du 20 août 2019, retient un trop-perçu de la société Lamarque d'un montant de 2 370 euros à la suite de l'imputation à sa charge du coût des travaux de peinture de l'entreprise Sadys. Il n'est pas contesté qu'en cours de passation du marché, le maître d'œuvre a modifié le cahier des clauses techniques particulières relatif au lot n° 3 charpente, couverture, étanchéité, bardage en ne prévoyant plus une finition intérieure en contreplaqué et que le traitement M1 des panneaux en bois n'était plus mentionné. Ce n'est que par courriel du 3 décembre 2018 que le maître d'œuvre a interrogé la requérante pour lui demander d'attester que les panneaux utilisés sur le chantier étaient de classe M1 en produisant une attestation de conformité et le bon de livraison. Une lettre du 5 décembre 2018 de la SARL Lamarque adressée au maître d'ouvrage fait état de divergences d'interprétation des pièces du marché entre le maître d'œuvre et la société Lamarque quant à l'obligation notamment de mettre en œuvre des panneaux de bois de catégorie M1, par ailleurs alors posés. Cependant, il résulte de l'article 4.1.0.1.2 précité du cahier des clauses techniques particulières du lot n° 3 charpente couverture étanchéité bardage que tous les travaux et fournitures doivent satisfaire aux règles de sécurité contre l'incendie pour les établissements recevant du public, et de l'article 4.1.0.1.4 du même cahier que l'entrepreneur est contractuellement réputé s'être assuré, avant la remise de son offre, par ses calculs propres et son expérience d'entrepreneur, que les ouvrages de charpente, ossature bois et bardage prévus au projet répondent en tous points à la réglementation. Or, les dispositions précitées du règlement de sécurité contre les risques d'incendie dans les établissements recevant du public approuvé par l'arrêté du 25 juin 1980 sont applicables au cas d'espèce, en tant que dispositions de nature réglementaire, et s'imposent à la société Lamarque. La solution consistant à mettre en œuvre un vernis intumescent de classe M1 sur les panneaux du plafond et des murs a été effectuée par une autre entreprise que la société Lamarque titulaire du lot n° 3. Dès lors, il appartient à la SARL Lamarque de prendre à sa charge ce coût, à défaut d'avoir réalisé les travaux avec des matériaux conformes à la réglementation de sécurité contre les risques d'incendie pour les établissements recevant du public, ou d'avoir fait part de ses observations au maître d'œuvre sur le risque de méconnaissance de la réglementation en raison de la modification des stipulations du cahier des clauses techniques particulières. Par suite, la société Lamarque n'est pas fondée à demander la révision du décompte général définitif en tant qu'il a mis à sa charge les travaux de peinture de la société Sadys pour un montant de 10 318,20 euros toutes taxes comprises.

13. Enfin, en dernier lieu, la société soutient que le maître d'œuvre lui a demandé la mise en place pour le bardage de façade en Corten d'une ossature élargie de caches de finition concernant les coffres des volets roulants ainsi que la réalisation de façades de menuiserie de hauteurs différentes d'une façade à l'autre. Or, de tels travaux relèvent d'une finition dans le respect des règles de l'art. Il s'ensuit que dans ces conditions, la société requérante n'est pas fondée à réclamer le paiement d'une somme de 1 375 euros hors taxe, au titre de ces travaux de finition.

14. Il résulte de ce qui précède que la SARL Lamarque n'est pas fondée à réclamer la prise en charge de ces travaux supplémentaires à son crédit dans le décompte général définitif du marché pour la somme de 16 567,50 euros hors taxe, soit 19 881 euros toutes taxes comprises, comprenant la somme de 1 850 euros hors taxe au titre des travaux de mise en place de capotages de finition en U, la somme de 980 euros hors taxe au titre des travaux de caches de finition sur les entailles d'assemblage, la somme de 1 520 euros hors taxe au titre des travaux de remaniement de toiture, la somme de 3 404 euros hors taxe au titre du cubage supplémentaire de charpente lamellée collée, la somme de 8 598,50 euros hors taxe au titre des travaux de la société Sadys de pose d'un vernis intumescent sur les panneaux, et de la somme de 1 375 euros hors taxe au titre de travaux de réalisation d'une ossature plus large et différente d'une façade à l'autre pour le bardage.

15. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de la SARL Lamarque tendant à l'annulation de la décision de la commune de Brocas du 20 août 2019 par laquelle elle a rejeté le mémoire en réclamation de la société du 4 juillet 2019 contre le décompte général du marché concernant les travaux de rénovation et d'extension de la salle des fêtes de l'étang de la commune, à la condamnation de la commune de Brocas à lui payer la somme de 46 287,73 euros correspondant à la réparation de ses préjudices moraux et financiers ainsi qu'à la révision du décompte général du marché à hauteur de 19 881 euros doivent être rejetées.

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

16. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la société Lamarque une somme de 1 500 euros à verser à la commune de Brocas au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

17. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. Les conclusions présentées à ce titre par la société Lamarque doivent dès lors être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de la SARL Lamarque est rejetée.

Article 2 : La société Lamarque versera à la commune de Brocas une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la SARL Lamarque et à la commune de Brocas.

Délibéré après l'audience du 12 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Sellès, présidente,

Mme Beneteau, première conseillère,

Mme Corthier, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 janvier 2023.

La rapporteure,

Signé

Z. B La présidente,

Signé

M. A

La greffière,

Signé

P. SANTERRE

La République mande et ordonne à la préfète des Landes en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition :

La greffière,

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