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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2000447

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2000447

jeudi 22 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2000447
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation1ère Chambre
Avocat requérantSTORME FABIEN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 25 février 2020 et le 26 janvier 2021, la société par actions simplifiée (SAS) Pluriel Gestion, représentée par Me Storme, doit être regardée comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler l'avis de saisie administrative à tiers détenteur émis le 18 novembre 2019 par le pôle de recouvrement spécialisé de la direction départementale des finances publiques des Hautes-Pyrénées en vue du recouvrement de la somme correspondant au montant des impositions garanties par le privilège du Trésor dont elle était redevable, et de prononcer la décharge de l'obligation de payer la somme de 233 659,73 euros qui en résulte ;

2°) d'annuler l'inscription du privilège du Trésor ;

3°) de condamner l'État au paiement des intérêts moratoires sur le fondement de l'article L. 208 du livre des procédures fiscales ;

4°) de mettre à la charge de l'État les entiers dépens ainsi que la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le 27 mars 2019, elle a déposé une réclamation tendant au plafonnement de la contribution économique territoriale à laquelle elle a été assujettie au titre des années 2016, 2017 et 2018, et elle a demandé, en application de l'article L. 277 du livre des procédures fiscales, à bénéficier d'un sursis de paiement ; sa réclamation portant sur le plafonnement de la contribution économique territoriale au titre des années 2016 et 2017 a été rejetée le 2 avril 2019 mais aucune décision ne lui a été notifiée quant à sa demande de sursis de paiement, de telle sorte que, dans le silence gardé par l'administration, une décision implicite de rejet est née le 27 septembre 2019 ; elle disposait d'un délai de deux mois pour contester cette décision implicite de rejet, délai durant lequel l'administration ne pouvait engager des poursuites si bien que, comme le précise le paragraphe 40 de l'instruction publiée au bulletin officiel des finances publiques-impôts le 19 août 2020, sous le numéro BOI-REC-PREA-20-20-40, la notification de la saisie administrative à tiers détenteur, datée du 18 novembre 2019, était prématurée ;

- aux termes du paragraphe 30 de l'instruction publiée au bulletin officiel des finances publiques-impôts le 19 août 2020, sous le numéro BOI-REC-GAR-10-10-40 n° 30, la contestation de l'inscription du privilège du Trésor, si elle est soulevée à l'occasion de la contestation d'un acte de poursuite, peut l'être dans le cadre des dispositions des articles L. 281, R. 281-1 et suivants du livre des procédures fiscales ;

- en vertu de l'article 1929 quarter du code général des impôts, la publicité est requise par le comptable public lorsque le montant des sommes dues par un même contribuable, à un même poste comptable ou service assimilé, à l'issue d'un délai de neuf mois, est supérieur à 15 500 euros ; il dispose alors d'un mois pour exercer son privilège ; dès lors que la somme en litige est liée à la mise en recouvrement de la cotisation foncière des entreprises due au titre de l'année 2014, dont la majoration pour défaut de paiement était due à compter du 1er février 2015, la période de référence prenait fin à compter du 1er décembre 2015 et l'inscription du privilège aurait dû être effectuée au plus tard le 1er janvier 2016 ; l'inscription qui lui a été notifiée le 19 novembre 2019 ne peut donc produire aucun effet et doit être radiée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 juillet 2020, le directeur départemental des finances publiques des Hautes-Pyrénées conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- si la SAS Pluriel Gestion conteste avoir reçu les décisions de rejet datées du 2 avril 2019, qui lui ont été notifiées par lettre simple, cette circonstance n'a eu pour effet que de lui ouvrir, six mois après qu'elle a adressé une réclamation à l'administration, le droit de saisir le juge compétent sans qu'aucun délai ne lui soit opposable ; les poursuites engagées par le service le 18 novembre 2019 sont légitimes ;

- dès lors que la contestation de l'inscription du privilège du Trésor n'a pas été présentée dans le délai de deux mois suivant le premier acte de poursuite permettant de contester l'exigibilité de la somme réclamée, chaque créance ayant fait l'objet, préalablement à la saisie administrative à tiers détenteur, de nombreux actes de poursuite, elle n'est pas recevable ; en outre, cette inscription du privilège du Trésor a été précédée de deux autres, qui n'ont pas été contestées ;

- les autres moyens soulevés par la SAS Pluriel Gestion ne sont pas fondés.

Les parties ont été informées, par un courrier du 1er septembre 2022, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur des moyens relevés d'office, tirés d'une part, de l'irrecevabilité des conclusions tendant au versement des intérêts moratoires, en l'absence de litige né et actuel opposant la SAS Pluriel Gestion au comptable du Trésor, d'autre part, de l'irrecevabilité des conclusions tendant à l'annulation de l'inscription du privilège du Trésor dès lors qu'elles ne peuvent être portées que devant le juge judiciaire.

Par ordonnance du 16 mai 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 16 juin 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B,

- et les conclusions de M. Clen, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. La société par actions simplifiée (SAS) Pluriel Gestion exerce une activité d'hôtellerie et hébergement similaire dont le siège social est sis à Pau (Pyrénées-Atlantiques). Elle dispose d'un établissement secondaire à Luz-Saint-Sauveur (Hautes-Pyrénées). Elle a sollicité pour cet établissement, le 27 mars 2019, le plafonnement de la cotisation foncière des entreprises en fonction de la valeur ajoutée au titre de la contribution économique territoriale à laquelle elle a été assujettie au titre des années 2016, 2017 et 2018. Sa demande a été rejetée le 2 avril 2019, pour les années 2016 et 2017, en raison de l'expiration du délai de réclamation. Par un avis du 16 novembre 2019, reçu le 25 novembre 2019, le pôle de recouvrement spécialisé de la direction départementale des finances publiques des Hautes-Pyrénées lui a notifié une saisie administrative à tiers détenteur en vue du recouvrement de la somme de 233 659,73 euros correspondant au montant des impositions garanties par le privilège du Trésor dont elle était redevable à la date du 31 octobre 2019, et, par courrier du 19 novembre 2019, elle a été avisée de l'inscription du privilège du Trésor à son encontre de la somme de 237 659 euros auprès du tribunal de commerce de Tarbes. Le 27 novembre 2019, la société a contesté le rejet opposé à sa demande de plafonnement pour l'année 2017 et sollicité une remise gracieuse pour l'année 2016 ainsi qu'un sursis de paiement, ses demandes ont été rejetées par une décision du 16 janvier 2020. La SAS Pluriel Gestion a, le 2 décembre 2019, présenté une réclamation contentieuse portant opposition aux actes de poursuite dont elle avait été avisée les 16 et 19 novembre 2019, laquelle a été rejetée par une décision du 14 janvier 2020 du pôle de recouvrement spécialisé de la direction départementale des finances publiques des Hautes-Pyrénées. Par la présente requête, elle doit être regardée comme demandant au tribunal d'annuler l'avis de saisie administrative à tiers détenteur émis le 18 novembre 2019 par le pôle de recouvrement spécialisé de la direction départementale des finances publiques des Hautes-Pyrénées en vue du recouvrement de la somme correspondant au montant des impositions garanties par le privilège du Trésor dont elle était redevable, et de prononcer la décharge de l'obligation de payer la somme de 233 659,73 euros qui en résulte, ainsi que d'annuler l'inscription du privilège du Trésor.

Sur la contestation de l'inscription du privilège du Trésor :

2. D'une part, aux termes de l'article L. 281 du livre des procédures fiscales : " Les contestations relatives au recouvrement des impôts, taxes, redevances () et sommes quelconques dont la perception incombe aux comptables du Trésor doivent être adressées à l'administration dont dépend le comptable qui exerce les poursuites. / () Les contestations relatives au recouvrement ne peuvent pas remettre en cause le bien-fondé de la créance. Elles peuvent porter : / 1° Sur la régularité en la forme de l'acte ; / 2° A l'exclusion des amendes et condamnations pécuniaires, sur l'obligation au paiement, sur le montant de la dette compte tenu des paiements effectués et sur l'exigibilité de la somme réclamée. / Les recours contre les décisions prises par l'administration sur ces contestations sont portés dans le cas prévu au 1° devant le juge de l'exécution. Dans les cas prévus au 2°, ils sont portés : / a) Pour les créances fiscales, devant le juge de l'impôt prévu à l'article L. 199 ; / () ".

3. La contestation de l'inscription du privilège du Trésor prévu à l'article 1920 du code général des impôts, lorsqu'elle est soulevée à l'occasion de la contestation d'un acte de poursuite, peut l'être dans le cadre des dispositions des articles L. 281 et R. 281-1 et suivants du livre des procédures fiscales. Il résulte de l'article L. 281 de ce livre que les requêtes dirigées contre un avis à tiers détenteur relèvent de la compétence du juge administratif dans la mesure où le requérant entend contester l'existence, la quotité ou l'exigibilité des sommes en cause, et de l'autorité judiciaire dans la mesure où il conteste l'existence et la portée du privilège du trésor ou la régularité de la procédure d'avis à tiers détenteur. Ainsi, la contestation de l'inscription du privilège du Trésor, qui est relative à une mesure de sûreté conservatoire que les comptables sont en droit de prendre en vertu de l'article 1929 ter du code général des impôts, au titre du privilège du Trésor, pour garantir le recouvrement des créances fiscales, ne peut être portée que devant l'autorité judiciaire.

4. Toutefois, en vertu des dispositions du 2° de l'article L. 281 du livre des procédures fiscales, lorsqu'en l'absence d'obligation faite au redevable de payer la somme correspondante, la décision du comptable d'engager des poursuites en émettant un avis à tiers détenteur méconnaît l'absence d'exigibilité de l'impôt, le tribunal administratif est compétent pour connaître de l'inscription du privilège du Trésor, notamment pour le motif, à lui seul déterminant, qu'à la date de l'émission de l'avis à tiers détenteur, les impositions visées par cet avis n'étaient pas exigibles, faute d'avoir été mises en recouvrement.

5. D'autre part, aux termes de l'article 1929 quater du code général des impôts : " 1. Donnent lieu à publicité, dans les conditions prévues aux 2 à 5, les sommes restant dues à titre privilégié par des commerçants et personnes morales de droit privé, même non commerçantes, au titre de l'impôt sur le revenu, de l'impôt sur les bénéfices des sociétés et autres personnes morales, de la taxe sur les salaires, de la cotisation foncière des entreprises et des taxes annexes, des taxes sur le chiffre d'affaires et des taxes annexes, et des contributions indirectes. / N'est pas soumise à la publicité la part de la cotisation foncière des entreprises correspondant à la réduction effectuée par le redevable au titre du plafonnement en fonction de la valeur ajoutée, en application des articles 1647 B sexies et 1679 quinquies. / 2. La publicité est faite à la diligence de l'administration chargée du recouvrement. ". Les contestations relatives aux sûretés dont dispose le Trésor pour garantir le recouvrement des créances fiscales et en particulier celles qui portent sur l'existence et la portée du privilège du Trésor se rattachent à la contestation en la forme des poursuites.

6. En l'espèce, la SAS Pluriel Gestion soutient que l'inscription du privilège du Trésor du 25 novembre 2019 aurait dû être effectuée avant le 1er janvier 2016, neuf mois après la liquidation de la majoration due au titre de la cotisation foncière des entreprises 2014. À défaut, cette inscription serait sans effet et devrait ainsi être radiée. Toutefois, cette inscription relève des sûretés dont dispose le Trésor pour garantir le recouvrement des créances fiscales. Par suite, les conclusions de la SAS Pluriel Gestion tendant à la radiation de l'inscription du privilège du Trésor se rattachent à la contestation en la forme des poursuites et échappent, en conséquence, à la compétence de la juridiction administrative.

7. Enfin, si la société requérante se prévaut du paragraphe 30 de l'instruction publiée au bulletin officiel des finances publiques-impôts du 19 août 2020, sous le numéro BOI-REC-GAR-10-10-40 n° 30, pour la contestation de l'inscription du privilège du Trésor, cette instruction est postérieure aux années en litige ainsi qu'à l'inscription du privilège du Trésor du 25 novembre 2019.

8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de la SAS Pluriel Gestion tendant à l'annulation de l'inscription du privilège du Trésor, relatives à une mesure de sûreté conservatoire que les comptables sont en droit de prendre, en vertu de l'article 1929 ter du code général des impôts, au titre du privilège du Trésor, pour garantir le recouvrement des créances fiscales, se rattachent à la contestation en la forme des poursuites et ne peuvent qu'être rejetées comme étant portées devant une juridiction incompétente pour en connaître.

Sur la contestation de la saisie administrative à tiers détenteur :

9. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article R. 281-1 du livre des procédures fiscales : " Les contestations relatives au recouvrement prévues par l'article L. 281 peuvent être formulées par le redevable lui-même ou la personne solidaire. / Elles font l'objet d'une demande qui doit être adressée, appuyée de toutes les justifications utiles, en premier lieu, au chef du service du département ou de la région dans lesquels est effectuée la poursuite. Le chef de service compétent est : / a) Le directeur départemental des finances publiques ou le responsable du service à compétence nationale si le recouvrement incombe à un comptable de la direction générale des finances publiques ; () ". Aux termes de l'article R. 281-3-1 du même livre : " La demande prévue à l'article R. 281-1 doit, sous peine d'irrecevabilité, être présentée () au directeur départemental des finances publiques () dans un délai de deux mois à partir de la notification : / a) De l'acte de poursuite dont la régularité en la forme est contestée ; / b) De tout acte de poursuite si le motif invoqué porte sur l'obligation de payer ou le montant de la dette ; / c) Du premier acte de poursuite permettant d'invoquer tout autre motif. ".

10. Si la notification de la décision prise sur la demande effectuée sur le fondement de l'article R. 281-3-1 du livre des procédures fiscales précité ne comporte pas les mentions prévues par l'article R. 421-5 du code de justice administrative ou si la preuve de la notification de cette décision n'est pas établie, le contribuable doit adresser sa réclamation dans un délai raisonnable à compter de la date à laquelle l'acte de poursuite lui a été notifié ou de celle à laquelle il est établi qu'il en a eu connaissance. Sauf circonstances particulières dont se prévaudrait le contribuable, ce délai ne saurait excéder un an.

11. En l'espèce, la SAS Pluriel Gestion a formé opposition à poursuites auprès du directeur départemental des finances publiques compétent, le 2 décembre 2019, contre l'avis de saisie administrative à tiers détenteur du 18 novembre 2019 qui lui a été notifié le 25 novembre 2019. Il résulte de l'instruction, toutefois, que cet acte de poursuite succédait à une inscription de privilège du Trésor du 25 octobre 2018 d'un montant de 264 686,29 euros, qui n'a pas été contestée et qui comportait l'ensemble des créances dues à la date du 30 septembre 2018 par la SAS Pluriel Gestion. Par suite, l'avis de saisie administrative à tiers détenteur régulièrement notifié le 25 novembre 2019 ne constituait pas à son égard le " premier acte de poursuite ", au sens du c) de l'article R. 281-3-1 du livre des procédures fiscales. Dans ces conditions, la réclamation formée le 2 décembre 2019 à l'encontre de la saisie administrative à tiers détenteur effectuée le 18 novembre 2019, soit plus d'un an après, est tardive.

12. En second lieu, aux termes de l'article L. 277 du livre des procédures fiscales : " Le contribuable qui conteste le bien-fondé ou le montant des impositions mises à sa charge est autorisé, s'il en a expressément formulé la demande dans sa réclamation et précisé le montant ou les bases du dégrèvement auquel il estime avoir droit, à différer le paiement de la partie contestée de ces impositions et des pénalités y afférentes. / L'exigibilité de la créance et la prescription de l'action en recouvrement sont suspendues jusqu'à ce qu'une décision définitive ait été prise sur la réclamation soit par l'administration, soit par le tribunal compétent. / () ". La demande de sursis de paiement produite à l'appui d'une réclamation contentieuse régulière suspend l'exigibilité de l'impôt à la date de sa réception par l'administration et met ainsi le comptable dans l'impossibilité d'agir.

13. Pour contester la saisie administrative à tiers détenteur qui lui a été notifiée le 18 novembre 2019, la SAS Pluriel Gestion soutient qu'à cette date, les sommes réclamées n'étaient pas exigibles dès lors que le sursis de paiement qu'elle avait sollicité, le 27 mars 2019, à l'appui de sa réclamation tendant au plafonnement de la contribution économique territoriale à laquelle elle a été assujettie au titre des années 2016, 2017 et 2018, conservait son effet suspensif en l'absence de réponse à sa demande de sursis de paiement et dès lors qu'elle pouvait exercer un recours contre la décision implicite de rejet de sa demande jusqu'au 27 novembre 2019.

14. D'une part, il résulte des écritures mêmes de la requérante que " le 2 avril 2019, la SAS Pluriel Gestion était destinataire d'un rejet des demandes de plafonnement en fonction de la valeur ajoutée de la contribution économique territoriale au titre des années 2016 et 2017 ". Il est constant qu'elle n'a pas contesté cette décision dans le délai de deux mois. D'autre part, si l'intéressée soutient que sa réclamation préalable du 27 mars 2019 était assortie d'une demande de sursis de paiement des sommes mises à sa charge au titre de l'exercice 2017 pour un montant total de 67 639 euros, elle ne l'établit pas, alors que la décision de rejet de sa réclamation préalable, datée du 2 avril 2019, ne fait mention d'aucune demande de sursis de paiement. Par suite, l'intéressée ne peut utilement soutenir qu'en vertu des dispositions de l'article L. 277 du livre des procédures fiscales, elle bénéficiait, à la date à laquelle, le 18 novembre 2019, le comptable a émis l'avis de saisie administrative à tiers détenteur, d'un sursis de paiement qui aurait suspendu l'exigibilité de toutes les impositions en cause et lui ouvrirait droit au remboursement des sommes précédemment appréhendées par le biais de cet acte de poursuite. Dans ces conditions, dès lors que les décisions prises sur ses réclamations étaient devenues définitives, les créances étaient redevenues exigibles et le comptable public a pu exercer des poursuites à fin de recouvrer les sommes exigibles.

15. Au surplus et en tout état de cause, le paragraphe 40 de l'instruction publiée le 19 août 2020 au bulletin officiel des finances publiques-impôts, sous le numéro BOI-REC-PREA-20-20-40, postérieurement à la notification de l'avis de saisie administrative à tiers détenteur, ne comporte aucune interprétation de la loi fiscale susceptible d'être opposée à l'administration sur le fondement de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales.

16. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de la SAS Pluriel Gestion tendant à l'annulation de l'avis de saisie administrative à tiers détenteur émis le 18 novembre 2019 par le pôle de recouvrement spécialisé de la direction départementale des finances publiques des Hautes-Pyrénées en vue du recouvrement de la somme de 233 659,73 euros correspondant au montant des impositions garanties par le privilège du Trésor dont elle était redevable, et à la décharge de l'obligation de payer cette somme, doivent être rejetées.

Sur les conclusions tendant au versement par l'État d'intérêts moratoires :

17. En l'absence de litige né et actuel relatif à un refus de paiement des intérêts moratoires dus aux contribuables au titre de l'article L. 208 du livre des procédures fiscales, les conclusions de la SAS Pluriel Gestion tendant au paiement de ces intérêts sont sans objet et, par suite, irrecevables.

Sur les frais liés au litige :

18. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'État, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, le versement à la SAS Pluriel Gestion, de la somme qu'elle sollicite au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

19. La présente instance n'ayant donné lieu à aucun dépens au sens de l'article R. 761-1 du code de justice administrative, les conclusions présentées par la SAS Pluriel Gestion au titre dudit article ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Les conclusions de la SAS Pluriel Gestion tendant à l'annulation de l'inscription du privilège du Trésor sont rejetées comme portées devant une juridiction incompétente pour en connaître.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de la SAS Pluriel Gestion est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la SAS Pluriel Gestion et au directeur départemental des finances publiques des Hautes-Pyrénées.

Copie en sera adressée et au directeur départemental des finances publiques des Pyrénées-Atlantiques.

Délibéré après l'audience du 8 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Sellès, présidente,

Mme Beneteau, première conseillère,

Mme Corthier, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 septembre 2022.

La rapporteure,

signé

A. BLa présidente,

signé

M. A

La greffière,

signé

P. SANTERRE

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition :

La greffière,

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