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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2000563

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2000563

jeudi 13 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2000563
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantSARROUILHE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 9 mars 2020, M. et Mme D C, représentés par Me Sarrouilhe, demandent au tribunal :

1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu auxquelles ils ont été assujettis au titre de l'année 2015 ;

2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- les frais auxquels M. C a été condamné en sa qualité de liquidateur amiable de la SARL Elastipark sont déductibles, en tant que dettes sociales, dès lors qu'il y a condamnation personnelle du dirigeant de la société et qu'il n'a pas agi de façon contraire à l'intérêt de l'entreprise ; la condamnation personnelle de M. C a une origine professionnelle, les sommes en cause se rattachent à des litiges liés à la dépollution du site qu'il a cédé en tant qu'ancien gérant et à des travaux de réfection ; aucune rémunération ni aucun exercice d'une activité ne sont exigés au moment où est revendiquée la déduction de ces frais dès lors que la condamnation se rattache à l'ancienne activité d'administrateur ;

- la prise en charge des frais doit aboutir à la constatation d'un déficit catégoriel, soit dans la catégorie des traitements et salaires, soit dans celle des bénéfices non commerciaux ; les frais exposés sont déductibles dans une catégorie de revenus, soit qu'il s'agisse de dépenses limitativement énumérées au II de l'article 156 du code général des impôts, soit qu'ils aient le caractère de charges déductibles prévues par les dispositions propres à leur catégorie ou qu'ils aient été exposés pour l'acquisition ou la conservation des revenus de cette catégorie sur le fondement de l'article 13 du même code ;

- avant la liquidation de la SARL Elastipark, M. C était rémunéré par la société EPG holding, qui détenait majoritairement la SARL Elastipark, en tant que dirigeant salarié de cette SARL ; il a perçu, en 2007, une gratification de 30 000 euros qui lui a été allouée pour partie au titre de ses fonctions de liquidateur amiable et qu'il a déclarée en totalité dans la catégorie des traitements et salaires, à l'instar de l'intégralité de ses rémunérations, alors que par nature, la fonction de liquidateur amiable n'a pas un caractère salarial, si bien que cette gratification a une nature hybride, déclarée par erreur dans la catégorie des traitements et salaires mais relevant de celle des bénéfices non commerciaux ; les frais portés en déduction peuvent être imputés dans la catégorie des bénéfices non commerciaux ;

- M. C a justifié, au titre de l'année 2015, de 10 116,94 euros de frais qui constituent la somme minimale à admettre en déduction.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 septembre 2020, le directeur départemental des finances publiques des Pyrénées-Atlantiques conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. et Mme C ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 16 mai 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 16 juin 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B,

- et les conclusions de M. Clen, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, domicilié à Gan (Pyrénées-Atlantiques), était gérant de la société à responsabilité limitée (SARL) Elastipark établie à Carcassonne. Après que l'entreprise a été placée en liquidation judiciaire, en 2006, il en a été nommé liquidateur amiable jusqu'en 2007. M. et Mme C ont fait l'objet d'un contrôle sur pièces des revenus qu'ils ont déclarés au titre de l'année 2015. Par une proposition de rectification datée du 29 novembre 2018, l'administration fiscale a remis en cause la déduction, de leur revenu global, d'une somme de 48 135 euros correspondant à des dettes rattachées à l'ancienne activité de gérant de M. C. En réponse aux observations qu'ils ont formulées le 24 janvier 2019, l'administration a maintenu les rectifications proposées par une décision du 11 février 2019. Les cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu ont été mises en recouvrement par voie de rôle le 30 juin 2019, à hauteur de 13 890 euros de droits, de 1 323 euros d'intérêts de retard et de 1 408 euros de majoration. La réclamation préalable introduite par les époux C le 29 juillet 2019 a été rejetée le 7 janvier 2020. Ils demandent au tribunal de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu auxquelles ils ont été assujettis au titre de l'année 2015.

2. Aux termes de l'article 13 du code général des impôts dans sa version applicable : " 1. Le bénéfice ou revenu imposable est constitué par l'excédent du produit brut, y compris la valeur des profits et avantages en nature, sur les dépenses effectuées en vue de l'acquisition et de la conservation du revenu. / 2. Le revenu global net annuel servant de base à l'impôt sur le revenu est déterminé en totalisant les bénéfices ou revenus nets visés aux I à VII bis et au 1 du VII ter de la 1re sous-section de la présente section ainsi que les plus-values et créances mentionnées à l'article 167 bis, compte tenu, le cas échéant, du montant des déficits visés aux I et I bis de l'article 156, des charges énumérées au II dudit article et de l'abattement prévu à l'article 157 bis. / 3. Le bénéfice ou revenu net de chacune des catégories de revenus visées au 2 est déterminé distinctement suivant les règles propres à chacune d'elles. / Le résultat d'ensemble de chaque catégorie de revenus est obtenu en totalisant, s'il y a lieu, le bénéfice ou revenu afférent à chacune des entreprises, exploitations ou professions ressortissant à cette catégorie et déterminé dans les conditions prévues pour cette dernière. / () ". Aux termes de l'article 93 du même code qui concerne l'imposition du revenu dans la catégorie des bénéfices non commerciaux : " 1. Le bénéfice à retenir dans les bases de l'impôt sur le revenu est constitué par l'excédent des recettes totales sur les dépenses nécessitées par l'exercice de la profession. () ". Enfin, l'article 156-I du même code autorise, sous certaines conditions, que soit déduit du revenu global d'un contribuable le " déficit constaté pour une année dans une catégorie de revenus ", tandis que l'article 156-II énumère les charges qui sont déductibles du revenu global " lorsqu'elles n'entrent pas en compte pour l'évaluation des revenus des différentes catégories ".

3. Si, en vertu de l'article 13 du code général des impôts, peuvent être déduits des revenus annuels d'un contribuable les frais exposés par lui pour l'acquisition ou la conservation du revenu, il résulte de l'ensemble des dispositions de ce code que ne peuvent être admises en déduction, outre les dépenses limitativement énumérées au II de l'article 156 du même code comme des charges du revenu global du contribuable, que les frais qui ont, pour l'une des catégories de revenus énumérées dans ce code, le caractère de charges déductibles, soit que leur déduction ait été expressément prévue par les dispositions propres à la catégorie, soit qu'ils aient le caractère de frais exposés pour l'acquisition ou la conservation des revenus compris dans cette catégorie.

4. En premier lieu, il résulte de l'instruction que M. C, en tant que gérant salarié de la SARL Elastipark, a organisé la cession d'un site industriel en y dissimulant des produits polluants et qu'il a, par un jugement du 25 novembre 2008, confirmé par un arrêt de la cour d'appel de Pau du 30 août 2011, été condamné à prendre en charge les frais de dépollution de ce site, au titre de la faute commise en sa qualité de mandataire liquidateur de cette société, au motif qu'il a procédé à la clôture des opérations de liquidation amiable sans avoir inscrit une quelconque provision au titre de la dépollution du site concerné, alors qu'il ne pouvait ignorer que celle-ci n'avait pas été achevée. Les contribuables ne sont donc pas fondés à soutenir que les sommes en litige ont été exposées pour l'acquisition et la conservation des rémunérations perçues par M. C lorsqu'il exerçait les fonctions de gérant salarié de la SARL Elastipark.

5. En deuxième lieu, si, selon la délibération de l'assemblée générale mixte de la SARL Elastipark du 30 mai 2006, M. C a reçu une somme de 30 000 euros " en gratification de la vente du site de Carcassonne et en rémunération des opérations de liquidation de la société à venir ", somme qu'il a intégralement déclarée dans la catégorie des traitements et salaires perçus en 2006, cette circonstance est sans incidence sur la qualification des sommes qu'il a dû acquitter en exécution des décisions de justice citées au point précédent qui, ainsi qu'il a été dit, ne peuvent être regardées comme ayant été engagées en vue de la conservation ou de l'acquisition d'un revenu mais seulement comme un dédommagement dû par le liquidateur de l'ancien exploitant du site ayant manqué à ses obligations au titre du principe " pollueur-payeur ".

6. En troisième lieu, quelle que soit la procédure d'imposition suivie, il appartient au contribuable de justifier que les sommes qu'il a déduites de son bénéfice non commercial ont constitué des dépenses nécessitées par l'exercice de sa profession. Si les requérants soutiennent qu'à l'issue d'un autre litige opposant la SARL Elastipark à un ancien locataire du site, la société a été condamnée par le tribunal de commerce de Carcassonne, le 27 avril 2006, à lui payer la somme de 4 063,37 euros afin de réaliser des travaux de réfection de plafonds et d'électricité, ainsi que la somme de 1 500 euros au titre de l'article 700 du nouveau code de procédure civile, ils ne produisent pas la preuve, qui leur incombe, que M. C se serait personnellement acquitté de ces sommes. Au surplus et en tout état de cause, à supposer même que la rétribution qui lui a été attribuée par l'assemblée générale mixte du 30 mai 2006 puisse être regardée, pour partie, comme une rémunération servie en sa qualité de dirigeant de la SARL Elastipark, en gratification de la vente du site de Carcassonne, laquelle aurait dû être déclarée dans la catégorie des bénéfices non commerciaux, d'une part, les sommes qu'il soutient avoir acquittées en règlement de la condamnation de la SARL Elastipark ne font pas partie des dépenses limitativement énumérées au II de l'article 156 du code général des impôts au titre des charges déductibles du revenu global, d'autre part, elles ne sauraient être regardées ni comme faisant partie des dépenses nécessitées par l'exercice de la profession en application des dispositions de l'article 93 du code général des impôts, ni comme une dépense effectuée en vue de l'acquisition ou de la conservation d'un revenu.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. et Mme C à fin de décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu auxquelles ils ont été assujettis au titre de l'année 2015 doivent être rejetées ainsi, par voie de conséquence, que leurs conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. et Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. et Mme D C et au directeur départemental des finances publiques des Pyrénées-Atlantiques.

Délibéré après l'audience du 22 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Sellès, présidente,

Mme Beneteau, première conseillère,

Mme Neumaier, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 octobre 2022.

La rapporteure,

Signé

A. B

La présidente,

Signé

M. ALa greffière,

Signé

P. SANTERRE

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition :

La greffière,

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