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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2000573

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2000573

jeudi 22 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2000573
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC+
Formation1ère Chambre
Avocat requérantCACHELOU BLANDINE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 9 mars 2020, la commune de Fleurance, représentée par Me Gendre, demande au tribunal :

1) de condamner solidairement les sociétés Entreprise Justumus, Setes Ingénierie, atelier d'architecture A3+ à lui verser la somme de 157 680 euros au titre des travaux de reprise sur le fondement de la garantie décennale ;

2) à titre subsidiaire, de condamner d'une part, solidairement les sociétés Entreprise Justumus, Setes Ingénierie, atelier d'architecture A3+ à lui verser la somme de 120 960 euros au titre des travaux de reprise sur le fondement de la garantie décennale et d'autre part, la société Setes Ingénierie à lui verser la somme de 34 483,93 euros sur le fondement de la responsabilité contractuelle ;

3) à titre infiniment subsidiaire, de condamner la société SPIE Facilities à lui verser la somme de 33 529,79 euros sur le fondement de la responsabilité contractuelle ;

4) de condamner solidairement les sociétés Entreprise Justumus, Setes Ingénierie, atelier d'architecture A3+ à lui verser la somme de 46 168,57 euros en réparation de ses préjudices sur le fondement de la garantie décennale ;

5) de mettre solidairement à la charge des sociétés Entreprise Justumus, Setes Ingénierie, atelier d'architecture A3+ la somme de 9 839,15 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

6) à titre subsidiaire, de mettre à la charge de la société SPIE Facilities la somme de 9 839,15 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

7) de mettre solidairement à la charge des sociétés Entreprise Justumus, Setes Ingénierie, atelier d'architecture A3+ la somme de 36 433,44 euros au titre des frais d'expertise judiciaire ;

8) à titre subsidiaire, de mettre à la charge de la société SPIE Facilities la somme de 36 433,44 euros au titre des frais d'expertise judiciaire.

Elle soutient que :

- la responsabilité des sociétés de maîtrise d'œuvre, à savoir atelier d'architecture A3+, Setes Ingénierie, ainsi que de l'entreprise Justumus, cette dernière étant titulaire du lot litigieux, est engagée sur le fondement de la responsabilité des constructeurs conformément aux principes issus de l'article 1792 du code civil ;

- les désordres de l'installation chauffage, ventilation et rafraichissement portent atteinte à la destination de l'ouvrage, à savoir la halle, ainsi que l'a constaté l'expert dans son rapport ;

- selon le rapport d'expertise, le cahier des clauses techniques particulières (CCTP) prévoit un taux d'occupation simultanée de 180 personnes de la salle. Or, ce taux ne correspond pas aux besoins d'occupation de la salle, dont la maîtrise d'œuvre avait pourtant bien connaissance. La maîtrise d'œuvre n'a donc pas correctement répercuté les besoins de la commune dans les prescriptions du cahier des clauses techniques particulières ;

- selon le rapport d'expertise, les travaux de reprise ne constituent pas une amélioration de l'ouvrage ;

- les sociétés atelier d'architecture A3+, Setes Ingénierie et Entreprise Justumus seront condamnées solidairement à prendre en charge le coût des travaux de reprise à hauteur de 157 680 euros pour un taux d'occupation simultanée de la salle de 400 personnes ; subsidiairement à hauteur de 120 960 euros pour un taux d'occupation simultanée de la salle de 180 personnes ;

- subsidiairement, la responsabilité pour faute de la société Setes Ingénierie sera engagée à titre principal sur le fondement décennal et à titre subsidiaire sur le fondement contractuel en raison de la méconnaissance de son devoir de conseil dans la rédaction du cahier des clauses techniques particulières ; la différence entre le coût des travaux de reprise pour une occupation simultanée de 400 personnes et le montant des travaux nécessaires à une occupation simultanée de 180 personnes sera mise à sa charge, soit la somme de 36 720 euros ;

- les sociétés atelier d'architecture A3+, Setes Ingénierie et Entreprise Justumus seront condamnées solidairement à prendre en charge le coût de la réparation des préjudices induits par les désordres subis par la commune, à savoir 33 529,79 euros de réparation des pannes récurrentes de l'installation et 12 638,78 euros de frais d'assistance technique ;

- subsidiairement, la responsabilité contractuelle de la société SPIE Facilities, venant aux droits de la société SPIE Sud Ouest, sera engagée et elle sera condamnée à prendre en charge le coût de la réparation des préjudices induits par les désordres subis par la commune, à savoir 33 529,79 euros de réparation des pannes récurrentes de l'installation et 12 638,78 euros de frais d'assistance technique.

Par trois mémoires enregistrés les 30 avril 2020 et 10 août 2021, la société atelier d'architecture A3+, représentée par la SELARL Olivier Massol et associés, conclut, dans le dernier état de ses écritures :

1) à titre principal, à sa mise hors de cause ;

2) à la condamnation de la société LGL France Lennox ;

3) à titre subsidiaire, à la condamnation des sociétés LGL France Lennox, Setes Ingénierie et Entreprise Justumus ;

4) en tout état de cause, à limiter le préjudice matériel de la requérante à hauteur de 100 800 euros ;

5) à l'indemnisation des frais d'assistance technique sur production de factures acquittées et au titre des frais irrépétibles ;

6) à la mise à la charge de la société LGL France Lennox des frais de réparation des pannes récurrentes de l'installation ;

7) à condamner solidairement les sociétés LGL France Lennox, Setes Ingénierie, Entreprise Justumus et SPIE Facilities à relever et à garantir la société atelier d'architecture A3+ de tout condamnation qui pourrait être prononcée à son encontre au profit de la commune de Fleurance ;

8) à la mise à la charge de tout succombant de la somme de 5 000 euros à payer à la société atelier d'architecture A3+ sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

9) à la mise à la charge de tout succombant des entiers dépens.

Elle fait valoir que :

- le dysfonctionnement invoqué par la commune de Fleurance résulte exclusivement d'une faute de conception intrinsèque imputable au fabricant à savoir la société LGL France Lennox ; le défaut de conception et de dimensionnement des installations de chauffage, ventilation, rafraichissement relevé par l'expert ne constitue pas un défaut de conformité aux prescriptions contractuelles dans la mesure où comme l'a rappelé l'expert, le cahier des charges techniques particulières ne fixait aucune performance particulière ; les autres défauts divers n'ont aucune conséquence particulière ;

- si la responsabilité des sociétés au sein du groupement de maîtrise d'œuvre devait être recherchée, seule la responsabilité de la société Setes Ingénierie en charge de la conception et des études d'exécution de l'installation, pour défaut de dimensionnement, et celle de la société Entreprise Justumus en sa qualité d'entreprise exécutante pourront être engagées, la société d'atelier d'architecture A3+ n'ayant vu sa responsabilité mise en cause par l'expert uniquement en raison de sa qualité de mandataire au sein du groupement mais n'est nullement responsable des dysfonctionnements invoqués ;

- la société atelier d'architecture A3+ ne peut qu'être mise hors de cause et est fondée en cas de condamnation à former un recours en garantie contre les sociétés fautives LGL France Lennox, Setes Ingénierie, Entreprise Justumus, SPIE Facilities sur le fondement de la responsabilité contractuelle ou délictuelle selon les liens juridiques développées avec chacune ;

- seuls les documents contractuels pouvant servir de fondement juridique, le coût des travaux de reprise sera évalué pour un taux d'occupation de 180 personnes prévu par le cahier des clauses techniques particulières ; si un taux d'occupation de 400 personnes était retenu, il constituerait un enrichissement sans cause ;

- la commune de Fleurance ne peut prétendre qu'à une indemnisation hors taxe du coût des travaux de reprise, ne démontrant pas qu'elle ne serait pas assujettie à la taxe sur la valeur ajoutée (TVA), soit la somme de 100 800 euros pour un taux d'occupation de 180 personnes ;

- les frais d'assistance technique ne pourront qu'être indemnisés sur justificatifs des factures acquittées versées au débat au titre des frais irrépétibles ;

- l'indemnisation des frais réglés pour tenter de remédier aux pannes récurrentes de l'installation ne peut que relever de la société LGL France Lennox, défaillantes lors des opérations d'expertise judiciaire.

Par un mémoire enregistré le 26 mai 2020, la société SPIE Facilities, représentée par Me de La Marque, conclut :

1) à titre principal, au rejet de la requête ;

2) à titre subsidiaire, à la condamnation de la société SPIE Facilities à la seule somme de 564,95 euros et à la condamnation des sociétés atelier d'architecture A3+, Setes Ingénierie et Entreprise Justumus à relever et garantir la société SPIE Facilities de toute condamnation ;

3) en tout état de cause, à ce que soit mis à la charge de tout succombant le paiement de la somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la commune de Fleurance n'est pas fondée à mettre en cause, à titre subsidiaire en plus de la responsabilité décennale des constructeurs, la responsabilité contractuelle de la société SPIE Facilities en réparation des dommages matériels et immatériels consécutifs aux désordres constatés ;

- aucune faute contractuelle ne peut être retenue à l'encontre de la société SPIE Facilities qui a assumé tout à fait normalement ses prestations d'entretien et de maintenance ; l'expert n'impute aucune responsabilité à l'encontre de la société SPIE Facilities, venant aux droits de la société SPIE Sud-Ouest, dans la survenance des désordres ; l'expert remet en cause de façon anecdotique l'accomplissement de sa mission par la société SPIE Facilities au titre de son contrat de maintenance et d'entretien sans étayer d'aucun élément concret son prétendu manquement dans le cadre de son devoir de conseil, lequel ne pouvait consister dans la détermination du défaut de conception intrinsèque à la pompe à chaleur fournie par la société LGL France Lennox et du sous-dimensionnement de l'installation définie par la maîtrise d'œuvre, ce qu'en outre, l'expert a mis trois ans à identifier ;

- aucun préjudice ne peut être mis à la charge de la société SPIE Facilities, les frais d'entretien et de maintenance de l'installation ne constituant pas un préjudice en lien avec les désordres invoqués par la commune de Fleurance mais le coût normal de l'entretien de l'installation ;

- aucun lien de causalité n'est établi par la commune de Fleurance entre la prétendue faute de la société SPIE Facilities et le prétendu préjudice de la requérante ;

- à titre subsidiaire, seule la somme de 564,95 euros pourrait être mise à la charge de la société SPIE Facilities au titre de l'augmentation de la surconsommation électrique subie par la commune à compter d'octobre 2018 par le fonctionnement d'aérothermes ;

- si la société SPIE Facilities est condamnée au titre des frais induits et frais d'expertise, elle sera fondée à appeler en garantie les sociétés atelier d'architecture A3+, Setes Ingénierie et Entreprise Justumus ;

- tout succombant sera condamné à lui verser la somme de 5 000 euros au titre des frais irrépétibles.

Par un mémoire enregistré le 4 février 2021, la société d'études thermiques électriques et structures (Setes Ingénierie), représentée par la SCPA Cabinet de Tassigny et associés, conclut :

1) à titre principal, au rejet de la requête à l'encontre de la société Setes Ingénierie ;

2) à ce qu'il soit mis à la charge de la requérante le paiement de la somme de 4 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que le paiement des entiers dépens ;

3) à titre subsidiaire, à ce que la réparation des préjudices invoqués par la requérante soit mise à la charge de la société LGL France Lennox, atelier d'architecture A3+, Entreprise Justumus et SPIE Facilities ;

4) à ce que la responsabilité de la commune de Fleurance soit reconnue ;

5) à titre infiniment subsidiaire, à limiter l'indemnisation de la commune de Fleurance au titre des travaux de reprise par la somme de 42 757 euros hors taxe et en tout état de cause, par la somme de 100 800 euros hors taxe ;

6) à la mise à la charge de la société Setes Ingénierie de 10 % du montant des réclamations de la commune de Fleurance ;

7) à la mise à la charge de la société LGL France Lennox du montant des frais d'assistance technique relatifs aux pannes de l'installation ;

8) en tout état de cause, à la condamnation solidaire des sociétés LGL France Lennox, atelier d'architecture A3+, Entreprise Justumus, SPIE Facilities et de la commune de Fleurance à garantir la société Setes Ingénierie de toutes condamnations excédant le taux de responsabilité retenu à son encontre ;

9) à la mise solidaire à la charge de toutes parties succombantes de la somme de 4 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que des entiers dépens.

Elle fait valoir que :

- à titre principal, la société Setes Ingénierie sera mise hors de cause ; la société LGL France Lennox est la seule et unique responsable du désordre conformément aux conclusions de l'expert judiciaire ;

- le lot litigieux concernant les travaux de " plomberie - sanitaires - chauffage " et non " chauffage - rafraîchissement - ventilation ", les conditions de température intérieure n'ont pas été contractuellement définies, comme relevé par l'expert judiciaire, et les calculs effectués par la société Setes Ingénierie ont exclusivement porté sur une installation de chauffage permettant de traiter un apport d'air neuf pour 180 personnes, la fonction rafraîchissement constituant un avantage supplémentaire non contractuel ;

- le manquement de sous-dimensionnement de la puissance frigorifique et du débit d'air en période estivale, retenu par l'expert, ne peut relever de la responsabilité de la société Setes Ingénierie dans la mesure où la fonction rafraîchissement n'était pas prévue par les documents contractuels de la commande publique passée par la commune de Fleurance ;

- à titre subsidiaire, la responsabilité des sociétés LGL France Lennox, Entreprise Justumus, atelier d'architecture A3+, SPIE Facilities, et celle de la commune de Fleurance seront engagées, la répartition de responsabilités proposée par l'expert étant sous réserve de la validité contractuelle des pièces, qui devait être confirmée par la requérante, ce qu'elle a omis de faire ; la responsabilité de la société Setes Ingénierie ne pourra pas en conséquence excéder 10 % ;

- la commune de Fleurance, en sa qualité d'acheteur public, a méconnu les dispositions de l'article L. 2111-1 du code de la commande publique en ne définissant pas précisément ses besoins ;

- la société SPIE Facilities a manqué à son devoir de conseil en ne faisant pas intervenir la société LGL France Lennox avant la saisine du juge des référés ;

- la fonction climatisation ou rafraîchissement n'ayant pas été commandée par la requérante, la mise en place d'une telle installation constituerait un enrichissement sans cause et l'indemnisation de la commune au titre des travaux de reprise ne saurait excéder la somme de 42 757 euros hors taxe correspondant au devis de la société Entreprise Justumus ; à titre subsidiaire, cette réparation sera limitée à la somme de 100 800 euros hors taxe correspondant au chiffrage retenu par l'expert judiciaire pour un taux d'occupation de la salle de 180 personnes ;

- la commune de Fleurance ne démontrant pas qu'elle est soumise au régime de la taxe sur la valeur ajoutée, l'ensemble des indemnités à verser à la commune seront prononcées hors taxe ;

- seule la société LGL France Lennox sera condamnée à indemniser la commune de Fleurance au titre des frais d'assistance techniques relatives aux pannes récurrentes de l'installation, l'expert ayant conclu que l'impossibilité de chauffer la halle était due à la conception intrinsèque du fabricant LGL France Lennox ;

- conformément aux dispositions de l'article 334 du code de procédure civile, la société Setes Ingénierie est fondée à voir condamner solidairement les sociétés LGL France Lennox, Entreprise Justumus, atelier d'architecture A3+, SPIE Facilities et la commune de Fleurance à la garantir de toutes condamnations excédant le taux de responsabilité retenu à son encontre ;

- tout succombant sera condamné à lui verser la somme de 4 000 euros au titre des frais irrépétibles.

Par un mémoire en défense enregistré le 1er avril 2021, la société LGL France Lennox, représentée par Me Piot-Mouny, conclut :

1) au rejet de la requête ;

2) à ce que soit mis à la charge de la société Setes Ingénierie le paiement de la somme de 5 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- le juge administratif est incompétent, la société LGL France Lennox, personne morale de droit privé, étant liée à l'entreprise Justumus, également personne morale de droit privé, par un contrat de droit privé de commande de matériel et sa mise en service ;

- à titre subsidiaire, elle exerce l'activité exclusive de fabricant de matériel de

climatisation et elle n'intervient aucunement dans la conception des installations qui relève de la responsabilité de l'installateur, en l'occurrence, l'entreprise Justumus sur les directives du bureau d'études Setes Ingénierie ; ses réserves très précises émises lors de la mise en service le 9 juillet 2009 n'ont pas été prises en compte par la société Entreprise Justumus ; ses interventions à la demande de l'expert ont porté sur le fonctionnement de la machine sans intervenir sur l'installation mise en place par l'entreprise Justumus ;

- le rapport d'expertise lui est inopposable, la procédure d'expertise n'ayant pas respecté le principe du contradictoire à son encontre ;

- le désordre allégué par l'expert d'une conception intrinsèque de la machine inadaptée à l'installation ne constitue pas un désordre et est sans rapport avec les dommages invoqués par la commune ;

- ce n'est pas la conception de la machine qui est fautive mais celle de l'installation qui présente un grave déficit de puissance ; dès la mise en service, la société LGL France Lennox a informé l'entreprise Justumus de la nécessité de procéder à un cloisonnement pour séparer les flux d'air pour éviter le phénomène de recyclage, ce que cette dernière n'a pas réalisé ;

- à supposer établi que la machine de la société LGL France Lennox ait présenté un quelconque défaut de conception, celui-ci était sans lien de causalité avec le dommage invoqué puisqu'il résulte d'une sous puissance de l'installation ;

- il sera mis à la charge de la société Setes Ingénierie la somme de 5 000 euros au titre des frais irrépétibles.

Par un mémoire enregistré le 25 mai 2021, la SARL Entreprise Justumus, représentée par la SELARL Interbarreaux Racine, conclut :

1) à titre principal, au rejet de la requête, des appels en garantie et de toute action récursoire dirigés à l'encontre de l'entreprise Justumus ;

2) à titre subsidiaire, à limiter la part de responsabilité de la société Entreprise Justumus à 5 % et à la somme de 8 993,57 euros toutes charges comprises ;

3) à la condamnation solidaire des sociétés atelier d'architecture A3+, Setes Ingénierie, LGL France Lennox, SPIE Facilities à garantir l'entreprise Justumus de toute condamnation susceptible d'être prononcée à son encontre, à proportion de leur part de responsabilité ;

4) en tout état de cause, au rejet de tout demande poursuivie à l'encontre de l'entreprise Justumus sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

5) à la mise à la charge de la commune de Fleurance ou de toute partie succombante, de la somme de 4 000 euros à verser à l'entreprise Justumus sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- à titre principal, l'entreprise Justumus sera mise hors de cause, aucun désordre, ni aucune faute ne lui étant imputable ;

- les désordres affectant l'unité de traitement d'air de la salle polyvalente dont la commune demande réparation ne sont pas imputables à l'entreprise Justumus au sens de la garantie décennale mais à un défaut de conception intrinsèque de l'unité par la société LGL France Lennox ; les informations écrites portées à sa connaissance par cette société ne pouvaient absolument pas lui permettre de supposer qu'il convenait de mettre en œuvre deux circuits au lieu d'un pour éviter le phénomène de recyclage ;

- l'entreprise Justumus s'est conformée aux prescriptions du cahier des clauses techniques particulières, seul document porté à sa connaissance, rédigé par la société Setes Ingénierie en installant une unité de traitement d'air dimensionnée pour 180 personnes ; cette installation étant au regard des obligations contractuelles de l'entreprise Justumus correctement adaptée et dimensionnée, cette dernière n'a pas commis de défaut de conception et de dimensionnement de l'installation ; le sous-dimensionnement de l'installation par rapport à un taux d'occupation de 628 personnes prévu par la notice de sécurité accompagnant le permis de construire, qui n'a pas été portée à sa connaissance, est imputable à la société Setes Ingénierie qui a rédigé le cahier des clauses techniques particulières ; la part de 30 % de responsabilité imputée par l'expert est erronée ;

- les désordres de défaut de mise en œuvre relevés par l'expert de façon anecdotique sont sans lien de causalité avec les préjudices invoqués par la commune et ne sont pas imputables à l'entreprise Justumus ;

- les sociétés atelier d'architecture A3+, Setes Ingénierie, SPIE Facilities ne sont pas fondées à appeler en garantie l'entreprise Justumus en l'absence d'établissement d'une faute commise par cette dernière ; toute action récursoire contre l'entreprise Justumus ne pourra qu'être rejetée ;

- à titre subsidiaire, la responsabilité de l'entreprise Justumus ne pourra être que limitée à 5 % ; en effet, au regard des désordres liés au sous-dimensionnement de l'installation par l'équipe de maîtrise d'œuvre, leur part de responsabilité sera de 70 % ; la part de responsabilité de la société LGL France Lennox, seule responsable du défaut de conception intrinsèque de l'unité de traitement de l'air, sera de 10 % ; le défaut de conseil de la société SPIE Facilities correspond au minimum à une part de responsabilité de 10 % ; la mauvaise utilisation de l'installation par la commune de Fleurance engage sa responsabilité à hauteur de 5 % ;

- compte tenu des fautes commises par les sociétés atelier d'architecture A3+, Setes Ingénierie, LGL France Lennox, SPIE Facilities, ces dernières seront condamnées solidairement à garantir l'entreprise Justumus de toute condamnation à proportion de leur part de responsabilité ;

- la commune de Fleurance n'ayant jamais fait part de son besoin d'un taux d'occupation de 400 personnes, l'indemnisation des travaux de reprise sera effectuée pour un taux d'occupation de 180 personnes par la somme de 120 960 euros, avant abattement d'un taux de vétusté d'au moins 70 % en raison de l'âge de l'installation qui a plus de dix ans et de sa non-conformité à la nouvelle réglementation ;

- la commune de Fleurance n'est pas fondée à demander l'indexation des sommes réclamées sur l'indice BT01 du coût de la construction, la date à retenir étant celle de la remise du rapport d'expertise, date à laquelle la commune de Fleurance était en mesure de réaliser les travaux réparatoires requis ;

- concernant le remboursement des frais d'assistance technique et des frais qui seraient induits par les pannes récurrentes de l'installation, la commune de Fleurance n'établit pas que ces interventions sont en lien avec les désordres retenus par l'expert et ne relèvent pas de l'entretien normal de l'installation ;

- concernant le remboursement des frais qui seraient induits par les pannes récurrentes de l'installation, ces derniers ne pourront qu'être mis à la charge de la société SPIE Facilities en charge de la maintenance des installations et qui a manqué à son obligation de conseil ;

- concernant le remboursement des frais d'assistance technique, ces derniers ne pourront qu'être mis à la charge de l'ensemble des intervenants à proportion de leur part de responsabilité ;

- les frais irrépétibles, rapportés à de plus justes proportions, et les frais d'expertise judiciaire ne pourront qu'être mis à la charge de l'ensemble des intervenants à proportion de leur part de responsabilité ;

- en définitive, les sommes susceptibles d'être mises à la charge de l'entreprise Justumus ne sauraient excéder la somme totale de 8 993,57 euros toutes taxes comprises.

Par une ordonnance du 2 juin 2021, le clôture de l'instruction de l'affaire a été fixée au 3 septembre 2021.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- l'ordonnance n° 1502505 du 25 janvier 2016, par laquelle le juge des référés a prescrit une expertise sur les désordres qui affectent la halle Eloi Castaing à Fleurance en désignant comme expert M. E D ;

- l'ordonnance n° 1600614 du 11 mai 2016, par laquelle le juge des référés étend les opérations d'expertise aux sociétés Acoustique Certification et SPIE Sud-Ouest ;

- l'ordonnance n° 1600882 du 6 juin 2016, par laquelle le juge des référés étend les opérations d'expertise à la Mutuelle des Architectes Français (MAF) en sa qualité d'assureur de la société atelier d'architecture A3+ ;

- l'ordonnance n° 1600882 du 29 avril 2019, par laquelle le juge des référés étend les opérations d'expertise à la société LGL France Lennox ;

- l'ordonnance n° 1600882 du 9 octobre 2019 par laquelle le président du tribunal administratif de Pau a liquidé et taxé à la somme de 36 433,44 euros les frais et honoraires de l'expertise confiée à M. E D et mis ces frais et honoraires à la charge de la commune de Fleurance.

Vu :

- le code civil ;

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code général des impôts ;

- le code des marchés publics (2006) ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C,

- les conclusions de M. A,

- les observations de Me Orliac-Massonié, représentant la commune de Fleurance, de Me Massol, représentant la société atelier d'architecture A3+, de Me Cachelou, représentant la société Setes Ingénierie et de Me Bretagnolle, représentant la société Entreprise Justumus.

Considérant ce qui suit :

1. La commune de Fleurance dispose d'une salle polyvalente dite halle Eloi Castaing au sein de laquelle elle organise des manifestations festives. Elle a décidé de procéder à sa réhabilitation acoustique, notamment en modifiant son système de chauffage et de ventilation, et en la dotant d'un renouvellement d'air hygiénique et d'un rafraichissement. Elle a, par marché public du 4 septembre 2008, en qualité de maître d'ouvrage, confié la maîtrise d'œuvre de la réhabilitation de cette salle à un groupement conjoint et solidaire composé notamment de la société atelier d'architecture A3+, mandataire du groupement, chargée d'assurer la conception et le suivi du projet, ainsi que du bureau d'études techniques SA Setes Ingénierie, chargé d'étudier les installations techniques. Le lot n° 5 " plomberie - sanitaire - chauffage " a été confié à la société Entreprise Justumus par acte d'engagement du 19 mars 2009. La société LGL France Lennox a, quant à elle, fourni à la société Entreprise Justumus l'unité de traitement d'air intégrant une pompe à chaleur réversible. La réception de ce lot est intervenue le 29 mai 2009 avec réserves, lesquelles ont été levées le 9 décembre 2009 pour une réception prononcée sans réserve. La maintenance des équipements de pompes à chaleur a été confiée à la société SPIE Sud Ouest par acte d'engagement du 17 septembre 2010. Confrontée à des problèmes d'exploitation de la halle, ne pouvant obtenir une régulation efficace de la température, plus particulièrement l'été, la commune a fait procéder à un audit technique, lequel a conclu, le 20 février 2015, que le dimensionnement des installations était insuffisant pour assurer les besoins de rafraîchissement et de renouvellement d'air hygiénique de la salle.

2. Par une requête enregistrée le 9 mars 2020 sous le numéro 2000573, la commune de Fleurance, demande au tribunal de condamner d'une part, solidairement les sociétés Entreprise Justumus, Setes Ingénierie, atelier d'architecture A3+ en réparation des désordres issus de ces travaux et d'autre part, la société SPIE Facilities, venant au droit de la société SPIE Sud Ouest, en réparation de ses préjudices.

Sur la compétence du juge administratif :

3. Le litige né de l'exécution d'une opération de travaux publics et opposant des participants à l'exécution de ces travaux relève de la compétence de la juridiction administrative, sauf si les parties en cause sont unies par un contrat de droit privé.

4. Il résulte de l'instruction que la société Entreprise Justumus a commandé à son fournisseur la société LGL France Lennox une unité de traitement d'air par un contrat de droit privé qui n'a pas eu pour effet de conférer à cette dernière la qualité de participant à l'exécution des travaux publics. Par suite, il appartient aux juridictions de l'ordre judiciaire de connaître des demandes des sociétés atelier d'architecture A3+, Setes Ingénierie, et Entreprise Justumus dirigées contre la société LGL France Lennox.

Sur la responsabilité :

En ce qui concerne l'opposabilité du rapport d'expertise :

5. Il résulte des points n° 3 et 4 qu'il n'appartient pas au juge administratif de se prononcer sur l'opposabilité du rapport d'expertise à la société LGL France Lennox.

En ce qui concerne la garantie décennale :

6. D'une part, aux termes de l'article R. 131-29 du code de la construction et de l'habitation : " Dans les locaux dans lesquels est installé un système de refroidissement, celui-ci ne doit être mis ou maintenu en fonctionnement que lorsque la température intérieure des locaux dépasse 26 °C. () ". Aux termes de l'article 5 du code des marchés publics dans sa version applicable au litige : " I. - La nature et l'étendue des besoins à satisfaire sont déterminées avec précision avant tout appel à la concurrence ou toute négociation non précédée d'un appel à la concurrence en prenant en compte des objectifs de développement durable. Le ou les marchés ou accords-cadres conclus par le pouvoir adjudicateur ont pour objet exclusif de répondre à ces besoins. / II. - Le pouvoir adjudicateur détermine le niveau auquel les besoins sont évalués. Ce choix ne doit pas avoir pour effet de soustraire des marchés aux règles qui leur sont normalement applicables en vertu du présent code. ". Aux termes de l'article 64.1 du règlement sanitaire départemental des Hautes-Pyrénées du 1er juillet 1981, modifié, le débit minimal d'air neuf en litres par seconde et par occupant pour les locaux de réunions tels que salles de réunions, de spectacles, de culte, clubs, foyers est de 5 pour les locaux avec interdiction de fumer.

7. D'autre part, il résulte des principes qui régissent la garantie décennale des constructeurs que des désordres apparus dans le délai d'épreuve de dix ans, de nature à compromettre la solidité de l'ouvrage ou à le rendre impropre à sa destination dans un délai prévisible, engagent leur responsabilité, même s'ils ne se sont pas révélés dans toute leur étendue avant l'expiration du délai de dix ans, dès lors que les désordres leur sont imputables, même partiellement et sauf à ce que soit établie la faute du maître d'ouvrage ou l'existence d'un cas de force majeure. La responsabilité décennale du constructeur peut être recherchée pour des dommages survenus sur des éléments d'équipement dissociables de l'ouvrage s'ils rendent celui-ci impropre à sa destination. La circonstance que les désordres affectant un élément d'équipement fassent obstacle au fonctionnement normal de cet élément n'est pas de nature à engager la responsabilité décennale du constructeur si ces désordres ne rendent pas l'ouvrage lui-même impropre à sa destination.

S'agissant du caractère décennal des désordres

8. Il résulte du rapport d'expertise que lors des opérations d'expertise, lesquelles se fondaient également sur le diagnostic effectué par le rapport d'audit du 20 février 2015, quatre désordres ont été identifiés, à savoir premièrement, une conception intrinsèque de l'unité de traitement d'air Lennox inadaptée à l'installation, deuxièmement, un sous-dimensionnement de la puissance frigorifique et du débit d'air de traitement si les conditions contractuelles de température de rafraichissement sont retenues à 27° Celsius et moins, troisièmement, un sous-dimensionnement de la puissance frigorifique, thermique et aéraulique si les conditions contractuelles d'une occupation à 628 personnes de la notice de sécurité devait être respectée, et enfin, quatrièmement, des défauts de mise en œuvre concernant des absences de clapet ou de filtres. Ce dernier désordre, qualifié d'anecdotique et sans conséquence sur les trois premiers désordres par l'expert judiciaire, ne peut qu'être écarté dans l'appréciation du caractère décennal des désordres constatés. Concernant le premier désordre, à savoir la conception intrinsèque de l'unité de traitement d'air Lennox inadaptée à l'installation, il résulte des points n° 3 et 4 du jugement, qu'il n'appartient pas au juge administratif de se prononcer sur la qualification juridique de ce désordre.

9. Concernant les deuxième et troisième désordres, consistant respectivement en un sous-dimensionnement de la puissance frigorifique et du débit d'air de traitement si les conditions contractuelles de température de rafraichissement sont retenues à 27° Celsius et moins, et en un sous-dimensionnement de la puissance frigorifique, thermique et aéraulique si les conditions contractuelles d'une occupation à 628 personnes de la notice de sécurité devait être respectée, l'expert a pu constater que le cahier des clauses techniques particulières ne définissait ni le taux d'occupation de la salle, ni le niveau de température intérieure à atteindre. D'une part, il a identifié trois taux d'occupation : premièrement, un taux de 180 personnes découlant de la capacité de l'installation de renouvellement d'un niveau de débit d'air neuf maximum de 3 240 mètres cube par heure rapporté au niveau fixé par le règlement sanitaire départemental précité de 18 mètres cube par heure par personne, deuxièmement, un taux de 400 personnes provenant du courrier de la société Setes Ingénierie réceptionné le 22 juillet 2010 par la requérante et l'informant, à sa demande, des modalités de calcul du dimensionnement de la pompe à chaleur, et enfin, troisièmement, un taux de 628 personnes acté par le procès-verbal de la sous-commission départementale pour la sécurité contre les risques d'incendie et de panique dans les établissements recevant du public du 17 février 2009. D'autre part, l'expert judiciaire a retenu comme critère de référence et ce, pour les besoins de l'expertise, une température intérieure minimale de confort en hiver de 18° Celsius et en été de 26° Celsius pour une température extérieure maximale de 32° Celsius. Or, la campagne de mesure des températures diligentée par l'expert pendant la période du 25 août 2016 au 6 septembre 2016, soit treize jours, a révélé que la température ambiante intérieure atteignait à cinq reprises entre 28° Celsius à 30° Celsisus pour une température extérieure allant de 27° Celsius à 31° Celsius. Il en a déduit que ces mesures démontraient un sous-dimensionnement frigorifique de l'unité de traitement d'air et que cette unité était incapable d'assurer une température de 26° Celsius intérieur en cas de température de 32° Celsius extérieure, prenant en compte des apports internes de 400 personnes et 5 kilowatts d'éclairage, contrairement à ce que la société Setes Ingénierie avait affirmé dans son courrier mentionné ci-dessus.

10. Toutefois, si ces dysfonctionnements affectant les équipements de la salle ont pour conséquence de faire obstacle au bon fonctionnement des activités de la halle en portant atteinte aux conditions d'accueil thermique des usagers, ils ne rendent pas pour autant la salle, destinée à recevoir du public de tout âge pour des manifestations festives, impropre à cette destination, étant rappelé que le marché public en litige avait pour objet principal la réhabilitation acoustique de la salle. Ainsi, ce n'est qu'à l'occasion du diagnostic des travaux à mener que le maître d'œuvre a relevé, le 18 octobre 2008, que la halle était dotée d'un générateur d'air chaud fonctionnant au fioul et qu'aucun système d'extraction d'air vicié n'était présent. Il a, dès lors, proposé, au regard de la forte activité de la salle, de traiter, à l'occasion du marché de réhabilitation acoustique de la halle, le problème de la ventilation et du rafraîchissement de la salle, les usagers ayant pris l'habitude d'ouvrir les portes et les fenêtres de la halle, ce qui était générateur de nuisances sonores pour les riverains. En outre, l'unité de traitement de l'air en litige assure des fonctions de rafraichissement de l'air mais ne constitue pas une climatisation. Par suite, la commune de Fleurance n'est pas fondée à rechercher la responsabilité décennale des constructeurs ayant participé aux travaux de réhabilitation de la halle Eloi Castaing pour ce qui concerne le sous-dimensionnement de l'unité de traitement de l'air de cette salle.

En ce qui concerne la responsabilité contractuelle :

S'agissant de la société Setes Ingénierie

11. La réception de l'ouvrage est l'acte par lequel le maître de l'ouvrage déclare accepter l'ouvrage avec ou sans réserve. Elle vaut pour tous les participants à l'opération de travaux, même si elle n'est prononcée qu'à l'égard de l'entrepreneur, et met fin aux rapports contractuels entre le maître de l'ouvrage et les constructeurs en ce qui concerne la réalisation de l'ouvrage. Indépendamment de la décision du maître d'ouvrage de réceptionner les prestations de maîtrise d'œuvre, la réception de l'ouvrage met fin aux rapports contractuels entre le maître d'ouvrage et le maître d'œuvre en ce qui concerne les prestations indissociables de la réalisation de l'ouvrage, au nombre desquelles figurent, notamment, les missions de conception de cet ouvrage.

12. La commune de Fleurance met en cause la responsabilité contractuelle de la société Setes Ingénierie, en sa qualité de maître d'œuvre, au titre de sa carence fautive dans son devoir de conseil et demande le versement de la somme de 34 483,93 euros correspondant à la différence entre le coût des travaux de reprise pour une occupation simultanée de 400 personnes et le montant des travaux nécessaires à une occupation simultanée de 180 personnes. Cependant, il résulte de l'instruction que la réception du lot n° 5 " plomberie - sanitaire - chauffage " est intervenue le 29 mai 2009 avec réserves, lesquelles ont été levées le 9 décembre 2009 pour une réception prononcée sans réserve. Par suite, la commune de Fleurance n'est pas fondée à rechercher la responsabilité contractuelle de la société Setes Ingénierie dans ses missions de conception de l'installation en sa qualité de maître d'œuvre.

S'agissant de la société SPIE Facilities

13. La commune de Fleurance met en cause la responsabilité contractuelle de la société SPIE Facilities, venant aux droits de la société SPIE Sud-Ouest, chargée de la maintenance de l'installation litigieuse dans la mesure où elle n'a jamais fait de réserve, ni d'observation lors des opérations de maintenance laissant ainsi la commune engager des frais inutiles. La requérante demande que la société soit en conséquence condamnée à verser la somme de 33 529,79 euros en réparation des frais induits par les pannes récurrentes de l'installation et la somme de 12 638,78 euros en réparation des frais d'assistance technique. Il résulte de l'instruction que l'expert a souligné dans le cadre de son rapport que " si la société SPIE Sud Ouest, assurant la maintenance et l'entretien de l'unité de traitement d'air avait dans le cadre professionnel de son devoir de conseil assuré les opérations menées lors de l'expertise avec notamment l'intervention de Lennox, le désordre lié à la conception intrinsèque de l'unité aurait pu être identifié bien plus tôt ". Toutefois, le contrat du 18 octobre 2010 passé entre le maire de Fleurance et la société SPIE Sud-Ouest a pour objet la maintenance des pompes à chaleur de la commune avec un suivi périodique pour la conduite du bon fonctionnement des installations consistant en deux interventions annuelles de gros entretien défini comme une prestation de conduite, surveillance et de réglage ainsi que le petit entretien et menues réparations. Etaient exclues les prestations de remplacement ou renouvellement total ou partiel des matériels y compris la main d'œuvre nécessaire, vérification des matériels avec démontage. Ainsi, la société SPIE Facilities n'a pas participé aux travaux de réhabilitation acoustique de la halle. En outre, les activités de maintenance des équipements municipaux confiées à la société SPIE Facilities n'ont pas de lien avec les désordres constatés par l'expertise judiciaire. Enfin, les frais d'entretien et d'assistance technique dont la commune demande réparation ont été nécessités, selon l'expert judiciaire, par le désordre lié à la conception intrinsèque de l'unité de traitement de l'air fourni par la société LGL France Lennox à la société Entreprise Justumus par un contrat de droit privé ne relevant pas de la compétence du juge administratif ainsi qu'il a été indiqué aux points n° 3 et 4. Par suite, il résulte de ce qui précède que la responsabilité contractuelle de la société SPIE Facilities assurant la maintenance de l'unité de traitement de l'air litigieuse ne peut être engagée.

14. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de la commune de Fleurance tendant à l'engagement de la garantie décennale de la société atelier d'architecture A3+, Setes Ingénierie, Entreprise Justumus, à l'engagement de la responsabilité contractuelle de la société SPIE Facilities, venant aux droits de la société SPIE Sud-Ouest et à titre subsidiaire à l'engagement de la responsabilité contractuelle de la société Setes Ingénierie doit être rejetée.

Sur les frais d'expertise et les autres dépens :

15. Aux termes de l'article R. 621-13 du code de justice administrative : " Lorsque l'expertise a été ordonnée sur le fondement du titre III du livre V, le président du tribunal ou de la cour, après consultation, le cas échéant, du magistrat délégué, ou, au Conseil d'Etat, le président de la section du contentieux en fixe les frais et honoraires par une ordonnance prise conformément aux dispositions des articles R. 621-11 et R. 761-4. Cette ordonnance désigne la ou les parties qui assumeront la charge de ces frais et honoraires. Elle est exécutoire dès son prononcé, et peut être recouvrée contre les personnes privées ou publiques par les voies de droit commun. Elle peut faire l'objet, dans le délai d'un mois à compter de sa notification, du recours prévu à l'article R. 761-5. / Dans le cas où les frais d'expertise mentionnés à l'alinéa précédent sont compris dans les dépens d'une instance principale, la formation de jugement statuant sur cette instance peut décider que la charge définitive de ces frais incombe à une partie autre que celle qui a été désignée par l'ordonnance mentionnée à l'alinéa précédent ou par le jugement rendu sur un recours dirigé contre cette ordonnance ".

16. Par une ordonnance n° 1600882 du 9 octobre 2019, le président du tribunal administratif a liquidé et taxé à hauteur de 36 433,44 euros toutes taxes comprises le montant des frais et honoraires de l'expertise confiée à M. E D et mis cette somme à la charge de la commune de Fleurance.

17. Il y a lieu sur le fondement de l'article R. 761-1 du code de justice administrative de mettre à la charge définitive de la commune de Fleurance les frais de l'expertise, taxés et liquidés à la somme de 36 433,44 euros toutes taxes comprises.

18. Par ailleurs, la présente instance n'a donné lieu à aucun autre dépens. Par suite, les conclusions présentées à cette fin par les parties doivent être rejetées.

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

19. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par les autres parties des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. Par suite les conclusions de la commune de Fleurance présentées à ce titre doivent être rejetées.

20. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Fleurance une somme de 800 euros à verser, à la société atelier d'architecture A3+, la société Setes Ingénierie, la société Entreprise Justumus et la société SPIE Facilities, pour chacune, au titre des frais exposés par elles et non compris dans les dépens.

21. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la société Setes Ingénierie, qui n'a pas la qualité de partie

perdante, verse à la société LGL France Lennox une somme que celle-ci réclame au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : Les conclusions des sociétés atelier d'architecture A3+, Setes Ingénierie et Entreprise Justumus dirigées contre la société LGL France Lennox sont rejetées comme portées devant une juridiction incompétente pour en connaître.

Article 2 : La requête de la commune de Fleurance est rejetée.

Article 3 : Les frais et honoraires de l'expertise taxés et liquidés à la somme de 36 433,44 euros toutes taxes comprises (trente-six mille quatre cent trente-trois euros et quarante-quatre centimes) par une ordonnance n° 1600882 du 9 octobre 2019 sont mis à la charge définitive de la commune de Fleurance.

Article 4 : La commune de Fleurance versera aux sociétés atelier d'architecture A3+, Setes Ingénierie, Entreprise Justumus, SPIE Facilities, LGL France Lennox une somme de 800 euros, pour chacune, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à la commune de Fleurance, à la société atelier d'architecture A3+, la société d'études thermiques électriques et structures (SETES INGÉNIERIE) Ingénierie, la société Entreprise Justumus, la société SPIE Facilities, venant aux droits de la société SPIE Sud-Ouest, et à la société LGL France Lennox.

Copie en sera adressée à M. E D, expert.

Délibéré après l'audience du 8 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Sellès, présidente,

Mme Beneteau, première conseillère,

Mme Corthier, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 septembre 2022.

La rapporteure,

Signé

Z. C

La présidente,

Signé

M. B

La greffière,

Signé

P. SANTERRE

La République mande et ordonne au préfet du Gers en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition :

La greffière,

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