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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2000604

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2000604

jeudi 13 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2000604
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantGALLARDO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 16 mars 2020, la société par actions simplifiée unipersonnelle (SASU) Filasa International, représentée par la SELAS Egide, mandataire judiciaire, représentée par Me Gallardo, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés et de contribution sociale sur l'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre de l'exercice clos en 2015, ainsi que des pénalités correspondantes ;

2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la provision inscrite au titre de l'exercice 2015 est régulière et constitue une charge déductible au sens de l'article 39 du code général des impôts ; elle a justifié, par la production des statuts et des comptes de ses filiales et de nombreuses informations, de la nature immobilière de leur activité, de la prépondérance des actifs immobiliers dans le capital de ces sociétés et de l'absence d'utilisation directe des immeubles à des fins industrielles ;

- l'administration commet une erreur de droit en exigeant des documents supplémentaires alors que la charge de la preuve lui incombe et qu'un hypothétique défaut de communication imputable à l'entreprise serait justifié par la force majeure qui s'attache à la situation géopolitique en Crimée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 avril 2021, le directeur des vérifications nationales et internationales conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par la SASU Filasa International ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 16 mai 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 16 juin 2022.

Vu :

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B,

- et les conclusions de M. Clen, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. La société par actions simplifiée unipersonnelle (SASU) Filasa International, dont le siège est implanté à Pau (Pyrénées-Atlantiques), a fait l'objet d'une vérification de comptabilité diligentée par la direction des vérifications nationales et internationales, portant sur les exercices clos en 2015 et en 2016. À l'issue de ce contrôle, par une proposition de rectification du 12 décembre 2018, l'administration a remis en cause le caractère déductible de provisions pour dépréciation constituées par la société. Les rectifications en matière d'impôt sur les sociétés et de contribution sociale sur l'impôt sur les sociétés, d'un montant global de 5 045 525 euros, ont été confirmées par une décision du 28 mars 2019 et mises en recouvrement le 16 septembre 2019. La société a été placée en liquidation judiciaire le 22 octobre 2019. La réclamation préalable qu'a formée son mandataire judiciaire, le 14 novembre 2019, a été rejetée le 16 janvier 2020. La requérante demande au tribunal de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés et de contribution sociale sur l'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre de l'exercice clos en 2015, ainsi que des pénalités correspondantes.

Sur les conclusions tendant à la décharge des impositions en litige :

En ce qui concerne la charge de la preuve :

2. En vertu des règles gouvernant l'attribution de la charge de la preuve devant le juge administratif, applicables sauf loi contraire, s'il incombe, en principe, à chaque partie d'établir les faits nécessaires au succès de sa prétention, les éléments de preuve qu'une partie est seule en mesure de détenir ne sauraient être réclamés qu'à celle-ci. Il appartient, dès lors, au contribuable, pour l'application des dispositions du 1 de l'article 39 du code général des impôts selon lesquelles le bénéfice net est établi sous déduction de toutes charges, de justifier tant du montant des créances de tiers, amortissements, provisions et charges qu'il entend déduire du bénéfice net défini à l'article 38 du code général des impôts que de la correction de leur inscription en comptabilité, c'est-à-dire du principe même de leur déductibilité.

3. Par suite, il incombe à la requérante, qui a entendu déduire de son résultat imposable une provision pour dépréciation de titres de participation, de justifier du principe même de leur déductibilité. Au surplus et en tout état de cause, l'administration fiscale a pu, sans commettre d'erreur de droit, l'inviter, en cours de contrôle, à produire les pièces utiles afin d'établir le caractère déductible de cette provision. Enfin, si la requérante se prévaut de ce que la situation géopolitique en Crimée, où sont situés les terrains acquis par ses filiales, serait constitutive d'un cas de force majeure l'empêchant d'accéder à des pièces complémentaires, elle ne produit aucun élément tendant à démontrer qu'elle aurait vainement tenté de récupérer de tels documents.

En ce qui concerne la déductibilité des provisions pour dépréciation de titres de participation :

4. D'une part, aux termes de l'article 39 du code général des impôts, dans sa version alors en vigueur : " 1. Le bénéfice net est établi sous déduction de toutes charges, celles-ci comprenant, sous réserve des dispositions du 5, notamment : () 5° Les provisions constituées en vue de faire face à des pertes ou charges nettement précisées et que des événements en cours rendent probables, à condition qu'elles aient été effectivement constatées dans les écritures de l'exercice. () Toutefois, pour les exercices ouverts à partir du 1er janvier 1974, les titres de participation ne peuvent faire l'objet d'une provision que s'il est justifié d'une dépréciation réelle par rapport au prix de revient. Pour l'application de la phrase précédente, constituent des titres de participation les parts ou actions de sociétés revêtant ce caractère sur le plan comptable. Il en va de même des actions acquises en exécution d'une offre publique d'achat ou d'échange par l'entreprise qui en est l'initiatrice ainsi que des titres ouvrant droit au régime des sociétés mères, si ces actions ou titres sont inscrits en comptabilité au compte de titres de participation ou à une subdivision spéciale d'un autre compte du bilan correspondant à leur qualification comptable. / Les provisions pour dépréciation, en ce qui concerne les titres et actions susvisés, précédemment comptabilisées seront rapportées aux résultats des exercices ultérieurs à concurrence du montant des provisions de même nature constituées à la clôture de chacun de ces exercices ou, le cas échéant, aux résultats de l'exercice de cession. / Toutefois, les dotations aux provisions pour dépréciation comptabilisées au titre de l'exercice sur l'ensemble des titres de participation définis au dix-septième alinéa ne sont pas déductibles à hauteur du montant des plus-values latentes existant à la clôture du même exercice sur les titres appartenant à cet ensemble. Pour l'application des dispositions de la phrase précédente, les plus-values latentes, qui s'entendent de la différence existant entre la valeur réelle de ces titres à la clôture de l'exercice et leur prix de revient corrigé des plus ou moins-values en sursis d'imposition sur ces mêmes titres, sont minorées du montant des provisions non admises en déduction au titre des exercices précédents en application de la même phrase et non encore rapportées au résultat à la clôture de l'exercice. Le montant des dotations ainsi non admis en déduction est affecté à chaque titre de participation provisionné à proportion des dotations de l'exercice comptabilisées sur ce titre. Le présent alinéa s'applique aux seuls titres de sociétés à prépondérance immobilière définies au a sexies-0 bis du I de l'article 219 pour la détermination des résultats des exercices ouverts à compter du 1er janvier 2007. ".

5. D'autre part, aux termes de l'article 219 du même code, dans sa version alors en vigueur : " a sexies-0 bis) Le régime des plus et moins-values à long terme cesse de s'appliquer à la plus ou moins-value provenant des cessions de titres de sociétés à prépondérance immobilière non cotées réalisées à compter du 26 septembre 2007. Sont considérées comme des sociétés à prépondérance immobilière les sociétés dont l'actif est, à la date de la cession de ces titres ou a été à la clôture du dernier exercice précédant cette cession, constitué pour plus de 50 % de sa valeur réelle par des immeubles, des droits portant sur des immeubles, des droits afférents à un contrat de crédit-bail conclu dans les conditions prévues au 2 de l'article L. 313-7 du code monétaire et financier ou par des titres d'autres sociétés à prépondérance immobilière. Pour l'application de ces dispositions, ne sont pas pris en considération les immeubles ou les droits mentionnés à la phrase précédente lorsque ces biens ou droits sont affectés par l'entreprise à sa propre exploitation industrielle, commerciale ou agricole ou à l'exercice d'une profession non commerciale. ". Pour l'application de ces dispositions, les immeubles affectés à l'exploitation s'entendent exclusivement des moyens permanents d'exploitation, à l'exclusion de ceux qui sont l'objet même de cette exploitation ou qui constituent des placements en capitaux.

6. En l'espèce, la SASU Filasa International a acquis, par l'intermédiaire de cinq sociétés filiales de droit ukrainien dont elle détient la quasi-totalité du capital social pour un montant total de 27 174 287 euros, cinq terrains situés en Crimée afin qu'y soient installées des centrales de production d'énergie. La situation géopolitique a rendu les terrains inaccessibles ce qui a conduit les dirigeants de la société mère à les considérer comme perdus et à constituer, en 2015, une provision égale à l'intégralité des participations détenues dans ces filiales. La requérante a ensuite, sur le fondement des dispositions citées précédemment, déduit cette provision de son résultat imposable au taux réduit du régime des titres de sociétés à prépondérance immobilière. À l'issue de la vérification de comptabilité diligentée par la direction des vérifications nationales et internationales, l'administration a refusé d'admettre ces provisions en déduction du résultat imposable au motif que la prépondérance immobilière des sociétés filiales n'était pas établie.

7. Pour contester la réintégration de ces provisions à son résultat imposable, la requérante soutient qu'elle a justifié en cours de contrôle, par la production des statuts et des comptes de ses filiales ainsi que de nombreuses informations, de la nature immobilière de leur activité, de la prépondérance des actifs immobiliers dans le capital de ces sociétés et de l'absence d'utilisation directe des immeubles à des fins industrielles. Toutefois, il résulte de l'instruction qu'aux termes des statuts des filiales ukrainiennes, ces entités ont pour objet social non seulement la construction de parcs d'éoliennes en Crimée mais également la production, la transmission, le partage et la livraison d'électricité, l'exploitation des centrales éoliennes, la vente en gros et de détail de l'électricité, et encore la réalisation d'études. Par ailleurs, les bilans de ces filiales comportent, à l'actif, exclusivement des stocks et des en-cours de production. Si la requérante a soutenu, en cours de contrôle, que ces actifs correspondaient à des droits et concessions sur les terrains destinés à accueillir des infrastructures éoliennes ainsi que de nombreuses études de faisabilité, l'administration fait valoir, sans être utilement contestée, que la société n'a apporté aucun justificatif pour asseoir ces précisions. L'intéressée se prévaut également de la décision n° 408594 du Conseil d'État du 1er octobre 2018, laquelle énonce que si les éléments du stock proprement dit peuvent, le cas échéant, être évalués d'après le cours du jour et leur éventuelle dépréciation être constatée par une provision égale à la différence entre le prix de revient et le cours du jour, les productions en cours doivent être évaluées à leur seul prix de revient et ne peuvent éventuellement donner lieu qu'à une provision pour perte conformément au 5° du 1 de l'article 39 du code général des impôts. Or, dès lors que la nature des stocks n'est pas étayée par des justificatifs et que le cours du jour n'est pas établi, il ne peut, en tout état de cause, y avoir de valorisation d'une éventuelle provision pour dépréciation de stock et les en-cours ne peuvent être provisionnés au titre de la dépréciation. Dans ces conditions, la requérante doit être regardée comme n'apportant pas la preuve, qui lui incombe, qu'elle était fondée à déduire de son résultat imposable la provision pour dépréciation de leurs parts sociales.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la SASU Filasa International à fin de décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés et de contribution sociale sur l'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre de l'exercice clos en 2015, ainsi que des pénalités correspondantes, doivent être rejetées, ainsi, par voie de conséquence, que ses conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la SASU Filasa International est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SELAS Egide es-qualité de liquidateur judiciaire de la SASU Filasa International et au directeur des vérifications nationales et internationales.

Délibéré après l'audience du 22 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Sellès, présidente,

Mme Beneteau, première conseillère,

Mme Neumaier, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 octobre 2022.

La rapporteure,

Signé

A. B

La présidente,

Signé

M. ALa greffière,

Signé

P. SANTERRE

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition :

La greffière,

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