mardi 12 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Pau |
| Section | Tribunal Administratif de Pau |
| N° Dossier | TA64-2000747 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | BONNET |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 3 avril 2020 et le 24 juillet 2020, la société par actions simplifiée Société financière et immobilière de l'Atlantique (SAS Sofima), représentée par Me Bonnet, demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre de l'exercice clos le 30 septembre 2013, et des pénalités correspondantes ;
2°) à titre subsidiaire, de prononcer la décharge de la majoration pour manquement délibéré dont ces impositions ont été assorties.
Elle soutient que :
- l'imposition a été émise à tort à son nom, alors que depuis le 1er octobre 2013 elle fait partie d'un groupe fiscalement intégré, au sens de l'article 223 A du code général des impôts, ayant à sa tête la société Holding Sagec ;
- l'administration, qui n'a pas à apprécier l'opportunité des choix de cession d'éléments de stock, n'apporte pas la preuve d'un acte anormal de gestion ; la minoration du prix de vente d'un des 29 appartements du programme immobilier, cédé à une salariée de la société, se justifie par les caractéristiques de l'appartement situé en rez-de-chaussée, exposé à des nuisances sonores et olfactives ; à défaut d'avoir été commercialisé par le prestataire retenu dans un délai de six mois, il convenait d'accélérer la vente du lot n° 5 en vue de boucler rapidement le programme immobilier ; la réduction du prix n'a eu qu'un impact mineur sur le plan financier ;
- le principe de la personnalité des peines s'oppose à ce que la majoration pour manquement délibéré soit appliquée aux sociétés FSA et Sofima, associées non gérantes de la société de programme contrôlée, seul auteur des manquements reprochés ; la SCCV détermine en effet les résultats et produit les déclarations de bénéfices industriels et commerciaux que les associés recueillent, sans pouvoir les modifier ; la SCCV est gérée par la SAS Sagec Rhône Alpes, ayant pour président M. D et pour directrice générale Mme A ; il n'y a donc pas identité de dirigeant entre la société gérante de la SCCV et les sociétés associées ;
- la SCCV n'a commis aucun manquement délibéré, la cession des éléments de son stock ayant permis de boucler avec célérité une opération de promotion immobilière, dans des conditions quasi conformes au plan financier.
Par un mémoire en défense, enregistré le 21 juillet 2020, la directrice de contrôle fiscal Centre-Est conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que :
- aucun des moyens soulevés par la SAS Sofima n'est fondé ;
- la majoration pour manquement délibéré est justifiée, dès lors qu'elle établit l'insuffisance de la déclaration et l'intention du contribuable d'éluder l'impôt.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. B,
- les conclusions de M. Clen, rapporteur public,
- et les observations de Me Bonnet, représentant la SAS Sofima.
Une note en délibéré présentée par la SAS Sofima a été enregistrée le 5 juillet 2022.
Considérant ce qui suit :
1. La société civile immobilière de construction-vente (SCCV) Coeur Montebello, qui a pour associés la SAS Financière Sagec et la SAS Sofima, a entrepris la réalisation de la résidence " Coeur Montebello ", programme immobilier à usage d'habitation à Vetraz Monthoux en Haute-Savoie. A l'issue d'une vérification de comptabilité portant sur la période du 1er janvier 2011 au 31 décembre 2013, le service a remis en cause la valeur vénale de l'un des vingt-neuf appartements cédés dans le cadre de ce programme, selon lui sous-estimée. Les rehaussements en résultant ont été maintenus par une réponse aux observations du contribuable du 28 novembre 2014. Saisie à la demande de la SCCV Coeur Montebello, la commission départementale des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires a, dans sa séance du 12 février 2016, admis la pertinence de la méthode d'évaluation retenue par le service, mais proposé une décote de 12 % afin de tenir compte des nuisances auxquelles l'appartement est exposé. Les rappels de TVA ont été émis conformément à cet avis. En parallèle, la SAS Sofima a été destinataire, en sa qualité d'associée, d'une proposition de rectification du 6 août 2014. A l'issue de la procédure contradictoire, les rappels d'impôt sur les sociétés en résultant, au titre de l'exercice clos le 30 septembre 2013, ont été mis en recouvrement le 30 septembre 2016, pour un montant total de 9 381 euros, dont 6 569 euros en droits et 2 812 euros en pénalités. La SAS Sofima, dont la réclamation a été rejetée par une décision du 12 février 2020, demande au tribunal de prononcer la décharge de ces impositions, ou à titre subsidiaire de la majoration pour manquement délibéré.
Sur la régularité de la procédure :
2. Aux termes de l'article 223 A du code général des impôts, dans sa rédaction applicable au litige : " Une société peut se constituer seule redevable de l'impôt sur les sociétés dû sur l'ensemble des résultats du groupe formé par elle-même et les sociétés dont elle détient 95 % au moins du capital, de manière continue au cours de l'exercice, directement ou indirectement par l'intermédiaire de sociétés () membres du groupe () / Les sociétés du groupe restent soumises à l'obligation de déclarer leurs résultats qui peuvent être vérifiés dans les conditions prévues par les articles L. 13, L. 47 et L. 57 du livre des procédures fiscales. () / Seules peuvent être membres du groupe les sociétés () qui ont donné leur accord et dont les résultats sont soumis à l'impôt sur les sociétés () / () Les options et les accords sont renouvelés par tacite reconduction () ". En vertu de l'article 46 quater-0 ZD de l'annexe III à ce code, dans sa rédaction applicable à l'année en litige, la société mère ayant opté pour le régime de l'intégration fiscale prévu par l'article 223 A doit notifier cette option au service des impôts auprès duquel est souscrite la déclaration du résultat d'ensemble et lui adresser notamment la liste des sociétés filiales qui seront membres du groupe ainsi que les attestations par lesquelles ces sociétés font connaître leur accord pour que la société mère retienne leurs résultats pour la détermination du résultat d'ensemble.
3. Il résulte de l'instruction que depuis le 1er octobre 2013, la SAS Sofima fait partie d'un groupe intégré fiscalement, au sens de l'article 223 A du code général des impôts, dont la tête de groupe est la société Holding Sagec. Si, à compter de cette date, la société Holding Sagec est seule redevable de l'impôt sur les sociétés dû sur l'ensemble des résultats du groupe, la SAS Sofima ne soutient, ni même n'allègue qu'elle aurait expressément donné son accord pour que les impositions dues à raison de ses résultats antérieurs à l'intégration fiscale soient imputées à la société tête de groupe. Dès lors, c'est à bon droit que les impositions en litige ont été émises au nom de la SAS Sofima, seule redevable de l'impôt dû au titre de ses résultats de l'exercice clos le 30 septembre 2013.
Sur le bien-fondé de l'impôt :
4. En vertu des dispositions combinées des articles 38 et 209 du code général des impôts, le bénéfice imposable à l'impôt sur les sociétés est celui qui provient des opérations de toute nature faites par l'entreprise, à l'exception de celles qui, en raison de leur objet ou de leurs modalités, sont étrangères à une gestion normale. Constitue un acte anormal de gestion l'acte par lequel une entreprise décide de s'appauvrir à des fins étrangères à son intérêt. Il appartient, en règle générale, à l'administration, qui n'a pas à se prononcer sur l'opportunité des choix de gestion opérés par une entreprise, d'établir les faits sur lesquels elle se fonde pour invoquer ce caractère anormal.
5. La SCCV Coeur Montebello a vendu, en l'état futur d'achèvement, le lot n° 5 du programme immobilier de la résidence " Cœur Montebello ", correspondant à un appartement de type T3 situé en rez-de-chaussée, à Mme E, salariée de la société, au prix de 200 000 euros annexes comprises, soit 184 000 euros hors annexes, soit un prix par tantième de 561 euros. Constatant que des biens similaires du même programme avaient été cédés à des tiers à un prix moyen de vente par tantième de 746,36 euros, supérieur à celui de l'appartement précité, le service a estimé que la valeur vénale de ce dernier avait été minorée. Il a donc rehaussé le prix de vente de cet appartement de 60 802,85 euros, puis, après avis de la commission des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires, a ramené la différence entre le prix de vente et la valeur vénale à 31 426,51 euros. Il a regardé le montant de cette minoration comme procédant d'un acte anormal de gestion de l'entreprise.
6. En premier lieu, la directrice de contrôle fiscal Centre-Est soutient que la valeur vénale du bien a été établie selon une méthode pertinente reposant sur la comparaison, au prix moyen par tantièmes, de ventes de biens comparables internes au même programme immobilier " Coeur Montebello ", situés entre le premier et le deuxième étage, d'une superficie comprise entre 61,91 et 65,84 mètres carrés, avec des terrasses comprises entre 21,11 et 26,51 mètres carrés. Si aucun de ces termes de comparaison n'est situé au rez-de-chaussée, le service a, conformément à l'avis de la commission des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires, appliqué une décote de 12 % afin de tenir compte de ce paramètre et des nuisances auxquelles l'appartement est exposé. A cet égard, l'appartement, d'une superficie de 63,53 mètres carrés, est implanté en rez-de-chaussée surélevé. Situé à l'angle nord-ouest du bâtiment, en retrait de l'angle de la rue des Ecoles et d'une impasse privée, il est pourvu d'une terrasse de 21,02 mètres carrés ouverte sur deux façades et dispose ainsi d'une vue relativement aérée. Si la rampe d'accès au parking en sous-sol est implantée juste en dessous de l'une des extrémités de la terrasse, celui-ci ne compte que 32 places de stationnement, tandis que la résidence, de taille modeste, ne comporte que 29 appartements. En revanche, il ressort du dossier de présentation que l'aire réservée aux poubelles, susceptible d'être à l'origine d'une gêne visuelle et de nuisances sonores et olfactives, se situe en contrebas de l'appartement, à proximité immédiate de celui-ci. Compte tenu de l'ensemble de ces éléments, la décote de 12 % proposée par la commission des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires et appliquée par le service apparaît adaptée à la prise en compte des caractéristiques et contraintes de l'appartement. En conséquence, en retenant une minoration de prix de 31 426,51 euros, l'administration fiscale doit être regardée comme mettant en évidence un écart de prix significatif entre la valeur vénale de cet appartement et celle des autres appartements T3 du programme.
7. En second lieu, l'administration fiscale fait valoir que l'appartement en cause a été cédé à Mme E, responsable commerciale au sein de la société Sagec Rhône-Alpes, laquelle assure la gérance de la SCCV Coeur Montebello. Toutefois, il résulte de l'instruction que le lot n° 5 figurait initialement parmi les dix lots confiés à l'Union financière de France, organisme national spécialisé dans la commercialisation de biens immobiliers, en vue d'accélérer la réalisation du programme. L'Union financière de France, rémunérée à fort pourcentage, qui avait envisagé la vente de ce bien au prix de 239 000 euros, n'a pas été en mesure de la concrétiser dans un délai de six mois. A défaut, la société Sagec Rhône-Alpes a repris à son compte cet appartement, en vue de le céder à Mme E au prix minoré de 200 000 euros, annexes comprises. Tandis que cette cession est intervenue parmi les dernières du programme, la société requérante fait valoir que la révision à la baisse du prix de vente, au vu du montant retenu par l'administration, a évité de subir les inconvénients financiers des retards de commercialisation et n'a conduit qu'à une perte représentant 0,46 % du chiffre d'affaires total de 6 816 620 euros TTC, tandis que l'opération a généré un bénéfice de 1 203 985 euros, conforme au plan financier initial.
8. Ainsi, quand bien même l'administration met en évidence, d'une part, une minoration du prix de vente de ce bien constituant un élément de l'actif circulant de la SCCV Coeur Montebello, d'autre part, le lien entre l'acquéreur et la société Sagec Rhônes-Alpes qui assure la gérance de la société de programme, ces éléments ne sont pas, dans les circonstances particulières de l'espèce, de nature à établir l'intention conjointe du vendeur d'accorder un avantage sans contrepartie et de l'acquéreur de recevoir cet avantage consenti à titre gratuit. Dans ces conditions, l'administration fiscale ne démontre pas un appauvrissement intentionnel décidé à des fins étrangères à l'intérêt social de la SCCV Coeur Montebello, témoignant de l'existence d'un acte anormal de gestion.
9. Il résulte de ce qui précède que l'administration ne pouvait ainsi considérer que la cession du lot n° 5 du programme " Coeur Montebello ", provenant de l'actif circulant de la SCCV Coeur Montebello constituait un acte anormal de gestion et ne pouvait donc rehausser de ce fait les bénéfices de la SAS Sofima au prorata des parts qu'elle détient dans la société de programme. Par suite, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, il y a lieu de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés mises à la charge de la SAS Sofima au titre de l'exercice clos le 30 septembre 2013 et des pénalités correspondantes.
D E C I D E :
Article 1er : La SAS Sofima est déchargée des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés mises à sa charge à raison des bénéfices tirés du programme immobilier " Cœur Montebello " au titre de l'exercice clos le 30 septembre 2013, et des pénalités correspondantes.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SAS Sofima et à la directrice de contrôle fiscal Centre-Est.
Délibéré après l'audience du 1er juillet 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Sellès, présidente,
M. Cabon, premier conseiller,
M. Ramin, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juillet 2022.
Le rapporteur,
signé
V. B
La présidente,
signé
M. C
La greffière,
signé
P. SANTERRE
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition :
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026