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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2000757

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2000757

vendredi 22 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2000757
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantSCP LYON-CAEN FABIANI THIRIEZ

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 5 avril 2020, le 25 mai 2022 et le 30 mai 2022, Mme B A, représentée par Me de Brisis, demande au tribunal :

1°) de condamner le département des Landes à lui verser la somme de 106 357,92 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter du 5 décembre 2019, en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis du fait de l'illégalité de la décision du 13 juin 2016 lui retirant son agrément d'accueillant familial de personnes âgées ou handicapées ;

2°) de mettre à la charge du département des Landes la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'illégalité de la décision du 13 juin 2016 lui retirant son agrément d'accueillant familial, résultant de son annulation par le jugement du présent tribunal en date du 18 septembre 2018, devenu définitif, engage la responsabilité pour faute du département des Landes ; à défaut, elle engage sa responsabilité sans faute dans la mesure où le coût et les conséquences du principe de précaution ne peuvent peser sur l'accueillant familial ;

- elle est fondée à demander réparation du préjudice anormal et spécial constitué des pertes de salaires et congés payés du 8 décembre 2015 au 1er décembre 2016 pour un montant de 36 357,92 euros ;

- elle a en outre subi un préjudice économique résultant des travaux faits à son domicile pour permettre l'accueil des personnes qui sera réparé par une somme de 40 000 euros ;

- elle est fondée à demander réparation d'un préjudice moral à hauteur de 30 000 euros du fait des répercussions importantes sur sa réputation personnelle et professionnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 31 janvier 2022, le département des Landes, représenté par la SCP Lyon-Caen et Thiriez conclut au rejet de la requête et demande que soit mise à la charge de la requérante la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que les griefs soulevés par Mme A ne sont pas fondés. Même sans vice de procédure, elle ne démontre pas que le département des Landes n'aurait pas procédé au retrait de son agrément. Les préjudices allégués ne sont pas établis.

Un mémoire, présenté pour le département des Landes, par la SCP Lyon-Caen et Thiriez, a été enregistré le 9 juin 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme D,

- les conclusions de Mme Michaud, rapporteure publique,

- et les observations de Me Lambert, représentant Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. Par décision du président du conseil général des Landes du 5 décembre 2006, Mme A a été agréée en qualité d'accueillante familiale, afin d'accueillir à son domicile une personne âgée ou handicapée à titre permanent. Cet agrément a été étendu à l'accueil de deux personnes âgées à partir du 1er mars 2010 et renouvelé, en dernier lieu, le 1er décembre 2011 pour une durée de 5 ans. Par décision du 4 décembre 2015, à la suite d'un signalement portant sur une suspicion de maltraitance à l'encontre d'une personne âgée qu'elle hébergeait, le président du conseil départemental des Landes a procédé à la suspension de l'agrément de Mme A. A la suite d'un avis du 7 juin 2016 émis par la commission consultative départementale de retrait, cette même autorité a retiré à l'intéressée son agrément d'accueillante familiale par une décision du 13 juin 2016. Par un jugement du 18 septembre 2018, le présent tribunal a annulé ces deux décisions. Mme A a adressé au département des Landes une réclamation indemnitaire préalable qu'il a reçue le 5 décembre 2019. Par la présente requête, elle demande que le département des Landes soit condamné à lui verser la somme totale de 106 357,92 euros en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subi du fait de l'illégalité de la décision du 13 juin 2016.

Sur la responsabilité du département :

2. Lorsqu'un accueillant familial sollicite le versement d'une indemnité en réparation du préjudice subi du fait de l'illégalité d'un retrait d'agrément entaché d'un vice de procédure, il appartient au juge de rechercher, en forgeant sa conviction au vu de l'ensemble des pièces produites par les parties et, le cas échéant, en tenant compte du motif pour lequel le juge administratif a annulé cette décision, si la même décision aurait pu légalement être prise dans le cadre d'une procédure régulière.

3. Aux termes de l'article L. 441-1 du code de l'action sociale et des familles : " Pour accueillir habituellement à son domicile, à titre onéreux, des personnes âgées ou handicapées adultes n'appartenant pas à sa famille jusqu'au quatrième degré inclus (), une personne ou un couple doit, au préalable, faire l'objet d'un agrément, renouvelable, par le président du conseil départemental de son département de résidence qui en instruit la demande. () / L'agrément ne peut être accordé que si les conditions d'accueil garantissent la continuité de celui-ci, la protection de la santé, la sécurité et le bien-être physique et moral des personnes accueillies, si les accueillants se sont engagés à suivre une formation initiale et continue et une initiation aux gestes de secourisme organisées par le président du conseil départemental et si un suivi social et médico-social des personnes accueillies peut être assuré. () ". Aux termes de l'article L. 441-2 du même code : " Le président du conseil départemental organise le contrôle des accueillants familiaux, de leurs remplaçants et le suivi social et médico-social des personnes accueillies. / Si les conditions mentionnées au troisième alinéa de l'article L. 441-1 cessent d'être remplies, il enjoint l'accueillant familial d'y remédier dans un délai fixé par le décret mentionné au même article. S'il n'a pas été satisfait à cette injonction, l'agrément est retiré après avis de la commission consultative. () En cas d'urgence, l'agrément peut être retiré sans injonction préalable ni consultation de la commission précédemment mentionnée. ".

4. La décision du 13 juin 2016 retirant à Mme A son agrément en qualité d'accueillante familiale a fait l'objet d'une annulation par un jugement du présent tribunal du 18 septembre 2018 au motif qu'elle n'a pas été prise après mise en œuvre de la procédure d'injonction préalable prévue à l'article L. 441-2 du code de l'action sociale et des familles au profit de l'accueillant familial.

5. Il résulte de l'instruction, notamment des motifs du jugement du 18 septembre 2018, que le président du conseil départemental a retiré, sur le fondement de l'article L. 441-2 du code de l'action sociale et des familles précité, l'agrément d'accueillant familial de Mme A aux motifs d'une part, de " mécontentements d'usagers et d'informations de professionnels s'étant accumulées, d'informations préoccupantes ayant nécessité deux suspensions d'agrément en juillet 2014 et décembre 2015 et le retrait d'une personne âgée et, d'autre part, de manquements répétés à ses obligations d'information en mai 2009, janvier 2012 et décembre 2013 et de poursuites de démarches d'accueil non autorisées de personnes âgées à domicile. " Ainsi, le président du conseil départemental a estimé au regard de ces considérations et de ces faits que les conditions d'accueil proposées n'étaient plus en mesure de garantir la santé, la sécurité et le bien-être physique et moral des personnes accueillies. Toutefois, le tribunal relève que les faits allégués de maltraitance sur des personnes accueillies par Mme A, révélés aux mois de juillet 2014 et novembre 2015, à l'origine du retrait d'agrément, ont fait l'objet d'un classement sans suite aux mois de novembre 2014 et juin 2016 par le procureur de la République. En outre, les griefs relatifs à des accueils non autorisés aux mois de mai et juin 2009 n'ont pas fait obstacle en 2011 au renouvellement de l'agrément accordé à Mme A. Par ailleurs, les mécontentements d'usagers et les informations des professionnels allégués ne sont pas suffisamment étayés par les pièces du dossier et les lettres de rappel des 10 janvier 2012 et 3 décembre 2013 relatives à la demande préalable d'avis du médecin coordonnateur et à l'information quant à une modification de prise en charge d'une personne accueillie concernent des faits anciens. De plus, le jugement fait état d'un rapport d'un médecin hospitalier du 18 décembre 2015 concernant une personne accueillie chez la requérante indiquant que celle-ci ne voulait plus retourner chez Mme A et que le couple A est " rigide et ne se remet pas en question ", notamment en ce qui concerne les visites ou sorties des personnes accueillies, cette personne accueillie a néanmoins rompu le contrat d'accueil et a été dirigée dès le mois de décembre 2015 vers un établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes de sorte que sa situation ne revêtait donc plus un caractère d'urgence à la date de la décision attaquée. Le tribunal a enfin relevé que la décision de retrait d'agrément d'accueillante familiale n'a été prise que le 13 juin 2016, soit plus de six mois après la révélation de ces faits au mois de novembre 2015 et près de six mois après le rapport médical circonstancié précité du 18 décembre 2015, excluant toute situation d'urgence.

6. Ainsi, outre qu'en l'absence d'urgence, le président du conseil départemental ne pouvait se dispenser de mettre en œuvre la procédure d'injonction préalable prévue à l'article L. 441-2 du code de l'action sociale et des familles au profit de l'accueillant familial, il résulte de l'instruction que les faits et manquements décrits dans le cadre de la précédente instance ne sont pas davantage étayés dans le cadre de la présente instance. Les courriers de rappel à l'ordre adressés à Mme A ne révèlent pas de façon circonstanciée les actes de maltraitance qui lui sont reprochés et n'ont d'ailleurs conduit le département à agir que plus de six mois après la révélation des derniers faits. Dès lors, les manquements reprochés à Mme A ne présentaient pas une gravité telle que les conditions d'accueil proposées n'étaient plus en mesure de garantir la santé, la sécurité et le bien-être physique et moral des personnes accueillies et, en conséquence, n'étaient pas de nature à justifier le retrait de son agrément. Par suite, l'illégalité constatée est susceptible d'engager la responsabilité du département des Landes à l'égard de Mme A.

7. Mme A soutient avoir subi une perte de salaire et de congés payés du 8 décembre 2015 au 1er décembre 2016, terme de son agrément pour un montant de 36 357,92 euros. Toutefois, il résulte de l'instruction, notamment de l'avis d'imposition sur les revenus de 2015 qu'elle a déclaré avoir perçus 12 580 euros et de l'avis d'imposition sur les revenus de 2016 qu'elle a déclaré avoir perçu 7 900 euros. En ce qui concerne la période du 4 décembre 2015 au 30 novembre 2016, date à laquelle son agrément serait arrivé à son terme, Mme A justifie, compte tenu de l'allocation de retour à l'emploi qui lui a été versée et qui doit être déduite, avoir subi une perte de revenus en lien direct avec l'illégalité fautive commise par le département des Landes dont il sera fait une juste appréciation en l'évaluant à la somme de 5 000 euros qui sera mise à la charge du département des Landes.

8. Mme A, qui soutient avoir réalisé des travaux à son domicile pour permettre l'accueil des personnes âgées, ne justifie pas du préjudice économique qu'elle allègue.

9. Compte tenu de la durée pendant laquelle Mme A a exercé son activité d'accueillant familial avant l'intervention de cette mesure ainsi que de l'atteinte portée à sa réputation personnelle et professionnelle, il sera fait une juste appréciation de son préjudice moral en condamnant le département des Landes à lui verser au titre de ce chef de préjudice la somme de 2 000 euros.

10. Il résulte de tout ce qui précède que le département de Landes doit être condamné à verser à Mme A la somme de 7 000 euros.

Sur les intérêts et la capitalisation des intérêts :

11. Mme A a droit aux intérêts au taux légal correspondant à l'indemnité de 7 000 euros à compter du 5 décembre 2019, date de réception par le département des Landes de sa réclamation préalable.

Sur les frais liés au litige :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de Mme A, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que le département des Landes demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge du département des Landes une somme de 1 200 euros au titre des frais exposés par Mme A et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Le département des Landes est condamné à verser à Mme A la somme de 7 000 euros (sept mille euros) augmentée des intérêts au taux légal à compter du 5 décembre 2019.

Article 2 : Le département des Landes versera une somme de 1 200 euros (mille deux cents euros) à Mme A sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Les conclusions présentées par le département des Landes sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au département des Landes.

Délibéré après l'audience du 15 juin 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Quéméner, présidente,

Mme Réaut, première conseillère,

Mme Duchesne, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 juillet 2022.

La rapporteure,

Signé

M. D

La présidente,

Signé

V. QUEMENERLa greffière,

Signé

M. C

La République mande et ordonne à la préfète des Landes en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition,

La greffière,

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