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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2000776

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2000776

jeudi 22 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2000776
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation1ère Chambre
Avocat requérantSELARL COUBRIS, COURTOIS & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 9 avril 2020 et le 26 mai 2021, M. E G et Mme A D, veuve G, représentés par la SELARL Coubris, Courtois et Associés, demandent au tribunal :

1°) de condamner le centre hospitalier de la Côte basque à verser, ès qualité d'ayant droit de M. C G, la somme de 25 000 euros, assortie des intérêts au taux légal au jour de la date d'enregistrement de leur demande, en réparation des préjudices subis par ce dernier, suite à l'intervention chirurgicale d'exérèse d'un polype vésical réalisée le 30 avril 2018 ;

2°) d'appeler en déclaration de jugement commun la caisse primaire d'assurance maladie de Pau-Pyrénées ;

3°) de mettre à la charge du centre hospitalier de la Côte basque la somme totale de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les entiers dépens.

Ils soutiennent que :

- la responsabilité du centre hospitalier est engagée, sur le fondement des articles L. 1111-2 et L. 1142-1 du code de la santé publique, dès lors que M. C G n'a pas bénéficié d'une information suffisante quant aux conséquences pouvant résulter de l'intervention ; il n'a pas eu d'information précise sur les complications attachées à une perforation de la vessie ou à un syndrome de réabsorption du glycocolle ;

- si M. G n'a subi aucune perte de chance de se soustraire à l'intervention, rendue nécessaire par son état de santé, il a en revanche subi un préjudice d'impréparation en ne pouvant pas se préparer convenablement aux conséquences graves de l'opération subie ;

- son préjudice doit être indemnisé à hauteur de 25 000 euros.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 mai 2021, le centre hospitalier de la Côte basque, représenté par la SELARLU Karine Lhomy, conclut :

- à titre principal, au rejet de la requête ;

- à titre subsidiaire, à ce que l'indemnisation demandée par les consorts G soit réduite à la somme de 3 000 euros ;

- à ce qu'une somme de 2 500 euros soit mise à la charge des consorts G sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Par une ordonnance du 3 juin 2021, la clôture de l'instruction a été fixée au 31 août 2021.

Un mémoire présenté par la caisse primaire d'assurance maladie de Pau-Pyrénées a été enregistré le 23 août 2022, postérieurement à la clôture de l'instruction.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la santé publique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme F,

- les conclusions de M. Clen, rapporteur public,

- et les observations de Me Winter, substituant Me Lhomy, pour le centre hospitalier de la Côte basque.

Considérant ce qui suit :

1. M. C G, né le 15 novembre 1960, a fait l'objet d'une résection d'un polype vésical en 2004 au centre hospitalier de la Côte basque. Suite à une consultation en service d'urologie du 10 avril 2018, une nouvelle tumeur est détectée à l'échographie. M. C G a alors subi, le 30 avril 2018, une résection endoscopique d'un polype du méat urétéral. En fin d'intervention, le méat urétéral gauche n'a pas pu être retrouvé, rendant impossible la pose d'une sonde dite " double J " dans l'uretère gauche en fin d'opération. Il est également noté une balance entrée/sortie du liquide d'irrigation " glycocolle " de 6 litres. M. G a alors présenté une distension abdominale, avec syndrome cave inférieur. Le syndrome de réabsorption du glycocolle présenté par le patient a eu pour conséquence une insuffisance rénale, une encéphalopathie métabolique au glycocolle, une hyperhydratation cellulaire, une hyponatrémie ainsi que des troubles cardiaques. M. G a été transféré en réanimation, où il restera hospitalisé jusqu'au 10 mai 2018, avant d'être admis en service de chirurgie urologique. Un scanner réalisé le 5 mai 2018 a mis en évidence la présence d'une plaie de la vessie, ainsi qu'un urinome de 45 millimètres de diamètre. Le résultat histologique de la tumeur vésicale a révélé l'existence d'un carcinome urothélial de grade III. Une exérèse de la tumeur vésicale est réalisée le 23 juillet 2018 à la clinique Saint-Augustin de Bordeaux, avec mise en place d'une sonde " double J ". Une cytoprostatectomie robot-assistée avec curage ganglionnaire est réalisée le 23 octobre 2018 au sein du même établissement. Un scanner réalisé le 14 décembre 2018 a mis en évidence la présence de métastases pulmonaires, cérébrales et osseuses. Une chimiothérapie est entreprise, mais l'arrêt des soins a été décidé devant l'état général de M. G et la poursuite évolutive de sa maladie. M. G est décédé le 16 février 2019. Par courrier du 28 février 2019, le centre hospitalier de la Côte basque a rejeté la demande préalable d'indemnisation des consorts G. Ces derniers ont saisi la Commission de conciliation et d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales qui a diligenté une mission d'expertise, confiée aux docteurs Davody et Simon. Au vu des conclusions du rapport d'expertise, la commission a émis un avis défavorable à une indemnisation, à l'exception de celle portant sur le préjudice d'impréparation subi par M. G. Aucune offre d'indemnisation n'ayant été formulée par la Société hospitalière d'assurance mutuelle, assureur du centre hospitalier, Mme A D, veuve G, et M. E G, agissant ès qualité d'ayants-droit de M. C G, demandent au tribunal de condamner le centre hospitalier de la Côte basque à leur verser une somme de 25 000 euros en réparation des préjudices subis par ce dernier à la suite de l'opération chirurgicale du 30 avril 2018.

Sur les conclusions indemnitaires :

2. D'une part, aux termes du I de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute () ".

3. D'autre part, aux termes des dispositions de l'article L. 1111-2 du même code : " Toute personne a le droit d'être informée sur son état de santé. Cette information porte sur les différentes investigations, traitements ou actions de prévention qui sont proposés, leur utilité, leur urgence éventuelle, leurs conséquences, les risques fréquents ou graves normalement prévisibles qu'ils comportent ainsi que sur les autres solutions possibles et sur les conséquences prévisibles en cas de refus ". Il résulte de ces dispositions que doivent être portés à la connaissance du patient, préalablement au recueil de son consentement à l'accomplissement d'un acte médical, les risques connus de cet acte qui, soit présentent une fréquence statistique significative, quelle que soit leur gravité, soit revêtent le caractère de risques graves, quelle que soit leur fréquence.

4. En cas de manquement à cette obligation d'information, si l'acte de diagnostic ou de soin entraîne pour le patient, y compris s'il a été réalisé conformément aux règles de l'art, un dommage en lien avec la réalisation du risque qui n'a pas été porté à sa connaissance, la faute commise en ne procédant pas à cette information engage la responsabilité de l'établissement de santé à son égard, pour sa perte de chance de se soustraire à ce risque en renonçant à l'opération. Il n'en va autrement que s'il résulte de l'instruction, compte tenu de ce qu'était l'état de santé du patient et son évolution prévisible en l'absence de réalisation de l'acte, des alternatives thérapeutiques qui pouvaient lui être proposées ainsi que de tous autres éléments de nature à révéler le choix qu'il aurait fait, qu'informé de la nature et de l'importance de ce risque, il aurait consenti à l'acte en question.

5. Indépendamment de la perte d'une chance de refuser l'intervention, le manquement des médecins à leur obligation d'informer le patient des risques courus ouvre pour l'intéressé, lorsque ces risques se réalisent, le droit d'obtenir réparation des troubles qu'il a subis du fait qu'il n'a pas pu se préparer à cette éventualité. S'il appartient au patient d'établir la réalité et l'ampleur des préjudices qui résultent du fait qu'il n'a pas pu prendre certaines dispositions personnelles dans l'éventualité d'un accident, la souffrance morale qu'il a endurée lorsqu'il a découvert, sans y avoir été préparé, les conséquences de l'intervention doit, quant à elle, être présumée.

6. Il résulte de l'instruction que, antérieurement à l'opération litigieuse, et par une attestation signée le 30 avril 2018, M. G avait donné son consentement à la réalisation de cette intervention, en certifiant que l'ensemble des risques et complications potentiels de cette chirurgie lui avaient été clairement indiqués, ce formulaire faisant également état de l'entretien individuel que le patient avait eu avec le praticien qui allait réaliser l'intervention. Toutefois, ce seul élément est insuffisant pour établir que M. G avait reçu une information suffisante sur le risque de perforation de la vessie et de syndrome de réabsorption du glycocolle, alors qu'il ressort du rapport d'expertise que les perforations de la vessie surviennent dans 1,5 à 3 % des cas lors de ce type d'intervention, un tel risque devant alors être regardé comme fréquent au sens de l'article L. 1111-2 du code de la santé publique. Il ressort en outre du même rapport d'expertise que le centre hospitalier de la Côte basque n'a, durant les opérations d'expertise, donné aucun détail particulier concernant la forme et le contenu de l'information délivrée à M. G antérieurement à son intervention chirurgicale.

7. Si les consorts G soutiennent que M. C G n'a pas pu prendre certaines dispositions personnelles dans l'éventualité d'un accident, ils n'apportent aucun élément permettant d'établir l'ampleur et la réalité de ce préjudice. Il sera toutefois fait une juste appréciation du préjudice d'impréparation de M. G, résultant de la souffrance morale endurée lorsqu'il a découvert, sans y être préparé, les conséquences de l'intervention, laquelle doit être présumée, en fixant le montant de l'indemnité due à ce titre à la somme de 3 000 euros.

Sur les intérêts :

8. Les consorts G ont demandé les intérêts au taux légal dans leur mémoire introductif d'instance. Leur demande indemnitaire préalable date du 31 mai 2018. Dès lors, les consorts G ont droit, à compter de cette date, aux intérêts au taux légal sur les sommes que le centre hospitalier de la côte basque est condamné à leur verser, en réparation des préjudices subis.

Sur les dépens :

9. La présente instance n'ayant donné lieu à aucun dépens, les conclusions présentées à ce titre par les consorts G doivent être rejetées.

Sur les frais liés à l'instance :

10. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".

11. Il y a lieu, sur le fondement de ces dispositions, de mettre à la charge du centre hospitalier de la Côte basque une somme de 1 500 € au titre des frais exposés par les requérants dans le cadre de la présente instance et non compris dans les dépens. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge des consorts G, qui ne sont pas partie perdante en la présente instance, la somme que le centre hospitalier de la Côte basque demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Le centre hospitalier de la Côte basque est condamné à verser une somme globale de 3 000 (trois mille) euros à M. E G et Mme A D, veuve G, en réparation des préjudices subis par M. C G, liés au manquement de cet établissement de santé lors de la prise en charge de ce dernier dans les suites de son accident du 30 avril 2018.

Article 2 : La somme mentionnée à l'article 1er portera intérêt au taux légal à compter du 31 mai 2018.

Article 3 : Le centre hospitalier de la Côte basque versera une somme globale de 1 500 euros à M. E G et à Mme A D veuve G, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. E G, à Mme A D veuve G, à la caisse primaire d'assurance maladie de Pau-Pyrénées, et au centre hospitalier de la Côte basque.

Délibéré après l'audience du 8 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Sellès, présidente,

Mme Beneteau, première conseillère,

Mme Neumaier, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 septembre 2022.

La rapporteure,

signé

L. F La présidente,

signé

M. B

La greffière,

signé

P. SANTERRE

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition :

La greffière,

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