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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2000780

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2000780

mardi 18 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2000780
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantLEBRUN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 9 avril 2020, la société civile immobilière Amaya et Mme B A, représentées par Me Lebrun, demandent au tribunal :

1°) de condamner la commune de Bayonne à leur verser la somme 3 114 000 euros en réparation du préjudice subi du fait des informations erronées et insuffisantes délivrées par la commune lors de l'achat d'un bien immobilier, de l'absence d'adoption d'un arrêté de péril et de l'erreur dans l'adoption des mesures de police appropriées ainsi que dans leur retard à être prises, cette somme étant assortie des intérêts au taux légal à compter de la réception de la demande préalable ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Bayonne une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la commune de Bayonne a commis une faute en délivrant à Mme A et à la société Amaya des renseignements erronés au moment de l'achat d'un bien immobilier par cette dernière ;

- elle a commis des agissements fautifs en n'informant pas les exposantes de sa volonté de procéder à l'expropriation ;

- ces illégalités leur ont causé un préjudice moral, du fait du caractère vexatoire de la procédure suivie, une atteinte à leurs biens en méconnaissance de l'article 17 de la déclaration des droits de l'homme et du citoyen et de l'article 1er du premier protocole additionnel à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et un trouble dans leurs conditions d'existence.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C,

- et les conclusions de Mme Réaut, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. La société Amaya a fait l'acquisition le 28 avril 2003 d'un appartement dans l'immeuble sis 5/7 rue des Tonneliers à Bayonne. Par arrêté du 19 novembre 2014, le maire de cette commune a interdit l'accès aux troisième et quatrième étages de cet immeuble. La société Amaya et Mme A, sa gérante, demandent la condamnation de la commune de Bayonne à réparer les préjudices qu'elles estiment avoir subis du fait de la délivrance de renseignements erronés lors de l'acquisition de cet appartement, de l'illégalité de l'arrêté du 19 novembre 2014, et de la carence du maire dans l'édiction des mesures appropriées à l'état de l'immeuble.

Sur les conclusions aux fins d'indemnité :

2. En premier lieu, il résulte de l'instruction que, préalablement à l'acquisition de l'appartement par la société Amaya en 2003, le notaire a adressé à la commune de Bayonne une demande de renseignement d'urbanisme, sur le formulaire dédié, à laquelle les services de la commune de Bayonne ont répondu, par courriers du 26 novembre 2002. Si ces services n'ont mentionné, ni dans ces courriers, ni dans celui dans lequel ils ont fait état de la renonciation de la commune à l'exercice de son droit de préemption, l'état de délabrement de l'immeuble en cause, ils n'étaient pas tenus de le faire, eu égard à l'objet des informations qui étaient demandées à cette collectivité. En tout état de cause, il n'est pas démontré que les services de la commune de Bayonne, qui n'ont diligenté une visite des lieux qu'en 2004, étaient alors informés de l'état de cet immeuble. Par suite, le moyen tiré de la délivrance d'informations erronées par la commune de Bayonne lors de l'acquisition de l'appartement par la société Amaya doit être écarté comme manquant en fait.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 2212-1 du code général des collectivités territoriales : " Le maire est chargé, sous le contrôle administratif du représentant de l'Etat dans le département, de la police municipale, de la police rurale et de l'exécution des actes de l'Etat qui y sont relatifs. ". Aux termes de l'article L. 2212-2 du même code : " La police municipale a pour objet d'assurer le bon ordre, la sûreté, la sécurité et la salubrité publiques. Elle comprend notamment : 1° Tout ce qui intéresse la sûreté et la commodité du passage dans les rues, quais, places et voies publiques, ce qui comprend le nettoiement, l'éclairage, l'enlèvement des encombrements, la démolition ou la réparation des édifices et monuments funéraires menaçant ruine, l'interdiction de rien exposer aux fenêtres ou autres parties des édifices qui puisse nuire par sa chute ou celle de rien jeter qui puisse endommager les passants ou causer des exhalaisons nuisibles ainsi que le soin de réprimer les dépôts, déversements, déjections, projections de toute matière ou objet de nature à nuire, en quelque manière que ce soit, à la sûreté ou à la commodité du passage ou à la propreté des voies susmentionnées ; (). ". Aux termes de l'article L. 2212-4 du même code : " En cas de danger grave ou imminent, tel que les accidents naturels prévus au 5° de l'article L. 2212-2, le maire prescrit l'exécution des mesures de sûreté exigées par les circonstances. () ". Aux termes de l'article L. 2213-24 du même code : " Le maire prescrit la réparation ou la démolition des murs, bâtiments, édifices ou monuments funéraires menaçant ruine dans les conditions prévues au chapitre Ier du titre Ier du livre V du code de la construction et de l'habitation. ". Aux termes de l'article L. 511-1 du code de la construction et de l'habitation : " La police de la sécurité et de la salubrité des immeubles, locaux et installations est exercée dans les conditions fixées par le présent chapitre et précisées par décret en Conseil d'Etat. ". Aux termes de l'article L. 511-2 du même code : " La police mentionnée à l'article L. 511-1 a pour objet de protéger la sécurité et la santé des personnes en remédiant aux situations suivantes : 1° Les risques présentés par les murs, bâtiments ou édifices quelconques qui n'offrent pas les garanties de solidité nécessaires au maintien de la sécurité des occupants et des tiers ; 2° Le fonctionnement défectueux ou le défaut d'entretien des équipements communs d'un immeuble collectif à usage principal d'habitation, lorsqu'il est de nature à créer des risques sérieux pour la sécurité des occupants ou des tiers ou à compromettre gravement leurs conditions d'habitation ou d'utilisation ; () ; 4° L'insalubrité, telle qu'elle est définie aux articles L. 1331-22 et L. 1331-23 du code de la santé publique. ". Aux termes de l'article L. 511-4 du même code : " L'autorité compétente pour exercer les pouvoirs de police est : 1° Le maire dans les cas mentionnés aux 1° à 3° de l'article L. 511-2, sous réserve s'agissant du 3° de la compétence du représentant de l'Etat en matière d'installations classées pour la protection de l'environnement prévue à l'article L. 512-20 du code de l'environnement ; 2° Le représentant de l'Etat dans le département dans le cas mentionné au 4° du même article. ".

4. L'arrêté du 19 novembre 2014 par lequel le maire de Bayonne a interdit l'accès aux troisième et quatrième étages de l'immeuble concerné se fonde sur le risque d'effondrement imminent du plafond du troisième étage dans sa totalité, et a donc été pris à bon droit sur le fondement des articles L. 2212-2 et L. 2212-4 du code général des collectivités territoriales, eu égard à la situation de péril imminent, dont la réalité n'est d'ailleurs pas discutée par les requérantes. Par suite, en se fondant sur ces dispositions au lieu de celles précitées du code de la construction de l'habitation, le maire de Bayonne n'a pas entaché cet arrêté d'une erreur de droit.

5. En dernier lieu, il résulte de l'instruction que les services de la commune de Bayonne ont diligenté en 2004 une visite de l'immeuble en cause par un agent chargé de l'hygiène et de la sécurité, à la suite de laquelle ils ont adressé un courrier au syndic de l'immeuble par lequel, d'une part, ils ont fait état de l'endommagement de la toiture, du défaut d'étanchéité et de son infestation par des insectes xylophages, d'autre part, ils ont demandé que leur soit transmis une attestation relative à la solidité des planchers et que leur soit indiqué les mesures prises pour enrayer la colonisation par ces insectes. Il résulte du carnet d'entretien de l'immeuble que des travaux de réfection de la toiture ainsi qu'un état parasitaire ont été commandés en 2006, que des travaux d'isolation des combles ont été réalisés en 2007 et 2009, et qu'un remplacement de la colonne d'eaux usées à la suite d'un dégât des eaux a été effectué en 2007. Si une locataire a fait état d'un défaut de stabilité au sol de son appartement et a demandé de faire vérifier les autres appartements, voire la structure de l'immeuble, il n'est pas établi que la commune de Bayonne avait été destinataire de ces informations, contenues dans un courrier adressé par cette locataire au syndic de copropriété le 17 mars 2006. Par ailleurs, à la suite de l'affaissement du plancher d'une terrasse, la copropriété a fait étayer les porteurs endommagés et les services de la commune ont demandé à cette occasion la réalisation d'un diagnostic de la structure. Il n'est donc pas démontré que la commune de Bayonne était en possession d'informations sur l'état de délabrement de l'immeuble tel qu'il nécessitait l'édiction de mesures de sûreté antérieures à celle prise par l'arrêté du 19 novembre 2014. Par suite, le moyen tiré de la tardiveté de la mesure prise par le maire de Bayonne et de la carence de cette commune dans l'édiction de mesures appropriées doit être écarté.

6. Il résulte de tout ce qui précède que la commune de Bayonne n'a pas commis de faute de nature à engager sa responsabilité. Par suite, les conclusions aux fins d'indemnité de la requête de la société Amaya et autre doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

7. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".

8. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. Les conclusions présentées à ce titre par la société Amaya et autre doivent dès lors être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la société Amaya et autre est rejetée.

Article 2 : La présente décision sera notifiée à la société civile immobilière Amaya et à la commune de Bayonne.

Délibéré après l'audience du 20 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. de Saint-Exupéry de Castillon, président,

Mme Bénéteau, première conseillère,

Mme Dumez-Fauchille, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 octobre 2022.

La rapporteure,

Signé

V. C

Le président,

Signé

F. DE SAINT-EXUPERY DE CASTILLONLa greffière,

Signé

A. STRZALKOWSKA

La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Atlantiques en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition :

La greffière,

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