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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2001051

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2001051

mardi 26 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2001051
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantNOEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 3 juin 2020 et le 16 juin 2021, Mme C A, représentée par Me Noël, demande au tribunal :

1°) de condamner le centre intercommunal d'action sociale du Marsan à lui payer la somme totale de 44 267, 34 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter du 3 février 2020, en réparation des préjudices qu'elle a subis du fait de la décision de ne pas renouveler son contrat à durée déterminée, de ce qu'elle n'a pas fait l'objet d'évaluations professionnelles annuelles et en raison du recours successif abusif à des contrats à durée déterminée ;

2°) de mettre à la charge du centre intercommunal d'action sociale du Marsan une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

o son contrat à durée déterminée aurait dû être transformé en contrat à durée indéterminée à compter du 14 mars 2012, en application de l'article 21 de la loi du 12 mars 2012 ;

o la décision de ne pas renouveler son contrat n'a pas été précédée d'un entretien préalable, en méconnaissance de l'article 38-1 du décret du 15 février 1988 ;

o elle n'a pas fait l'objet d'évaluations professionnelles annuelles, en méconnaissance de l'article 1-3 du décret du 15 février 1988 ;

o la décision de ne pas renouveler son contrat a été prise pour des motifs étrangers à l'intérêt du service et à sa manière de servir ;

o le recours à des contrats à durée déterminée a revêtu un caractère abusif ;

- Ces fautes lui ont causé :

o un préjudice financier d'un montant de 17 771, 34 euros du fait de l'absence de versement de l'indemnité de préavis de deux mois et d'indemnité de licenciement ;

o un préjudice professionnel et financier d'un montant de 6 496 euros du fait de la perte de revenus qu'elle subit depuis la fin de son contrat avec le centre intercommunal ;

o un préjudice moral et un trouble dans ses conditions d'existence d'un montant de 20 000 euros dès lors qu'elle ne peut comprendre la décision injustifiée de son employeur et est confrontée à des difficultés financières.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 1er septembre 2020 et le 5 août 2021, le centre intercommunal d'action sociale du Marsan, représenté par Me Derridj, conclut, dans le dernier état de ses écritures, au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de Mme A une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- la loi n° 2012-347 du 12 mars 2012 ;

- le décret n° 88-145 du 15 février 1988 ;

- le décret n° 2012-1293 du 22 novembre 2012 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B,

- les conclusions de Mme Meunier-Garner, rapporteure publique,

- et les observations de Me Derridj représentant le centre intercommunal d'action sociale du Marsan.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A a été recrutée le 23 décembre 1991 par le centre communal d'action sociale (CCAS) de la commune de Mont-de-Marsan, en qualité d'agent social, au sein du service des aides à domicile, par différents contrats à durée déterminée. Le centre intercommunal d'action sociale (CIAS) du Marsan, l'a par la suite recrutée à compter du 1er avril 2010 en tant qu'agent social de 2ème classe par une succession de contrats à durée déterminée jusqu'au 31 décembre 2017. Par un courrier du 26 juillet 2017, le président du CIAS du Marsan a informé Mme A de ce que son contrat parvenant à échéance le 31 décembre 2017 ne serait pas renouvelé. Mme A demande la condamnation du CIAS du Marsan à l'indemniser des différents préjudices qu'elle estime avoir subis dans le cadre de sa relation de travail avec cet établissement public.

Sur les conclusions aux fins d'indemnité :

En ce qui concerne l'absence de transformation des contrats de travail à durée déterminée de Mme A en contrat à durée indéterminée :

2. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article 21 de la loi du 12 mars 2012 relative à l'accès à l'emploi titulaire et à l'amélioration des conditions d'emploi des agents contractuels dans la fonction publique, à la lutte contre les discriminations et portant diverses dispositions relatives à la fonction publique, dans sa version applicable à la date de son entrée en vigueur le 14 mars 2012 : " A la date de publication de la présente loi, la transformation de son contrat en contrat à durée indéterminée est obligatoirement proposée à l'agent contractuel, employé par une collectivité territoriale ou un des établissements publics mentionnés à l'article 2 de la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 précitée conformément à l'article 3 de la même loi, dans sa rédaction antérieure à celle résultant de la présente loi, qui se trouve en fonction ou bénéficie d'un congé prévu par le décret pris en application de l'article 136 de ladite loi. / Le droit défini au premier alinéa du présent article est subordonné à une durée de services publics effectifs, accomplis auprès de la même collectivité ou du même établissement public, au moins égale à six années au cours des huit années précédant la publication de la présente loi. () Les cinquième et dernier alinéas du I de l'article 15 de la présente loi sont applicables pour l'appréciation de l'ancienneté prévue aux deuxième et troisième alinéas du présent article. () ".

3. Il résulte de ces dispositions que tous les agents non titulaires recrutés sur le fondement de l'article 3 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale peuvent bénéficier du dispositif prévu par l'article 21 de la loi 12 mars 2012 dont les dispositions prévoient qu'ils se voient proposer la transformation de leur contrat en contrat à durée indéterminée. Cette obligation de transformation ne s'applique toutefois qu'aux contrats des agents qui, à la date du 13 mars 2012, se trouvaient en fonction, ou bénéficiaient d'un congé prévu par le décret pris en application de l'article 136 de la loi du 26 janvier 1984, et qui justifiaient d'une durée de services publics effectifs accomplis auprès de la même collectivité ou du même établissement public au moins égale à six années au cours des huit années précédant le 13 mars 2012 ou, pour les agents âgés d'au moins cinquante-cinq ans, d'une durée de services publics effectifs réduite à trois années au moins accomplis au cours des quatre années précédant cette même date.

4. D'autre part, aux termes de l'article 14 ter de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, dans sa version alors en vigueur : " Lorsque l'activité d'une personne morale de droit public employant des agents non titulaires de droit public est reprise par une autre personne publique dans le cadre d'un service public administratif, cette personne publique propose à ces agents un contrat de droit public, à durée déterminée ou indéterminée selon la nature du contrat dont ils sont titulaires. Sauf disposition législative ou réglementaire ou conditions générales de rémunération et d'emploi des agents non titulaires de la personne publique contraires, le contrat qu'elle propose reprend les clauses substantielles du contrat dont les agents sont titulaires, en particulier celles qui concernent la rémunération. Les services accomplis au sein de la personne publique d'origine sont assimilés à des services accomplis au sein de la personne publique d'accueil. () ".

5. Si les dispositions précitées de la loi du 12 mars 2012 obligent les collectivités territoriales et les établissements publics en relevant à proposer, à compter de la date de publication de la loi, la transformation de leur contrat à durée déterminée en contrat à durée indéterminée aux agents contractuels que ces collectivités emploient et qui remplissent les conditions qu'elles définissent, ces dispositions ne prévoient pas la transformation automatique, du fait de la publication de la loi, des contrats à durée déterminée de ces agents en contrat à durée indéterminée.

Par conséquent, en soutenant qu'elle devait bénéficier automatiquement d'un contrat à durée indéterminée compte tenu de son ancienneté de services, Mme A doit être regardée comme se prévalant de l'absence de proposition d'un contrat à durée indéterminée à compter du 14 mars 2012.

6. Contrairement à ce que soutient Mme A, ainsi qu'il a été dit au point 1, le CIAS du Marsan n'était son employeur que depuis le 1er avril 2010. Si elle se prévaut des dispositions précitées de l'article 14 ter de la loi du 13 juillet 1983 pour considérer que ses services accomplis au profit du CCAS de Mont-de-Marsan doivent être assimilés à des services accomplis au sein du CIAS du Marsan, celui-ci le conteste et il résulte de l'instruction que, d'une part, le dernier contrat conclu avec le CCAS de Mont-de-Marsan portait sur la période du 1er janvier 2010 au 31 mars 2010, prolongée par avenant jusqu'au 31 décembre 2010, alors que le premier contrat d'embauche conclu le 29 mars 2010 avec le CIAS n'a porté que sur la période du 1er avril au 30 juin 2010, le suivant n'étant conclu qu'à partir du 1er janvier 2011, d'autre part, alors que le contrat avec l'établissement public intercommunal avait pour objet de pourvoir un poste temporairement vacant à temps complet, celui conclu précédemment avec le CCAS de Mont-de-Marsan avait pour objet de remplacer un agent titulaire en congés annuels ou de maladie au prorata des heures effectuées. Le premier contrat d'embauche conclu par le CIAS du Marsan ne reprenait donc pas les clauses substantielles de celui que Mme A avait conclu précédemment avec le CCAS de Mont-de-Marsan. Il suit de là que ce contrat n'est pas intervenu dans le cadre d'une reprise d'activité, et Mme A ne peut ainsi prétendre à conserver le bénéfice de l'ancienneté acquise au titre de ses précédents contrats avec le CCAS de Mont-de Marsan, sur le fondement des dispositions précitées de l'article 14 ter de la loi du 13 juillet 1983. Dans ces conditions, la requérante ne justifiant pas, à la date du 14 mars 2012, de six années effectives de services effectifs auprès du CIAS du Marsan, elle ne peut se prévaloir des dispositions précitées de l'article 21 de la loi du 12 mars 2012 qui font obligation à l'employeur de proposer un contrat à durée indéterminée, pour soutenir que seul son licenciement aurait pu intervenir le 31 décembre 2017. Par suite, la décision du président du CIAS du Marsan 26 juillet 2017 portant non-renouvellement du contrat à durée déterminée n'est pas entachée d'erreur de droit.

En ce qui concerne le défaut d'entretien préalable :

7. Aux termes de l'article 38-1 du décret du 15 février 1988 pris pour l'application de l'article 138 de la loi du 26 janvier 1984 modifiée portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale et relatif aux agents contractuels de la fonction publique territoriale, dans sa rédaction applicable aux faits de l'espèce : " Lorsqu'un agent contractuel a été engagé pour une durée déterminée susceptible d'être renouvelée en application des dispositions législatives ou réglementaires qui lui sont applicables, l'autorité territoriale lui notifie son intention de renouveler ou non l'engagement au plus tard : / -huit jours avant le terme de l'engagement pour l'agent recruté pour une durée inférieure à six mois ; / -un mois avant le terme de l'engagement pour l'agent recruté pour une durée égale ou supérieure à six mois et inférieure à deux ans ; / -deux mois avant le terme de l'engagement pour l'agent recruté pour une durée égale ou supérieure à deux ans ; / -trois mois avant le terme de l'engagement pour l'agent dont le contrat est susceptible d'être renouvelé pour une durée indéterminée en application des dispositions législatives ou réglementaires applicables. () La notification de la décision finale doit être précédée d'un entretien lorsque le contrat est susceptible d'être reconduit pour une durée indéterminée ou lorsque la durée du contrat ou de l'ensemble des contrats conclus sur emploi permanent conformément à l'article 3-3 de la loi du 26 janvier 1984 susvisée est supérieure ou égale à trois ans. () ". Aux termes de l'article 3-3 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale, dans sa version applicable au litige : " Par dérogation au principe énoncé à l'article 3 de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 précitée et sous réserve de l'article 34 de la présente loi, des emplois permanents peuvent être occupés de manière permanente par des agents contractuels dans les cas suivants : 1° Lorsqu'il n'existe pas de cadre d'emplois de fonctionnaires susceptibles d'assurer les fonctions correspondantes ; / 2° Pour les emplois du niveau de la catégorie A lorsque les besoins des services ou la nature des fonctions le justifient et sous réserve qu'aucun fonctionnaire n'ait pu être recruté dans les conditions prévues par la présente loi ; / 3° Pour les emplois de secrétaire de mairie des communes de moins de 1 000 habitants et de secrétaire des groupements composés de communes dont la population moyenne est inférieure à ce seuil ; / 4° Pour les emplois à temps non complet des communes de moins de 1 000 habitants et des groupements composés de communes dont la population moyenne est inférieure à ce seuil, lorsque la quotité de temps de travail est inférieure à 50 % ; / 5° Pour les emplois des communes de moins de 2 000 habitants et des groupements de communes de moins de 10 000 habitants dont la création ou la suppression dépend de la décision d'une autorité qui s'impose à la collectivité ou à l'établissement en matière de création, de changement de périmètre ou de suppression d'un service public. / Les agents ainsi recrutés sont engagés par contrat à durée déterminée d'une durée maximale de trois ans. Ces contrats sont renouvelables par reconduction expresse, dans la limite d'une durée maximale de six ans. / Si, à l'issue de cette durée, ces contrats sont reconduits, ils ne peuvent l'être que par décision expresse et pour une durée indéterminée. ".

8. Il ne résulte pas de l'instruction que les contrats de travail conclus par Mme A avec le CIAS du Marsan et le CCAS de Mont-de-Marsan, l'ont été sur le fondement des dispositions précitées de l'article 3-3 de la loi du 26 janvier 1984. En outre, si Mme A soutient que son contrat était susceptible d'être reconduit pour une durée indéterminée compte tenu qu'elle justifiait de vingt-six années d'ancienneté auprès du même employeur, d'une part, comme il a été dit au point 6, elle ne réunissait pas les conditions prévues par l'article 21 de la loi du 12 mars 2012 et l'article 14 ter de la loi du 13 juillet 1983, d'autre part, elle n'assortit pas ce moyen des précisions suffisantes pour en apprécier le bien-fondé dès lors qu'elle n'indique pas les dispositions susceptibles de fonder le renouvellement de son contrat en contrat à durée indéterminée. Dès lors, Mme A n'est pas fondée à soutenir que la décision du président du CIAS du Marsan du 26 juillet 2017 portant non-renouvellement du contrat à durée déterminée devait être précédée d'un entretien. Par suite, cette décision n'a pas été prise en méconnaissance des dispositions précitées de l'article 38-1 du décret du 15 février 1988.

En ce qui concerne l'absence d'évaluation annuelle :

9. Aux termes de l'article 1-3 du décret du 15 février 1988, dans sa version applicable au litige : " I. - Les agents recrutés sur un emploi permanent par contrat à durée indéterminée ou par contrat à durée déterminée d'une durée supérieure à un an bénéficient chaque année d'un entretien professionnel qui donne lieu à un compte rendu. () ".

10. Il résulte de l'instruction que les contrats de travail conclus par le CIAS du Marsan avec Mme A étaient chacun d'une durée inférieure ou égale à une année. Par suite, la requérante ne peut utilement soutenir qu'elle n'a pas bénéficié d'entretien professionnel annuel, en application des dispositions précitées de l'article 1-3 du décret du 15 février 1988.

En ce qui concerne le défaut d'intérêt du service :

11. L'administration peut toujours, pour des motifs tirés de l'intérêt du service ou pris en considération de la personne, ne pas renouveler le contrat d'un agent public recruté pour une durée déterminée, et, par là même, mettre fin aux fonctions de cet agent, sans que ce dernier puisse se prévaloir de ce que la conclusion du contrat dont il a bénéficié aurait créé des droits à son profit.

Il appartient à l'autorité administrative, lorsque l'agent soutient que la décision de non renouvellement n'a pas été prise dans l'intérêt du service, d'indiquer, s'ils ne figurent pas dans la décision, les motifs pour lesquels il a été décidé de ne pas renouveler le contrat. A défaut de fournir ces motifs, la décision de non renouvellement doit alors être regardée comme ne reposant pas sur des motifs tirés de l'intérêt du service.

12. Si Mme A soutient que sa manière de servir n'avait jamais fait l'objet d'aucune critique avant 2017, et si dans sa décision du 26 juillet 2017, le président du CIAS du Marsan ne mentionne pas le motif de non-renouvellement du contrat de Mme A, il résulte toutefois des écritures du CIAS du Marsan que le président de cet établissement public s'est fondé sur l'intérêt du service en raison de plusieurs dysfonctionnements constatés dans l'exécution des tâches confiées à la requérante dans le cadre de son poste de blanchisseuse au sein de l'établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD) du Marsan, et qui ont fait l'objet d'un rapport d'incidents établi par un cadre supérieur de santé le 14 juin 2017, alors que, par courrier de ce même cadre du 3 mai 2017, elle avait déjà fait l'objet d'un rappel à l'ordre sur ses obligations, notamment en ce qui concerne le respect des horaires de travail et des procédures de circulation des personnels mises en place dans le cadre du plan d'hygiène de l'établissement. Par ailleurs, le président du CIAS a infligé un blâme à la requérante le 1er juin 2017 au motif que cette dernière avait menacé verbalement un collègue le 13 mars 2017, et il résulte de l'instruction que les difficultés relationnelles sanctionnées par ce blâme ont également constitué un motif déterminant à l'origine de la décision du 26 juillet 2017. Si Mme A soutient qu'elle était en réalité victime de faits d'harcèlement et d'agressions sexuels de la part de ce collègue de l'EHPAD, et que d'autres personnels auraient également été victimes de cet employé, elle n'apporte aucun commencement de preuve au soutien de ces allégations, alors que l'intéressé mis en cause par la requérante, a rendu compte à sa hiérarchie du harcèlement et des menaces dont il se disait victime de la part de Mme A et a procédé à un dépôt de main-courante auprès des services de police. Au surplus, cette dernière n'a jamais contesté la sanction dont elle a fait l'objet pour ce motif. Par suite, le président du CIAS du Marsan a pu, pour ces motifs et dans l'intérêt du service, légalement décider de ne pas renouveler le contrat de Mme A.

En ce qui concerne le recours abusif à des contrats à durée déterminée :

13. En dernier lieu, aux termes de l'article 3-1 de la loi du 26 janvier 1984, dans sa version applicable au litige: " Par dérogation au principe énoncé à l'article 3 de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires et pour répondre à des besoins temporaires, les emplois permanents des collectivités et établissements mentionnés à l'article 2 de la présente loi peuvent être occupés par des agents contractuels pour assurer le remplacement temporaire de fonctionnaires ou d'agents contractuels autorisés à exercer leurs fonctions à temps partiel ou indisponibles en raison d'un congé annuel, d'un congé de maladie, de grave ou de longue maladie, d'un congé de longue durée, d'un congé de maternité ou pour adoption, d'un congé parental ou d'un congé de présence parentale, d'un congé de solidarité familiale ou de l'accomplissement du service civil ou national, du rappel ou du maintien sous les drapeaux ou de leur participation à des activités dans le cadre des réserves opérationnelle, de sécurité civile ou sanitaire ou en raison de tout autre congé régulièrement octroyé en application des dispositions réglementaires applicables aux agents contractuels de la fonction publique territoriale. / Les contrats établis sur le fondement du premier alinéa sont conclus pour une durée déterminée et renouvelés, par décision expresse, dans la limite de la durée de l'absence du fonctionnaire ou de l'agent contractuel à remplacer. Ils peuvent prendre effet avant le départ de cet agent. ".

14. Il incombe au juge, pour apprécier si le recours à des contrats à durée déterminée successifs présente un caractère abusif, de prendre en compte l'ensemble des circonstances de fait qui lui sont soumises, notamment la nature des fonctions exercées, le type d'organisme employeur ainsi que le nombre et la durée cumulée des contrats en cause.

15. D'une part, si Mme A soutient qu'elle a été recrutée pour faire face à une vacance d'emploi et a occupé un emploi permanent pendant vingt-six années, il résulte des contrats de travail qui l'unissaient au CIAS du Marsan qu'elle n'a été embauchée qu'à compter du 1er avril 2010 et que, depuis le 1er janvier 2013, ils visent les dispositions précitées au point 13 de l'article 3-1 de la loi du 26 janvier 1984 autorisant le remplacement temporaire d'agents contractuels exerçant à temps partiel ou indisponibles.

16. Il résulte, d'autre part, des contrats de travail produits au dossier qu'au cours de sa période d'embauche par le CIAS du Marsan, Mme A a d'abord relevé du pôle du service d'aide et d'accompagnement à domicile au cours de la période du 1er avril 2010 au 31 décembre 2014 durant laquelle elle a successivement été employée à temps complet pendant trois mois, a connu une interruption d'activité de six mois, puis a repris ses fonctions à temps partiel, à 80% en 2011, et à 50% en 2012, 2013 et 2014. Elle a ensuite exercé à temps plein pendant neuf mois au sein de l'EHPAD de Saint-Pierre-du-Mont du 1er janvier au 31 novembre 2015, avec une interruption d'activité durant les mois de mai et juin. Enfin, elle a été embauchée au profit de l'EHPAD du Marsan du 1er janvier 2015 au 31 décembre 2017, à temps complet en 2015 et 2016, avec une interruption durant les mois de septembre et octobre 2016. Dans ces conditions, eu égard aux différentes fonctions exercées par Mme A sur des emplois relevant de services différents des pôles " domicile et hébergement ", avec des quotités de travail variables, assorties d'interruption d'activité dans chacun des trois services pour lesquels elle a travaillé, quand bien même elle a été recrutée au moyen de vingt-sept contrats sur une durée cumulée de moins de sept années, le recours à ces contrats de travail à durée déterminée n'a pas présenté, dans les circonstances de l'espèce, un caractère abusif.

17. Il résulte de tout ce qui précède que le CIAS du Marsan n'a pas commis de faute de nature à engager sa responsabilité. Par suite, les conclusions aux fins d'indemnité de la requête de Mme A doivent être rejetées.

Sur les frais de l'instance :

18. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".

19. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. Les conclusions présentées à ce titre par Mme A doivent dès lors être rejetées. En revanche, dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de cette dernière une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par le CIAS du Marsan et non compris dans les dépens.

D E C I D E:

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Mme A versera au centre intercommunal d'action sociale du Marsan une somme de 1 000 (mille) euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3: La présente décision sera notifiée à Mme C A et au centre intercommunal d'action sociale du Marsan.

Délibéré après l'audience du 14 juin 2022, à laquelle siégeaient :

M. de Saint-Exupéry de Castillon, président,

Mme Genty, première conseillère,

Mme Dumez-Fauchille, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition du greffe le 26 juillet 2022.

La rapporteure,

Signé

F. B

Le président,

Signé

F. DE SAINT-EXUPERY DE CASTILLONLa greffière,

Signé

A. STRZALKOWSKA

La République mande et ordonne au préfet des Landes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition :

La greffière,

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