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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2001162

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2001162

jeudi 13 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2001162
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantSELARL GARDACH & ASSOCIÉS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 17 juin 2020 et le 15 novembre 2021, M. A B, représenté par Me Corbineau, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) de condamner la commune de Bayonne à lui verser la somme de 20 000 euros en réparation des préjudices subis du fait de l'installation d'un dispositif de ventilation installé sur la toiture de la résidence dont la construction a fait l'objet d'un permis de construire et de permis modificatifs délivrés par le maire de cette commune respectivement le 9 septembre 2009, le 28 juillet 2010 et le 15 février 2012 ;

2°) d'enjoindre à la commune de Bayonne de prendre toutes mesures en vue de faire cesser les nuisances précédemment mentionnées, sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement à venir ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Bayonne une somme de 4 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- sa requête n'est pas tardive ;

- la commune de Bayonne a commis plusieurs carences fautives de nature à engager sa responsabilité dès lors que :

* son maire n'a pas mis en œuvre ses pouvoirs de police administrative aux fins de réprimer les troubles de voisinage, conformément au 2° de l'article L. 2212-2 du code général des collectivités territoriales ;

* informé de l'irrégularité de la construction pour laquelle elle avait délivré un permis de construire, cette même autorité aurait dû exiger le dépôt d'une demande de permis de construire modificatif, conforme au plan local d'urbanisme de la commune qui prévoit une obligation de mise en place d'un dispositif de ventilation pour les constructions de cette nature, aux fins de régulariser l'autorisation d'urbanisme initiale ;

* elle n'a pas mis en œuvre dans le délai de prescription, et en application de l'article L. 480-1 du code de l'urbanisme, la procédure visant à informer le ministère public de l'infraction d'urbanisme dont elle a eu connaissance ;

- à raison de cette attitude fautive, il subit un préjudice anormal de voisinage du fait de l'aménagement irrégulier de la construction autorisée par le maire, laquelle crée une nuisance visuelle, un préjudice de vue et une dépréciation significative de la valeur vénale de son bien.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 19 avril 2021 et le 2 décembre 2021, la commune de Bayonne, représentée par Me Rignault, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de M. B une somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête est irrecevable, faute pour le requérant d'avoir formulé une demande indemnitaire préalable, ni chiffré son préjudice ;

- le moyen tiré de ce que le maire aurait délivré un permis de construire en méconnaissance des règles d'urbanisme n'est pas fondé et, en tout état de cause, est tardif au regard de la déchéance quadriennale des dettes publiques ;

- les moyens tirés de l'absence de mise en œuvre des pouvoirs de police du maire au titre de l'article L. 2212-2 du code général des collectivités territoriales, et de la méconnaissance de l'article L. 480-1 du code de l'urbanisme sont inopérants ;

- les autres moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés ;

- la réalité du préjudice n'est pas établie ;

- il n'existe pas de lien de causalité entre les fautes alléguées et les préjudices invoqués.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Genty,

- et les conclusions de Mme Réaut, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Par arrêté du 9 septembre 2009, le maire de Bayonne a délivré à la société Bayonne-Bergeret un permis de construire en vue de l'édification d'une résidence comportant cinq étages et ouvrant sur le square de l'amiral Bergeret. Des permis de construire modificatifs ont été également délivrés par cette même autorité par arrêtés du 28 juillet 2010 et du 15 février 2012. Cette dernière décision avait notamment pour objet l'ajout d'un châssis de désenfumage sur la toiture du bâtiment. M. B demande la condamnation de la commune de Bayonne à l'indemniser des préjudices qu'il estime subir du fait de cette construction.

Sur les conclusions aux fins d'indemnité :

2. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. / Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle. () ". La condition de recevabilité de la requête tenant à l'existence d'une décision de l'administration doit être regardée comme remplie si, à la date à laquelle le juge statue, l'administration a pris une décision, expresse ou implicite, sur une demande formée devant elle.

3. Il résulte des termes du courrier adressé par le conseil de M. B au maire de Bayonne le 12 février 2020, intitulé " demande préalable ", que cette lettre ne vise qu'à mettre en demeure le maire de contraindre la société pétitionnaire à prendre les mesures nécessaires pour remédier aux nuisances engendrées par la pose de dispositifs de ventilation sur la toiture de la résidence " Carré Bergeret ". La seule circonstance que le requérant évoque une possible mise en cause de la responsabilité de la commune pour les nuisances qu'il déclare subir et mentionne une dépréciation de la valeur vénale de son bien immobilier chiffrée à 35 000 euros ne permet pas de conférer à cette demande un caractère indemnitaire dès lors qu'aucun paiement d'une somme d'argent n'est sollicité. Il ne résulte ainsi pas de l'instruction qu'une telle demande a été présentée à la commune. Dans ces conditions, le contentieux n'est pas lié. Dès lors, la fin de non-recevoir opposée à ce titre par la commune de Bayonne doit être accueillie. Par suite, les conclusions aux fins d'indemnité de la requête de M. B, et par voie de conséquence celles aux fins d'injonction, doivent être rejetées.

Sur les frais de l'instance :

4. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".

5. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. Les conclusions présentées à ce titre par M. B doivent dès lors être rejetées. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu non plus de faire droit aux mêmes conclusions présentées par la commune de Bayonne.

D E C I D E:

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la commune de Bayonne présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la commune de Bayonne.

Délibéré après l'audience du 27 juin 2023, à laquelle siégeaient :

M. de Saint-Exupéry de Castillon, président,

Mme Genty, première conseillère,

Mme Dumez-Fauchille, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juillet 2023.

La rapporteure,

Signé

F. GENTY

Le président,

Signé

F. DE SAINT-EXUPERY DE CASTILLON La greffière,

Signé

A. STRZALKOWSKA

La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Atlantiques en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition :

La greffière,

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