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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2001582

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2001582

lundi 22 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2001582
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantBARGIARELLI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 21 août 2020 et 26 juillet 2021, la société d'exercice libéral à responsabilité limitée (SELARL) EKIP, mandataire liquidateur de la société par actions simplifiée (SAS) La Douce, représentée par Me Banos, demande au tribunal :

1°) d'ordonner le remboursement de la créance de crédit impôt recherche au titre des années 2015 et 2016, pour des montants respectifs de 481 700 euros et 370 481 euros ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- c'est à tort que le service a considéré que ses observations en réponse à la proposition de rectification ont été déposées hors délai dès lors qu'elle lui a fait parvenir une demande de prorogation de ce délai moins de trente jours avant son expiration ;

- le défaut de réponse du service à ses observations est de nature à entacher la procédure d'irrégularité ;

- elle a engagé des dépenses de recherche et développement afin de créer la première bouteille d'eau entièrement biodégradable en matière végétale ; pour ces travaux, elle a bénéficié d'un crédit impôt recherche au titre des années 2015 et 2016 ;

- ces créances de crédit impôt recherche n'ayant pas été imputées sur l'impôt sur les sociétés, elle a sollicité leur remboursement les 12 mai 2016 et 2 mai 2017 ;

- c'est à tort que le service a considéré que les dépenses de recherche ouvrant droit au crédit d'impôt auraient dû être affectées à des sous-projets, dès lors que l'ensemble des travaux menés constituent des travaux de recherche éligibles à ce crédit d'impôt ;

- le service a considéré à tort que les amortissements relatifs au forage ne devaient pas être pris en compte dans la détermination des dépenses de recherche ;

- les autres dépenses de fonctionnement doivent être admises en totalité ;

- c'est à tort que l'administration fiscale a remis en cause, dans la base de calcul du crédit d'impôt recherche, les rémunérations versées à ses salariés dès lors qu'elle a fourni au service des éléments précis et détaillés pour justifier du temps que ces derniers ont consacré aux activités de recherche ; le service a admis, s'agissant du calcul de l'assiette du crédit impôt recherche au titre de l'année 2014, la rémunération de son personnel ; les membres de son personnel concernés sont les mêmes, à l'exception de deux salariés, et leurs salaires sont similaires ; dès lors que ces salaires n'ont fait l'objet d'aucune contestation en 2014, ils devraient être admis dans la base de calcul du crédit d'impôt recherche sollicité au titre des années 2015 et 2016.

Par deux mémoires en défense, enregistrés les 11 février et 1er octobre 2021, le directeur départemental des finances publiques des Pyrénées-Atlantiques conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par la SELARL EKIP ne sont pas fondés.

Par trois mémoires en intervention volontaire, enregistrés les 25 novembre 2021 et 26 janvier 2022 la SAS La Douce, représentée par Me Bargiarelli, doit être regardée comme demandant au tribunal :

1°) d'ordonner le remboursement de la créance de crédit impôt recherche au titre des années 2015 et 2016, pour des montants respectifs de 481 700 euros et 370 481 euros ;

2°) d'assortir cette restitution des intérêts moratoires prévus par l'article L. 208 du livre des procédures fiscales ;

3°) de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des impositions mises à sa charge au titre des exercices 2015, 2016 et 2017 ;

4°) de juger que l'administration fiscale a causé un préjudice certain à la SAS La Douce en la privant de la possibilité de disposer du total des crédits d'impôt recherche au titre des années 2015 et 2016, empêchant la mise en œuvre d'un plan de redressement judiciaire ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 4 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- son intervention est recevable ;

- le service fait valoir à tort que son dirigeant n'était pas habilité à représenter la société dans le cadre de la procédure d'imposition puisque celle-ci était en liquidation judiciaire, alors qu'il conserve des droits propres, dont celui de pouvoir représenter la société ;

- c'est à tort que le service fait valoir que la procédure de contrôle fiscal et la procédure contentieuse sont distinctes et indépendantes ;

- les garanties prévues à l'article L. 57 du livre des procédures fiscales n'ont pas été respectées dès lors que le service n'a pas adressé de réponse aux observations du contribuable, alors que la société avait formulé une demande de prorogation moins de trente jours avant l'expiration du délai de réponse ;

- l'absence de réponse du service aux observations de la société l'a privée de la possibilité d'exercer le recours hiérarchique prévu par l'article L. 54 C du livre des procédures fiscales, qui constitue une garantie substantielle ;

- l'absence de réponse du service aux observations de la société l'a privée de la possibilité de saisir la commission départementale des impôts, prévue par l'article L. 59 du livre des procédures fiscales, et qui constitue une garantie substantielle pour le contribuable ;

- l'absence de réponse du service aux observations de la société l'a privée de la possibilité de saisir le comité consultatif du crédit d'impôt recherche, prévu par l'article L. 59 D du livre des procédures fiscales ;

- le service a méconnu les dispositions de l'article L. 57 F du livre des procédures fiscales dès lors que la proposition de rectification du 19 novembre 2018 n'est pas motivée ;

- le service a méconnu les dispositions de l'article 199 ter B du code général des impôts en ne respectant pas ses obligations légales dès l'ouverture de la procédure de redressement judiciaire ; en refusant d'instruire les demandes de remboursement de crédit impôt recherche de la société La Douce durant plus de vingt mois, l'administration fiscale a commis une faute de nature à engager sa responsabilité ;

- le service a méconnu l'article L. 80 B du livre des procédures fiscales en s'abstenant de répondre aux demandes de la société dans un délai encadré de trois mois ; le silence gardé par le service, à l'issue de ce délai, vaut prise de position implicite opposable ;

- la procédure de vérification ayant conduit à l'édiction de la proposition de rectification du 23 novembre 2018 est irrégulière et viciée ; la société est recevable à introduire des conclusions en intervention concernant cette seconde procédure de rectification dès lors qu'elle constitue le prolongement de la première ;

- cette proposition de rectification ne fait pas état des dispositions de l'article L. 54 C qui prévoient, depuis l'entrée en vigueur de la loi n° 2018-727, la possibilité d'introduire un recours hiérarchique ; la société a été privée, du fait de cette omission, d'une garantie substantielle ;

- les conséquences financières maintenues dans la réponse aux observations de la société sont différentes de celles contenues dans la proposition de rectification du 23 novembre 2018 ; le service a, de manière injustifiée, augmentée les sommes dues de 53 % ;

- le service a méconnu les dispositions de l'article L. 51 du livre des procédures fiscales en intentant une seconde procédure de vérification pour les mêmes impôts que la première, et pour les mêmes périodes ;

- les dépenses engagées par la société constituent des projets éligibles au crédit d'impôt recherche dès lors que ces travaux doivent être regardés comme revêtant un caractère de nouveauté au sens de l'article 49 septies F du code général des impôts ;

- les dépenses de personnel doivent être considérées comme éligibles au crédit d'impôt recherche ; deux études de valorisation réalisées par le cabinet F-Iniciativas permettent d'établir le nombre d'heures en recherche et développement réalisées par chacun des membres du personnel de la société ; le dirigeant et les salariés de l'entreprise doivent être regardés comme ayant la qualité de chercheurs ;

- le service a considéré à tort que les amortissements relatifs au forage n'ont pas été pris en compte dans la détermination des dépenses de recherche ; les travaux de recherche et développement menés par la société nécessitent obligatoirement l'utilisation du forage ; dès lors qu'un projet est qualifié de projet de recherche et développement, l'ensemble des opérations nécessaires à sa réalisation doivent être considérées comme de la recherche et développement ; en cas d'utilisation mixte " recherche-fabrication ", la part de recherche peut être retenue pour le calcul des dotations aux amortissements ; la société La Douce est devenue propriétaire de ce forage ; les conditions posées par les articles 211-1 et 311-1 du plan comptable général pour qu'un actif puisse être constaté et immobilisé sont remplies en l'espèce.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C,

- et les conclusions de M. Clen, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. La SAS La Douce, qui exploite une source d'eau potable qu'elle commercialise, et exploite un établissement sis 1070 avenue de Verdun, lieu-dit La Courgeyre à Sore dans les Landes, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité s'étant déroulée du 1er janvier 2012 au 31 décembre 2014, à l'issue de laquelle l'administration fiscale, par une proposition de rectification du 19 novembre 2018, lui a notifié des rehaussements d'impôt sur les sociétés et de contribution sur la valeur ajoutée des entreprises. Elle a adressé, le 12 mai 2015, une demande de remboursement de la créance du crédit impôt recherche 2015 pour un montant de 481 700 euros et le 2 mai 2016, une demande de remboursement de la créance du crédit impôt recherche 2016 pour un montant de 370 481 euros. Ces demandes ont fait l'objet d'une décision de rejet qui lui a été notifiée le 23 novembre 2019. Par un jugement du tribunal de commerce de Mont-de-Marsan du 21 décembre 2018, la SAS La Douce a été placée en liquidation judiciaire, avec pour liquidateur la SELARL EKIP. Par sa requête, la SELARL EKIP, mandataire liquidateur de la société La Douce, demande au tribunal d'ordonner le paiement à son profit du crédit impôt recherche tel que déclaré au titre des années 2015 et 2016, pour un montant total de 852 181 euros.

Sur l'intervention volontaire de la SAS La Douce :

2. Est recevable à formuler une intervention toute personne qui justifie d'un intérêt suffisant eu égard à la nature et à l'objet du litige. Une intervention ne peut en outre être admise que si son auteur s'associe soit aux conclusions du requérant soit à celles du défendeur.

3. La SAS La Douce justifie d'un intérêt suffisant eu égard à la nature de l'objet du litige concernant le remboursement du crédit impôt recherche qui n'a pas été admis par l'administration fiscale au titre des exercices 2015 et 2016. Dès lors, son intervention est admise en tant que cette société s'associe aux conclusions aux fins de remboursement du crédit impôt recherche. En revanche, en tant que la SAS La Douce assortit ces conclusions tendant au remboursement du crédit impôt recherche d'une demande tendant au dégrèvement des suppléments d'impôt sur les sociétés mis à sa charge au titre des années 2015, 2016, 2017 demande tendant au paiement des intérêts moratoires prévus à l'article L. 208 du livre des procédures fiscales, et d'une demande tendant à ce qu'il soit jugé que l'administration fiscale a causé un préjudice direct et certain à la SAS La Douce en la privant de la possibilité de disposer des crédits d'impôt recherche pour les années 2015 et 2016, de telles conclusions dans l'intervention ne peuvent être admises dès lors que la SELARL EKIP n'en n'a pas formulé en ce sens.

Sur les conclusions aux fins de restitution :

En ce qui concerne la régularité de la procédure :

4. D'une part, aux termes de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales : " L'administration adresse au contribuable une proposition de rectification qui doit être motivée de manière à lui permettre de formuler ses observations ou de faire connaître son acceptation. / Sur demande du contribuable reçue par l'administration avant l'expiration du délai mentionné à l'article L. 11, ce délai est prorogé de trente jours () / Lorsque l'administration rejette les observations du contribuable sa réponse doit également être motivée ". L'article L. 11 du même livre dispose : " A moins qu'un délai ne soit prévu par le présent livre, le délai accordé aux contribuables pour répondre aux demandes de renseignements, de justifications ou d'éclaircissements et, d'une manière générale, à toute notification émanant d'un agent de l'administration des impôts est fixé à trente jours à compter de la réception de cette notification ". Selon l'article R. 57-1 de ce livre : " La proposition de rectification prévue par l'article L. 57 fait connaître au contribuable la nature et les motifs de la rectification envisagée. L'administration invite, en même temps, le contribuable à faire parvenir son acceptation ou ses observations dans un délai de trente jours à compter de la réception de la proposition, prorogé, le cas échéant, dans les conditions prévues au deuxième alinéa de cet article ". Il résulte de ces dispositions qu'un contribuable dispose d'un délai franc de trente jours pour faire connaître ses observations sur la proposition de rectification et que la durée de ce délai peut être portée à soixante jours à sa demande.

5. D'autre part, aux termes du I de l'article 199 ter B du code général des impôts, rendu applicable en matière d'impôt sur les sociétés par l'article 220 B du même code : " Le crédit d'impôt pour dépenses de recherche défini à l'article 244 quater B est imputé sur l'impôt sur le revenu dû par le contribuable au titre de l'année au cours de laquelle les dépenses de recherche prises en compte pour le calcul du crédit d'impôt ont été exposées. L'excédent de crédit d'impôt constitue au profit de l'entreprise une créance sur l'Etat d'égal montant. Cette créance est utilisée pour le paiement de l'impôt sur le revenu dû au titre des trois années suivant celle au titre de laquelle elle est constatée puis, s'il y a lieu, la fraction non utilisée est remboursée à l'expiration de cette période ". Et aux termes de l'article L. 190 du livre des procédures fiscales : " Les réclamations relatives aux impôts, contributions, droits, taxes, redevances, soultes et pénalités de toute nature, établis ou recouvrés par les agents de l'administration, relèvent de la juridiction contentieuse lorsqu'elles tendent à obtenir soit la réparation d'erreurs commises dans l'assiette ou le calcul des impositions, soit le bénéfice d'un droit résultant d'une disposition législative ou réglementaire () ".

6. La demande de remboursement d'un crédit d'impôt recherche présentée sur le fondement des dispositions précitées de l'article 199 ter B du code général des impôts constitue une réclamation au sens de l'article L. 190 du livre des procédures fiscales. Ainsi, la décision par laquelle l'administration rejette tout ou partie d'une telle réclamation n'a pas le caractère d'une procédure de reprise ou de redressement.

7. Il résulte de l'instruction que par deux courriers des 12 mai 2015 et 2 mai 2016, la SAS La Douce a sollicité le remboursement de crédits d'impôt recherche au titre des années 2015 et 2016, pour un montant total de 852 181 euros. Par suite, eu égard à ce qui a été dit au point précédent, les dispositions des articles L. 57 et L. 57 F du livre des procédures fiscales ne sont pas applicables à sa situation, et les moyens tirés de leur méconnaissance est sans incidence sur le bien-fondé et la régularité de la décision de refuser de rembourser les crédits d'impôts recherche sollicités.

Sur le bien-fondé de la demande de remboursement :

8. Aux termes de l'article 244 quater B de ce code : " I. - Les entreprises industrielles et commerciales ou agricoles imposées d'après leur bénéfice réel ou exonérées en application des articles 44 sexies, 44 sexies A, 44 septies, 44 octies, 44 octies A, 44 duodecies, 44 terdecies à 44 septdecies peuvent bénéficier d'un crédit d'impôt au titre des dépenses de recherche qu'elles exposent au cours de l'année () II. - Les dépenses de recherche ouvrant droit au crédit d'impôt sont : () / a) Les dotations aux amortissements des immobilisations, () affectées directement à la réalisation d'opérations de recherche scientifique et technique, y compris la réalisation d'opérations de conception de prototypes ou d'installations pilotes. () / b) Les dépenses de personnel afférentes aux chercheurs et techniciens de recherche directement et exclusivement affectés à ces opérations. () / c) les autres dépenses de fonctionnement exposées dans les mêmes opérations ; ces dépenses sont fixées forfaitairement à la somme de 75 % des dotations aux amortissements mentionnées au a et de 50 % des dépenses de personnel mentionnées à la première phrase du b et au b bis. ; () / d) Les dépenses exposées pour la réalisation d'opérations de même nature confiées à : / 1° Des organismes de recherche publics ; () ". Il résulte des termes de l'article 244 quater B du code général des impôts précité que les rémunérations versées aux chercheurs et aux techniciens ne peuvent être prises en compte pour le calcul du crédit d'impôt pour les dépenses de recherche, en vertu du b de cet article, que pour leur fraction correspondant à la réalisation d'opérations de recherche au sens de l'article 49 septies F de l'annexe III à ce code, à l'exclusion de la quote-part des salaires correspondant à l'affectation de ces salariés à d'autres tâches. Il en va de même pour les dépenses de personnel ouvrant droit au crédit d'impôt innovation.

9. Aux termes de l'article 49 septies F de l'annexe III à ce code : " Pour l'application des dispositions de l'article 244 quater B du code général des impôts, sont considérées comme opérations de recherche scientifique ou technique : a. Les activités ayant un caractère de recherche fondamentale, qui pour apporter une contribution théorique ou expérimentale à la résolution des problèmes techniques, concourent à l'analyse des propriétés, des structures, des phénomènes physiques et naturels, en vue d'organiser, au moyen de schémas explicatifs ou de théories interprétatives, les faits dégagés de cette analyse ; b. Les activités ayant le caractère de recherche appliquée qui visent à discerner les applications possibles des résultats d'une recherche fondamentale ou à trouver des solutions nouvelles permettant à l'entreprise d'atteindre un objectif déterminé choisi à l'avance. Le résultat d'une recherche appliquée consiste en un modèle probatoire de produit, d'opération ou de méthode ; c. Les activités ayant le caractère d'opérations de développement expérimental effectuées, au moyen de prototypes ou d'installations pilotes, dans le but de réunir toutes les informations nécessaires pour fournir les éléments techniques des décisions, en vue de la production de nouveaux matériaux, dispositifs, produits, procédés, systèmes, services ou en vue de leur amélioration substantielle. Par amélioration substantielle, on entend les modifications qui ne découlent pas d'une simple utilisation de l'état des techniques existantes et qui présentent un caractère de nouveauté ". Il résulte de ces dispositions que des opérations consistant à perfectionner des matériels ou procédés existants ou à en développer des fonctionnalités particulières et qui se traduisent par des améliorations non substantielles de techniques déjà existantes ne caractérisent pas des opérations de développement expérimental présentant un caractère de nouveauté.

10. Aux termes de l'article 49 septies G de la même annexe : " Le personnel de recherche comprend : / 1. Les chercheurs qui sont les scientifiques ou les ingénieurs travaillant à la conception ou à la création de connaissances, de produits, de procédés, de méthodes ou de systèmes nouveaux. Sont assimilés aux ingénieurs les salariés qui, sans posséder un diplôme, ont acquis cette qualification au sein de leur entreprise. / 2. Les techniciens, qui sont les personnels travaillant en étroite collaboration avec les chercheurs, pour assurer le soutien technique indispensable aux travaux de recherche et de développement expérimental. Notamment : Ils préparent les substances, les matériaux et les appareils pour la réalisation d'expériences ; Ils prêtent leur concours aux chercheurs pendant le déroulement des expériences ou les effectuent sous le contrôle de ceux-ci ; Ils ont la charge de l'entretien et du fonctionnement des appareils et des équipements nécessaires à la recherche et au développement expérimental. Dans le cas des entreprises qui ne disposent pas d'un département de recherche, les rémunérations prises en compte pour le calcul du crédit d'impôt sont exclusivement les rémunérations versées aux chercheurs et techniciens à l'occasion d'opérations de recherche ". Pour l'application de ces dispositions, ouvrent droit au crédit d'impôt, les dépenses de personnel relatives notamment aux salariés qui, sans posséder un diplôme d'ingénieur, se livrent à des opérations de recherche et ont acquis, au sein de leur entreprise, des compétences les assimilant, par le niveau et la nature de leurs activités, aux ingénieurs impliqués dans la recherche. Pour l'application de ces mêmes dispositions peuvent être qualifiés de techniciens de recherche les salariés qui réalisent des opérations nécessaires aux travaux de recherche ou de développement expérimental éligibles au CIR, sous la conduite d'un ou plusieurs chercheurs qui les supervisent, sans qu'y fasse obstacle la circonstance qu'ils ne disposeraient pas d'un diplôme ou d'une qualification professionnelle dans le domaine scientifique. Par ailleurs, pour l'application des dispositions du b) du II de l'article 244 quater B du code général des impôts, le premier recrutement d'un titulaire d'un doctorat s'entend du premier contrat à durée indéterminée conclu par l'intéressé postérieurement à l'obtention de son doctorat pour des fonctions en lien avec une formation du niveau d'un doctorat.

11. Il appartient au juge de l'impôt d'apprécier, au vu de l'instruction dont le litige qui lui est soumis a fait l'objet et au vu des éléments qui lui sont produits par chacune des parties, si les opérations réalisées par l'entreprise entrent dans le champ d'application du crédit impôt recherche eu égard aux conditions dans lesquelles sont effectuées ces opérations et si, par conséquent, l'entreprise remplit ou non les conditions lui permettant de se prévaloir de l'avantage fiscal institué par l'article 244 quater B du code général des impôts.

12. La société La Douce, spécialisée dans l'industrie de l'eau potable à Sore (Landes), a demandé le bénéfice du crédit d'impôt recherche au titre de dépenses de projets de recherche portant sur le conditionnement de l'eau de source dans un emballage 100 % végétal et biodégradable. Ces recherches portaient notamment sur le comportement thermique de l'acide polyactique (PLA), son vieillissement et ses interactions avec un environnement microbien.

Sur la dotation aux amortissements :

13. Il résulte de l'instruction que la société La Douce a procédé à une réévaluation libre de ses actifs sur une durée de dix ans à compter du 1er janvier 2013, et qu'elle a inscrit à son actif immobilisé au titre de la réévaluation de l'ouvrage technique que constitue le forage, un montant de 9 340 776 euros. Le service vérificateur a remis en cause l'éligibilité au crédit d'impôt recherche des dépenses relatives au matériel de forage, au motif que la société, titulaire d'un contrat de crédit-bail, n'était pas propriétaire du forage. Si la société La Douce fait valoir d'une part qu'elle est propriétaire du forage, et d'autre part, que les travaux de recherche et développement menés par la société nécessitent obligatoirement l'utilisation du forage. Il résulte toutefois de l'instruction que la SAS La Douce, titulaire d'un contrat de crédit-bail conclut avec la société NAXITIS BAIL n'était pas propriétaire du forage. En outre, il ne résulte pas de l'instruction que les dotations aux aménagements relatives au forage étaient fiscalement déductibles, et, par suite, éligibles au crédit d'impôt recherche. En tout état de cause, la seule autorisation d'exploiter un forage d'eau de source, ne contribue pas en l'espèce au caractère innovant du projet de la société La Douce, qui consistait en un conditionnement de cette eau dans des emballages entièrement biodégradables.

S'agissant des dépenses de personnel :

14. En premier lieu, il résulte de l'instruction que l'administration fiscale, se fondant sur les tableaux communiqués par le cabinet F-Iniciativas, a remis en cause la prise en compte par la SAS La Douce, dans la base de calcul du crédit d'impôt recherche pour les exercices 2015 et 2016, des rémunérations versées à plusieurs de ses salariés, dès lors que cette société s'était abstenue de communiquer au service le planning des personnes affectées aux opérations de recherche, ainsi que leurs bulletins de salaires. La société requérante, qui se borne à faire valoir qu'elle a fourni au service des éléments précis et détaillés pour justifier du temps que ces derniers ont consacré aux activités de recherche et que la rémunération de son personnel a été admise s'agissant du calcul de l'assiette du crédit d'impôt recherche au titre d'années précédentes, ne produit aucun élément de nature à justifier le temps passé par ses salariés à exercer des activités de recherche et développement. Dans ces conditions, elle n'est pas fondée à soutenir que l'administration aurait estimé à tort que leurs rémunérations n'ouvraient ainsi pas droit au crédit d'impôt recherche au titre des années 2015 et 2016, nonobstant la circonstance que la rémunération de son personnel aurait été prise en compte dans le calcul de l'assiette du crédit d'impôt recherche au titre des années 2013 et 2014.

15. En second lieu, et dès lors que la SAS La Douce s'est abstenue de communiquer au service l'année d'obtention de thèse de Mme B, sa date d'embauche, son curriculum vitae, la copie de son contrat de travail et ses bulletins de salaire, c'est à bon droit que l'administration a rejeté la demande de prise en compte des dépenses de personnel relatives aux jeunes docteurs pour les années en litige.

S'agissant des autres dépenses de fonctionnement :

16. Il résulte du c) des dispositions précitées de l'article 244 quater B du code général des impôts que les autres dépenses de fonctionnement exposées dans les opérations de recherche peuvent être prises en compte au titre du calcul de l'assiette du crédit d'impôt recherche au moyen d'une déduction forfaitaire égale à 75 % des dotations aux amortissements et 50 % des dépenses de personnel. Il résulte toutefois de ce qui a été dit aux points 13 à 15 du présent jugement que les autres dépenses de fonctionnement exposées par la SAS La Douce dans le cadre d'opérations de recherche ne peuvent être regardées comme éligibles au crédit d'impôt recherche.

17. Il résulte de tout ce qui précède que la SAS SELARL EKIP n'est pas fondée à solliciter la restitution du crédit impôt recherche remis en cause au titre des années 2015 et 2016.

18. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de la SELARL EKIP, mandataire liquidateur de la SAS La Douce doit être rejetée.

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

19. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que la SAS SELARL EKIP demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

20. La SAS La Douce, en sa qualité d'intervenant, n'est pas partie à l'instance et ne saurait ainsi solliciter l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Par suite, ses conclusions tendant à ce que soit mise à la charge de l'Etat une somme de 4 000 euros doivent être rejetées comme irrecevables.

D É C I D E :

Article 1er : L'intervention volontaire de la SAS La Douce n'est admise qu'en tant qu'elle tend à la restitution du crédit d'impôt recherche au titre des années 2015 et 2016.

Article 2 : La requête de la SELARL EKIP est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la SELARL EKIP, à la SAS La Douce et au directeur départemental des finances publiques des Pyrénées-Atlantiques.

Délibéré après l'audience du 4 mai 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Sellès, présidente,

Mme Corthier, conseillère,

Mme Neumaier, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 mai 2023.

La rapporteure,

Signé

L. C La présidente,

Signé

M. A

La greffière,

Signé

P. SANTERRE

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition :

La greffière,

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TA13Plein contentieux

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.

01/06/2026

TA14Plein contentieux

Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609

Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.

01/06/2026

TA25Plein contentieux

Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163

Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.

01/06/2026

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