mercredi 19 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Pau |
| Section | Tribunal Administratif de Pau |
| N° Dossier | TA64-2002101 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | BEDOURET |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 24 octobre 2020, Mme C D et M. G H, représentés par Me Bédouret, demandent au tribunal :
1°) de condamner la département des Hautes-Pyrénées à leur verser la somme de 30 000 euros en réparation du préjudice que leur a causé le placement injustifié de leurs quatre enfants auprès des services de l'aide sociale à l'enfance ;
2°) de mettre à la charge du département des Hautes-Pyrénées la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- la responsabilité du département des Hautes-Pyrénées doit être engagée dès lors qu'il a commis une faute en se fondant, pour procéder au placement de leurs enfants auprès des services de l'aide sociale à l'enfance, sur des éléments infondés ;
- ce placement fautif, d'une durée de 8 mois, a causé des souffrances aux enfants et a été à l'origine d'un préjudice d'anxiété et d'un préjudice moral pour leurs parents ;
- ils sont ainsi fondés à demander la réparation de ces préjudices par le versement d'une somme globale de 30 000 euros.
Par un mémoire en défense, enregistré le 16 décembre 2021, la département des Hautes-Pyrénées conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les griefs soulevés par Mme D et M. H ne sont pas fondés.
Mme D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 6 octobre 2022.
Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'incompétence de la juridiction administrative pour connaître des conclusions tendant à rechercher la responsabilité du département des Hautes-Pyrénées dans l'exécution de sa mission d'assistance éducative et destinée à permettre au juge des enfants de prendre une décision.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme F,
- les conclusions de Mme Michaud, rapporteure publique,
- et les observations de Me Bédouret, représentant Mme D et M. H, et de M. B, représentant le département des Hautes-Pyrénées.
Considérant ce qui suit :
1. Mme D est mère de quatre enfants mineurs. Un signalement de la part des services du département des Hautes-Pyrénées a conduit le procureur de la République près le tribunal de grande instance de Tarbes, par une ordonnance du 21 juin 2019, à ordonner le placement provisoire des enfants. Par un jugement du 19 juillet 2019, le juge des enfants du tribunal de grande instance de Tarbes a renouvelé la mesure de placement des quatre enfants pour une durée d'un an. Par un arrêt du 11 mars 2020, la Cour d'appel de Pau a ordonné la mainlevée du placement et prononcé une mesure d'assistance éducative en milieu ouvert. Le 19 avril 2020, Mme D et M. H, père de deux des quatre enfants, ont adressé au département des Hautes-Pyrénées une réclamation indemnitaire préalable. Par la présente requête, ils demandent au tribunal de condamner le département des Hautes-Pyrénées à leur verser la somme de 30 000 euros en réparation de l'ensemble des préjudices que leur a causé le placement injustifié de leurs quatre enfants auprès des services de l'aide sociale à l'enfance.
Sur la compétence de la juridiction administrative :
2. Aux termes de l'article 375 du code civil : " Si la santé, la sécurité ou la moralité d'un mineur non émancipé sont en danger, ou si les conditions de son éducation ou de son développement physique, affectif, intellectuel et social sont gravement compromises, des mesures d'assistance éducative peuvent être ordonnées par justice à la requête des père et mère conjointement, ou de l'un d'eux, de la personne ou du service à qui l'enfant a été confié ou du tuteur, du mineur lui-même ou du ministère public. Dans les cas où le ministère public a été avisé par le président du conseil départemental, il s'assure que la situation du mineur entre dans le champ d'application de l'article L. 226-4 du code de l'action sociale et des familles. () ". Aux termes de l'article L. 226-2-1 du code de l'action sociale et des familles : " Sans préjudice des dispositions du II de l'article L. 226-4, les personnes qui mettent en œuvre la politique de protection de l'enfance définie à l'article L. 112-3 ainsi que celles qui lui apportent leur concours transmettent sans délai au président du conseil départemental ou au responsable désigné par lui, conformément à l'article L. 226-3, toute information préoccupante sur un mineur en danger ou risquant de l'être, au sens de l'article 375 du code civil. Lorsque cette information est couverte par le secret professionnel, sa transmission est assurée dans le respect de l'article L. 226-2-2 du présent code. Cette transmission a pour but de permettre d'évaluer la situation du mineur et de déterminer les actions de protection et d'aide dont ce mineur et sa famille peuvent bénéficier. () ". Aux termes de l'article L. 226-3 du même code : " Le président du conseil départemental est chargé du recueil, du traitement et de l'évaluation, à tout moment et quelle qu'en soit l'origine, des informations préoccupantes relatives aux mineurs en danger ou qui risquent de l'être. () Les services publics, ainsi que les établissements publics et privés susceptibles de connaître des situations de mineurs en danger ou qui risquent de l'être, participent au dispositif départemental. Le président du conseil départemental peut requérir la collaboration d'associations concourant à la protection de l'enfance () ". Aux termes de l'article L. 226-4 du même code : " I. -Le président du conseil départemental avise sans délai le procureur de la République aux fins de saisine du juge des enfants lorsqu'un mineur est en danger au sens de l'article 375 du code civil () ".
3. Mme D est mère de quatre enfants nés respectivement le 8 septembre 2008, le 22 mars 2015, le 26 juin 2016 et le 9 octobre 2018. Elle est arrivée en France, en septembre 2018, et a été hébergée, avec ses enfants, à compter du 8 février 2019, par le Centre d'accueil pour demandeurs d'asile de Lourdes. Il résulte de l'instruction, qu'une information préoccupante à l'initiative des professionnels chargés d'accompagner Mme D dans le cadre d'une assistance éducative par des techniciens de l'intervention sociale et familiale, mise en place du 25 mars au 30 juin 2019, à raison de 5 heures réparties sur 3 jours, et non renouvelée faute d'adhésion de l'intéressée, signalait des carences éducatives ainsi qu'une hygiène défaillante du logement, et faisait apparaître une mère seule, dépassée, souffrant par ailleurs de fragilités psychologiques liées à son histoire personnelle. Le 28 juin 2019, la psychologue de l'hôpital de Lourdes et l'équipe mobile de psychiatrie ont été contactées afin de soutenir et accompagner Mme D qui, malgré son mal être et ses angoisses, refusait toute aide. Le 4 juillet 2019, Mme D a été hospitalisée, elle souffrait de troubles anxieux majeurs. Le cadre et le psychologue de l'aide sociale à l'enfance, se sont rendus à son domicile à sa sortie de l'hôpital et ont constaté que son épuisement physique et psychologique ne la rendait pas disponible pour ses enfants et qu'ils évoluaient dans un cadre inadapté et non sécurisé. En outre, un rapport a été établi le 5 juillet 2019 par les services du département des Hautes-Pyrénées, à la suite d'un signalement provenant de voisins se plaignant du chahut, de cris, de pleurs dans le logement et d'absence répétée de la mère. Lors d'une visite au domicile par les professionnels, ils ont découvert les enfants seuls, et que l'un d'entre eux était penché à la fenêtre du premier étage sans protection.
4. Par une ordonnance en date du 21 juin 2019, intervenue à la suite du signalement effectué 19 juin 2019 par le président du conseil départemental des Hautes-Pyrénées, le procureur de la République de Tarbes a ordonné le placement provisoire des quatre enfants de A D auprès du service de l'aide sociale à l'enfance du département des Hautes-Pyrénées. Par un jugement du 19 juillet 2019, le juge des enfants du tribunal de grande instance de Tarbes a renouvelé la mesure de placement des quatre enfants, pour une durée d'un an, et accordé à Mme D un droit de visite en présence d'un tiers à l'égard des mineurs selon un rythme et des modalités qui seront fixés par le service gardien sous le contrôle du juge des enfants, avec un minimum d'une fois par semaine. Il est constant que, par un arrêt du 11 mars 2020, la Cour d'appel de Pau a ordonné la mainlevée du placement et prononcé une mesure d'assistance éducative en milieu ouvert.
5. Mme D et M. H, père de deux des quatre enfants, soutiennent que les éléments invoqués par les services de l'aide sociale à l'enfance du département des Hautes-Pyrénées, pour justifier le placement des enfants, sont infondés et contredits par l'expertise psychologique de Mme D. Ils soutiennent que ce placement illégal est fautif, et que la responsabilité du département des Hautes-Pyrénées doit être engagée, tandis qu'il est directement à l'origine des préjudices qu'eux-mêmes et leurs enfants ont subis du fait du placement de ces derniers, pendant huit mois, auprès du service de l'aide sociale à l'enfance.
6. Toutefois, la décision par laquelle le président du conseil départemental des Hautes-Pyrénées a, en application des dispositions de l'article L. 226-4 du code de l'action sociale et des familles citées au point 2, informé le procureur de la République près le tribunal de grande instance de Tarbes que les enfants de A D se trouvaient dans une situation de danger, de même que les modalités d'exécution, par les personnels des services de l'aide sociale à l'enfance du département des Hautes-Pyrénées, des opérations d'évaluation de la situation des requérants préalablement à la prise de cette décision, ne sont pas détachables de la procédure judiciaire à laquelle elles ont donné lieu. Par suite, l'action tendant à mettre en cause la responsabilité de la puissance publique en raison des fautes qui auraient été commises à l'occasion de la préparation ou de la prise de cette décision, échappe à la compétence de la juridiction administrative. Il n'appartient pas davantage à la juridiction administrative d'apprécier les fautes éventuellement commises par la puissance publique dans l'exécution du jugement du 19 juillet 2019, par lequel le juge des enfants du tribunal de grande instance de Tarbes, a renouvelé la mesure de placement des quatre enfants pour une durée d'un an.
7. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme D et M. H doit être rejetée comme portée devant une juridiction incompétente pour en connaître.
Sur les frais liés au litige :
8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mise à la charge du département des Hautes-Pyrénées, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que Mme D et M. H demandent au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme D et M. H est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C D, à M. G H et au département des Hautes-Pyrénées.
Délibéré après l'audience du 28 septembre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Perdu, présidente,
Mme Duchesne, conseillère,
M. Diard, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 octobre 2022.
La rapporteure,
Signé : M. F
La présidente,
Signé : S. PERDU La greffière,
Signé : M. E
La République mande et ordonne au préfet des Hautes-Pyrénées en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026