mercredi 22 février 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Pau |
| Section | Tribunal Administratif de Pau |
| N° Dossier | TA64-2002123 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | SCP TEISSONNIERE TOPALOFF LAFFORGUE ANDREU |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, des pièces complémentaires et un mémoire, enregistrés le 27 octobre 2020, le 29 juillet 2022 et le 2 décembre 2022, M. D C, représenté par Me Teissonniere, demande au tribunal :
1°) de condamner l'Etat, en sa qualité d'employeur, à lui verser une somme de 15 000 euros en réparation du préjudice moral ainsi que la même somme au titre des troubles dans les conditions d'existence, assorties des intérêts au taux légal à compter de la date de sa première demande d'indemnisation, et de la capitalisation des intérêts, qu'il subit en raison de la carence fautive de l'Etat consistant à l'avoir exposé à l'inhalation de poussières d'amiante et à avoir tardé à mettre en place des dispositifs de protection individuelle ou collective efficaces ;
2°) et de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la requête est recevable ;
- il a été exposé aux poussières d'amiante alors qu'il était affecté, en tant qu'électricien, sur des navires de la marine nationale ;
- en tardant à mettre en place des dispositifs de protection individuelle ou collective efficaces, l'Etat a commis une faute de nature à engager sa responsabilité ;
- la durée de son exposition aux poussières d'amiante génère une anxiété liée au risque de développer une pathologie grave, et par là-même, d'avoir une durée d'espérance de vie diminuée ; son préjudice moral doit être indemnisé à hauteur de 15 000 euros ;
- il a, en outre, été contraint de subir un suivi médical afin de vérifier qu'il ne souffrait d'aucune pathologie liée à son exposition à l'amiante ; les troubles ainsi causés à ses conditions d'existence doivent être indemnisés à hauteur de 15 000 euros.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 2 décembre 2021 et le 27 octobre 2022, le ministre des armées conclut, dans le dernier état de ses écritures, à titre principal, à l'irrecevabilité de la requête, et à titre subsidiaire, à ce que le montant de l'indemnisation versée à M. C soit minoré.
Il précise que :
- à titre principal, la requête n'a pas été valablement précédée d'un recours administratif préalable obligatoire dès lors que le requérant n'établit pas avoir formé une demande indemnitaire auprès de la ministre des armées, préalablement à la saisine de la commission de recours des militaires, cette commission s'étant prononcée à tort sur une demande indemnitaire directement formée devant elle ;
- à titre subsidiaire, si M. C justifie, en raison de ses fonctions d'électricien, qui l'ont conduit à intervenir sur des matériaux contenant de l'amiante, d'une exposition à l'amiante durant une période cumulée de six ans et douze jours, correspondant à ses différentes affectations entre le 17 juillet 1978 et le 28 février 1985, à l'exclusion des périodes de formation intervenues précédemment, cette exposition a été limitée, s'agissant de l'affectation sur le sous-marin " Bévéziers ", du 9 juillet 1979 au 7 mars 1982, au seul temps de navigation passé en mer ;
- en outre, les troubles dans les conditions d'existence ne sont pas établis.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la défense ;
- le code du travail ;
- le décret n° 77-949 du 17 août 1977 ;
- le décret n° 85-755 du 19 juillet 1985 ;
- l'arrêté du 28 février 1995 pris en application de l'article D. 461-25 du code de la sécurité sociale fixant le modèle type d'attestation d'exposition et les modalités d'examen dans le cadre du suivi post-professionnel des salariés ayant été exposés à des agents ou procédés cancérogènes ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. A,
- et les conclusions de Mme Michaud, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, né en 1960, a été engagé volontaire au sein de la Marine nationale, du 1er juin 1977 au 1er mars 1985, au grade de second-maître de deuxième classe. Après des périodes de formation, il a fait l'objet de différentes affectations en tant qu'électricien et électrotechnicien, du 17 juillet 1978 au 4 septembre 1978, et du 3 avril 1979 au 28 février 1985, durant lesquelles il a été exposé aux fibres et poussières d'amiante. Par la présente requête, M. C demande au tribunal de condamner l'Etat à lui verser la somme totale de 30 000 euros en réparation du préjudice moral et des troubles dans les conditions d'existence résultant de la carence fautive de l'Etat à l'avoir exposé à l'inhalation de poussières d'amiante, et à avoir tardé à mettre en place des dispositifs de protection individuelle ou collective efficaces.
Sur la fin de non-recevoir opposée en défense par le ministre des armées :
2. Il résulte de l'instruction que par un courrier du 2 mars 2020 adressé en recommandé avec un avis de réception, M. C a adressé à la ministre des armées, une demande préalable d'indemnisation des préjudices subis en raison d'inhalation de poussières d'amiante durant sa carrière. Si le ministre fait valoir que le requérant ne justifie pas de la réception de ce courrier par l'administration, le requérant produit la copie de la preuve de dépôt de ce courrier tamponnée par le service de La Poste, attestant de son envoi le 3 mars 2020. En outre, la décision du 20 août 2020, par laquelle la ministre des armées, après avis de la commission des recours des militaires, a rejeté le recours administratif préalable obligatoire de M. C, formé le 19 juin 2020 et reçu le 24 juin 2020, mentionne la demande indemnitaire préalable de l'intéressé du 2 mars 2020 et la décision implicite de rejet de cette demande. Par suite, la fin de non-recevoir opposée en défense, tirée de ce que la saisine de la commission des recours des militaires n'aurait pas été précédée d'une décision de la ministre des armées, ne peut qu'être écartée.
Sur les conclusions indemnitaires :
3. Si, en application de la législation du travail désormais codifiée à l'article L. 4121-1 du code du travail, l'employeur a l'obligation générale d'assurer la sécurité et la protection de la santé des travailleurs placés sous son autorité, il incombe aux autorités publiques chargées de la prévention des risques professionnels de se tenir informées des dangers que peuvent courir les travailleurs dans le cadre de leur activité professionnelle, compte tenu notamment des produits et substances qu'ils manipulent ou avec lesquels ils sont en contact, et d'arrêter, en l'état des connaissances scientifiques et des informations disponibles, au besoin à l'aide d'études ou d'enquêtes complémentaires, les mesures les plus appropriées pour limiter et si possible éliminer ces dangers.
4. Il résulte de l'instruction, et notamment de l'état signalétique des services de M. C, délivré à l'intéressé le 17 mars 1998, qu'il a exercé des fonctions d'électricien et d'électrotechnicien, qui l'ont conduit à intervenir sur des matériaux contenant de l'amiante, ainsi que le reconnaît le ministre dans son mémoire en défense, du 17 juillet 1978 au 4 septembre 1978, au sein du sous-marin " Gymnote ", du 3 avril au 8 juillet 1979, à l'escadrille des sous-marins de la Méditerranée, du 9 juillet 1979 au 7 mars 1982, sur le sous-marin " Bévéziers ", et du 8 mars 1982 au 28 février 1985, dans la base aéronautique navale de Fréjus - Saint-Raphaël. Par ailleurs, il est constant qu'aucun équipement de protection individuelle ou collective n'était à la disposition des marins. Dès lors, au regard de la nature des fonctions qu'il a exercées, M. C justifie avoir travaillé sur des matériaux contenant de l'amiante, durant une période cumulée de plus de six années, nonobstant la circonstance que, durant la période d'affectation sur le sous-marin " Bévéziers ", il ne se trouvait pas toujours en navigation. Il a ainsi été directement exposé à respirer des quantités importantes de poussières issues de ces matériaux, sans disposer de protections adaptées pour l'exécution des tâches qui lui étaient confiées. Par suite, l'Etat employeur doit être regardé comme ayant fait preuve d'une carence fautive dans la mise en œuvre effective, obligation qui lui incombait, des mesures de protection contre les poussières d'amiante auxquelles M. C a pu être exposé et cette carence est de nature à engager sa responsabilité.
En ce qui concerne les préjudices subis :
5. La personne qui recherche la responsabilité d'une personne publique en sa qualité d'employeur et qui fait état d'éléments personnels et circonstanciés de nature à établir une exposition effective aux poussières d'amiante susceptible de l'exposer à un risque élevé de développer une pathologie grave et de voir, par là même, son espérance de vie diminuée, peut obtenir réparation du préjudice moral tenant à l'anxiété de voir ce risque se réaliser. Dès lors qu'elle établit que l'éventualité de la réalisation de ce risque est suffisamment élevée et que ses effets sont suffisamment graves, la personne a droit à l'indemnisation de ce préjudice, sans avoir à apporter la preuve de manifestations de troubles psychologiques engendrés par la conscience de ce risque élevé de développer une pathologie grave.
6. Doivent ainsi être regardées comme faisant état d'éléments personnels et circonstanciés de nature à établir qu'elles ont été exposées à un risque élevé de pathologie grave et de diminution de leur espérance de vie, dont la conscience suffit à justifier l'existence d'un préjudice d'anxiété indemnisable, les personnes qui justifient avoir été, dans l'exercice de leurs fonctions, conduites à intervenir sur des matériaux contenant de l'amiante et, par suite, directement exposées à respirer des quantités importantes de poussières issues de ces matériaux.
7. Par ailleurs, le montant de l'indemnisation du préjudice d'anxiété prend notamment en compte, parmi les autres éléments y concourant, la nature des fonctions exercées par l'intéressé et la durée de son exposition aux poussières d'amiante.
8. Il résulte de l'instruction, et notamment de l'état signalétique des services précités, que M. C, dans l'exercice de ses fonctions d'électricien et d'électrotechnicien, intervenait directement sur des matériaux contenant de l'amiante, ainsi que le reconnaît le ministre, notamment à bord de sous-marins de la Marine nationale, et qu'il a été exposé aux poussières d'amiante sur une période significativement longue de plus de six années, dans des conditions pouvant lui faire craindre légitimement d'être exposé à une maladie grave. L'intéressé vit ainsi dans la crainte de découvrir subitement qu'il est atteint d'une pathologie grave, même si son état de santé ne s'accompagne, pour l'instant, d'aucun symptôme clinique ou manifestation physique d'une telle pathologie. Il subit à ce titre un préjudice moral en lien direct et certain avec son exposition aux poussières d'amiante sans protection adaptée, tenant à l'anxiété due au risque élevé de développer une pathologie grave. Dès lors, il sera fait une juste appréciation des circonstances particulières de l'espèce en évaluant la réparation de ce préjudice à la somme de 4 000 euros.
9. En revanche, M. C ne justifie pas, par la seule production de comptes rendus de consultations et d'examens médicaux, en particulier un scanner thoracique, datant de mars 2019, avoir fait l'objet d'un suivi médical post-professionnel contraignant. Par suite, M. C n'est pas fondé à demander la réparation des troubles dans les conditions d'existence.
10. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a seulement lieu de condamner l'Etat à verser à M. C la somme de 4 000 euros en réparation de son préjudice moral.
Sur les intérêts et leur capitalisation :
11. Lorsqu'ils ont été demandés, et quelle que soit la date de cette demande, les intérêts moratoires dus en application de l'article 1231-7 du code civil courent à compter de la réception de la demande préalable à l'administration ou, à défaut, de l'enregistrement de la requête introductive d'instance. En outre, la capitalisation des intérêts peut être demandée à tout moment devant le juge du fond, même si, à cette date, les intérêts sont dus depuis moins d'une année. Dans cette hypothèse, cette demande ne prend toutefois effet qu'à la date à laquelle, pour la première fois, les intérêts sont dus pour une année entière.
12. Ainsi qu'il a été dit au point 2, M. C ne justifie pas de la date à laquelle sa demande préalable d'indemnisation du 2 mars 2020 est parvenue à l'administration. Dès lors, il y a lieu d'assortir la somme de 4 000 euros des intérêts au taux légal à compter du 24 juin 2020, date de réception par l'administration de son recours administratif préalable obligatoire, eux-mêmes capitalisés à compter du 24 juin 2021, ainsi qu'à chaque échéance annuelle à compter de cette date.
Sur les frais liés au litige :
13. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par M. C et non compris dans les dépens, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : L'Etat est condamné à verser à M. C la somme de 4 000 euros (quatre mille euros) en réparation des préjudices subis. Cette somme portera intérêts au taux légal à compter du 24 juin 2020. Les intérêts échus seront capitalisés à compter du 24 juin 2021, puis à chaque échéance annuelle à compter de cette date.
Article 2 : L'Etat versera à M. C une somme de 1 500 euros (mille cinq cents euros) au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions présentées par M. C est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. D C et au ministre des armées.
Délibéré après l'audience du 25 janvier 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Perdu, présidente,
Mme Duchesne, conseillère,
M. Diard, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 février 2023.
Le rapporteur,
Signé : F. ALa présidente,
Signé : S. PERDULa greffière,
Signé : M. B
La République mande et ordonne au ministre des armées en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026