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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2002183

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2002183

jeudi 15 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2002183
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantHMS ATLANTIQUE AVOCATS

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête, enregistrée le 2 novembre 2020 sous le numéro 2002183, et des mémoires, enregistrés le 24 mars 2021, le 30 juin 2022 et le 25 octobre 2022, la société par actions simplifiée unipersonnelle (SASU) Pilliot assurances, représentée par Me Delozière, doit être regardée comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler le titre exécutoire n° 391 émis à son encontre par le syndicat mixte intercommunal de valorisation des ordures ménagères du Born le 3 juin 2019 d'un montant de 56 661,91 euros au titre du remboursement d'indemnités journalières, et de la décharger de l'obligation de payer cette somme ;

2°) de mettre solidairement à la charge de l'État et du syndicat mixte intercommunal de valorisation des ordures ménagères du Born la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- sa requête est recevable, par application de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales, dès lors qu'elle l'a introduite dans le délai de deux mois à compter de l'émission de la lettre de mise en demeure de payer datée du 17 septembre 2020 ; le titre exécutoire n'était pas joint à la lettre que lui a adressée le syndicat mixte de valorisation des ordures ménagères du Born le 3 juin 2019 ;

- la créance mise à sa charge par le titre exécutoire en litige est infondée dès lors que seule CBL Insurance Europe est contractuellement débitrice de l'indemnité d'assurance ; en tant que courtier et gestionnaire du contrat, elle ne peut être tenue solidairement au paiement de l'indemnité d'assurance avec l'assureur ;

- la Banque centrale d'Irlande a interdit aux courtiers et mandataires de CBL Insurance Europe, par décision du 9 décembre 2019 avec effet immédiat, de procéder à tout règlement aux preneurs d'assurances ou à des tiers ; cette interdiction a été confirmée par l'administrateur provisoire de CBL Insurance Europe par une lettre du 13 décembre 2019 ; les créances détenues sur CBL Insurance Europe doivent être déclarées au passif de la liquidation judiciaire ;

- elle n'a pas failli à ses obligations contractuelles et le syndicat mixte intercommunal de valorisation des ordures ménagères du Born n'établit ni le lien de causalité entre la faute alléguée et le préjudice subi, ni l'existence de ce préjudice.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 25 mai 2022 et le 5 octobre 2022, le syndicat mixte intercommunal de valorisation des ordures ménagères du Born, représenté par Me Hakim, conclut, dans le dernier état de ses écritures, à titre principal, au rejet de la requête comme irrecevable, à titre subsidiaire, à son rejet comme infondée, et à titre infiniment subsidiaire, à la condamnation de la SASU Pilliot assurances à lui verser la somme de 56 661,91 euros assortie des intérêts courant à compter de la première mise en demeure du 9 mars 2018, ainsi qu'à ce que soit mise à la charge de la SASU Pilliot assurances la somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :

- la requête est tardive dès lors que le titre exécutoire en litige était joint à la lettre de notification datée du 3 juin 2019, dont la requérante a accusé réception le 4 juin 2019, et qu'elle a reconnu avoir reçu dans un courriel daté du 13 août 2019 ; en outre, une nouvelle copie de l'avis des sommes à payer a été adressée à la requérante par courriel le 3 octobre 2019 ;

- à titre subsidiaire, les moyens soulevés par la SASU Pilliot assurances ne sont pas fondés ;

- à titre infiniment subsidiaire, la SASU Pilliot assurances a failli à ses obligations contractuelles d'information et de conseil.

Par un mémoire enregistré le 5 mars 2021, la direction départementale des finances publiques des Landes conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que la contestation du bien-fondé de la créance est tardive.

Par ordonnance du 9 septembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 10 octobre 2022.

Par ordonnance du 19 octobre 2022, l'instruction a été rouverte et une nouvelle clôture a été fixée au 28 octobre 2022.

Un mémoire présenté pour le syndicat mixte intercommunal de valorisation des ordures ménagères du Born a été enregistré le 28 octobre 2022.

II. Par une requête, enregistrée sous le numéro 2002551, et des mémoires, enregistrés le 2 novembre 2020, le 24 mars 2021 et le 5 juillet 2022, la société par actions simplifiée unipersonnelle (SASU) Pilliot assurances, représentée par Me Delozière, doit être regardée comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler la saisie administrative à tiers détenteur datée du 2 novembre 2020 correspondant au titre exécutoire n° 391 émis à son encontre par le syndicat mixte intercommunal de valorisation des ordures ménagères du Born le 3 juin 2019 d'un montant de 56 661,91 euros, et d'ordonner la restitution de la somme correspondante ;

2°) de mettre solidairement à la charge de l'État et du syndicat mixte intercommunal de valorisation des ordures ménagères du Born la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- sa requête est recevable, par application de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales, dès lors qu'elle l'a introduite dans le délai de deux mois à compter de l'émission de la saisie administrative à tiers détenteur du 2 novembre 2020 ; le titre exécutoire n'était pas joint à la lettre que lui a adressée le syndicat mixte de valorisation des ordures ménagères du Born le 3 juin 2019 ; elle avait contesté précédemment la seule mise en demeure de payer reçue le 24 septembre 2020 ;

- sa requête est recevable et relève du juge administratif dès lors qu'elle a formé un recours contre le titre exécutoire n° 391 et qu'elle conteste le bien-fondé de la créance ;

- elle a exercé un recours préalable contre cet acte de poursuite le 9 novembre 2020 ;

- la saisie administrative à tiers détenteur est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'elle ne lui a pas été notifiée ;

- à titre subsidiaire, la notification de cet acte de poursuite est entachée d'un vice de forme en l'absence des mentions prévues par l'article L. 212-2 du code des relations entre le public et l'administration ;

- à titre infiniment subsidiaire, dès lors qu'elle a introduit un recours, d'effet suspensif, contre le titre n° 391 le 2 novembre 2020, le comptable public ne pouvait plus poursuivre l'exécution forcée de ce titre.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 mai 2022, le syndicat mixte intercommunal de valorisation des ordures ménagères du Born, représenté par Me Hakim, conclut, à titre principal, au rejet de la requête comme irrecevable, à titre subsidiaire, à son rejet comme infondée, et à ce que soit mise à la charge de la SASU Pilliot assurances la somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :

- le tribunal administratif est incompétent pour statuer sur la contestation portant sur la régularité en la forme d'un acte de recouvrement ou sur une créance non fiscale d'une collectivité territoriale ;

- la requête est irrecevable faute d'une contestation préalable exercée à l'encontre de l'acte de recouvrement selon les modalités fixées par l'article L. 1617-7 du code général des collectivités territoriales ;

- le titre exécutoire n° 391 était joint à la lettre de notification datée du 3 juin 2019, dont la requérante a accusé réception le 4 juin 2019 ; elle a reconnu l'avoir reçu dans un courriel daté du 13 août 2019 ; en outre, une nouvelle copie de l'avis des sommes à payer a été adressée à la requérante par courriel le 3 octobre 2019 ; le recours introduit contre ce titre de recette, le 2 novembre 2020, est intervenu après que la requérante a eu connaissance de la saisie à tiers détenteur et ne peut avoir d'effet suspensif des poursuites ;

- la notification de l'avis de saisie administrative à tiers détenteur est régulière.

Par un mémoire enregistré le 5 mars 2021, la direction départementale des finances publiques des Landes conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que :

- la contestation portant sur les actes de recouvrement relève de la compétence du juge judiciaire, juge de l'exécution ;

- la contestation du bien-fondé de la créance est tardive ;

- la saisie administrative à tiers détenteur a été réalisée le 30 octobre 2020, antérieurement au recours formé par la SASU Pilliot assurances contre le titre exécutoire n° 391 ;

- la notification de la saisie administrative à tiers détenteur est régulière.

Par ordonnance du 9 septembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 10 octobre 2022.

III. Par une requête, enregistrée le 18 décembre 2020 sous le numéro 2002552, et des mémoires, enregistrés le 23 mars 2021, le 5 juillet 2022 et le 25 octobre 2022, la société par actions simplifiée unipersonnelle (SASU) Pilliot assurances, représentée par Me Delozière, doit être regardée comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler le titre exécutoire n° 151 émis à son encontre par le syndicat mixte intercommunal de valorisation des ordures ménagères du Born le 11 janvier 2019 d'un montant de 5 407,90 euros au titre du remboursement d'indemnités journalières, ainsi que de la saisie administrative à tiers détenteur datée du 5 novembre 2020 correspondant à ce titre exécutoire, et de la décharger de l'obligation de payer la somme correspondante ;

2°) de mettre solidairement à la charge de l'État et du syndicat mixte intercommunal de valorisation des ordures ménagères du Born la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- sa requête est recevable, par application de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales, dès lors qu'elle l'a introduite dans le délai de deux mois à compter de l'avis de saisie administrative à tiers détenteur daté du 6 novembre 2020 ; le comptable public ne justifie pas de la notification du titre exécutoire le 11 janvier 2019 et elle n'en a eu connaissance que le 6 novembre 2020 ;

- le comptable public n'a pas respecté la procédure de recouvrement prévue par les 5° et 6° de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales ;

- sa demande tendant à l'annulation de la saisie administrative à tiers détenteur n'est qu'accessoire et consécutive à sa demande d'annulation du titre exécutoire, si bien que le juge administratif est compétent pour connaître de l'ensemble de ses conclusions ;

- la créance mise à sa charge par le titre exécutoire en litige est infondée dès lors que seule CBL Insurance Europe est contractuellement débitrice de l'indemnité d'assurance ; en tant que courtier et gestionnaire du contrat, elle ne peut être tenue solidairement au paiement de l'indemnité d'assurance avec l'assureur ;

- la Banque centrale d'Irlande a interdit aux courtiers et mandataires de CBL Insurance Europe, par décision du 9 décembre 2019 avec effet immédiat, de procéder à tout règlement aux preneurs d'assurances ou à des tiers ; cette interdiction a été confirmée par l'administrateur provisoire de CBL Insurance Europe par une lettre du 13 décembre 2019 ; les créances détenues sur CBL Insurance Europe doivent être déclarées au passif de la liquidation judiciaire ;

- elle n'a pas failli à ses obligations contractuelles et le syndicat mixte intercommunal de valorisation des ordures ménagères du Born n'établit ni le lien de causalité entre la faute alléguée et le préjudice subi, ni l'existence de ce préjudice.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 25 mai 2022 et le 5 octobre 2022, le syndicat mixte intercommunal de valorisation des ordures ménagères du Born, représenté par Me Hakim, conclut, dans le dernier état de ses écritures, à titre principal, au rejet de la requête comme irrecevable, à titre subsidiaire, à son rejet comme infondée, et à titre infiniment subsidiaire, à la condamnation de la SASU Pilliot assurances à lui verser la somme de 5 407,90 euros assortie des intérêts courant à compter de la première mise en demeure du 9 mars 2018, ainsi qu'à ce que soit mise à la charge de la SASU Pilliot assurances la somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :

- la requête est tardive dès lors que le titre exécutoire en litige était joint à la lettre de notification datée du 3 juin 2019, dont la requérante a accusé réception le 4 juin 2019 ; elle a reconnu l'avoir reçu dans un courriel daté du 13 août 2019 ; en outre, une nouvelle copie de l'avis des sommes à payer a été adressée à la requérante par courriel le 3 octobre 2019 ;

- les conclusions tendant à l'annulation de la saisie administrative à tiers détenteur sont également irrecevables en l'absence de réclamation préalable dans les délais légaux et relèvent en tout état de cause du juge de l'exécution ;

- à titre subsidiaire, les moyens soulevés par la SASU Pilliot assurances ne sont pas fondés ;

- à titre infiniment subsidiaire, la SASU Pilliot assurances a failli à ses obligations contractuelles d'information et de conseil.

Par un mémoire enregistré le 5 mars 2021, la direction départementale des finances publiques des Landes conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que :

- la contestation portant sur les actes de recouvrement relève de la compétence du juge judiciaire, juge de l'exécution ;

- la contestation du bien-fondé de la créance est tardive ;

- l'avis de saisie administrative à tiers détenteur a été régulièrement notifié à la requérante.

Par ordonnance du 9 septembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 10 octobre 2022.

Par ordonnance du 19 octobre 2022, l'instruction a été rouverte et une nouvelle clôture a été fixée au 28 octobre 2022.

Un mémoire présenté pour le syndicat mixte intercommunal de valorisation des ordures ménagères du Born a été enregistré le 28 octobre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B,

- et les conclusions de M. Clen, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Les requêtes susvisées n° 2002183, n° 2002551 et n° 2002552, présentées par la société par actions simplifiée unipersonnelle (SASU) Pilliot assurances, présentent à juger des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

2. Le 4 janvier 2017, le syndicat mixte intercommunal de valorisation des ordures ménagères du Born et la SASU Pilliot assurances ont signé un contrat portant sur la prise en charge des risques statutaires des agents titulaires ou stagiaires affiliés à la CNRACL. Le syndicat a adressé à la SASU Pilliot assurances, le 2 mai 2019, une mise en demeure de lui verser les indemnités journalières restant dues au titre des années 2017 et 2018, pour un montant total de 62 069,80 euros. Le 3 juin 2019, il lui a adressé un courrier l'informant de l'émission de deux avis de sommes à payer, le titre exécutoire n° 151, émis le 11 janvier 2019 d'un montant de 5 407,90 euros, et le titre exécutoire n° 391 émis le 3 juin 2019 d'un montant de 56 661,91 euros. La SASU Pilliot assurances a accusé réception de ce courrier le 4 juin 2019.

3. Le 17 septembre 2020, le comptable public de la trésorerie de Parentis-en-Born a adressé à la société une mise en demeure valant commandement de payer la somme correspondant au titre n° 391, que la société a contestée auprès du comptable public le 25 septembre 2020 et auprès du syndicat mixte de valorisation des ordures ménagères du Born le 2 octobre 2020. Par la requête enregistrée le 2 novembre 2020 sous le numéro 2002183, la SASU Pilliot assurances doit être regardée comme demandant au tribunal d'annuler le titre exécutoire n° 391 émis à son encontre le 3 juin 2019 par le syndicat mixte intercommunal de valorisation des ordures ménagères du Born, d'un montant de 56 661,91 euros, au titre du remboursement d'indemnités journalières, et de la décharger de l'obligation de payer cette somme.

4. Le comptable public a procédé à une saisie administrative à tiers détenteur du montant du titre n° 391 émis le 3 juin 2019, dont la SASU Pilliot assurances a été avisée par un courrier de son établissement bancaire daté du 3 novembre 2020. Elle a contesté cet acte de poursuite par un courrier adressé au comptable public le 9 novembre 2020. Par la requête enregistrée le 18 décembre 2020 sous le numéro 2002551, elle doit être regardée comme demandant au tribunal d'annuler la saisie administrative à tiers détenteur correspondant au titre exécutoire n° 391 émis à son encontre par le syndicat mixte intercommunal de valorisation des ordures ménagères du Born le 3 juin 2019, d'un montant de 56 661,91 euros, et d'ordonner la restitution de la somme correspondante.

5. Le comptable public a procédé à une saisie administrative à tiers détenteur du montant du titre n° 151 émis le 11 janvier 2019, dont la SASU Pilliot assurances a été avisée par son établissement bancaire le 6 novembre 2020. Elle a contesté cet acte de poursuite auprès du comptable public et du syndicat le 17 novembre 2020. Par la requête enregistrée le 18 décembre 2020 sous le numéro 2002552, elle doit être regardée comme demandant au tribunal d'annuler le titre exécutoire n° 151 émis à son encontre par le syndicat mixte intercommunal de valorisation des ordures ménagères du Born le 11 janvier 2019 d'un montant de 5 407,90 euros au titre du remboursement d'indemnités journalières, ainsi que de la saisie administrative à tiers détenteur datée du 5 novembre 2020 correspondant à ce titre exécutoire, et de la décharger de l'obligation de payer la somme correspondante.

Sur la compétence juridictionnelle :

6. Aux termes de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales : " () / 1° En l'absence de contestation, le titre de recettes individuel ou collectif émis par la collectivité territoriale ou l'établissement public local permet l'exécution forcée d'office contre le débiteur. / () / L'action dont dispose le débiteur d'une créance assise et liquidée par une collectivité territoriale ou un établissement public local pour contester directement devant la juridiction compétente le bien-fondé de ladite créance se prescrit dans le délai de deux mois à compter de la réception du titre exécutoire ou, à défaut, du premier acte procédant de ce titre ou de la notification d'un acte de poursuite. / 2° La contestation qui porte sur la régularité d'un acte de poursuite est présentée selon les modalités prévues à l'article L. 281 du livre des procédures fiscales. () ".

7. Aux termes de l'article L. 281 du livre des procédures fiscales, dans sa rédaction résultant de la loi du 28 décembre 2017 : " Les contestations relatives au recouvrement des impôts, taxes, redevances, amendes, condamnations pécuniaires et sommes quelconques dont la perception incombe aux comptables publics doivent être adressées à l'administration dont dépend le comptable qui exerce les poursuites. / () / Les contestations relatives au recouvrement ne peuvent pas remettre en cause le bien-fondé de la créance. Elles peuvent porter : / 1° Sur la régularité en la forme de l'acte ; / 2° A l'exclusion des amendes et condamnations pécuniaires, sur l'obligation au paiement, sur le montant de la dette compte tenu des paiements effectués et sur l'exigibilité de la somme réclamée. / Les recours contre les décisions prises par l'administration sur ces contestations sont portés dans le cas prévu au 1° devant le juge de l'exécution. Dans les cas prévus au 2°, ils sont portés : / () / c) Pour les créances non fiscales des collectivités territoriales, des établissements publics locaux et des établissements publics de santé, devant le juge de l'exécution. ".

8. Il ressort de ces dispositions que l'ensemble du contentieux du recouvrement des créances non fiscales des collectivités territoriales est de la compétence du juge de l'exécution, tandis que le contentieux du bien-fondé de ces créances est de celle du juge compétent pour en connaître sur le fond.

9. La SASU Pilliot assurances demande l'annulation des actes de poursuite que constituent la saisie administrative à tiers détenteur dont elle affirme avoir eu connaissance le 3 novembre 2020 pour recouvrer la somme de 56 661,91 euros mise à sa charge par le titre exécutoire n° 391 émis par le syndicat mixte intercommunal de valorisation des ordures ménagères du Born le 3 juin 2019, et la saisie administrative à tiers détenteur dont elle affirme avoir eu connaissance le 6 novembre 2020 pour recouvrer la somme de 5 407,90 euros mise à sa charge par le titre exécutoire n° 151 émis par le syndicat le 11 janvier 2019. De telles demandes ressortissant au contentieux du recouvrement, c'est le juge de l'exécution qui est compétent pour en connaître, sans que puisse être remis en cause devant lui le bien-fondé des créances. Il suit de là que le tribunal administratif n'est pas compétent pour connaître de ces demandes, qui relèvent du seul juge judiciaire. Par suite, et ainsi que le soutiennent le syndicat mixte intercommunal de valorisation des ordures ménagères du Born et la direction départementale des finances publiques des Landes, les demandes tendant à l'annulation de ces deux avis de saisie administrative à tiers détenteur, présentées dans les requêtes enregistrées sous les numéros 2002551 et 2002552, doivent être rejetées comme portées devant une juridiction incompétente pour en connaître.

Sur la recevabilité des conclusions relatives au bien-fondé des titres exécutoires n° 151 et n° 391 :

10. Aux termes de l'article R. 421-5 du code de justice administrative : " Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision ". Aux termes du 2° de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales : " L'action dont dispose le débiteur d'une créance assise et liquidée par une collectivité territoriale ou un établissement public local pour contester directement devant la juridiction compétente le bien-fondé de ladite créance se prescrit dans le délai de deux mois suivant la réception du titre exécutoire ou, à défaut, du premier acte procédant de ce titre ou de la notification d'un acte de poursuite ". Il en résulte que le non-respect de l'obligation d'informer le débiteur sur les voies et les délais de recours, prévue par la première de ces dispositions, ou l'absence de preuve qu'une telle information a été fournie, est de nature à faire obstacle à ce que le délai de forclusion, prévu par la seconde, lui soit opposable.

11. Toutefois, le principe de sécurité juridique, qui implique que ne puissent être remises en cause sans condition de délai des situations consolidées par l'effet du temps, fait obstacle à ce que puisse être contestée indéfiniment une décision administrative individuelle qui a été notifiée à son destinataire, ou dont il est établi, à défaut d'une telle notification, que celui-ci a eu connaissance. En une telle hypothèse, si le non-respect de l'obligation d'informer l'intéressé sur les voies et les délais de recours, ou l'absence de preuve qu'une telle information a bien été fournie, ne permet pas que lui soient opposés les délais de recours fixés par le code de justice administrative, le destinataire de la décision ne peut exercer de recours juridictionnel au-delà d'un délai raisonnable. S'agissant des titres exécutoires, sauf circonstances particulières dont se prévaudrait son destinataire, le délai raisonnable ne saurait excéder un an à compter de la date à laquelle le titre, ou à défaut, le premier acte procédant de ce titre ou un acte de poursuite a été notifié au débiteur ou porté à sa connaissance.

12. Il résulte de l'instruction que le 3 juin 2019, le syndicat mixte intercommunal de valorisation des ordures ménagères du Born a adressé à la SASU Pilliot assurances un courrier l'informant de l'émission de titres de recettes mettant à sa charge la somme totale de 62 069,80 euros, et que l'intéressée en a accusé réception le 4 juin 2019. Elle soutient que les avis des sommes à payer n° 151, d'un montant de 5 407,90 euros, émis le 11 janvier 2019, et n° 391, d'un montant de 56 661,91 euros, émis le 3 juin 2019, n'étaient pas joints à ce courrier, ce que démentent à la fois le syndicat mixte intercommunal de valorisation des ordures ménagères du Born et la direction départementale des finances publiques des Landes. Toutefois, il est constant que, le 13 août 2019, elle a adressé au syndicat un courrier électronique faisant mention de la réception de trois titres exécutoires, dont celui d'un montant de 5 407,90 euros correspondant au titre n° 151, et celui d'un montant de 56 661,91 euros correspondant au titre n° 391, ajoutant qu'elle souhaitait " faire le point " sur ces " deux derniers dossiers ". Les précisions de ce courrier électronique, qui détaille les sommes en cause et cite des mentions portées sur les titres exécutoires, en particulier le nom des bénéficiaires des indemnités journalières dues au syndicat, ne permettent pas de douter de la bonne réception, par la SASU Pilliot assurances, des deux titres en litige. Par ailleurs, le 3 octobre 2019, le syndicat lui a adressé un courrier électronique auquel sont joints les deux titres exécutoires. Enfin, ces titres portent l'un et l'autre la mention des voies et délais de recours. Dans ces conditions, la SASU Pilliot assurances doit être regardée comme ayant reçu notification, le 4 juin 2019, des deux titres exécutoires en litige, revêtus des mentions l'informant des voies et délais de recours. Au surplus, elle en a fait mention dans un courrier électronique qu'elle a adressé au syndicat mixte intercommunal de valorisation des ordures ménagères du Born le 13 août 2019, et ces titres lui ont été à nouveau adressés le 3 octobre 2019. Par suite, les recours qu'elle a introduits contre ces titres, respectivement, le 2 novembre 2020 et le 18 décembre 2020, sont tardifs et les fins de non-recevoir opposées en défense par le syndicat mixte intercommunal de valorisation des ordures ménagères du Born et par la direction départementale des finances publiques des Landes doivent être accueillies.

13. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres fins de non-recevoir soulevées en défense, que les conclusions dirigées contre les titres exécutoires n° 151 et n° 391, présentées par la SASU Pilliot assurances dans les requêtes n° 2002183 et 2002552, doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État et du syndicat mixte intercommunal de valorisation des ordures ménagères du Born, qui ne sont pas les parties perdantes dans la présente instance, la somme que la SASU Pilliot assurances demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de la SASU Pilliot assurances une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par le syndicat mixte intercommunal de valorisation des ordures ménagères du Born et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Les conclusions aux fins d'annulation des saisies administratives à tiers détenteur portant sur les sommes mises à la charge de la SASU Pilliot assurances par le titre exécutoire n° 391 émis par le syndicat mixte intercommunal de valorisation des ordures ménagères du Born le 3 juin 2019, et par le titre exécutoire n° 151 émis par le même syndicat le 11 janvier 2019 sont rejetées comme portées devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaître.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de la SASU Pilliot assurances est rejeté.

Article 3 : La SASU Pilliot assurances versera au syndicat mixte intercommunal de valorisation des ordures ménagères du Born une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la SASU Pilliot assurances, au syndicat mixte intercommunal de valorisation des ordures ménagères du Born et à la direction départementale des finances publiques des Landes.

Copie en sera adressée au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique.

Délibéré après l'audience du 1er décembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Sellès, présidente,

Mme Beneteau, première conseillère,

Mme Neumaier, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 décembre 2022.

La rapporteure,

Signé

A. B

La présidente,

Signé

M. A La greffière,

Signé

P. SANTERRE

La République mande et ordonne à la préfète des Landes en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition :

La greffière,

Nos 2002183

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