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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2002203

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2002203

lundi 22 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2002203
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantLOUP

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et deux mémoires enregistrés le 9 novembre 2020, le 26 juillet 2021 et le 7 octobre 2021, la société à responsabilité limitée (SARL) Bayonne Loisirs, représentée par Me Loup, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 8 septembre 2020, par laquelle l'administration fiscale a rejeté sa réclamation contentieuse ;

2°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôts sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre des exercices clos en 2012 et en 2013 ainsi que des pénalités correspondantes ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la procédure est irrégulière car sa demande de saisine de l'inspecteur principal présentée dans le cadre de son recours hiérarchique du 6 mai 2016 n'a pas fait l'objet de réponse de l'administration avant la date de mise en recouvrement ; sa demande de recours hiérarchique du 6 mai 2016 ne fait pas état d'une élection de domicile par le mandataire ; le service n'apportant aucunement la preuve de la réception de sa réponse par le requérant, la procédure est irrégulière pour défaut de réponse à la demande de recours hiérarchique ;

- deux comptes 467 de sa comptabilité comportent des soldes créditeurs au 1er janvier 2012, qui sont, par définition, des reports des montants des crédits de ces comptes à la date du 31 décembre 2011 ; à défaut de remise en cause par le service, sa comptabilité au 31 décembre 2011 est réputée probante et sincère conformément aux obligations juridiques qui s'imposent à toute société sur le fondement de l'article L. 123-14 alinéa 1 du code de commerce ; en application de l'article 38-2 du code général des impôts, il convient de déduire le montant des reports de ces comptes afin de calculer la variation d'actif net sur l'exercice 2012 ;

- l'existence de dettes figurant au passif de son résultat au titre des exercices 2012 et 2013 se justifie juridiquement par l'existence de conventions de trésorerie entre les différentes sociétés du groupe conformément à l'article L 511-7, I-3 du code monétaire et financier ; les sommes en cause sont des avances faites par des sociétés ayant toutes des liens indirects avec elle, l'ensemble des sociétés étant détenues pas les mêmes personnes physiques, à savoir notamment Mme F, M. F, Mme B, M. E et M. C ;

- l'existence de dettes figurant au passif de son résultat au titre des exercices 2012 et 2013 se justifie comptablement par la communication des écritures du livre, du journal et des balances des sociétés créancières des exercices 2012 et 2013 qui démontrent inéluctablement la réciprocité des écritures avec la société débitrice ;

- en ce qui concerne les avances faites par la Sarl Bowling Grand Sud Lattes, cette société a cessé son activité de bowling en 2010 mais n'a toutefois pas été liquidée dans l'attente d'une éventuelle reprise ; sa capacité financière se justifie par la cession d'éléments d'actifs et par les remboursements provenant des sociétés débitrices de la société Bowling Grand Sud Lattes ;

- en ce qui concerne les avances faites par la Sarl Bowling SQY Ouest, contrairement à ce que sous-tend l'administration, la société a bien déposé ses déclarations au titre de l'exercice 2012 ;

- en ce qui concerne les avances faites par la Sarl Bowling Star 18, cette société a cessé son activité en 2013 sans pour autant être liquidée dans l'attente d'une éventuelle reprise ; la société a dûment déposé ses déclarations au titre des exercices 2012 et 2013 ;

- elle a fait l'objet d'une précédente vérification de comptabilité portant sur les exercices 2007 et 2008 qui aurait donné lieu à une rectification des déficits reportables par proposition de rectification n° 3924 en date du 8 avril 2010 mais le service ne l'établit pas ;

- la majoration pour manquement délibéré de 40 % appliquée aux rectifications ayant pour objet les passifs injustifiés et le montant des déficits reportables est contestée, son intention délibérée de minorer ses bénéfices imposables n'étant en aucun cas démontrée.

Par deux mémoires en défense enregistrés les 4 mai et 29 septembre 2021, la direction spécialisée de contrôle fiscal Sud-Ouest, représentée par son directeur, conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que :

- le service a répondu à la demande de recours hiérarchique de la requérante par un courriel du 10 mai 2016 puis un courrier du 23 mai 2016 proposant à chaque fois plusieurs dates mais la société n'a pas donné suite ;

- les sommes inscrites au crédit de comptes de tiers créditeurs des sociétés Bowling Grand Sud Lattes, Bowling SQY Ouest, Bowling Star 18, et Bowling des rives d'Arcins ne sont pas justifiées ; les conventions de trésorerie entre la société requérante et ces sociétés ne portent pas de date certaine et sont donc dépourvus de toute force probante ; ni les liens entre ces sociétés, ni la possibilité pour celles-ci de convenir entre elles de conventions de trésorerie, ni la licéité de ces pratiques ne sont remis en cause par le service car le litige porte sur la justification des passifs de la société requérante ; pour la détermination du bénéfice en application du 2 de l'article 38 du code général des impôts, le solde de comptes créditeurs au 1er janvier 2012 ne peut être déduit du solde à la clôture de l'exercice dès lors que ce même montant n'est pas justifié ;

- le service a constaté que la société n'avait pas tenu compte de la précédente vérification de comptabilité, et qu'en conséquence, en 2012 la société avait bénéficié d'un déficit reportable indu d'un montant de 35 813 euros ; le service a réintégré ce montant au résultat de l'exercice clos en 2012 ; dans son courrier du 4 septembre 2015, la société précise qu'elle accepte les redressements concernant les déficits reportables pour un montant de 35 813 euros ; la société ne peut utilement soutenir que l'administration fiscale était tenue de lui communiquer, dans le cadre de la présente procédure de vérification, la proposition de rectification du 8 avril 2010 émise lors de la précédente vérification de comptabilité ;

- la majoration de 40 % est motivée et fondée ; en inscrivant au passif de son bilan de manière répétée, à plusieurs comptes créditeurs divers, des dettes importantes, au profit de sociétés dont certaines n'avaient plus d'activités, sans aucune justification de ces écritures, la société a nécessairement eu conscience de manquer à ses obligations comptables et fiscales ; elle n'a pas tiré les conséquences de la précédente rectification sur ses déclarations de résultats postérieures au titre des exercices 2011, 2012 et 2013.

Par une ordonnance du 10 octobre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 24 octobre 2022.

Un mémoire présenté par la direction spécialisée de contrôle fiscal Sud-Ouest a été enregistré le 13 octobre 2021.

Les parties ont été informées par courrier en date du 18 avril 2023, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé, en partie, sur un moyen relevé d'office, tiré de ce que les conclusions de la société Bayonne Loisirs, tendant à l'annulation de la décision par laquelle l'administration a rejeté sa réclamation préalable sont irrecevables dès lors que la décision par laquelle l'administration statue sur la réclamation contentieuse du contribuable ne constitue pas un acte détachable de la procédure d'imposition.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code monétaire et financier ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme G,

- et les conclusions de M. Clen, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. La SARL Bayonne Loisirs, dont la gérante est Mme A F, a pour activité la gestion d'un bowling situé à Bayonne dans le département des Pyrénées-Atlantiques. Elle a fait l'objet d'une vérification de comptabilité portant sur la période allant du 1er janvier 2012 au 31 décembre 2013. Par proposition de rectification du 9 juillet 2015, le service a modifié la détermination du résultat de la société au titre des exercices 2012 et 2013 et a proposé de rehausser l'impôt sur les sociétés correspondant. Par courrier du 4 septembre 2015, la société a présenté des observations. Par courrier de réponse aux observations du contribuable du 24 septembre 2015, le service a maintenu les rectifications. La commission départementale des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires a, dans son avis du 25 mars 2016, confirmé les rectifications notifiées par l'administration. Le 30 juin 2016, les cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés au titre des exercices 2012 et 2013 ainsi que les pénalités correspondantes ont été mises en recouvrement pour un montant total de 375 149 euros. Par courrier du 28 décembre 2018, la société a présenté une réclamation contentieuse, rejetée par l'administration fiscale par une décision du 8 septembre 2020. La société Bayonne Loisirs demande la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés au titre des exercices 2012 et 2013 ainsi que les pénalités correspondantes auxquelles elle a été assujettie.

Sur la recevabilité :

2. La société requérante demande l'annulation de la décision par laquelle l'administration a rejeté sa réclamation préalable. Toutefois, il résulte de l'instruction que cette décision ne constitue pas un acte détachable de la procédure d'imposition à l'impôt sur les sociétés. Dès lors, elle ne peut être déférée à la juridiction administrative par la voie du recours pour excès de pouvoir. Par suite, les conclusions à fin d'annulation présentées à ce titre par la société Bayonne Loisirs sont irrecevables et doivent être rejetées.

Sur la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés :

En ce qui concerne l'exercice du recours hiérarchique :

3. Aux termes du quatrième alinéa de l'article L. 10 du livre des procédures fiscales dans sa version applicable au litige : " () Avant l'engagement d'une des vérifications prévues aux articles L. 12 et L. 13, l'administration des impôts remet au contribuable la charte des droits et obligations du contribuable vérifié ; les dispositions contenues dans la charte sont opposables à l'administration. ". La charte des droits et obligations du contribuable vérifié prévoit, dans son texte applicable à la procédure en litige, que : "'Si le vérificateur a maintenu totalement ou partiellement les redressements envisagés, des éclaircissements supplémentaires peuvent vous être fournis si nécessaire par l'inspecteur divisionnaire ou principal. Si, après ces contacts des divergences importantes subsistent, vous pouvez faire appel à l'interlocuteur spécialement désigné par le directeur dont dépend le vérificateur'".

4. La charte des droits et obligations du contribuable vérifié, rendue opposable par l'article L. 10 du livre des procédures fiscales, assure au contribuable qui en fait la demande la garantie substantielle de pouvoir obtenir, avant la clôture de la procédure de redressement, un débat avec le supérieur hiérarchique du vérificateur puis avec l'interlocuteur départemental dans les conditions qu'elle précise.

5. Il y a lieu pour l'application des dispositions de l'article L. 10 du livre des procédures fiscales et des stipulations de la charte des droits et obligations du contribuable vérifié de considérer que le mandat donné à un conseil ou à tout autre mandataire par un contribuable, personne physique ou morale, pour recevoir l'ensemble des actes de la procédure d'imposition et y répondre emporte, sauf stipulation contraire, élection de domicile auprès de ce mandataire. Lorsqu'un tel mandat a été porté à la connaissance du service en charge de la procédure d'imposition, celui-ci est en principe tenu d'adresser au mandataire l'ensemble des actes de cette procédure. En revanche, lorsque le mandat donné à un conseil ou à tout autre mandataire par un contribuable pour l'assister dans ses relations avec l'administration ne contient aucune mention expresse habilitant le mandataire à recevoir l'ensemble des actes de la procédure d'imposition, ce mandat n'emporte pas élection de domicile auprès de ce mandataire. Dans ce cas, l'administration doit notifier l'ensemble des actes de la procédure au contribuable, alors même que le mandat confie au mandataire le soin de répondre à toute notification de redressements, d'accepter ou de refuser tout redressement. Si, cependant, l'administration procède à une notification non au contribuable lui-même, mais à une personne qui se présente comme son mandataire, il appartient au juge d'apprécier, eu égard à l'ensemble des circonstances de l'espèce, si la notification est parvenue au contribuable et si, par suite, elle peut être regardée comme régulière.

6. Il résulte de l'instruction que par courrier du 6 mai 2016, Me Chateauneuf a sollicité dans le cadre du recours hiérarchique ouvert aux contribuables faisant l'objet d'une vérification de comptabilité, la saisine de l'inspecteur principal, tout en précisant agir au nom et pour le compte de la société Bayonne Loisirs qui l'a mandaté à cet effet. Il est constant qu'en l'absence de mention expresse, la société requérante doit être regardée comme n'ayant pas élu domicile au cabinet de son mandataire. Or, il résulte de l'instruction que l'inspecteur principal a proposé des dates de rendez-vous du 17 au 19 mai par courriel du 10 mai 2016, adressées uniquement à Me Chateauneuf, puis en l'absence de réponse, des dates de rendez-vous du 13 au 15 juin, par courrier du 23 mai 2016, transmises par envoi recommandé avec avis de réception, uniquement à nouveau à Me Chateauneuf distribué le 27 mai 2016. Ce courrier précisait qu'à défaut de réponse, il serait considéré qu'il était renoncé au recours hiérarchique. En l'absence de réponse, les cotisations supplémentaires en litige ont été mises en recouvrement le 30 juin 2016. Il résulte de l'instruction que Me Chateauneuf agissant au nom et pour le compte de son mandat, a bien réceptionné la réponse du service, transmise en recommandé, aux demandes d'entretien dans le cadre du recours hiérarchique présentées par la société requérante. Il ne résulte pas de l'instruction, et il n'est pas non plus soutenu par la société requérante, que son mandataire ait omis de lui faire part de ces propositions de rendez-vous. Il s'ensuit que, dans ces conditions, à défaut de motifs légitimes soulevés par la société requérante et nonobstant le fait que l'inspecteur principal n'ait pas adressé ses propositions de rendez-vous en parallèle au contribuable, il y a lieu de considérer que la société Bayonne Loisirs a bien été destinataire de ces propositions de rendez-vous. Par suite, elle n'est pas fondée à soutenir que la procédure serait irrégulière en l'absence de suites données par le service à sa demande de recours hiérarchique.

En ce qui concerne la communication de la proposition de rectification du 8 avril 2010 :

7. Aux termes du I de l'article 209 du code général des impôts dans sa version applicable au litige : " I. Sous réserve des dispositions de la présente section, les bénéfices passibles de l'impôt sur les sociétés sont déterminés d'après les règles fixées par les articles 34 à 45,53 A à 57,237 ter A et 302 septies A bis et en tenant compte uniquement des bénéfices réalisés dans les entreprises exploitées en France, de ceux mentionnés aux a, e, e bis et e ter du I de l'article 164 B ainsi que de ceux dont l'imposition est attribuée à la France par une convention internationale relative aux doubles impositions. () / Sous réserve de l'option prévue à l'article 220 quinquies, en cas de déficit subi pendant un exercice, ce déficit est considéré comme une charge de l'exercice suivant et déduit du bénéfice réalisé pendant ledit exercice dans la limite d'un montant de 1 000 000 € majoré de 50 % du montant correspondant au bénéfice imposable dudit exercice excédant ce premier montant. Si ce bénéfice n'est pas suffisant pour que la déduction puisse être intégralement opérée, l'excédent du déficit est reporté dans les mêmes conditions sur les exercices suivants. Il en est de même de la fraction de déficit non admise en déduction en application de la première phrase du présent alinéa. () ". Aux termes de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales : " L'administration adresse au contribuable une proposition de rectification qui doit être motivée de manière à lui permettre de formuler ses observations ou de faire connaître son acceptation. () ". Aux termes de l'article R. 57-1 du même livre : " La proposition de rectification prévue par l'article L. 57 fait connaître au contribuable la nature et les motifs de la rectification envisagée. () ". Aux termes de l'article L. 80 CA du même livre : " La juridiction saisie peut, lorsqu'une erreur non substantielle a été commise dans la procédure d'imposition, prononcer, sur ce seul motif, la décharge des majorations et amendes, à l'exclusion des droits dus en principal et des intérêts de retard. / Elle prononce la décharge de l'ensemble lorsque l'erreur a eu pour effet de porter atteinte aux droits de la défense ou lorsqu'elle est de celles pour lesquelles la nullité est expressément prévue par la loi ou par les engagements internationaux conclus par la France. ".

8. Il résulte des articles L. 57 et R. 57-1 du livre des procédures fiscales que l'administration doit indiquer au contribuable, dans la proposition de rectification, les motifs et le montant des rehaussements envisagés, leur fondement légal et la catégorie de revenus dans laquelle ils sont opérés, ainsi que les années d'imposition concernées. Hormis le cas où elle se réfère à un document qu'elle joint à la proposition de rectification ou à la réponse aux observations du contribuable, l'administration peut satisfaire cette obligation en se bornant à se référer aux motifs retenus dans une proposition de rectification, ou une réponse à ses observations, consécutive à un autre contrôle et qui lui a été régulièrement notifiée, à la condition qu'elle identifie précisément la proposition ou la réponse en cause et que celle-ci soit elle-même suffisamment motivée.

9. La société requérante doit être regardée comme soulevant un défaut de motivation de la proposition de rectification du 9 juillet 2015, par laquelle le service a modifié la détermination du résultat de la société au titre des exercices 2012 et 2013, à défaut de communication en annexe de la proposition de rectification du 8 avril 2010. Il résulte de l'instruction et notamment de la proposition de rectification du 9 juillet 2015, que la société Bayonne Loisirs a fait l'objet d'une précédente vérification de comptabilité portant sur les exercices 2007 et 2008. Par une proposition de rectification du 8 avril 2010, confirmée le 21 juin 2010, le service vérificateur a ramené le déficit reportable au 31 décembre 2008 de 96 459 euros à 50 646 euros. Lors de la vérification de comptabilité portant sur les exercices 2012 et 2013, le service vérificateur a constaté que la société requérante n'avait pas tenu compte de cette réduction du montant du déficit reportable de 45 813 euros dans ses déclarations de résultats au titre des exercices clos postérieurement à cette vérification. En conséquence, dans le cadre de la vérification de comptabilité portant sur les exercices 2012 et 2013, le service vérificateur a, par la proposition de rectification du 9 juillet 2015, ramené le déficit reportable de l'exercice 2012 de 74 069 euros à 38 256 euros. Dans son courrier d'observations du contribuable du 4 septembre 2015, la société requérante indique qu'elle accepte la rectification sur le déficit reportable d'un montant de 35 813 euros. Il s'ensuit que, dans ces conditions, il y a lieu de considérer que la société requérante était en mesure de formuler utilement ses observations sur cette nouvelle rectification. Par suite, la société Bayonne Loisirs n'est pas fondée à soutenir que la proposition de rectification du 9 juillet 2015 serait entachée d'un défaut de motivation en l'absence de communication en annexe de la proposition de rectification du 8 avril 2010.

En ce qui concerne la justification du passif :

10. Aux termes de l'article 38 du code général des impôts dans sa version applicable au litige : " 1. Sous réserve des dispositions des articles 33 ter, 40 à 43 bis et 151 sexies, le bénéfice imposable est le bénéfice net, déterminé d'après les résultats d'ensemble des opérations de toute nature effectuées par les entreprises, y compris notamment les cessions d'éléments quelconques de l'actif, soit en cours, soit en fin d'exploitation. / 2. Le bénéfice net est constitué par la différence entre les valeurs de l'actif net à la clôture et à l'ouverture de la période dont les résultats doivent servir de base à l'impôt diminuée des suppléments d'apport et augmentée des prélèvements effectués au cours de cette période par l'exploitant ou par les associés. L'actif net s'entend de l'excédent des valeurs d'actif sur le total formé au passif par les créances des tiers, les amortissements et les provisions justifiés. () ". Aux termes de l'article 39 du même code : " 1. Le bénéfice net est établi sous déduction de toutes charges, celles-ci comprenant, sous réserve des dispositions du 5, notamment : 1° Les frais généraux de toute nature, les dépenses de personnel et de main-d'œuvre, le loyer des immeubles dont l'entreprise est locataire. () 12. () Des liens de dépendance sont réputés exister entre deux entreprises : a-lorsque l'une détient directement ou par personne interposée la majorité du capital social de l'autre ou y exerce en fait le pouvoir de décision ; b - lorsqu'elles sont placées l'une et l'autre, dans les conditions définies au a, sous le contrôle d'une même tierce entreprise. () ".

11. Il appartient au contribuable, pour l'application des dispositions du 2 de l'article 38 précité du code général des impôts, de justifier l'inscription d'une dette au passif du bilan de son entreprise.

12. Aux termes de l'article L. 511-5 du code monétaire et financier : " Il est interdit à toute personne autre qu'un établissement de crédit ou une société de financement d'effectuer des opérations de crédit à titre habituel. / Il est, en outre, interdit à toute personne autre qu'un établissement de crédit de recevoir à titre habituel des fonds remboursables du public ou de fournir des services bancaires de paiement. ". Aux termes de l'article L. 511-7 du même code dans sa version applicable au litige : " I.-Les interdictions définies à l'article L. 511-5 ne font pas obstacle à ce qu'une entreprise, quelle que soit sa nature, puisse : () 3. Procéder à des opérations de trésorerie avec des sociétés ayant avec elle, directement ou indirectement, des liens de capital conférant à l'une des entreprises liées un pouvoir de contrôle effectif sur les autres ; () ".

13. Il résulte de l'instruction que la comptabilité de la société requérante comportait au titre des exercices clos en 2012 et en 2013 des comptes " 46. Débiteurs divers et créditeurs divers " présentant des soldes créditeurs significatifs, à savoir le compte 467001 Sarl Bowling Grand Sud Lattes mentionnant le solde créditeur de 107 843,05 euros au 1er janvier 2012, de 372 815,5 euros au 31 décembre 2012 et de 476 533,05 euros au 31 décembre 2013, le compte 46701 Sarl Bowling SQY Ouest indiquant le solde créditeur de 14 915,41 euros au 1er janvier 2012, de 50 815,41 euros au 31 décembre 2012 et de 84 427,9 euros au 31 décembre 2013, le compte 467017 Sarl Bowling Star 18 comportant le solde créditeur de 70 017,66 euros au 31 décembre 2012, et de 176 204,46 euros au 31 décembre 2013 et enfin le compte 46704 Sarl Bowling des rives d'Arcins présentant le solde créditeur de 40 000 euros au 31 décembre 2012 et de 23 023 euros au 31 décembre 2013. Il n'est pas contesté que Mme A F, gérante de la société requérante, est également la gérante des sociétés Bowling SQY Ouest et Bowling des rives d'Arcins. Concernant le compte 46701 Sarl Bowling SQY Ouest, la dette aurait augmenté du fait d'apports en caisse et de la participation au paiement du loyer dû par la société requérante à son bailleur. Concernant le compte 46704 Sarl Bowling rives d'Arcins, la dette aurait augmenté du fait de versements en banque, de virements et de règlements à cette société ainsi que d'apports divers. Il n'est pas contesté que les virements ont été justifiés par la société requérante. Concernant le compte 467017 Sarl Bowling Star 18, la dette aurait augmenté du fait de deux apports directs en banque et de la participation au paiement du loyer dû par la société requérante à son bailleur. Enfin, concernant le compte 467001 Sarl Bowling Grand Sud Lattes, la dette aurait augmenté du fait d'apports en caisse et de la participation au paiement du loyer dû par la société requérante à son bailleur. Il est constant que M. H F, frère de Mme F, est gérant de la société Bowling Grand Sud Lattes, laquelle a cessé son activité de bowling en 2010 mais qui, à la période des exercices en litige, n'avait pas été liquidée. Il résulte de l'instruction que la société requérante justifie les soldes créditeurs des quatre comptes 46 en litige par la conclusion de conventions de trésorerie le 30 janvier 2002 avec la société Bowling rives d'Arcins, le 28 novembre 2003 avec la société Bowling Grand Sud Lattes, le 15 mars 2006 avec la société Bowling SQY Ouest et le 2 février 2011 avec la société Bowling Star 18. Indépendamment du caractère illicite de ces opérations de trésorerie sur ce fondement contractuel entre ces cinq sociétés qui n'est pas en litige, ces conventions ne peuvent être regardées comme justifiant chaque mouvement comptable des comptes 46 en litige pour les exercices clos en 2012 et en 2013 de la société requérante. Il en va de même des documents comptables des cinq sociétés transmis par la société requérante, qui, s'ils retracent des mouvements comptables, ne justifient pas non plus de la cause juridique, ni de la nature de ces mouvements. Dès lors, la société requérante ne justifie pas de la matérialité juridique et financière des mouvements comptables dont elle se prévaut. Il s'ensuit que dans ces conditions, s'agissant de la détermination du bénéfice en application de l'article 38 du code général des impôts précité, le solde des comptes créditeurs au 31 décembre 2011 ne peut être déduit du solde au 1er janvier 2012 dès lors que ce premier montant n'est pas justifié. Il en va de même des soldes des comptes créditeurs au 1er janvier 2012 et au 1er janvier 2013, lesquels n'étant pas justifiés, ne peuvent être déduits du solde à la clôture des exercices correspondants.

14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par la société Bayonne Loisirs aux fins de décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés au titres des exercices 2012 et 2013 auxquelles elle a été assujettie ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les pénalités :

15. Aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'Etat entraînent l'application d'une majoration de : a. 40 % en cas de manquement délibéré ; () ".

16. Il résulte de l'instruction que la pénalité contestée est motivée par le fait non seulement que la société Bayonne Loisirs a délibérément majoré son passif et minoré son actif net en constatant des dettes à son passif vis-à-vis de sociétés n'ayant aucun lien direct avec elle, sans pouvoir les justifier et ceci sur plusieurs exercices mais aussi que la société requérante n'a pas tenu compte des rectifications affectant ses déficits opérées lors de la précédente vérification de comptabilité portant sur les exercices 2007 et 2008. Or, il résulte de l'instruction, ainsi qu'il a été dit aux points n° 9 et 13, que ces faits sont établis. Ainsi, l'administration fiscale doit, eu égard à la persistance d'un comportement ayant pour but de tenter d'éluder l'impôt, être regardée comme apportant la preuve qui lui incombe du manquement délibéré du contribuable à ses obligations fiscales.

17. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par la société Bayonne Loisirs aux fins de décharge des pénalités correspondantes aux cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés au titres des exercices clos en 2012 et 2013 auxquelles elle a été assujettie ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

18. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que la société Bayonne Loisirs demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de la Sarl Bayonne Loisirs est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la Sarl Bayonne Loisirs et au directeur de la direction spécialisée de contrôle fiscal Sud-Ouest.

Délibéré après l'audience du 4 mai 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Sellès, présidente,

Mme Neumaier, conseillère,

Mme Corthier, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 mai 2023.

La rapporteure,

Signé

Z. G

La présidente,

Signé

M. D

La greffière,

Signé

P. SANTERRE

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition :

La greffière,

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