jeudi 23 février 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Pau |
| Section | Tribunal Administratif de Pau |
| N° Dossier | TA64-2002223 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | SCP LE STANC - CARBONNIER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 9 novembre 2020 et le 29 novembre 2021, M. E B, représenté par Me Gardien, doit être regardé comme demandant au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite de rejet du 10 septembre 2020 par laquelle le maire de Tarbes a rejeté sa demande tendant au retrait immédiat de l'œuvre contrefaisante " Le cheval cabré " et au versement d'une somme de 100 000 euros, à parfaire, au titre de la réparation de son préjudice ;
2°) de condamner la commune de Tarbes à lui verser la somme de 100 000 euros en réparation du préjudice qu'il estime avoir subi et à titre subsidiaire, de saisir le juge judiciaire d'une question préjudicielle pour fixer le montant de la réparation ;
3°) d'enjoindre à la commune de Tarbes de procéder au retrait de cette statue de l'espace public et à sa destruction dans le délai de huit jours à compter de la date de notification du jugement à intervenir, ainsi que de publier le jugement à intervenir sur son site internet dans le délai de cinq jours à compter de la date de notification de ce jugement, le tout sous astreinte de 1 000 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de la commune de Tarbes la somme de 5 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- le juge administratif est compétent pour annuler une décision administrative irrégulière et pour connaître des atteintes au droit de la propriété intellectuelle et artistique résultant de l'utilisation ou de l'occupation du domaine public par une personne publique ;
- le contentieux indemnitaire est lié dès lors que par un courrier du 9 juillet 2020, il a sollicité de la commune de Tarbes le versement d'une somme de 100 000 euros en réparation de son préjudice ;
- la commune de Tarbes a commis une faute en exposant une œuvre dont la Cour de cassation a, par une décision du 23 mars 2010 devenue définitive, jugé, sur le fondement de l'article L. 335-3 du code de la propriété intellectuelle, qu'elle était une contrefaçon d'une de ses propres œuvres ;
- l'exposition de cette œuvre sur le domaine public porte atteinte aux droits qu'il détient sur l'œuvre originale, sur le fondement des articles L. 111-1 et suivants du code de la propriété intellectuelle ;
- le lien de causalité entre la faute commise par la commune de Tarbes et son préjudice est établi dès lors que l'exposition de cette œuvre a conduit à l'altération, la dénaturation et la dévalorisation de son œuvre originale ;
- sur le fondement de l'article L. 335-1-3 du code de la propriété intellectuelle, son préjudice moral doit être indemnisé à hauteur de 30 000 euros, et son préjudice patrimonial à hauteur de 70 000 euros ; le préjudice lié à l'exposition d'une œuvre contrefaite pendant une vingtaine d'années n'a pas été réparé par la condamnation prononcée par le juge judiciaire à l'encontre de l'auteur de la contrefaçon ;
- à titre subsidiaire, le tribunal administratif peut, en application de l'article L. 771-2 du code de justice administrative, saisir le juge judiciaire d'une question préjudicielle à fin de déterminer l'étendue et le montant du préjudice subi ;
- son action indemnitaire n'est pas prescrite dès lors que le point de départ du délai de prescription est déterminé par la date à laquelle cessent les actes contrefaisants à l'origine du préjudice subi ; il peut demander réparation pour les actes intervenus au cours des quatre années précédant sa demande ;
- il doit être enjoint à la commune de Tarbes de retirer immédiatement de l'espace public et de détruire l'œuvre contrefaite qui porte gravement atteinte à ses intérêts et à ses droits d'auteur ;
- il doit être enjoint à la commune de Tarbes de publier le jugement à intervenir sur son site internet, en bandeau central horizontal, et en police de caractère 14.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 4 mars 2021 et le 26 janvier 2022, la commune de Tarbes, représentée par Me Carbonnier, conclut, dans le dernier état de ses écritures, à titre principal et à titre subsidiaire, au rejet de la requête, à titre infiniment subsidiaire, à ce que l'indemnisation réclamée par M. B soit ramenée à la somme d'un euro, et dans tous les cas, à ce que soit mise à la charge du requérant une somme de 7 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- la juridiction administrative est incompétente pour connaître du litige porté devant elle ;
- la requête est irrecevable en l'absence de décision liant le contentieux ;
- les demandes du requérant sont prescrites ;
- à titre subsidiaire, l'œuvre en cause n'est pas une contrefaçon ;
- à titre infiniment subsidiaire, aucun préjudice n'est établi ou, à tout le moins, l'indemnisation doit être ramenée à la somme d'un euro symbolique.
Par ordonnance du 2 décembre 2021, la clôture d'instruction a été fixée au 2 mars 2022.
Un mémoire présenté pour la commune de Tarbes a été enregistré le 17 octobre 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la propriété intellectuelle ;
- la loi n° 2011-525 du 17 mai 2011 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme D,
- et les conclusions de M. Clen, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. La commune de Tarbes a acquis, en 2002, une sculpture monumentale en bronze intitulée " Le cheval cabré ", signée de l'artiste Christian A, et l'a installée à l'intersection de deux rues du centre-ville. Par un arrêt du 17 décembre 2008, devenu définitif, la Cour d'appel de Paris a reconnu M. A coupable de contrefaçon de l'œuvre de M. E B intitulée " La Prueva " ou " La fontaine aux chevaux ", l'a condamné à une peine d'emprisonnement avec sursis et à une amende délictuelle de 100 000 euros, et l'a condamné solidairement au versement à M. B d'une somme de 300 000 euros au titre des dommages et intérêts. Le 10 juillet 2020, M. B a demandé au maire de Tarbes de retirer immédiatement l'œuvre contrefaisante de l'espace public et de lui verser la somme de 100 000 euros, à parfaire, au titre de la réparation de son préjudice. Il demande au tribunal d'annuler la décision implicite de rejet de sa demande, née le 10 septembre 2020, d'enjoindre à la commune de Tarbes de procéder au retrait de cette statue de l'espace public et à sa destruction, ainsi que de publier le jugement à intervenir sur son site internet, enfin de condamner la commune de Tarbes à lui verser la somme de 100 000 euros en réparation du préjudice qu'il estime avoir subi et, à titre subsidiaire, de saisir le juge judiciaire d'une question préjudicielle pour fixer le montant de la réparation.
Sur l'exception d'incompétence opposée en défense par la commune de Tarbes :
2. Si la responsabilité, qui peut incomber à l'Etat ou aux autres personnes morales de droit public en raison des dommages imputés à leurs services publics administratifs, est soumise à un régime de droit public et relève en conséquence de la juridiction administrative, il en va autrement si la loi, par une disposition expresse, a dérogé à ces principes.
3. Aux termes de l'article L. 331-1 du code de la propriété intellectuelle : " Les actions civiles et les demandes relatives à la propriété littéraire et artistique () sont exclusivement portées devant des tribunaux judiciaires, déterminés par voie réglementaire () ". Il résulte de ces dispositions que, par dérogation aux principes gouvernant la responsabilité des personnes publiques, la recherche d'une responsabilité des personnes publiques fondée sur la méconnaissance par ces dernières de droits en matière de propriété littéraire et artistique relève, compte tenu des dispositions de l'article L. 331-1 du code de la propriété intellectuelle dans leur rédaction issue de l'article 196 de la loi susvisée du 17 mai 2011 de simplification et d'amélioration de la qualité du droit, de la compétence des juridictions de l'ordre judiciaire.
4. En l'espèce, le litige qui porte sur l'exposition d'une œuvre contrefaite, tend à mettre en œuvre la responsabilité de la collectivité territoriale pour atteinte aux droits de la propriété artistique et à raison du seul refus de faire cesser l'atteinte à ces droits. Ce litige concerne, ainsi, une demande relative à la propriété littéraire et artistique, au sens et pour l'application des dispositions précitées de l'article L. 331-1 du code de la propriété intellectuelle. Par suite, il relève de la compétence exclusive des juridictions de l'ordre judiciaire.
5. Il résulte de ce qui précède que l'exception d'incompétence de la juridiction administrative soulevée en défense par la commune de Tarbes doit être accueillie, et que les conclusions indemnitaires de même que les conclusions à fin d'injonction de la requête de M. B doivent être rejetées comme portées devant une juridiction incompétente pour en connaître. Au surplus, dès lors que ces conclusions, dans leur ensemble, ne relèvent pas de la compétence du juge administratif, les conclusions subsidiaires tendant à la saisine du juge judiciaire d'une question préjudicielle pour fixer le montant de la réparation, lequel juge s'est, en tout état de cause, déjà prononcé sur ce point, ne peuvent qu'être également rejetées.
Sur les frais du litige :
6. Les dispositions des articles L. 761-1 et R. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la commune de Tarbes, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, verse à M. B une somme au titre desdites dispositions. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. B la somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la commune de Tarbes et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : Les conclusions indemnitaires et à fin d'injonction de la requête de M. B sont rejetées comme étant portées devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaître.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.
Article 3 : M. B versera à la commune de Tarbes une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. E B et à la commune de Tarbes.
Délibéré après l'audience du 9 février 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Sellès, présidente,
Mme Beneteau, première conseillère,
Mme Neumaier, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 février 2023.
La rapporteure,
Signé
A. D
La présidente,
Signé
M. C La greffière,
Signé
P. SANTERRE
La République mande et ordonne au préfet des Hautes-Pyrénées en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition :
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026