jeudi 26 janvier 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Pau |
| Section | Tribunal Administratif de Pau |
| N° Dossier | TA64-2002316 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | SELARL GOUTAL ALIBERT & ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance du 20 novembre 2020, enregistrée le 24 novembre 2020 au greffe du tribunal, la présidente du tribunal administratif de Bordeaux a transmis au tribunal la requête présentée par la société civile d'exploitation agricole (SCEA) Les Barades et Mme A D, sa gérante.
Par une requête enregistrée le 15 mai 2020 par le tribunal administratif de Bordeaux et un mémoire enregistré le 30 mai 2022 par le tribunal, la SCEA Les Barades et Mme D, représentées par Me Chevalier, demandent au tribunal :
1°) à titre principal, de condamner l'Etat et le cas échéant, l'établissement national des produits de l'agriculture et de la mer (FranceAgriMer), à verser à la SCEA Les Barades la somme de 101 840,18 euros en réparation de ses préjudices ;
2°) à titre subsidiaire, de condamner l'Etat et le cas échéant, FranceAgriMer, à verser à la SCEA Les Barades la somme de 22 031,78 euros en réparation de ses préjudices ;
3°) de condamner l'Etat et le cas échéant, FranceAgriMer, à verser à Mme D la somme de 5 000 euros en réparation de son préjudice moral ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat et le cas échéant, de FranceAgriMer, la somme de 5 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elles soutiennent que :
-la fin de non-recevoir tirée de l'exception de recours parallèle soulevée par FranceAgriMer n'est pas fondée ;
-c'est à tort que l'État et FranceAgriMer ont mis à la charge de la SCEA Les Barades le remboursement d'aides " plans de campagne ", alors qu'il n'a jamais été établi que celle-ci avait effectivement perçu ces aides, et a fortiori, que des aides d'un montant de 47.766,29 euros lui auraient été versées à ce titre ; il ne peut être présumé et il n'est pas établi que la SCEA Les Barades était membre d'une organisation de producteurs, ni qu'elle a effectivement bénéficié du versement des aides en litige ;
-subsidiairement, c'est encore illégalement que la direction départementale des territoires et de la mer (DDTM) des Landes et FranceAgrimer ont sollicité le remboursement d'aides prétendument versées entre 1992 et 2002, en méconnaissance du principe communautaire de confiance légitime ;
-subsidiairement, à supposer qu'il soit établi que les aides litigieuses lui ont bien été versées, la SCEA Les Barades devra être indemnisée de ses préjudices résultant du versement illégal des aides " plans de campagne " entre 1992 et 2002 ;
-à titre infiniment subsidiaire, la SCEA Les Barades devra en tout état de cause être indemnisée des préjudices résultant du retard avec lequel les services de l'État ont, à la suite de la décision de la Commission, tardé à réagir ;
-le préjudice moral de Mme D sera réparé à hauteur de 5 000 euros.
Par un mémoire en défense enregistré le 15 décembre 2021, la préfète des Landes conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que les moyens soulevés par les requérantes ne sont pas fondés.
Par un mémoire en défense enregistré le 2 mars 2022, FranceAgriMer, représenté par le cabinet Goutal, Alibert et Associés, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge des requérantes la somme de 5 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il oppose une fin de non-recevoir partielle tirée de l'exception de recours parallèle et fait valoir que les moyens soulevés par les requérantes ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 7 juillet 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 26 septembre 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le traité instituant la Communauté européenne ;
- le traité sur le fonctionnement de l'Union européenne ;
- le règlement (CEE) n° 1035/72 du Conseil du 18 mai 1972 ;
- le règlement (CE) n° 2200/96 du Conseil du 28 octobre 1996 ;
- le règlement (CE) n° 659/1999 du Conseil du 22 mars 1999 ;
- le code rural et de la pêche maritime ;
- la décision n° C 29/05 de la Commission des Communautés européennes du 28 janvier 2009 relative aux aides dites " plan de campagne " dans le secteur des fruits et légumes mis à exécution par la France ;
- les arrêts du Tribunal de l'Union européenne du 27 septembre 2012 n° T-139/09, T-243/09, T-328/09 ;
- l'arrêt de la Cour de justice de l'Union européenne du 12 février 2015, Commission c/ France (affaire C-37/14) ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme C,
- les conclusions de M. Clen, rapporteur public,
- et les observations de Me Alibert, représentant FranceAgriMer.
Une note en délibéré, présentée pour la SCEA Les Barades et Mme D, a été enregistrée le 13 janvier 2023.
Considérant ce qui suit :
1. Il résulte de l'instruction que l'office national interprofessionnel des fruits, des légumes et de l'horticulture (ONIFLHOR), aux droits duquel vient l'établissement public national des produits de l'agriculture et de la mer (ci-après FranceAgriMer), a mis en place, entre 1998 et 2002, un régime d'aides d'Etat, dénommé " plans de campagne ", destiné à soutenir le marché national de fruits et légumes, sous la forme d'une aide financière à chaque campagne concernée, afin de prendre en compte les difficultés des marchés que traversaient certaines filières en raison d'une forte pression concurrentielle de la part des industries de transformation italiennes et espagnoles et des produits bruts importés des pays de l'Europe de l'Est. Saisie d'une plainte, la Commission européenne a, par une décision 2009/402/CE du 28 janvier 2009, concernant les " plans de campagne " dans le secteur des fruits et légumes mis à exécution par la France, énoncé que les aides versées au secteur des fruits et légumes français avaient pour but de faciliter l'écoulement des produits français en manipulant le prix de vente ou les quantités offertes sur les marchés, que de telles interventions constituaient des aides d'Etat instituées en méconnaissance du droit de l'Union européenne et prescrit leur récupération. Cette décision a été confirmée par trois jugements du Tribunal de l'Union européenne, devenus définitifs, du 27 septembre 2012, France/Commission (T-139/09), Fédération de l'organisation économique fruits et légumes (Fedecom)/Commission (T-243/09) et Producteurs de légumes de France/Commission (T-328/09). Par un arrêt du 12 février 2015, Commission c/ France (C-37/14), la Cour de justice de l'Union européenne a jugé que les autorités françaises avaient, à cette date, manqué à leur obligation de procéder à la récupération des aides illégalement versées.
2. A la suite de ces décisions et afin de procéder à la récupération des aides, l'administration française a entrepris de récupérer les aides illégalement versées aux producteurs de fruits et légumes. FranceAgriMer a émis des titres de recettes à l'encontre de plusieurs producteurs de fruits et légumes. La société civile d'exploitation agricole (SCEA Les Barades), dont Mme A D est la gérante, exploite une activité de culture de céréales et de graines oléagineuses (maïs, tournesol, colza) dans le département des Landes. Pour l'exécution des obligations incombant ainsi aux autorités françaises, un titre de recettes n° 2018000370 du 25 juin 2018, notifié le 27 juin 2018, a mis à la charge de la SCEA Les Barades une somme de 98.717,12 euros en remboursement des aides reçues en 1999 pour l'exportation et la transformation de pommes de terre d'un montant de 47 766,29 euros, augmenté des intérêts. Par un courrier du 13 janvier 2020, réceptionné les 16 et 20 janvier 2020, la SCEA Les Barades et Mme D ont présenté une demande préalable indemnitaire à la préfecture des Landes et à FranceAgriMer. Cette demande n'a pas fait l'objet d'une réponse. La SCEA Les Barades et Mme D demandent la réparation de leurs préjudices à hauteur de 101 840,18 euros du fait des fautes commises par l'Etat et FranceAgriMer dans la récupération des aides dites " plans de campagne ".
Sur la fin de non-recevoir tirée de l'exception de recours parallèle :
3. L'expiration du délai permettant d'introduire un recours en annulation contre une décision expresse dont l'objet est purement pécuniaire fait obstacle à ce que soient présentées des conclusions indemnitaires ayant la même portée.
4. Il résulte de l'instruction que par courrier du 7 juin 2018, dont la réception n'est pas contestée par la DDTM des Landes, la SCEA Les Barades a demandé à la DDTM des Landes le dégrèvement total des sommes réclamées au titre du remboursement des aides " plans de campagnes " ainsi que des intérêts moratoires du fait de l'absence de recherche du redevable du remboursement de l'aide, de la violation du principe communautaire de confiance légitime, de la prescription de la créance et de l'absence d'éléments concernant la matérialité de la créance. Cette demande a fait l'objet d'une décision implicite de rejet qui n'a pas été contestée par les requérantes. Le 25 juin 2018, un titre exécutoire a été adressé par FranceAgriMer à la SCEA Les Barades, mentionnant les voies et délais de recours. Il est constant que la SCEA Les Barades n'a pas présenté de recours en annulation contre ce titre exécutoire. Les requérantes se sont acquittées de la somme réclamée.
5. Les conclusions tendant à la condamnation de l'Etat et de FranceAgriMer à l'indemnisation des préjudices subis du fait d'une part, de la faute commise par l'Etat à raison du versement prolongé d'une aide en méconnaissance du droit de l'Union prohibant les aides d'Etat, et d'autre part, de la faute commise par l'administration à raison du retard pris dans la récupération des sommes correspondant aux aides d'Etat déclarées illégales n'ont pas le même objet que le recours gracieux par lequel la SCEA Les Barades a tenté d'obtenir la décharge de l'obligation de payer les sommes correspondantes.
6. En revanche, les conclusions présentées par la SCEA Les Barades tendant à la condamnation de l'Etat et de FranceAgriMer à l'indemnisation des préjudices subis du fait d'une part, du recouvrement d'une créance inexistante et d'autre part, de la faute tirée d'une violation du principe de confiance légitime sont fondées sur l'illégalité du titre de recette émis à leur encontre et ont ainsi le même objet que leur demande de décharge de l'obligation de payer du 7 juin 2018. Par suite, il y a lieu de rejeter comme partiellement irrecevables les conclusions tendant à la condamnation de l'Etat à verser une somme de 101 840,18 euros eu égard à l'existence d'un recours parallèle.
Sur les conclusions indemnitaires :
En ce qui concerne la faute commise par l'Etat à raison du versement prolongé d'une aide en méconnaissance du droit de l'Union prohibant les aides d'Etat :
7. Il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne qu'une décision de la Commission européenne demandant à un Etat membre le recouvrement d'une aide déclarée incompatible avec les dispositions du droit de l'Union européenne prohibant les aides d'Etat s'impose aux autorités comme aux juridictions nationales lorsque sa validité n'a pas été contestée dans le délai devant les juridictions de l'Union européenne par le bénéficiaire de l'aide.
8. Par suite, la somme devant être acquittée par la société requérante, correspondant au montant de l'aide accordée, qui résultait uniquement de la décision de la Commission 2009/402/CE du 28 janvier 2009 par laquelle cet aide a été déclarée incompatible avec le régime des aides d'Etat, ne peut constituer un préjudice indemnisable dès lors que l'Etat est tenu de procéder à la récupération de l'aide en mettant à la charge du bénéficiaire une somme correspondant au montant de l'aide illégalement accordée. En tout état de cause, l'aide en litige n'a été versée à la société requérante qu'une seule fois, au titre de l'année 1999, soit dix ans avant la décision de la Commission 2009/402/CE du 28 janvier 2009, et ne peut ainsi être regardée comme constituant un versement prolongé d'une aide incompatible avec le droit de l'Union européenne.
En ce qui concerne la faute commise par l'administration à raison du retard pris dans la récupération des sommes correspondant aux aides d'Etat déclarées illégales :
9. Il résulte également de la décision de la Commission 2009/402/CE du 28 janvier 2009, qui déclare ces aides incompatibles avec le marché commun, que les autorités nationales sont tenues de procéder à leur récupération auprès des bénéficiaires et ont l'obligation de leur faire supporter les intérêts communautaires afférents. Le paiement de ces intérêts communautaires ne saurait engager la responsabilité de la puissance publique, dès lors qu'ils ont pour seul objet de garantir l'effet utile du régime des aides d'Etat en compensant l'avantage financier et concurrentiel procuré par l'aide illégale entre l'octroi de celle-ci et sa récupération, y compris en cas de retard des autorités nationales à la récupérer. (/ANA)
10. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de la SCEA Les Barades et de Mme D ne peut qu'être rejetée.
Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
11. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions de FranceAgriMer présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de FranceAgriMer, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que la SCEA Les Barades et Mme D demandent au titre des frais exposés par elles et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de la SCEA Les Barades et de Mme A D est rejetée.
Article 2 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la SCEA Les Barades, à Mme A D, à FranceAgriMer, et au ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire.
Copie en sera adressée à la préfète des Landes.
Délibéré après l'audience du 12 janvier 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Sellès, présidente,
Mme Beneteau, première conseillère,
Mme Corthier, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 janvier 2023.
La rapporteure,
Signé
Z. C La présidente,
Signé
M. B
La greffière,
Signé
P. SANTERRE
La République mande et ordonne au ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire, chacun en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition :
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026