jeudi 23 février 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Pau |
| Section | Tribunal Administratif de Pau |
| N° Dossier | TA64-2002318 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | SAINT-MARTIN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 25 novembre 2020 et 19 octobre 2021, Mme B C, représentée par Me Saint-Martin, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de prononcer la décharge des suppléments d'impôt sur le revenu et de contributions sociales et des droits supplémentaires de taxe sur la valeur ajoutée auxquels elle a été assujettie au titre des années 2013, 2014 et 2015 ;
2°) de condamner l'Etat à lui verser une somme de 30 000 euros en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis du fait de la mise à sa charge de ces suppléments d'impôt sur le revenu et de contributions sociales et droits supplémentaires de taxe sur la valeur ajoutée ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat les entiers dépens, ainsi qu'une somme de 8 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'administration fiscale a considéré à tort qu'elle exerçait illégalement la profession de masseur-kinésithérapeute, dès lors qu'avant l'entrée en vigueur de la loi n° 2016-41 du 26 janvier 2016, le défaut d'inscription au tableau de l'ordre ne conduisait pas ces praticiens à exercer illégalement leur activité ; ainsi, le service ne pouvait considérer que Mme C exerçait une activité soumise à la taxe sur la valeur ajoutée ;
- c'est à tort que le service a imposé ses recettes dans la catégorie des bénéfices industriels et commerciaux dès lors qu'il ne saurait être considéré qu'elle spécule sur le travail d'autrui ; les personnes travaillant à son cabinet sont référencées à l'ARS du Béarn ou dans d'autres ARS ; le nombre élevé de kinésithérapeutes travaillant dans son cabinet s'explique par la nécessité d'assurer la continuité des soins ; la circonstance qu'elle facture à son nom les soins effectués par ses remplaçants s'explique par le fonctionnement du logiciel de gestion du cabinet et les délais auxquels sont confrontés ses collaborateurs pour obtenir une carte professionnelle ; aucune relation hiérarchique n'existe entre elle et les masseurs-kinésithérapeutes exerçant au sein de son cabinet ;
- elle est fondée à demander la réparation des préjudices causés par la mise à sa charge de ces impositions supplémentaires, compte tenu des dommages moraux causés par l'atteinte à la réputation de son cabinet, et des dommages financiers, liés à sa peur d'engager de nouveaux assistants, ce qui a conduit à une diminution de ses recettes.
Par deux mémoires en défense, enregistrés le 31 mai 2021 et 6 octobre 2022, le directeur départemental des finances publiques des Pyrénées-Atlantiques conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les conclusions indemnitaires présentées par Mme C sont irrecevables en l'absence de liaison préalable du contentieux, et qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.
Par ordonnance du 11 octobre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 15 novembre 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de la santé publique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme D ;
- et les conclusions de M. Clen, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B C, qui exerce une activité de masseur-kinésithérapeute, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité du 17 mai au 26 septembre 2016, portant sur la période s'étendant du 1er janvier 2013 au 31 décembre 2015. Par une proposition de rectification du 30 septembre 2016, l'administration fiscale a requalifié les bénéfices non commerciaux encaissés par Mme C en bénéfices industriels et commerciaux, et a assujetti les honoraires perçus à la taxe sur la valeur ajoutée. La réclamation introduite le 30 juin 2020 par Mme C a été rejetée par l'administration fiscale le 25 septembre 2020. Par sa requête, Mme C demande au tribunal d'être déchargée des suppléments d'impôt sur le revenu et des droits supplémentaires de taxe sur la valeur ajoutée auxquels elle a été assujettie au titre des années 2013, 2014 et 2015, ainsi que la condamnation de l'Etat à lui verser une somme de 30 000 euros en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis du fait de la mise à sa charge de ces suppléments d'impositions.
Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :
2. Aux termes des dispositions de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " la juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle ".
3. Le directeur départemental des finances publiques fait valoir, sans être contredit, qu'il n'a été saisi d'aucune demande indemnitaire préalable. Par suite, les conclusions indemnitaires présentées par Mme C doivent être rejetées comme irrecevables en application des dispositions précitées de l'article R. 421-1 du code de justice administrative.
Sur l'étendue du litige :
4. Par une décision du 31 mai 2021, postérieure à l'introduction de la requête, le directeur départemental des finances publiques des Pyrénées-Atlantiques a prononcé le dégrèvement, en droits et pénalités, à concurrence d'une somme de 5 325 euros, des droits supplémentaires de taxe sur la valeur ajoutée auxquels Mme C a été assujettie au titre des années 2013, 2014, et 2015. Les conclusions de la requête Mme C relatives à ces impositions sont, dans cette mesure, devenues sans objet.
Sur les conclusions à fin de décharge :
S'agissant de l'assujettissement à la taxe sur la valeur ajoutée de l'activité exercée par Mme C :
5. D'une part, en vertu du I. de l'article 256 du code général des impôts, les prestations de services effectuées à titre onéreux par un assujetti agissant en tant que tel sont soumises à la taxe sur la valeur ajoutée. Le premier alinéa de l'article 256 A de ce code précise que : " Sont assujetties à la taxe sur la valeur ajoutée les personnes qui effectuent de manière indépendante une des activités économiques mentionnées au cinquième alinéa, quels que soient le statut juridique de ces personnes, leur situation au regard des autres impôts et la forme ou la nature de leur intervention. ". Aux termes du cinquième alinéa de cet article : " Les activités économiques visées au premier alinéa se définissent comme toutes les activités () de prestataire de services, y compris les activités () des professions libérales ou assimilées. () ". Et aux termes de l'article 261 du même code, dans sa rédaction applicable au litige : " Sont exonérés de la taxe sur la valeur ajoutée : () 1° Les soins dispensés aux personnes par les membres des professions médicales et paramédicales réglementées ". Ces dispositions limitent l'exonération qu'elles prévoient aux soins dispensés par les membres des professions médicales et paramédicales soumises à réglementation.
6. D'autre part, aux termes l'article L. 4321-10 du code de la santé publique, dans sa rédaction alors applicable : " Sont tenues de se faire enregistrer auprès du service ou de l'organisme désigné à cette fin par le ministre chargé de la santé les personnes ayant obtenu un titre de formation ou une autorisation requis pour l'exercice de la profession de masseur-kinésithérapeute, avant leur entrée dans la profession, ainsi que celles qui ne l'exerçant pas ont obtenu leur titre de formation depuis moins de trois ans (). Un masseur-kinésithérapeute ne peut exercer sa profession, à l'exception de ceux qui relèvent du service de santé des armées, que : () 2° S'il est inscrit sur le tableau tenu par l'ordre ". Aux termes de l'article L. 4321-18 du même code, dans sa rédaction applicable au litige : " Dans chaque département, le conseil départemental ou interdépartemental de l'ordre exerce, sous le contrôle du conseil national, les attributions générales de l'ordre, énumérées à l'article L. 4321-14 / Il statue sur les inscriptions au tableau ". Aux termes de l'article R. 4321-129 du même code, dans sa rédaction alors en vigueur : " Le lieu habituel d'exercice du masseur-kinésithérapeute est celui de la résidence professionnelle au titre de laquelle, conformément à l'article L. 4321-10, il est inscrit sur le tableau du conseil départemental de l'ordre ". Il résulte de ces dispositions que l'inscription au tableau de l'ordre des masseurs-kinésithérapeutes est obligatoire dès lors que la profession est effectivement exercée.
7. Il résulte des termes de la proposition de rectification adressée à la requérante que, pour assujettir à la taxe sur la valeur ajoutée les honoraires perçus par Mme C au cours des années en litige, le service a relevé que cette dernière, qui n'avait procédé à son inscription au tableau de l'ordre des masseurs kinésithérapeutes qu'en décembre 2015, devait être regardée comme ayant exercé illégalement sa profession. L'administration fiscale en a déduit que les recettes encaissées par l'intéressée au cours des exercices en litige devaient être assujetties à la taxe sur la valeur ajoutée dans la mesure où l'exonération prévues par les dispositions précitées de l'article 261 du code général des impôts ne s'appliquent qu'aux soins dispensés dans le cadre de professions médicales et paramédicales réglementées. Il résulte de l'instruction que Mme C, titulaire du diplôme d'état de masseur-kinésithérapeute depuis le 4 août 2012 et inscrite au tableau de l'ordre des masseurs kinésithérapeutes des Pyrénées Atlantiques depuis le 21 décembre 2015, n'établit pas avoir, antérieurement à cette date, satisfait à ses obligations d'inscription au tableau de l'ordre, et devoir ainsi bénéficier de l'exonération prévue par les dispositions précitées de l'article 261 du code général des impôts.
S'agissant de la catégorie d'imposition :
8. Aux termes de l'article 155 du code général des impôts : " I. - 1. Lorsqu'une entreprise industrielle ou commerciale étend son activité à des opérations dont les résultats entrent dans la catégorie des bénéfices de l'exploitation agricole ou dans celle des bénéfices des professions non commerciales, il est tenu compte de ces résultats pour la détermination des bénéfices industriels et commerciaux à comprendre dans les bases de l'impôt sur le revenu. / 2. Lorsqu'un titulaire de bénéfices non commerciaux étend son activité à des opérations dont les résultats entrent dans la catégorie des bénéfices de l'exploitation agricole ou dans celle des bénéfices industriels et commerciaux, il est tenu compte de ces résultats pour la détermination des bénéfices non commerciaux à comprendre dans les bases de l'impôt sur le revenu ".
9. Il résulte de l'instruction, et notamment des termes de la proposition de rectification adressée à Mme C, que la grande majorité des sommes encaissées par cette dernière proviennent du travail de ses collaborateurs, les recettes provenant de la rémunération de ses propres activités de masseur-kinésithérapeute ne représentant respectivement que 6, 4 %, 9, 16 %, et 14,51 % des honoraires perçus par elle sur les années 2013, 2014, et 2015. Il résulte en outre de l'instruction que Mme C a exercé sur les années en litige une activité de mise à disposition de ses locaux, ainsi que de moyens nécessaires à l'exercice de la profession de masseur-kinésithérapeute, en contrepartie du versement d'une fraction des honoraires de ses collaborateurs. Il résulte par ailleurs des éléments obtenus par le service suite à l'exercice de son droit de communication auprès de l'ordre des masseurs-kinésithérapeutes le 21 juin 2016 que 24 collaborateurs ont travaillé avec Mme C sur la période en litige, lesquels exerçaient principalement des missions de remplacement ou d'assistance sur de courtes périodes, et dont les honoraires ont été perçus par Mme C qui leur en rétrocédait 30 %. Ainsi, eu égard à l'importance des recettes provenant du travail des collaborateurs de Mme C, c'est à bon droit que l'administration a considéré que l'activité exercée par l'intéressée revêtait un caractère commercial et a imposé l'ensemble des recettes encaissées dans la catégorie de bénéfices industriels et commerciaux.
10. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de Mme C tendant à la décharge des impositions litigieuses doivent être rejetées.
Sur les dépens :
11. La présente instance n'ayant donné lieu à aucun dépens, les conclusions présentées à ce titre par Mme C doivent être rejetées.
Sur les frais de l'instance :
12. Aux termes des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice
administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".
13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que demande Mme C au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête de Mme C, à concurrence du dégrèvement prononcé le 31 mai 2021, en droits et pénalités, par le directeur départemental des finances publiques des Pyrénées-Atlantiques, au titre des années 2013, 2014, et 2015.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme C est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C et au directeur départemental des finances publiques des Pyrénées-Atlantiques.
Délibéré après l'audience du 26 janvier 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Sellès, présidente,
Mme Corthier, conseillère,
Mme Neumaier, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 février 2023.
La rapporteure,
Signé
L. DLa présidente,
Signé
M. A
La greffière,
Signé
P. SANTERRE
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances, et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition :
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026