jeudi 23 février 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Pau |
| Section | Tribunal Administratif de Pau |
| N° Dossier | TA64-2002549 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | SCP GUILHEMSANG-DULOUT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 18 décembre 2020 et le 2 novembre 2021, le syndicat intercommunal de Port d'Albret, représenté par Me Dulout, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'homologuer le rapport d'expertise remis le 14 mars 2020 ;
2°) de condamner in solidum la société par actions simplifiée (SAS) Safège et la société XL Insurance Company SE, son assureur, venant aux droits de la société AXA Corporate Solutions Assurances, sur le fondement de la garantie décennale, à lui verser la somme de 246 000 euros toutes taxes comprises en réparation de son préjudice matériel ;
3°) de mettre à la charge in solidum de la SAS Safège et de la société XL Insurance Company SE, son assureur, venant aux droits de la société AXA Corporate Solutions Assurances, les entiers dépens ainsi que la somme de 8 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- aux termes du rapport d'expertise, il manque des rochers de crête à deux endroits de la portion dégagée de 10 mètres linéaires (ml), ou prolongement, et il n'existe plus que quelques rochers sur les pieux en bois, dans le confortement, en carapace sud et en appui ; ces désordres affectent la solidité de l'ouvrage qui ne joue plus son rôle de digue, à tel point qu'il a été fermé au public ;
- selon l'expert, ces désordres sont certainement dus à un phénomène non pris en compte dans l'analyse du fonctionnement du site par le maître d'œuvre, qu'il s'agisse soit de l'excitation d'un mode propre, soit de la surverse, par-dessus les ouvrages, de volumes d'eau montés sur la plage (run-up) ; ils résultent d'un défaut des dispositions constructives permettant d'assurer la pérennité de la tenue des soubassements des enrochements, le maître d'œuvre n'ayant pas dimensionné l'ouvrage pour supporter les causes du sinistre ; en outre, le maître d'œuvre s'est abstenu de solliciter un diagnostic malgré les dégâts survenus lors des tempêtes de 2014 ;
- l'ouvrage ne joue plus son rôle de digue alors même que la SAS Safège avait été mandatée pour établir une étude de diagnostic approfondie à réaliser sur les digues nord et sud afin de permettre au maître d'ouvrage d'engager dans un second temps un programme de travaux de réhabilitation ; la responsabilité du maître d'œuvre est donc engagée sur le fondement de la garantie décennale des constructeurs ;
- la SAS Safège a fait appel à un expert privé sans porter les conclusions de celui-ci à la connaissance de l'expert judiciaire ; les conclusions de cet expert doivent être rejetées comme irrecevables ;
- aucune clause du contrat passé avec la SAS Safège ne prévoyait que l'ouvrage pourrait être conçu avec dommages éventuels en l'absence d'entretien, et la société prestataire ne lui a délivré aucune information en ce sens ; les marchés de maîtrise d'œuvre comportent une obligation de résultat couverte par la garantie décennale ;
- ni l'expert judiciaire ni le sapiteur n'ont retenu un défaut d'entretien à l'origine des désordres ; si un tel défaut d'entretien devait être retenu, il serait la conséquence d'un défaut d'information et de conseil de la part de la SAS Safège à l'égard du SIPA, la SAS Safège s'étant contentée d'indiquer qu'il fallait procéder à une bonne surveillance visuelle ;
- aux dires de l'expert, la reconstruction à l'identique ne permettra pas de protéger le site contre la répétition du phénomène responsable des dommages et il convient de repasser par une étape de maîtrise d'œuvre afin de redéfinir les hypothèses hydrodynamiques à prendre en compte et imaginer un aménagement étagé permettant d'éviter les affouillements des enrochements, c'est-à-dire des ouvrages supplémentaires pour contrer les deux phénomènes non pris en compte dans le schéma d'aménagement ; les travaux nécessaires s'élèvent à 246 606 euros toutes taxes comprises.
Par un mémoire en défense, enregistré le 31 mai 2021, la SAS Safège et la société XL Insurance Company SE, son assureur, venant aux droits de la société AXA Corporate Solutions Assurances, représentées par Me Rivière, concluent, à titre principal, au rejet de la requête, à titre subsidiaire, à la limitation du préjudice matériel du syndicat intercommunal de Port d'Albret à la somme de 20 000 euros hors taxes, et dans tous les cas, à ce que soient mis à la charge du requérant les entiers dépens ainsi que la somme de 5 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elles font valoir que :
- seule la digue nord est concernée par le litige ;
- le projet global de rénovation des digues incluait une obligation de surveillance et d'entretien des digues incombant au maître d'ouvrage, tel que cela ressort de la note jointe au DOE relatif à l'entretien des digues et tel que rappelé à l'occasion de la visite réalisée à la fin de la garantie de parfait achèvement ; le SIPA aurait dû consacrer chaque année à l'entretien de l'ouvrage un budget moyen de 50 000 euros ; le SIPA a failli en ne fournissant pas de relevés topographiques prévus dans le carnet d'entretien, en ne désensablant pas l'ouvrage et en s'abstenant de prévoir un contrat d'entretien ;
- les opérations d'expertise ont eu lieu deux ans après la tempête de 2016 ; le constat d'huissier dressé après cette tempête ne mentionne pas de décrochement de la tête de talus et relève un dégarnissage de la crête de talus moins important qu'en 2018 ; l'aggravation du dégarnissage est liée à l'absence d'entretien de l'ouvrage par le SIPA ;
- les désordres constatés ne sont pas de nature décennale dès lors qu'ils ne rendent pas l'ouvrage impropre à sa destination ;
- le cabinet Naudet met en évidence que la SAS Safège a bâti son modèle en prenant en compte la bouée n° 06402 d'Anglet du catalogue CANDHIS du CETMEF et la bouée de niveau 2 n° 2306 de l'ANEMOC, la plus proche du site, alors que le sapiteur a pris en compte la bouée de niveau 3 n° 0234 de la base de données de l'ANEMOC ; or, la valeur de houle de dimensionnement dépend de différentes hypothèses techniques non normalisées, pouvant conduire à des valeurs différentes, toutes légitimes ; le sapiteur envisage des enrochements dimensionnés pour un ouvrage sans aucun dommage admissible, c'est-à-dire sans aucun entretien, alors que la SAS Safège a conçu un ouvrage admettant un certain taux d'endommagement, comme il est d'usage ; les calculs du sapiteur sont effectués pour un taux d'endommagement admissible nul (KD = 2) alors que le centre d'études techniques maritimes et fluviales (CETMEF), service technique du ministère de l'écologie, de l'énergie et du développement durable, admet un KD = 3,2 ; le sapiteur admet en outre dans sa conclusion qu'il n'y a pas de défaut de dimensionnement des enrochements, donc pas d'erreur de la SAS Safège dans l'application de la formule d'Hudson ;
- les travaux réparatoires préconisés par le sapiteur, qui incluent un curage généralisé du sable, la réalisation d'une structure bois intermédiaire dans le talus, et la repose d'enrochements, comprennent des coûts relevant de l'entretien de l'ouvrage, à hauteur de 95 500 euros hors taxes, et aboutissent à une amélioration significative de l'ouvrage, bien distinct de celui commandé et livré à la commune, qui exclut tout entretien de l'ouvrage comme prévu dans le projet initial ;
- à titre subsidiaire, seuls les travaux de curage du sable au pied du talus et de repositionnement des enrochements ayant glissé, que la SAS Safège a proposé de prendre en charge, pourront être mis à sa charge pour un montant de 20 000 euros hors taxes, afin de permettre une remise en état de la digue dans son état initial.
Par un courrier du 27 janvier 2023, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement à intervenir était susceptible d'être fondé sur les moyens relevés d'office tirés, d'une part, de l'irrecevabilité des conclusions à fin d'homologation du rapport d'expertise, dès lors qu'il n'appartient pas au tribunal de procéder à l'homologation d'un rapport établi dans le cadre d'une expertise qu'il a lui-même ordonnée, et d'autre part, de l'incompétence de la juridiction administrative pour connaître des conclusions du syndicat intercommunal de Port d'Albret dirigées contre la société XL Insurance Company SE, venant aux droits de la société AXA Corporate Solutions Assurances, assureur de la société par actions simplifiée (SAS) Safège, dès lors qu'il n'appartient qu'aux juridictions judiciaires de connaître de l'action tendant au paiement de sommes dues par l'assureur d'un constructeur au titre de ses obligations de droit privé et en raison du fait dommageable commis par son assuré, alors même que l'appréciation de la responsabilité de cet assuré dans la réalisation du dommage relève du juge administratif.
Par lettre du 26 octobre 2022, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative, de ce que l'instruction était susceptible d'être close par l'émission d'une ordonnance de clôture à compter du 1er décembre 2022.
Par ordonnance du 5 décembre 2022, la clôture immédiate de l'instruction a été prononcée en application des articles R. 613-1 et R. 611-11-1 du code de justice administrative.
Un mémoire présenté pour la SAS Safège et la société XL Insurance Company SE, son assureur, venant aux droits de la société AXA Corporate Solutions Assurances, a été enregistré le 8 février 2023.
Un mémoire présenté pour le syndicat intercommunal de Port d'Albret a été enregistré le 8 février 2023.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- l'ordonnance du 22 mai 2020, par laquelle la présidente du tribunal a taxé les frais de l'expertise judiciaire à la somme de 23 437,74 euros.
Vu :
- le code civil ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme B,
- les conclusions de M. Clen, rapporteur public,
- et les observations de Me Fagniez, représentant la SAS Safège et la société XL Insurance Company SE.
Une note en délibéré présentée pour le syndicat intercommunal de Port d'Albret a été enregistrée le 20 février 2023.
Considérant ce qui suit :
1. Le syndicat intercommunal de Port d'Albret (SIPA) a conclu avec la SAS Safège, par acte d'engagement en date du 14 septembre 2011, un marché de maîtrise d'œuvre concernant le diagnostic des digues nord et sud situées au débouché en mer du courant de Soustons, visant à permettre au maître d'ouvrage, dans un second temps, d'engager des travaux de réhabilitation. Elle lui a ensuite confié, par un contrat notifié le 20 septembre 2012, la maîtrise d'œuvre de travaux de réparation puis, par un avenant à ce contrat, la maîtrise d'œuvre de travaux d'urgence après les dégâts provoqués par des tempêtes en janvier et février 2014. Ces travaux ont été réceptionnés sans réserves le 13 octobre 2014. Après que de nouveaux dommages sont survenus lors de tempêtes en avril 2016, le SIPA a saisi le juge des référés à fin d'ordonner une expertise relative aux désordres affectant les digues nord et sud. L'expert désigné par ordonnance du 30 novembre 2017 a déposé son rapport le 14 mars 2020, après avoir sollicité le concours d'un sapiteur. Les tentatives de règlement à l'amiable du litige ayant échoué, le SIPA demande au tribunal de condamner in solidum la SAS Safège et la société XL Insurance Company SE, son assureur, venant aux droits de la société AXA Corporate Solutions Assurances, sur le fondement de la garantie décennale, à lui verser la somme de 246 000 euros toutes taxes comprises (TTC) en réparation de son préjudice matériel résultant des désordres affectant les digues nord et sud situées au débouché en mer du courant de Soustons.
Sur les conclusions tendant à l'homologation du rapport d'expertise :
2. D'une part, l'homologation consiste à donner un caractère exécutoire à un acte. En l'espèce, le rapport d'expertise judiciaire du 14 mars 2020 se borne à déterminer, conformément à la mission qui avait été confiée à l'expert, les causes et l'étendue des préjudices subis par le requérant. Dès lors que l'expertise n'a pas conduit à un accord entre les parties, susceptible de fonder une transaction entre elles, il n'y a pas lieu pour le tribunal, en tout état de cause, d'en prononcer l'homologation.
3. D'autre part, il n'appartient pas à la juridiction administrative d'homologuer un rapport d'expertise en l'absence de tout texte le prévoyant. Les conclusions présentées à cette fin par le SIPA sont, dès lors, irrecevables et ne peuvent qu'être rejetées.
Sur la compétence de la juridiction administrative :
4. Il n'appartient qu'aux juridictions de l'ordre judiciaire de connaître des actions tendant au paiement des sommes dues par un assureur au titre de ses obligations de droit privé, alors même que l'appréciation de la responsabilité de son assuré dans la réalisation du fait dommageable relèverait de la juridiction administrative. Dès lors, les conclusions présentées par le SIPA contre la société XL Insurance Company SE, venant aux droits de la société AXA Corporate Solutions Assurances, assureur de la SAS Safège, ne peuvent qu'être rejetées comme portées devant une juridiction incompétente pour en connaître.
Sur la garantie décennale :
5. Il résulte des principes qui régissent la garantie décennale des constructeurs que des désordres apparus dans le délai d'épreuve de dix ans, de nature à compromettre la solidité de l'ouvrage ou à le rendre impropre à sa destination dans un délai prévisible, engagent leur responsabilité, même s'ils ne se sont pas révélés dans toute leur étendue avant l'expiration du délai de dix ans, dès lors que les désordres leur sont imputables, même partiellement et sauf à ce que soit établie la faute du maître d'ouvrage ou l'existence d'un cas de force majeure. Le constructeur dont la responsabilité est recherchée sur ce fondement ne peut en être exonéré, outre les cas de force majeure et de faute du maître d'ouvrage, que lorsque, eu égard aux missions qui lui étaient confiées, il n'apparaît pas que les désordres lui soient en quelque manière imputables.
En ce qui concerne la nature décennale des désordres :
6. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise, qu'après des tempêtes survenues en avril 2016, des désordres sont apparus sur l'ouvrage de la digue nord. Ils affectent, d'une part, la partie en prolongement de la digue, où manquent des rochers de crête en deux endroits, sur une portion de 10 mètres linéaires (ml), d'autre part, le confortement du retour intérieur du musoir par épaulement de la digue courante, où manquent quelques rochers en carapace sud et en appui sur les pieux en bois. La SAS Safège a elle-même constaté la présence, au pied de l'enracinement de la digue, de nombreux blocs de granulométrie variable ainsi que le caractère dégradé du tenon servant de protection à l'enracinement contre les courants et les houles. Si la SAS Safège a pu noter, en janvier 2017, que la stabilité de l'enracinement ne semblait pas être remise en cause, elle soulignait alors que l'éventuelle perte ponctuelle de la protection serait dommageable pour la tenue dans le temps de la digue d'enracinement composée de pieux en bois et d'enrochements. Elle précisait par ailleurs que les blocs restant en carapace du tenon n'étaient plus solidaires et que l'ouvrage ayant diminué, il devenait franchissable et exposait l'enracinement arrière à des conditions plus dures. Compte tenu de leur nature et de leurs effets, ces désordres compromettent la solidité de l'ouvrage et le rendent impropre à sa destination. Par suite, ils sont de nature à engager, envers le SIPA, la responsabilité décennale des constructeurs, dans la mesure où ils leur seraient imputables.
En ce qui concerne les causes et l'imputabilité des désordres :
7. La garantie décennale est due par les constructeurs, en l'absence même de faute imputable à ces derniers, dès lors que les désordres peuvent être regardés comme leur étant imputables au titre des missions qui leur ont été confiées par le maître de l'ouvrage dans le cadre de l'exécution des travaux litigieux.
8. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise reprenant l'analyse du sapiteur, que les désordres sont liés à la non prise en compte, par le maître d'œuvre, de deux phénomènes pouvant survenir : l'excitation d'un mode propre au courant de Soustons entraînant une mise en résonnance de l'embouchure, ainsi qu'un phénomène de surverse (ou run-up), au-dessus de l'ouvrage, de volumes d'eau venant de la plage. Le sapiteur souligne par ailleurs que le maître d'œuvre, responsable de la conception, n'a pas étudié ces risques réels, et n'a pas dimensionné l'ouvrage en conséquence, alors que ces phénomènes, récurrents, existaient avant l'intervention de la SAS Safège et auraient dû l'amener, en particulier après les dégâts causés par la tempête en 2014, à réaliser un nouveau diagnostic. Si la SAS Safège a fait valoir en cours d'expertise que les désordres étaient survenus sur une portion d'enrochements située en dehors de l'emprise initiale du chantier, non couverte par le diagnostic qui lui avait été commandé en 2011, et que les travaux supplémentaires menés en 2014 sur les zones où sont survenus les désordres ne permettaient pas, dans l'urgence, de réaliser un nouveau diagnostic, il ne résulte d'aucune pièce versée au dossier que la SAS Safège aurait pris en compte, lors du diagnostic initial, dans les propositions de travaux en découlant ou pour la réalisation des travaux supplémentaires d'urgence, les deux phénomènes identifiés par le sapiteur, de surverse et d'excitation d'un mode propre du courant de Soustons. À cet égard, la circonstance qu'elle ait bâti son modèle en se fondant sur la bouée n° 06402 d'Anglet du catalogue CANDHIS du CETMEF et sur la bouée de niveau 2 n° 2306 de l'ANEMOC, la plus proche du site, alors que le sapiteur s'est basé sur la bouée de niveau 3 n° 0234 de la base de données de l'ANEMOC, est sans incidence dès lors que cette modélisation se fonde sur une valeur de houle de dimensionnement qui ne prend pas en compte les deux phénomènes de surverse et d'excitation d'un mode propre. Dans ces conditions, les désordres doivent être regardés comme résultant d'une carence de diagnostic imputable au maître d'œuvre. Le défaut de conception de l'ouvrage qui en résulte est de nature à engager la responsabilité de la SAS Safège, au titre de la garantie décennale.
En ce qui concerne la faute exonératoire du maître d'ouvrage :
9. Les constructeurs ne peuvent s'exonérer de la responsabilité décennale, qui est présumée, qu'en prouvant que les désordres proviennent d'une cause étrangère à leur intervention ou relèvent, en tout ou partie, d'un cas de force majeure ou d'une faute du maître de l'ouvrage.
10. La SAS Safège fait valoir que le maître d'ouvrage a commis une faute en s'abstenant d'entretenir l'ouvrage alors que son projet initial incluait un entretien des digues. Il résulte de l'instruction que l'avant-projet réalisé par le maître d'œuvre, en octobre 2012, préconisait un suivi semestriel avec des passages en cas de tempête permettant, le cas échéant, la réparation des digues par remise en place des enrochements. En outre, lors de la visite de garantie de parfait achèvement, en mai 2015, la SAS Safège a remis au maître d'ouvrage une notice détaillée portant sur le suivi et les préconisations d'entretien et réparation, et a chiffré le budget annuel d'entretien des digues autour de 50 000 euros. Il résulte par ailleurs de l'instruction, notamment du rapport d'expertise, que le SIPA s'est abstenu de procéder à l'entretien des ouvrages alors même que ce type d'ouvrage le nécessite. Or, si les désordres constatés résultent, ainsi qu'il a été dit au point précédent, d'une carence de diagnostic de la part du maître d'œuvre et d'une faille dans le dimensionnement de l'ouvrage, il n'est pas contesté que des travaux d'entretien courant, régulièrement menés, auraient pu permettre de replacer les enrochements manquants. L'expert a noté que le réel danger provenait de l'ensablement que le maître d'ouvrage avait laissé s'installer au-dessus des enrochements. À défaut d'empêcher la survenance de nouveaux dommages causés par les phénomènes de résonnance et de surverse, un entretien régulier aurait ainsi permis de restaurer l'intégrité physique de la digue. En s'abstenant de procéder à l'entretien de l'ouvrage, alors qu'il avait été valablement alerté sur son importance et sur son coût, le SIPA n'a pas mis tout en œuvre pour permettre son fonctionnement normal et a ainsi commis une faute qui a contribué à la perpétuation du dommage. Il sera fait une juste appréciation de sa part de responsabilité en retenant sa faute exonératoire pour ce motif.
En ce qui concerne la réparation des préjudices :
11. Le maître d'ouvrage a droit à la réparation intégrale des préjudices qu'il a subis lorsque la responsabilité décennale du constructeur est engagée, sans que l'indemnisation qui lui est allouée à ce titre puisse dépasser le montant des travaux strictement nécessaires pour rendre l'ouvrage conforme à sa destination en usant des procédés de remise en état les moins onéreux possible.
12. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise, que l'ouvrage possède une faille dans son dimensionnement qui, sous l'action de deux phénomènes non prévus dans la conception de l'ensemble, affecte sa solidité. En conséquence, une remise en état à l'identique ne pourra pas permettre d'empêcher la répétition du phénomène responsable des désordres. Il convient, pour y remédier, d'ajouter de nouveaux ouvrages afin de prendre en compte les deux phénomènes de surverse et d'excitation d'un mode propre, de manière à prévenir et faire obstacle aux affouillements en cas de tempête. L'expert préconise ainsi de " repasser par une étape de maîtrise d'œuvre " avant de mener ces travaux dont il a estimé le coût total à la somme de 246 606 euros toutes taxes comprises. Toutefois, si le SIPA sollicite la condamnation de la SAS Safège à l'indemniser de la totalité du coût des travaux à prévoir, il résulte de ce qui précède que leur réalisation conduirait à l'édification d'ouvrages d'une étendue significativement supérieure à ceux qui ont été menés entre 2012 et 2014 et qu'elle caractériserait donc des travaux d'amélioration.
13. Il convient, dès lors, de ne retenir, d'une part, que les coûts d'une remise en état à l'identique de la digue nord, qui peuvent être fixés, sur la base de la proposition faite par la SAS Safège et non utilement discutée par le SIPA, à la somme de 20 000 euros hors taxes, soit 24 000 euros toutes taxes comprises. Par ailleurs, compte tenu de la faute du maître d'ouvrage qui s'est abstenu de procéder à l'entretien courant de la digue, lequel aurait permis une remise en état à l'identique, il convient de laisser cette somme à sa charge.
14. D'autre part, dès lors que le défaut de diagnostic imputable à la SAS Safège impose de reprendre la maîtrise d'œuvre de l'ouvrage afin de pallier les insuffisances de conception, il sera fait une juste appréciation du préjudice en mettant à la charge de la défenderesse la totalité des nouveaux coûts de maîtrise d'œuvre estimés par l'expert à la somme de 19 200 euros hors taxes, soit 23 040 euros toutes taxes comprises.
Sur les dépens :
15. Aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. () Ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties. L'Etat peut être condamné aux dépens ".
16. Les frais de l'expertise susmentionnée confiée à M. C par voie de référé ont été liquidés et taxés à la somme totale de 23 437,74 euros toutes taxes comprises, par l'ordonnance en date du 25 mai 2020 de la présidente du tribunal administratif de Pau. Par ailleurs, le syndicat intercommunal Port d'Albret s'est acquitté de la somme de 300 euros facturée par l'huissier ayant dressé un procès-verbal de constat le 9 mai 2016. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu, à titre définitif, de mettre les dépens s'élevant à la somme totale de 23 737,74 euros toutes taxes comprises, à la charge de la SAS Safège à hauteur de 50 % de cette somme, et de laisser le surplus à la charge du SIPA.
Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
17. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la SAS Safège la somme que le SIPA demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les dispositions du même article font par ailleurs obstacle à ce que les sommes demandées à ce titre par la SAS Safège soient mises à la charge du SIPA, qui n'est pas la partie perdante.
D E C I D E :
Article 1er : Les conclusions du syndicat intercommunal de Port d'Albert dirigées contre la société XL Insurance Company SE, venant aux droits de la société AXA Corporate Solutions Assurances, sont rejetées comme portées devant une juridiction incompétente pour en connaître.
Article 2 : La SAS Safège est condamnée à verser au syndicat intercommunal de Port d'Albret la somme totale de 23 040 (vingt-trois mille quarante) euros toutes taxes comprises au titre des désordres affectant la digue nord du courant de Soustons.
Article 3 : La SAS Safège est condamnée à verser au syndicat intercommunal de Port d'Albret la somme de 11 868,87 euros (onze mille huit cent soixante-huit euros et quatre-vingt-sept centimes) au titre des dépens.
Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié au syndicat intercommunal de Port d'Albret, à la SAS Safège et à la société XL Insurance Company SE venant aux droits de la société AXA Corporate Solutions Assurances.
Délibéré après l'audience du 9 février 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Sellès, présidente,
Mme Beneteau, première conseillère,
Mme Neumaier, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 février 2023.
La rapporteure,
Signé
A. B
La présidente,
Signé
M. A La greffière,
Signé
P. SANTERRE
La République mande et ordonne à la préfète des Landes en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition :
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026